tarte au choc

Post partum X-Alpine…et après on fait quoi ?

Cela me fait penser à la chanson de Gilbert Bécaud : « Et main_te_nant…ta ta ta, ta ta ta que vais-je_fai_re ! ». SVP, faites moi plaisir avant de poursuivre ces lignes, réécoutez cette chanson disponible sur toutes les ondes de Youtube. C’est du pur bonheur pour ceux qui … ne sont pas déprimés.

Et oui, lorsque l’on a son objectif numéro 1 de l’année derrière soi et que cela nous a apporté tant de bonheurs – au-delà de ses espérances – comment aborde-t-on la suite ? Cela fait 18 mois que j’avais dans le collimateur la X-Alpine, que je me levais X-Alpine, que je courais X-Alpine, que je me douchais X-Alpine (en référence à mes douches post course à pied exclusivement, je précise !).

Certes, maintenant je me couche avec mon T-Shirt de finisher X-Alpine ! Bon là d’accord, je pousse un peu, mais cela dit c’est quand même mieux que de se coucher avec le T-Shirt comportant la figurine de Mickey sur la poitrine non ?

Et pour commencer, comment il va le monsieur 1 mois après ce grand événement ?

Il est pas fatigué ?

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Et heureusement, je ne suis pas dans l’état dépressif tel que décrit dans la chanson de Gilbert Bécaud. Cela dit le changement de régime en terme d’entraînement (baisse drastique du volume) a eu un impact significatif sur mon métabolisme. Je m’explique…

Condition physique lors des jours qui suivent la X-Alpine :

  • Courbatures :

Les courbatures apparaissent en général 24 heures après le déclenchement des micro-déchirures musculaires. Donc en ce qui me concerne, sur une course qui a duré 26 heures, je peux vous confirmer que les courbatures sont apparues pendant la course notamment lors de la descente sur Verbier. Mes quadriceps lors du travail en excentrique (sur une descente) se sont mis à hurler alors que la course n’était pas encore achevée. Ces courbatures ont commencé à disparaître en J+3. Le jeudi matin je ne ressentais plus aucunes douleurs.

  • Fatigue générale :

C’est assez singulier comme sensation. En fait, lors de la semaine qui a suivi l’Ultra je n’ai pas vraiment ressenti une fatigue au sens de « j’ai envie de dormir toute la journée », « à la recherche de l’oreiller perdu ». J’ai pu sans problème reprendre une activité normale dès le début de ma semaine. En fait cette « fatigue générale » je l’ai ressentie lors des … montées d’escaliers. On ressent une sorte de torpeur, un vide lors de ce type d’effort. Cette sensation a bien duré une bonne semaine.

  • La faim ! :

On passe d’un cadre alimentaire où il faut compenser les 10 heures de course à pied par semaine à un nouveau cadre où l’on ne fournit plus d’effort physique du tout. Et bien quel chamboulement pour le métabolisme ! Certes, la semaine qui a suivi la X-Alpine on n’a pas vraiment faim, on ne peut plus voir en peinture les pâtisseries pendant 3 ou 4 jours, encore un peu écœuré de tout ce que l’on a ingurgité durant l’Ultra … Et puis une semaine après, c’est le feu d’artifice pour les synapses : Youpiii !! Binge et Sugar Craving sont au rendez-vous !!!!!!!! Le corps / le cerveau en redemandent toujours plus. On mange sans faim, sans fin. J’ai le souvenir fin juillet d’avoir enquillé 6 pâtisseries de Lignac and co… et j’aurais pu aller plus loin. Bref, les centres de la faim et de la satiété sont complètement désorientés. Seule la reprise de l’activité physique permet un reparamétrage global de ces derniers.

Et justement comment ai-je géré la reprise de la course à pied.

Une sortie à J+7 de 1h30 : très poussive en endurance fondamentale d’escargot.

Puis je suis passé à des semaines à 3 séances de 2 heures chacune sur des blocs de 3 jours consécutifs (vendredi/samedi/dimanche). Autant le dire, je ne me rendais pas compte à quel point l’activité physique régulait à ce point la sensation de faim. En effet, dès le mercredi (donc troisième jour consécutif d’arrêt de la CAP) j’ai une envie de manger, accrue, qui est assez palpable.

Bon et bien maintenant quels sont mes objectifs à terme ?

A la faveur d’un tirage au sort favorable l’année dernière je suis enrôlé pour retourner à Berlin pour le marathon dans un mois. Cela n’était pas vraiment prévu, je ne comptais pas sur une issue positive. Je serai un tout petit mieux entraîné que l’année dernière pour courir Berlin, le programme (j’ai pas d’programme !) sera interrompu par une semaine de vacances dans le Cantal début septembre (je ferai un peu de dénivelé) ensuite il restera 3 semaines à tout casser. Bref, je ne vais pas battre mon record sur ce marathon mais j’essaierai de faire un chrono en ligne avec celui de l’année dernière.

Sur le rythme de la chanson de Gilbert Bécaud =>>

« Et Main – Te – Nant … Ta Ta Ta, Ta Ta Ta, je sais c’que j’vais fai-re… »

 

 

 

Récit de la X-Alpine 2016 : des larmes, du sang, de la sueur, mais finisher.

“It’s hard, it’s crazy !”. C’est ce que vient de dire un traileur de la X-Alpine à son correspondant, le téléphone portable à l’oreille, il est assis sur un rocher en plein soleil sur la rude montée en direction de la cabane d’Orny.

Je passe devant lui poursuivant mon rythme et ne peux qu’acquiescer au fond de moi : oui c’est bien vu “It’s hard, it’s crazy”!”. Et c’est pourtant ce que je voulais, désirais depuis un an. Je voulais me reconfronter à cette X-Alpine pour pouvoir achever ce qui n’avait pu l’être en 2015. Oui, elle est “dure” cette course, 8400 mètres de D+/- concentrés sur seulement 111 kms alors que la plupart des UltraTrail ont un ratio dénivelé sur distance moins élevé.

Le taux d’abandon l’année dernière était de 65% et cette année il sera de 57%.

Moins d’un traileur au départ sur deux arrive au terme de la course. “It’s crazy”, car cette course est très technique, les pentes ont une assez forte déclivité, en tous cas plus forte que celles que l’on peut rencontrer sur les épreuves classiques de l’UTMB (les CCC, et TDS). La X-Alpine “c’est encore un cran au-dessus de la TDS” selon ceux qui ont couru les deux épreuves (NB : la TDS est la course considérée comme l’épreuve la plus technique de l’UTMB).

J’avais mal digéré mon échec de l’année dernière mettant celui-ci sur le compte d’une mauvaise gestion de mon état psychique arrivé à La Fouly. Pourtant … pourtant, je fais le constat aujourd’hui – X-Alpine 2016 aujourd’hui devenu😉 – que je n’étais pas prêt l’année dernière à la terminer. Il n’y avait finalement pas de regrets à avoir. J’ai acquis la conviction aujourd’hui que j’aurais de toutes manières abandonné après La Fouly à un moment ou un autre en 2015.

Je n’étais pas prêt en 2015 pour obtenir le Tshirt de finisher taggé du “I’m X-Alpine”. Mais j’étais prêt cette année. Je le disais depuis un mois à Laetitia de retour de mes séances d’endurance matinales : « Laetitia je suis prêt pour la X-Alpine, il faut juste que j’entretienne cet état de forme et tout ira bien ». En tous cas j’avais mis toutes mes chances de mon côté et ne pouvais faire mieux en terme de préparation étant donné les moyens dont je disposais : notamment ma “piste d’entraînement” que constitue l’allée de ceinture (mon trottoire) du Parc des Buttes Chaumont dans le 19 ièm à Paris que je foule tous les matins entre 5 et 7.

Mais pour un check de ma préparation plus préçis c’est ici le récit.
C’est donc confiant et la rage au ventre que j’abordais cette nouvelle édition. Une chance : la météo s’annonçait au beau fixe sans pour autant connaître les pointes de chaleur insupportables de l’année dernière (Plus de 30 degrés à La Fouly l’année dernière au moment de mon abandon).
J’avais choisi de prendre le départ de 4 heures du matin en compagnie des cracks et non celui de 1 heure alors que la barrière horaire est la même et laisse de facto plus de marge à ceux qui partent plus tôt. Je m’en suis déjà expliqué. Je préfère faire partie de ceux qui rattrapent que d’être rattrapé tel le fugitif hyper stressé qui a les chiens à ses trousses. Cela présente 3 avantages :

  1. c’est qu’il est plus confortable psychologiquement de dépasser des coureurs (ceux qui ont pris le départ à 1 heure) que de l’être soi-même, et
  2. deuxièmement le classement intermédiaire qui vous est communiqué ne nécessite pas de réajustement (à la baisse) comme peut l’être celui des “coureurs départ 1 heure du mat” qui se voient petit à petit descendre au fond du classement au fur et à mesure du passage du groupe des “coureurs départ 4 heures” aux différents check points.
  3. Last but not least, cela me laisse le temps (la possibilité si on y arrive) de DORMIR au moins 1 ou 2 cycles avant de prendre le départ et d’éviter de faire 2 nuits blanches.

 

Départ à 4 heures :

Contrairement à l’année dernière où je n’étais pas arrivé à fermer l’œil, entendant même les clameurs des « départ 1 heure » sous la fenêtre de mon hôtel (le stress !), et bien cette année j’ai pu m’endormir pour au moins 2 cycles ! C’était pour moi de très bon augure.

Réveil naturel sur les coups de 3 heures, je vais quitter l’hôtel Montpelier à 3h45 pour me rendre vers l’arche de départ situé en plein centre de Verbier. Combien sommes nous pour ce deuxième départ de 4 heures ? 150 traileurs à tout casser ! La très grande majorité des 450 coureurs a préféré prendre le départ de 1 heure. Je suis un peu déçu par l’ambiance mise par le speaker. L’année dernière le départ s’était fait en silence, ambiance monacale. En fait si je comprends bien, l’organisation a eu cette année l’autorisation de mettre les décibels contrairement à l’année dernière. Dommage. J’avais adoré la citation du speaker en 2015 que j’ai fait mienne depuis : “Ne craignez pas d’être lent, craignez d’être immobile” : c’est ma “citation de trail” favorite pour les moments difficiles. Cette année on nous sert du “Traiilllleuuuuuurrrrrrrrs de la X-Alpiiiiiiiiiiiiiiiine” “Comportez vous en Traiiilllleuuuuuuuuuuuursss d’une épreuve dont vous vous souviendreeeeeeeeeeeeezzz toute votre vie”. Et j’ai gardé le meilleur pour la fin “Une soufrance temporaiiiiiiiiiiiirrrrrrrrrrrrrrree pour une fierté éterrrrrrrrrrrrrrnelle”. Et ben…il était plus inspiré l’année dernière sur le fond comme sur la forme.

4 heures Top départ :

Je fais partie des 150 coureurs qui, frontale allumée, franchissent l’arche de départ dans l’espoir d’y revenir en venant de l’autre côté du massif après avoir fait une boucle de 111 kms.

Le profil de course commence par un chemin -pas beau- en sous bois. Nous devons grimper dans un premier temps avant de plonger dans la vallée en direction du village de Sembrancher. Je ne me souvenais pas que la première montée était aussi difficile. J’ai toujours des sensations aussi pourries au début d’une course : UTA, La SaintéLyon. C’est toujours la même difficulté à rentrer dans la course, une sensation d’avoir des enclumes attachées aux jambes et le souffle un peu court. La descente est assez technique. On arrive assez vite dans la vallée, le peloton s’effiloche très vite. Et très vite je commence à me perdre en suivant d’autres coureurs aussi perdus mais qui ne le savent pas encore. On me hèle derrière moi : ce n’est pas là ! Vite il faut que je fasse de même devant moi sauf que les 4 ou 5 coureurs en question filent comme des flèches et ont déjà disparu de mon viseur. Je retourne sur mes pas et retrouve la signalétique.

Le point sur ma stratégie de nutrition :

Une barre home made chaque heure. J’ai dans mon sac de quoi prendre à chaque heure une barre de type greenies (saveur matcha), blondies (saveur pâte à gâteau basque) ou brownies (chocolat Manjari Valrhona) que j’ai cuisinée moi-même. Ce seront tout au long du trail des moments privilégiés pour moi. A chaque heure dépassée je me prendrai une barre au hasard (quel bonheur d’ailleurs) que je dégusterai lentement sans jamais m’arrêter de courir. Cela va constituer, jusqu’à mon « pépin » à Bourg Saint Pierre, de vrais moments de bonheur et de régénération. Un peu comme si je m’octroyais un « tea time » chaque heure, ce que je ne peux faire qu’une fois par jour en temps normal.

Sembrancher : Km 13 et 365 m de D+ depuis départ / Il est 05h 37 soit 01h 37 de course / classement 247

Arrivé au ravito de Sembrancher :

Je suis un peu surpris (et surtout déçu) par mon chrono car j’arrive avec plus de 7 minutes de retard par rapport à l’année dernière alors que je n’ai pas eu la sensation de m’être particulièrement ménagé. Bon on verra bien. Je ne traîne pas au ravito : on boit, on remplit les flasques (un peu d’eau clair coupée au coca..enfin l’inverse).

On peut ranger les frontales, le jour se lève.

On va attaquer le gros morceau de cette X-Alpine : Le Catogne ! Cette X-Alpine a un profil qui fait mal d’entrée de jeu. On ne vous ménage pas car commencer ce trail par cette montée, ce Gulliver, c’est un peu comme si lors d’un repas auquel vous êtes convié on vous servait dès l’apéritif la Côte de Boeuf ! Et il faudra tout manger avant de passer à table et attaquer les autres…plats de résistance.

Cela dit j’adore cette montée, ce moment de grimpette sur Le Catogne c’est une des raisons qui m’ont poussé à recourir la X-Alpine. J’ai d’ailleurs en fond d’écran de mon PC la photo de la cime du Catogne avec quelques traileurs l’arpentant au levé du soleil.

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La grimpette se passe très bien. J’adore. La musique qui me vient en tête est celle de Girl (du groupe The Internet). Au bout d’une heure les rayons du soleil commencent à nous toucher d’une couleur auburn / oranger. C’est somptueux et me fait complètement oublier l’effort nécessaire à la montée.

Mon cerveau ne m’avait pas trahi en reconstruisant des souvenirs. La réalité est conforme à ces derniers…en plus beaux encore. La montée du Catogne constitue pour moi l’un des points saillants de cet Ultra.

Une fois arrivé en haut il faut redescendre et là c’est très technique. Des cordes de rappel sont parfois présentes pour ne pas que l’on se fasse découper en rondelles par des rochers coupants. Il faut assurer chaque appui. Et on court bien seul, déjà. Ma descente est identique à l’année précédente ; même rythme, mêmes déséquilibres lorsque je me mets à accélérer (c’est à dire que je me fais quelques petites frayeurs). En contre bas on aperçoit en vue plongeante le lac bleu foncé de Champex. Laetitia n’y sera pas comme l’année dernière, notre rendez vous étant prévu à La Fouly.

Champex : Km 29 et 2339 m de D+ depuis départ / Il est 09h 44 soit 05h 44 de course / classement 194 (gain de 54 places depuis Sambrancher)

Arrivé au ravito de Champex en 5h44 soit exactement le même chrono à la minute près que l’année dernière : une vraie horloge. J’avais décidé de ne surtout pas aller plus vite, que cela serait mauvais signe de se cramer dès le début. Je prend mon temps au ravito, je mange du pain pour diversifier un peu mes « barres énergétiques sucrées home made ». Et il est temps de repartir sauf que j’ai vraiment pris mon temps cette fois. On va attaquer un très gros plat de résistance avec la montée vers la cabane d’Orny via le col de la Breya. Dans un premier temps c’est un paysage champètre le long d’un ruisseau, on se croirait dans un paysage tiré tout droit d’un épisode du seigneur des anneaux : mais où sont les nains ? Et puis très vite la pente toute raide nous fait sortir de nos rêveries. On attaque une montée « droit dans le mur ». J’adore cette expression que j’ai emprunté à Fabrice H. Cela porte tellement bien son nom. Alors une montée « droit dans le mur » cela signifie que cela monte dans l’axe de la montagne tout droit, il n’y a pas de virages, les traceurs ont préféré tirer une ligne droite du pied de la montagne vers le sommet comme ça c’est plus direct ! Dans ces cas là la meilleure posture à avoir c’est de mettre un pied devant l’autre, de serrer les dents et ultime consigne – très importantes celle-là ! – surtout NE PAS LEVER LA TÊTE pour voir jusqu’où cela va ! On fixe son regard sur les … talons de chaussure du traileur qui est devant soi. Et en l’occurrence c’est « Aurélien 222 » qui joue le rôle de lièvre pour moi. Aurélien 222 ? Oui je ne connais que ce qui est écrit sur son dossard : son prénom c’est Aurélien et son numéro est le 222. Nous ne nous sommes pas du tout adressés la parole mais il est arrivé que je passe devant lui et qu’il repasse derrière moi.

Nous quittons la forêt pour un paysage minéral, lunaire avec un glacier sur notre gauche.

Orny : Km 37 et 3689 m de D+ depuis départ / Il est 12h 26 soit 08h 25 de course / classement 151 (gain 43 places)

Tout se passe bien j’arrive avec aisance à la cabane d’Orny après une grimpette de 1350 mètres de dénivelés depuis Champex engloutis en 2h40 environ. Mes sensations sont très bonnes. C’est un jeune enfant qui tient le joystick pour pointer la puce de notre dossard. Il ne me montre pas l’affichage de mon numéro de dossard sur son écran et je n’ai pas entendu de « bip » caractéristique. Mais il me dit que « c’est bon ! ». Je remplis mes flasques avec du coca coupé à l’eau et puis il y a quelques shortbreads (j’adore ces petits gâteaux écossais au bon goût de beurre !). Yes !! J’en emporte une bonne poignée. Et je repars rapidement. Certains traileurs sont allongés en train de prendre un bain de soleil, franchement je ne comprend pas comment on peut être « aussi relax ! ». Il y a pourtant un chrono qui tourne !

Sur une partie de la descente il va falloir franchir un névé sur environ 20 mètres, certains choisissent de faire de la luge sur les fesses…et quant à moi je préfère contourner. Les fesses mouillées : non merci. Je ne vais pas traîner sur la descente que je vais courir à vive allure en suivant un autre traileur dont je n’ai ni le nom ni le numéro de dossard. Je suis dans sa roue. Purée, on attaque la descente comme des funambules ! C’est un crack manifestement mais j’arrive à tenir le rythme. Il me dit qu’il a terminé la CCC dans les 120 l’année dernière : ah cela me calme tout d’un coup ! Il habite près de Thonon après avoir résidé en région parisienne (Juvisy je crois). Ami traileur si tu lis ces lignes et que tu te reconnais, fais moi signe. On arrive à la fois à discuter et à la fois à être concentré sur nos pieds. Bon au bout d’un moment je suis contraint de lui dire de continuer sans moi, je ne le reverrai plus. Et puis j’arrive près de la zone dangereuse pour moi, celle où je me suis mis en tête l’année dernière que la X-Alpine c’était trop dur pour moi et que j’allais abandonner à La Fouly. C’est ce « sentier maudit » que je vais commencer à emprunter. Et bien il est toujours maudit ! Cela cogne au niveau température, la lumière est très vive comme l’année dernière. J’espère qu’il n’y aura pas de bis repetita. A priori je me sens bien…jusqu’à ce qu’un SMS de Rémi ne me donne un coup de stress. Il me demande si je suis passé par Orny ??? Mais mon coco j’y suis passé il y a plus d’une heure ! Et là une angoisse m’étreint. Je me mets en tête que le gamin n’a pas bien checké mon dossard et que je risque d’être disqualifié ! Je gamberge pendant de longues minutes et là, une faute d’inattention fait que je trébuche et fais une chûte : un gros carton oui ! Je me tords les doigts de la main droite, m’écorche le genou. Je crains ne m’être fait une entorse des doigts. Cela me fera un mal de chien pendant 10 minutes, puis plus rien. J’envoie un SMS à mon frère qui a l’abonnement Live Trail et qui reçoit mes pointages pour lui demander … si je suis bien enregistré à Orny. Et là j’attends avec angoisse sa réponse… Vite, vite répond s’il te plaît…. Yes ! J’ai bien été enregistré il m’envoie mon chrono. Ouff!! Soulagé je suis. Je tourne la page. Maintenant place au rendez vous avec Laetitia. Je lui envoie un SMS pour lui dire que je suis sur le « chemin maudit » à quelques kms de La Fouly, dites donc j’avais oublié qu’il y avait quelques montées un peu raides sur ce chemin maudit ! … Et je tombe sur Laetitia qui m’attend à environ 1 km du ravito. Cela fait un bien fou. On continue ensemble en marchant d’un pas vif. Cela contraste avec l’année dernière où j’étais un macchabée. Et voilà que nous arrivons au ravito, vifs et alertes. Je sens que je prends ma revanche.

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La Fouly : Km 52 et 4118 m de D+ depuis départ / Il est 15h 09 soit 11h 09 de course / classement 132 (gain 19 places)
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C’est donc ici que « j’ai mourru l’année dernière ». Ben oui j’en avais un peu perdu mes capacités cognitives et donc ma maîtrise de la conjugaison. Mais aujourd’hui je revis je me sens presque euphorique de me sentir dans un état physique et psychologique tout autre. Je suis ravi de traverser cette tente… en vainqueur. J’arrive à La Fouly avec une heure d’avance sur mon chrono de l’année dernière, marquant alors mon arrêt définitif. Mais non, cette année je ne m’arrêterai pas, je continue, Na ! Je suis tout excité à l’idée de connaître la suite du parcours, la plus belle dit-on. A moi les paysages minéraux, les lacs d’altitude et ce fameux Col du Grand Saint Bernard qui a donné le nom à cet UltraTrail. Je franchis la sortie de ce ravito avec l’esprit du vainqueur sur moi-même. Je démystifie mon abandon ici-même l’année dernière. Mais en même temps je suis en train de faire une grave erreur qui va me coûter très cher et je ne le sais pas encore…. Je ne remplis qu’une de mes flasques, et encore même pas à fond. Laetitia me le fait remarquer. « As tu bien remplis tes gourdes ? » Et moi de lui répondre : « Mais oui t’inquiète ! Regarde j’en ai une remplie à ras bord ! ». « Bon et bien bois encore un peu » alors qu’elle me tend sa bouteille. Je bois une ou deux gorgées car je n’ai pas du tout soif. …. Et j’ai bien tort d’agir ainsi. Je vais m’en mordre les doigts dans quelques heures. Et c’est reparti. Finalement la grimpette qui suit La Fouly est vraiment tranquille niveau déclivité. On traverse ce que j’appelle des prés aux vaches. En revanche c’est en plein cagnard, pas un pet d’ombre. Donc je dois boire déjà, et boire encore un peu, et je continue à boire, pfuiii purée fais quand même bien chaud !!…. euh je ne vais pas encore boire quand même parce que, parce que… je n’ai plu d’eau dans aucune de mes flasques. La tuile ! Je n’ai aucune conscience de la vitesse à laquelle on peut se déshydrater il doit faire plus de 25 degrés à 16 heures et cela cogne comme jamais. Je m’inquiète sérieusement car je m’aperçois que je ne sais pas du tout quand aura lieu le prochain ravitaillement en eau, je n’espère quand même pas que c’est le col du Grand Saint Bernard car je n’y serai pas avant 3 heures. Que faire ? Demander à un autre traileur de me donner un peu d’eau ? Mais pourquoi ferais-je supporter sur autrui mon erreur ? Et surtout pas à un autre traileur qui a, lui également, besoin de cette ressource et à qui je ne veux pas forcer la main…ni recevoir de sa part une fin de non recevoir qui pourrait me donner un gros coup sur le moral. Alors que faire ? Tiens on passe devant une cabane / ferme devant laquelle il y a une réserve d’eau pour animaux : le style de dispositif pour chopper la dysenterie. Je pose la question à un traileur qui y remplit sa gourde de savoir s’il est certain qu’elle est potable. Il me répond qu’il n’en sait rien mais que les deux dernières années il en avait bu sans tomber malade. Ouais….et bien quant à moi je ne veux prendre aucun risque de me retrouver à me contorsionner de douleur le long d’un sentier. Je continue mon chemin avec le mors entre les dents. Que faire ? La soif me tenaille de plus en plus, l’inquiétude aussi. Je pense à l’œuvre Vol de Nuit d’Antoine de Saint-Exupéry. Il y relate les grandes heures de l’aéropostale et notamment son accident en plein désert de Libye où pendant 4 jours il est tenaillé par la soif (sans une seule goutte d’eau si ce n’est la rosée du matin qu’il récupère sur les ailes de son avion) et marche des dizaines de kilomètres sans rien absorber. S’il a pu tenir 4 jours consécutifs sans s’hydrater, je peux bien tenir 3 heures ! Et bien je sens que non. C’est vraiment atroce ce sentiment de soif et cette culpabilité d’avoir fait l’erreur de ne pas avoir pris ses précautions au ravito. Je suis vraiment en train d’écrire un nouveau chapitre du recueil du « Guignol qui fait du Trail ». Et puis et puis…je vois un groupe de randonneurs. Et là je prend la décision de les accoster et de leur demander de l’eau. J’espère ne pas me prendre un soufflet. Ils sont 4 : 2 filles et 2 hommes. Je vais leur demander avec toute la politesse dont je suis capable. Non ils ne pourront pas me refuser. Quoique les suisses ils sont assez strictes, j’ai une petite crainte. Car chez eux c’est « un peu chacun pour sa pomme ». C’est le cliché que j’en ai : une rigueur et grande conformité. « T’as pas d’eau ? …et bien t’as pas d’eau tu te débrouilles c’est ton problème et pourquoi je devrais t’en donner ! » C’est un peu ma frayeur… Or l’accueil que je reçois est juste extraordinaire. Ils me remplissent à fond les gourdes, me posent des questions sur ma course, s’intéressent à moi. Oh là là : ce sont mes sauveteurs, mon Grand Saint Bernard avec sa barrique non pas remplie de rhum mais d’eau clair et pure ! Et quand on a vraiment soif, quel soulagement. Je les remercie très très chaleureusement. J’étais prêt à les payer. D’ailleurs c’est la question que je me pose en continuant mon chemin. Une question très conceptuelle de micro économie que nous aurait posée notre prof en fac d’Économie. Quelle est la valeur du litre d’eau pour moi dans cette situation donnée, combien serais je prêt à mettre sur la table pour étancher ma soif? J’ai longuement réfléchi sur la montée vers le col Fenêtre à cette question. Et j’en suis arrivé à la conclusion que sa valeur était pour moi … inestimable. Mais d’un point de vue plus pragmatique si nous avions pu faire une transaction financière à ce moment là entre ces randonneurs et moi-même je pense que j’aurais été prêt à leur virer plusieurs dizaines d’euros (100 euros ?) pour 1 litre d’eau. Pour moi la valeur de cette substance était inestimable à cet instant donné, je suis dans une situation totalement asymétrique vis à vis de ma contrepartie, l’eau m’est absolument nécessaire dans ma situation pour continuer mon chemin et terminer mon trail jusqu’au Grand Saint Bernard. Ce trail constitue mon objectif de l’année et l’échec n’est pas tolérable pour moi.

Bref, c’est donc remis en selle que je continue le parcours qui va devenir de plus en plus splendide car nous quittons les paysages d’alpages pour les paysages granitiques de haute montagne avec son lacs et ses névés. J’adore ! Quel bonheur d’être là enfin : plus d’un an que j’en rêve de ces paysages de trail. Y’a plus qu’à profiter, les jambes vont super bien, le cardio aussi : cela baigne. Enjoy ! Et je « enjoy un max » je peux vous le dire. Etat d’euphorie, plénitude d’être là à ma place, là où je voulais être après les efforts consentis, la récompense est sous mes yeux sous mes pieds. Je prends le temps de m’arrêter pour prendre des photos au Smartphone. Grand moment de plaisir intense !

Et c’est le col Fenêtre, déjà !

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Col Fenêtre : Km 64 et 5489 m de D+ depuis départ / Il est 17h 48 soit 13h 48 de course / classement 85 (gain 48 places)

Le gain en nombre de places reflète juste le nombre d’abandons pléthorique à La Fouly (98 abandons sur un total de 270) qui ne badgeront jamais au Col Fenêtre et qui te propulsent en haut de tableau sans n’avoir rien eu d’autre à faire qu’à mettre un pied devant l’autre. « Ne crains pas d’être lent, crains d’être immobile » : la fameuse citation du speaker de la TVSB l’année dernière.

Et nous attaquons la descente sur le col du Grand Saint Bernard, c’est un peu le clou de cette épreuve. La température a bien baissé, la lumière du soleil plus rasante confère une atmosphère très particulière à ces montagnes. J’adore.

Je prends mon pied dans la descente, et hop je fais le cabotin devant le photographe officiel.

Et puis une légère remontée pour arriver au col proprement dit. Rendez vous avec Laetitia : le bonheur quoi !

Col Grand Saint Bernard : Km 67 et 5586 m de D+ depuis départ / Il est 18h 21 soit 14h 21 de course / classement 87 (perte 2 places)

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Au ravito qui est côté italien je remplis mes flasques à fond. On marche quelques centaines de mètres avec Laetitia. Qu’est-ce que c’est beau ! Ciel azur, lumière magnifique, je suis au top pour continuer. Bises, photos et tout ça. On se donne rendez-vous à Verbier au petit matin si tout se passe bien.

J’attaque le dernier « petit col » très alpin qui est celui des chevaux avant d’attaquer la grande descente vers Bourg Saint Pierre. Aussi vite arrivé au col, aussi vite je prend le chemin de la grande descente. Le décor est magnifique, minéral, désert, sauvage : comme je les aime. Très belle lumière : l’instant idéal pour prendre des photos de pro. pour cartes postales. A partir du moment où nous quittons les pierriers assez dangereux pour rejoindre les terrains d’alpages je commence à accélérer le rythme. Je me sens plus à l’aise pour prendre un peu de vitesse, je double 2 ou 3 traileurs. Et puis tout va bien jusqu’à ce qui va constituer la rupture dans ce trail pour moi. Le moment choc à partir duquel plus rien ne sera comme avant. Je vais vivre cette deuxième partie de trail sous le sceau de l’inquiétude et de l’angoisse. L’euphorie se sera définitivement envolée pour revenir quand même…à 200 mètres de l’arrivée à Verbier.

Tout commence par… une envie d’aller uriner.

LA RUPTURE

Nous ne devrions plus être très loin de Bourg Saint Pierre, enfin je crois. Nous venons de passer le long d’une énorme retenue d’eau par un barrage. Et puis je m’arrête sur le bas côté pour uriner et là horreur. J’urine un liquide de couleur marron, presque noir, comme du coca cola. Je prends un grand coup sur la tête. J’en conclus que j’ai du sang dans les urines à l’instar d’il y a quelques mois. Je m’inquiète. Et je ne sais pas ce qu’il se passe mais j’ai tout d’un coup besoin de m’arrêter pour uriner un peu tous les 500 mètres. Et je vois toujours ce liquide noir. Putain je me vide de mon sang qui se déverse dans ma vessie ?? !! On se calme, on se calme… D’abord ce n’est pas que du sang ce sont des urines colorées avec du sang. Pas de panique. Je diagnostique la chose suivante : le fait de courir et de gigoter dans tous les sens fait subir de grosses vibrations à mes organes, cela contribue à l’hémorragie qui est localisée dans la vessie : conséquence il faut que j’arrête de trop bouger (et donc d’osciller) et me mettre à marcher tranquillement pour que cela se « referme ». Et me voilà à marcher comme un macchabée sur le faux plat en direction de Bourg Saint Pierre. Tout le gain de la descente où j’ai « bourriné » comme un âne je vais donc le reperdre sur cette portion jusqu’à Bourg Saint Pierre pour cause de marche forcée. Je vois un jeune homme en train de fumer assis devant la porte de son hameau et manifestement ma tête en a pris un coup car je ne maîtrise plus la syntaxe de la langue française je lui demande « Bourg Saint Pierre c’est bientôt loin ? » Il ne semble pas surpris par la tournure de ma phrase et me répond avec flegme que c’est à une demi heure. Je me marre intérieurement…

Je me mets à trotter et bizarrement j’ai perdu mes bonnes sensations. Ma vessie me laisse un peu de répit, plus envie de m’arrêter toutes les 5 minutes : tant mieux cela me permet de ne pas en voir la couleur. Et j’arrive dans un très joli village de montagne du style de Saint Véran, la lumière est entre chien et loup, c’est calme, c’est charmant. J’aurais presqu’envie en temps normal de m’arrêter dans un petit troquet pour déguster une tarte aux myrtilles.

Bourg Saint Pierre : Km 82 et 5980 m de D+ depuis départ / Il est 21h 13 soit 17h 13 de course / classement 75 (gain 12 places)

Le ravito a lieu dans une grande salle de gymnastique comme celle de Soucieu en Jarrez (La SaintéLyon). C’est là que nous avons la possibilité de récupérer nos sacs laissés à Verbier. Je me sens un peu comme un chien dans un jeu de quilles. Il y a un tel décalage entre les quelques traileurs qui prennent leur temps assis à des tables en train de manger un plat de pâtes sauce bolo et parmesan et moi qui suis un peu stressé et ne veut pas traîner que je ne sais pas quoi faire. Je ne me sens pas à ma place, je me sens complètement maladroit comme un personnage d’un film de Jacques Tati. Les traileurs sont tellement décontractés affalés sur les bancs que je me demande s’ils ne vont pas sortir un jeu de carte pour taper le carton après leur pantagruélique plat de pâtes. Et moi que faire? Dans mon sac (il s’agit d’un sac poubelle laissé à Verbier dans lequel les coureurs ont la possibilité de laisser plein d’affaires) il y a une boîte de tupperware avec mes greenies, brownies et autres blondies pour refaire le plein. Allez je prends tout et les range dans mon sac de trail. Il y a également une autre paire de chaussure (mes Hoka Rapa Nui) que je sors du sac… euh que je remets dans mon sac poubelle. Il y a aussi une paire de gants, que je sors du sac pour tout remettre dedans. Bref je suis écartelé entre d’énormes questions existentielles du type « je prends ou je prends pas » ? Bon et si je me prenais une ou deux cuillerées de pâtes trop cuites ? Je m’approche du réfectoire sans réellement savoir ce que je veux. Je prends ou je prends pas … ou je laisse la bénévole décider à ma place : « Vous voulez des pâtes ? »….Et moi qui a du mal à me décider : « euh… un peu ! ». C’est bien de dire « un peu » ! Car c’est à mi-chemin entre le « j’en veux pas » et le « j’en veux ». Donc cela me convient. Et me voilà à déguster absorber mes trois cuillerées de plâtrée de pâtes comme tout le monde, par souci de conformité. Et puis et puis c’est pas tout, mais il faut y aller ! Allez, Mr Hulot Grégo dans le livre « Grégo fait du Trail » repart assez vite en reposant son sac de change (qui ne lui a pour ainsi dire servi à rien) et repart de Bourg Saint Pierre le cœur vaillant.

Il fait encore un peu jour, j’ai sorti la frontale et ai revêtu mon Gore Tex car il va commencer à faire froid. Je suis complètement seul, je me demande d’ailleurs si j’ai bien pris la bonne direction. M’attend l’avant dernier col que je vais arpenter de nuit : le col de Mille.

Avec la tombée de la nuit vont revenir les angoisses sur mon réel état physique. Cela dit la montée me convient bien puisque je marche en mode « randonneur pressé ». Cela m’évite de « trop faire bouger mes organes ». J’essaie de contempler « l’obscure clarté qui tombe des étoiles » si vous me permettez d’user de cet oxymore apprise à l’école. Car cette citation convient bien à ce que je suis en train de contempler. Le ciel est limpide, le soleil est planqué derrière les montagnes depuis longtemps, les lanternes dans le ciel s’allument, un très fin croissant de lune apparaît. J’admire, il n’y a rien d’autre à dire. Je monte calmement, avec constance…et j’atteins la cabane de Mille peu de temps après minuit.

Col de Mille : Km 94 et 7077 m de D+ depuis départ / Il est 00h 21 soit 20h 21 de course / classement 63 (gain 12 places)

Je caille, il fait quand même assez froid dans ce refuge. Je n’ai pas vraiment le moral. Les autres traileurs tirent des têtes de cadavres. Seuls les bénévoles conservent une certaine bonhommie. Ils nous apprennent que le vainqueur de cette X-Alpine est Jules Henri Gabioud, le suisse du pays. Je ne me sens pas bien du tout. Inquiet, pas envie de boire ni de manger, pas envie de redescendre. Je redoute terriblement cette descente. Les autres traileurs n’ont pas plus le moral que moi et me foutent le bourdon. Ils parlent de la montée Lourtier / La Chaux en disant qu’elle est terrible et qu’il ne faut surtout pas lever la tête et monter en silence en prenant son mal en patience. Supeeeerrr!!!! Merci pour les mots qui font chaud au coeur, on se sent galvanisé comme ça. Vite il faut que je parte de cet endroit malsain. Merci aux bénévoles qui ont su garder le sourire et la pêche. On me souhaite une excellente descente. Pour moi elle va constituer une descente en enfer. J’ai reçu un SMS de Remi qui me dit avec enthousiasme de penser à mon super chrono de la SaintéLyon…. cela me met mal à l’aise car je suis tellement en décalage avec cet état d’esprit de winner qui fait une superbe perf., je suis à ce moment là tellement en déroute. Je pars complètement en vrille.

#jemesensbienseul #envied’abandon #appelerlesurgences #lesurgencesensuissecelavamecouteruneblinde #appelerlaetitiafautpas! #latrouille #escargot

Je n’arrive plus vraiment à courir. J’ai fait un arrêt … pour voir. J’urine toujours du marron foncé coca cola. Je regrette de ne pas avoir prévenu les bénévoles, juste au cas où on me trouverait inanimé sur le bord d’un sentier histoire que les secours fassent rapidement le bon diagnostic. Et je commence à me sentir mal au niveau de l’estomac. C’est la première fois que j’ai envie de vomir sur une épreuve de course à pied. Pas la pêche, le stress de ne pas savoir si ce que j’ai nécessite un arrêt définitif, envie de vomir : cela ne va pas du tout. Il va falloir envisager d’abandonner car s’il y a une probabilité de ne serait-ce que de 10% que cela soit grave je ne peux pas me permettre de continuer. J’entends la voix de ma belle mère : « tu sais Grégory ce que j’en pense de tes trails ! » Et moi de répondre « Euh non je ne veux pas le savoir ! ». Cela dit sur ce coup là je ne peux pas lui donner tort. Je me fais doubler par deux ou trois flèches. Alors eux ils ont la pêche, il n’y a pas de doute. A un moment donné je ne perçois plus la signalétique, je suis complètement paumé. Pas de frontale devant moi, rien derrière moi : l’angoisse totale. Je ne sais pas quoi faire. Le noir intégral, il n’y a pas d’arbres seulement un parterre de rochers, j’ai beau chercher, pas de signalétique au sol et pas de piquet non plus, de toutes façons pas possible de le faire tenir sur un rocher. Je suis paumé, mal au ventre, envie d’abandonner, personne à l’horizon, le noir intégral. Je tente de revenir sur mes pas …oui mais je n’ai pas laissé de cailloux tel le Petit Poucet… Alors j’attends. Et au bout de 5 minutes enfin des frontales dans ma direction. Yes ! Cela fait du bien, les pulsations cardiaques reviennent à un niveau convenable. Alors j’avance un petit peu et oh miracle aperçois un flag au loin. C’est OK tout rentre dans l’ordre je comprends mieux le balisage.

Je me fais dépasser, les traileurs eux courent, pas moi… Petit Poucet je demeure. Petit, tout petit je suis, mais qu’est-ce que je fous dans cette galère ? La sensation horrible de ne pas être à ma place, d’être un petit joueur débutant dans un monde où je n’ai pas ma place. Et cette envie de vomir… Bon durant ma marche je continue à rassembler mes idées : « Ne pas craindre d’être lent, craindre d’être immobile ». Je me demande ce que vont penser mes supporters, ma famille, quand ils vont voir ma dégringolade au classement lors du prochain pointage ! Ils vont être déçus. Dois-je appeler Laetitia pour lui dire que je pisse le sang ? Excellente idée pour l’affoler, on sera bien avancé tiens ! Alors appeler mon frère qui veille ou presque ? Mais que pourra-t-il me conseiller lui aussi ? Appeler les secours ? Ils vont quand même pas appeler un hélico pour des problèmes d’urines. En fait j’ai la trouille de tourner de l’œil. Je n’ai finalement pas d’autres choix que d’avancer, d’avancer et continuer à mettre un pied devant l’autre même si c’est au rythme de la rando…

Et puis il y a la rencontre qui change tout. Alors que nous sommes dans les bois, plus très loin de la civilisation (j’aperçois des lumières, Lourtier ?), je me mets à discuter avec un traileur, hyper sympa. Cela fait beaucoup de bien d’échanger nos impressions. C’est fou comme cela réchauffe et remet en selle. Et j’ose lui parler de mes problèmes d’urine couleur coca cola. Et miracle il me dit la chose suivante : »c’est normal moi aussi cela m’arrive quand je n’ai pas assez bu ! Ce sont des toxines pour cause de déshydratation qui colore à ce point les urines ». Eurêka !! Je fais le lien avec ma déshydratation de cet après midi. Cela tient la route ce qu’il me dit. On continue à échanger jusqu’à Lourtier en très léger rythme de trot. Et voici le point de ravito qui fait du bien.

Lourtier : Km 106 et 7118 m de D+ depuis départ / Il est 02h 46 soit 22h 46 de course / classement 58 (gain 5 places)

Et je demande au pointeur notre classement. Je suis abasourdi, je n’ai rien perdu ! Cela veut dire que d’autres sont aussi mal en point que moi, et il y a les abandons également. Ben ça alors ! Je me force à manger quelque chose de salé. Pour le sucré je crois que je suis full pour…une semaine au moins. La moindre évocation de pâtisseries / friandises me donne la nausée. Je prends deux tranches de pain avec un peu de saucisson…cela passe. En revanche vraiment je ne peux pas boire au risque de tout rejeter. On décide avec mon compagnon d’y aller et d’attaquer la fameuse dernière ascension : l’ascension qui tue. Lourtier / La Chaux : 1100 m de D+ sur 5 kms seulement. Une déclivité de malade. Un troisième traileur nous rejoint. Nous prenons notre courage à deux main (à deux pieds). On attaque et je me mets dans la roue de mon nouveau pote. Le troisième me suit. Vous voyez la figuration de la pente sur le schéma du profil de la course ? Et bien c’est conforme à la réalité …mais en pire !

Très vite c’est atroce. J’en veux au traceur qui doit être un pervers. C’est un chemin « droit dans le mur ». Pas de répit. C’est comme La côte de Beaunant (cf. La SaintéLyon), mais sur 5 kms. Je sens que je ne vais pas pouvoir tenir le rythme que notre ami nous impose. Lui tient bien, moi pas. Je me sens être la souris dans une roue de laboratoire. Je n’ai pour champs de vision que les talons du traileur devant moi. Pas de paysages à contempler, on est dans un sous bois complètement noir. Il faut avancer et mettre un pied devant l’autre avec le palpitant qui est assez haut. Mais je n’en peux plus, je sers les dents pour poursuivre. Je me dis que je ne pourrai pas courir une autre X-Alpine, c’est trop dur. Rien qu’à cause de cette montée de malade je ne pourrai plus jamais prendre le départ d’une X-Alpine. Je laisse le troisième traileur de notre petit groupe passer devant moi, je préfère être lanterne rouge à qui on n’impose plus le rythme. Je suis à bout. Finalement j’arrive à adopter un rythme qui me convient mieux en faisant de tous petits pas. Cela me soulage. C’est pas mal du tout. Tiens au fait je me rend compte qu’il est 4 heures du matin et que je viens de faire un tour de cadran depuis le départ pour la première fois que je pratique cette discipline. Notre leader a pris la poudre d’escampette, on ne le reverra plus. Nous sommes donc deux.

Et puis finalement on sent que la déclivité est un petit peu plus tolérable, on sort des sous bois pour arriver vers les paysages d’alpages. Je me sens mieux. Mes problèmes de nausées ont disparu d’un coup d’un seul. Et c’est finalement un peu mieux en point que j’arrive à La Chaux laissant mon deuxième compagnon à 100 mètres derrière moi. J’entre dans le bâtiment près de l’arrivée du télésiège de La Chaux. Cela ressemble à un self de montagne.

La Chaux : Km 113 et 8324 m de D+ depuis départ / Il est 05h 04 soit 25h 04 de course / classement 62 (perte 4 places)

Cette fois je sais que je serai finisher, mais je ne sais pas encore quand. Nous sommes 4 dans ce ravito. Il y aussi deux bénévoles derrière le comptoir du self. Il y a un papi traileur qui doit être au moins VH3 (mes respects !), mais probablement parti à 1 heure du matin. En fait je suis fourbu, j’ai l’impression d’avoir revêtu une armure très mal huilée. Mes articulations on perdu de la mobilité. C’est vraiment un gros risque de devoir s’arrêter dans un lieu fermé où il fait chaud, j’ai l’impression que tout mon corps se raidit. J’ai soif d’eau clair ! Je prend deux gobelets d’eau qui font du bien. On demande aux bénévoles ce qu’il reste à parcourir et là. « Oh il reste 7 kms ». Et là la réaction de papi traileur est vive et spontanée « 7 kms !!!! ». Et le bénévole d’ajouter : « Mais ce n’est que de la descente ». Papi traileur faisant des yeux gros comme des soucoupes : « Mais c’est pire !!! ». Et je ne peux qu’acquiescer. Je le regarde et hoche la tête ne pouvant plus parler, n’ayant plus la force de dire un seul mot. Oui il a raison, c’est pire. Je ne peux plus entendre parler de descente, mes quadriceps me l’ont fait comprendre sur les quelques rares portions de déclivité négative à l’approche de La Chaux. Je sens que je suis tout déglingué. Il ne faut pas traîner, plus on restera ici au chaud plus on aura du mal à repartir. Aller Go ! Je sors et m’aperçois que la lumière s’est faite déjà plus intense. On est entre chien et loup. Le petit matin est déjà là. Cela dit je ne vois pas encore Verbier là bas loin, très loin en contre bas. Cela va être compliqué cette descente.

Et puis j’ai hyper froid, j’avais rangé mon Gore Tex sur la descente du col de Mille pour rester en TShirt. J’ai trop la flemme de le ressortir, cela va me demander de l’énergie que je n’ai plus. Finalement mes quadri tiennent le coup. J’éteins la frontale à mi pente. Je croise des coureurs de l’épreuve de la Traversée (épreuve dont le départ est à La Fouly) dans le sous bois. Je reçois un beau SMS réconfortant de Fabrice qui veut me voir arriver en direct live, c’est beau d’avoir un frère en or ! En revanche j’ai du mal à joindre Laetitia qui doit dormir. Nannn, elle m’envoie un SMS, elle est bien réveillée ! Et curieusement je trouve que la descente n’est pas si longue que cela. Ça y est j’arrive aux contreforts de Verbier. La boucle sera bientôt bouclée. Je commence seulement à prendre conscience maintenant que oui je vais être finisher, à goûter à la joie de l’être. Laetitia m’attend devant l’hôtel W (au départ du télésiège de La Chaux). On court les derniers 200 mètres ensemble. On franchit l’arche ensemble.

THE END

Verbier : Km 111 et 8400 m de D+ depuis le départ / Il est 06h 18 soit 26h 17 de course / classement définitif 62

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Ça y est, j’en rêvais chaque matin durant ma séance d’endurance depuis 18 mois : It was hard, it was crazy… But now =>> I’m X-Alpine.

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  • Statistiques personnelles : 

Classement scratch : 62 sur 206 finishers (soit un classement individuel dans les 30% des finishers)

Nombre de coureurs au départ : 476 (soit un taux d’abandon de 57%)

Classement VH1 : 21 sur 74 finishers VH1 (soit dans les 28% de ma catégorie finishers)

  • Caractéristiques de la course X-Alpine selon scoring de l’ITRA (International Trail Running Association) :

Rappel : X-Alpine : 111 kms pour 8400 m D+/-

Score ITRA Endurance : 6 sur une échelle de 0 à 6

Score ITRA Montagne : 12 sur une échelle de 0 à 14


  • Remerciements personnels à 3 personnes :
    • Mon frère Fabrice qui m’a apporté un indéfectible soutien par ses SMS qui m’ont fait beaucoup rire et également très chaud au cœur.
    • Mon pote Sylvain : traileur lui-même, mon ami d’enfance toujours fidèle au poste et qui sait trouver le ton juste.
    • Mon « grand » Rémi : le tri athlète éclectique qui m’a donné des coups de pied aux fesses par SMS..et en souvenir de cette sortie improbable à Lille à 5 heures du mat après un concert.
  • Et mention spéciale à mon épouse pour son soutien inconditionnel et ses petits soins…

X-Alpine 2016 : le point sur la préparation

Comment va le bonhomme qui va courir ?

L’heure de la nouvelle confrontation avec la montagne, mais surtout avec moi-même est bientôt arrivée. J’ai pour habitude de dire qu’après l’abandon de l’année dernière « j’ai toujours une X-Alpine en travers de la gorge » et que celle-ci n’est toujours pas passée. Seuls le passage de l’arche d’arrivée et le statut de finisher « I am X-Alpine » me permettront de tourner la page. Bon je pousse un peu.

En principe dans moins de 7 jours j’aurai achevé la X-Alpine (#TVSB2016)…tout du moins la barrière horaire aura été dépassée.

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Alors avant de se projeter, retournons nous pour faire le point sur la préparation de mon objectif majeur de l’année 2016.

Ce matin je terminais ma dernière séance de préparation spécifique. Préparation spécifique, préparation spécifique ?… je n’en ai point puisque ma séance de course à pied est toujours la même : toujours la même depuis 2 ans.

Mes sorties – que dis-je? – Ma sortie peut être résumée en quelque points :

  • Séance d’endurance fondamentale, c’est à dire courue aux sensations avec l’objectif d’être en totale aisance respiratoire.
  • A quelle allure ? : Je n’en sais strictement rien, « je cours sans montre ! » … pas tout à fait vrai avec la RCX5 Polar mais sans GPS ni accéléromètre (car il ne s’attache pas sur les Rapa Nui). Mais je soupçonne à environ 6 min / km.
  • Principe de fréquence et de régularité : courir le plus souvent possible pour que cela devienne une seconde nature.
  • Le matin à jeun : en semaine à partir de 5h30 jusqu’à 7h30 environ et le WE à partir de 7h30. Mais il m’arrive que mes journées off se concentrent le WE.
  • Durée : environ 2 heures.
  • Lieu ? De mon domicile en direction du trottoir de ceinture du Parc des Buttes Chaumont : « quelques petits tours et puis s’en retourne ».

Alors cela a donné quoi par exemple sur le mois de juin qui vient de s’achever ?

Séances mois de juin 2016 prepa X-Alpine

Le bilan du mois de juin :

  • 6 matinées OFF.
  • Une moyenne de 11 heures de CAP par semaine soit une moyenne de 110 kms par semaine si l’on valide l’hypothèse que je cours à 10 km/h ce dont je ne suis pas certain, c’est une estimation à la grosse louche.

Comparaison de ma préparation avec l’année dernière à la même époque en faisant des statistiques sur les 7 dernières semaines :

tableau rectifie 2015 2016

Que faire dans les jours qui viennent :

C’est la semaine de tapering (affûtage). Je vais continuer à courir tous les matins jusqu’à jeudi mais en raccourcissant la séance à environ 1 heure. Ne pas oublier que la fréquence et la régularité sont pour moi la clef.

Par ailleurs il va falloir veiller à dormir en ne laissant pas passer le train de 23h30, que j’ai malheureusement loupé toute la semaine pour arriver ce matin à ma pire séance de l’année.

En bref, je suis crevé.😉

 

 

 

 

 

 

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X-Alpine 2016 : A quoi cela ressemble ma course de dans 7 jours?

La voilà ma grande épreuve Trail de l’année 2016 : la X-Alpine qui est l’épreuve reine de la TVSB (Trail Verbier Saint Bernard qui comprend 6 courses dans les Alpes suisses en plein Valais avec pour point d’arrivée de toutes les compétitions la station de Verbier).

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  • En quelques chiffres la X-Alpine c’est quoi?

111 Kms / 8400 m D+ et D- à parcourir en moins de 35 heures (barrière horaire à Verbier).

  • Particularités de la X-Alpine :

Cet Ultra Trail est considéré comme un trail « très alpin » car le rapport entre le dénivelé et la distance à parcourir est forte : 8400 m D+ : D- sur 111 bornes.

Pour mémoire la CCC (Courmayeur Champex Chamonix) c’est « seulement » 6100 m pour 101 kms. La Eiger dans les alpes suisses germanophones c’est « seulement » un rapport de 6700 m pour 101 kms…et quant à la célèbre course UTMB c’est certes 10 000 m de D+ mais étalés sur 170 kms. Donc pour cette dernière un parcours qualifié de plus roulant.

En clair la X-Alpine ce n’est pas roulant, c’est alpin ! C’est à dire que l’on est en situation de devoir affronter des pentes raides à la montée comme à la descente.

profil 2016

En effet comme il s’agit d’une boucle le D- est également de 8400m. Et nous n’avons de cesse de répéter que sur un Ultra en montagne le dénivelé négatif est beaucoup plus traumatisant pour l’organisme (les quadriceps devant lutter contre la gravité en travaillant en excentrique) que le dénivelé positif qui semble obséder l’observateur…tout comme les organisateurs qui mettent surtout en avant cette caractéristique sans systématiquement mentionner le D- (information qui ne se déduit pas aisément quand le parcours n’est pas une boucle).

Cela dit cette course est juste magnifique pour ce que j’en ai vu (c’est à dire la première moitié pour cause d’abandon à mi parcours l’année dernière) et j’ai hâte de découvrir la deuxième partie du parcours qui est encore plus belle au niveau du col des chevaux et du Grand Saint Bernard à la frontière italienne / suisse.

Bon allez je ne peux m’empêcher de faire figurer le lien vers le teaser (cela dure à peine 1 minute) qui dévoile quelques magnifiques portions du parcours. Et rien que pour l’image de fin montrant la victoire d’Arnaud Lejeune que j’ai vu franchir la ligne d’arrivée je vous demande (non « de vous arrêter ») mais de cliquer sur le lien et de mettre les enceintes à fond.

Mais la vidéo documentaire de l’année dernière (plus longue…15 minutes) vaut également le déplacement notamment grâce aux témoignages des coureurs et des organisateurs. Vous comprendrez mieux pourquoi j’aime cette épreuve.

 

Mon récit des 105 kms de l’Ultra Trans Aubrac 2016

105 kms de l’Ultra Trans Aubrac, après validation des checks points, mon classement officiel est désormais tombé. Je suis le 33 ième finisher au général de cet Ultra Trans Aubrac parmi 180 coureurs (et coureuses) qui sont allés jusqu’au bout du bout…de la boue ! Oui trop facile celle-là.
Mon chrono est de 15h 35min. Celui du vainqueur de 11h 42min.
257 coureurs courageux étaient au départ, 180 à l’arrivée, soit un taux d’abandon de 30% (22% l’année dernière)
Dans ma catégorie qui me donne un coup de vieux (les VH1), je termine 10 ième sur 71 finishers quadragénaires aux cheveux blancs.
C’est ma deuxième participation consécutive à cet Ultra. Pour le récit de l’année dernière c’est là.
Voilà c’était pour les chiffres et tuer le suspens. Maintenant place à l’histoire, au récit, avant que tout cela ne s’efface, avant que mon cerveau ne fasse son travail d’érosion me donnant l’impression que c’était finalement facile alors que c’était une « sacrée aventure galérienne » (c’est un néologisme perso, ne cherchez pas dans le dictionnaire). Pour ceux qui n’aime pas la (mauvaise) littérature et qui sont plus intéressés par des concepts / idées / chiffres sur cet Ultra ils peuvent directement passer au dernier paragraphe pour la synthèse. Pour les autres qui vont lire ma prose je leur promets du sang, de la sueur, des larmes…mais surtout beaucoup de boue.
Vendredi 22 avril, la veille de la course : j’ai 43 ans ce jour-là !
Cette année, contrairement à l’année dernière, je suis accompagné de ma plus fidèle supportrice : mon épouse. En fait j’ai réussi à la convaincre de venir en lui disant que nous passerions la nuit du dimanche au lundi au restaurant hôtel de Bras, Le Suquet (célèbre table 3 macarons Michelin) à Laguiole. Youpiiii ! Mais c’est aussi pour moi l’occasion d’avoir en ligne de mire une formidable récompense si je termine cet Ultra. Après l’effort…etc. Bref je vous fais l’économie de la formule.
La veille de la course nous arrivons à Rodez en avion, puis location de voiture, puis visite du centre-ville, puis déjeuner au Café Bras (essaimage à Rodez dans un format brasserie – plus accessible – du restaurant de Laguiole), visite du Musée Soulages, thé pâtisseries au café Bras (Encore ! Mais le lieu est tellement beau et bon, et puis vous me connaissez je suis un pilier de salon de thé), 18h00 retrait du dossard à Bertholène, arrivés à Saint Geniez d’Olt à 19 heures, puis crêperie pour le dîner, puis au lit à 22h30…et j’arrive à m’endormir immédiatement, VICTOIRE !!!! Oui c’est une victoire car les veilles de course où l’on doit se réveiller à 4 heure du matin, j’ai habituellement des insomnies. Et là je me réveille comme une fleur à 3h50, sans réveil, après avoir engrangé 2 à 3 cycles de sommeil bien positionnés (les plus réparateurs). J’ai la pèche il faut bien le dire, et cela fait du bien pour son capital confiance.
Je me rends à pied au gymnase (lieu de l’arrivée de la course) pour aller prendre la navette qui conduira les coureurs sur le lieu du départ (Château de Bertholène). Il pleut, je dois me vêtir de mon textile Gore Tex bleu qui sera le meilleur investissement de mon année 2016 à n’en pas douter… Dans la navette je discute avec un jeune originaire de Pau qui va courir son premier Ultra de +100 kms et qui me parle de son précédent abandon au raid du Morbihan (pensée pour Sylvain), j’ai un peu de craintes pour lui car aujourd’hui il faudra faire face à d’autres éléments que les embruns de l’océan.
Et c’est donc sous une pluie, battante cette fois, que nous arrivons à Bertholène, les vitres du bus sont plein de buées, et mon estomac me dit qu’il est à deux doigts de faire une vidange.
Dans le gymnase je prends un bol de thé et une tranche de Fouace (brioche locale excellente) servis par les bénévoles d’une sympathie et amabilité rare. Contrôle rapide de nos sacs pour checker le matos obligatoire, puis nous sommes invités à monter (déjà une montée, non compté dans le km de la course) sur la butte du Château de Bertholène de laquelle sera donné le départ à 6 heures. Finalement le top sera donné avec un retard de presque 15 minutes pour des raisons que j’ignore.
Et c’est parti. Je n’ai pas allumé ma frontale. Celles de mes camarades me suffisent et on sent que l’aube pointe son nez.  Il s’est arrêté de pleuvoir. Le sol est humide. La première partie est très roulante même si on peut très vite comprendre que le terrain sera gras, donc technique, et que cela consommera beaucoup plus d’énergie que l’année précédente.
Ma stratégie de course :
Ma stratégie de course est très claire et précise. Je cours au cardio. Il n’est pas question pour moi de dépasser un niveau d’effort qui serait supérieur à 70% de ma FCMax (Fréquence Cardiaque Maximale). J’ai les yeux rivés sur ma montre. L’idée est d’appliquer cette stratégie au moins jusqu’au km 75…et ensuite de lâcher les chevaux (s’il reste des chevaux à lâcher…). Donc au moindre faux plat montant je regarde ma montre pour être sûr de ne pas dépasser ce seuil, le cas échéant je ralentis, je trotte, je marche dans les montées un peu raides. J’attends que ma FC revienne sous le seuil avant de me remettre à courir. Cette stratégie, on arrive à la suivre scrupuleusement tant que l’on est lucide. Cela dit, au fil des heures qui passeront je serai de moins en moins discipliné jusqu’à ne plus être capable de checker les pulses.
Tout se passe bien je suis dans ma bulle assez concentré comme on peut l’être au début d’un trail. Les choses se gâtent bien plus tard.
Il y a une descente en mur hyper technique à cause de la boue juste avant d’arriver sur Saint Côme d’Olt. C’est la première fois que je fais chauffer à ce point les quadriceps en excentrique pour lutter contre la gravité. C’est mon point faible. Cela glisse, il y a des pierres bien coupantes qui n’attendent que de vous faire trébucher ou vous trancher si jamais vous vous affalez sur elles. Premières frayeurs lors des moments d’instabilité / glissades qui vous font monter le niveau d’adrénaline et le palpitant, et ce n’est que le début…
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1er ravito : Arrivé à Saint Côme d’Olt au km 23 après un peu plus de 3 heures de course.
J’arrive en retard sur le chrono de l’année dernière mais en ayant finalement consommé moins de carburant puisque mon niveau d’effort (mesuré par mon cardio) est de 10 pulses en moins / minute sur cette même portion.
Je prends mon temps au ravito. Je bois pour la première fois depuis le départ (car parti avec les gourdes vides) du coca aveyronnais, je mange des bananes, je mange du cake… jamais autant mangé lors d’un premier ravito. J’ai toujours la trouille de trop manger et de devoir recourir avec un estomac trop lesté. Il est temps de partir après avoir rempli d’environ 20 cl une gourde de coca (cela me suffira jusqu’à Laguiole au km 55).
Je repars, il s’est écoulé 3h 20min depuis le début de la course. Je suis en retard de 20 minutes par rapport à l’année précédente.
La partie à venir est celle où je vais prendre le moins de plaisir. Le paysage n’est pas celui que je préfère. Ce sont des sentiers en sous bois. Globalement c’est assez difficile il y a pas mal de montées sans pour autant que cela soit des murs. Je n’ai pas de très bonnes sensations. Le temps passe assez lentement. L’objectif que j’ai en tête est de retrouver Laetitia lors du croisement d’une route de bitume au lieu dit de « La Vitarelle », sauf que je n’ai aucun repère (je n’ai pas de GPS) et ignore donc le kilométrage couru. Je prends en chasse un duo composé d’une femme (qui a un sacré rythme !) qui manifestement a couru l’UTMB si j’en crois son sac à dos estampillé du fameux logo ainsi qu’un jeune homme, un crack au vue de sa technique et son allure, vêtu d’un haut blanc immaculé (comment il fait pour que son TShirt reste propre lui ?) et qui a le look d’une star avec ses lunettes de soleil (superfétatoires puisque le ciel est plombé et qu’il n’y a aucun rayon). Ce duo court ensemble et je me dis que le jeune homme est le coach de la jeune femme à moins que cela ne soit l’inverse ? Bref ils jouent le rôle de lièvre. Je les dépasse, ils me dépassent… plusieurs fois.
Et c’est enfin la rencontre avec Laetitia. J’ai faim ! Sauf que…Laetitia a juste oublié de prendre mes boîtes à victuailles.
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Mais elle peut encore me voir à 10 kms de Laguiole soit d’ici 30 minutes environ. Cette fois le parcours comprend des sentiers plats complètement détrempés et recouverts de mares de boue. Et c’est parti pour les bains de pieds. La boue peut monter jusqu’à mi mollet. Et à partir de maintenant on aura les pieds mouillés pour le restant de la course. En fait à ce moment là j’ai mon premier « sérieux coup de moins bien ». En dehors des mares de boue où évidemment on n’a pas le choix, je me mets à marcher même sur des portions plates sur bitume. Je connais une vraie baisse d’énergie mais qui sont des situations que je commence à dompter et connaître sur ce type d’épreuve. Le moral et la forme physique suivent une courbe sinusoïdale sur les trails longs et il ne faut pas y attacher trop d’importance, il faut attendre que cela revienne.
Nouveau stop avec Laetitia, elle voit à ma mine que cela ne va pas trop bien. Je lui donne le change en lui disant que « cela va pas trop mal »…euh « enfin pas hyper bien ». Je mange des greenies (comme des brownies mais au thé matcha) et financiers, évidemment pour ceux qui me connaissent, ce sont des douceurs « faites maison » ! Vivement Laguiole qui est à 8 kms environ. La portion qui reste sera infernale. Elle est majoritairement composée de sentier complètement boueux, les pieds ont un peu froid. Il est inutile de vouloir contourner les mares : parfois c’est impossible, parfois dangereux car on frôle les barbelés qui clôturent les champs adjacents, et on perd beaucoup d’influx nerveux à vouloir jouer au contorsionniste. C’est inutile, allons tout droit comme dans un bain en Thalasso et floc floc floc…
2ièm ravito : Arrivé à Laguiole au km 55 après environ 8h de courses.
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C’est très drôle Laetitia est venu me rejoindre en amont du ravito de Laguiole juste à la sortie du sentier boueux. On fait la traversée de Laguiole ensemble, on marche, on trottine, on passe devant la statue du bœuf avec ses testicules « bene pendentes » (oui c’est du latin et c’est une expression consacrée…pour les Papes et pas que pour les bœufs). Au ravito je vais prendre mon temps, Je bavarde avec Laetitia la bouche pleine.
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Ravito de Laguiole : une joie indescriptible se lit sur mon visage.
Je me restaure : toasts de pâtés, soupe, mes greenies, mes financiers. Je boulotte et d’ailleurs je culpabilise de boulotter autant mais c’est plus fort que moi, mon corps, mon cerveau primaire réclament. Je sais qu’il y a une grosse montée à la sortie de Laguiole en direction de la station de ski et mon cortex cérébral quant à lui craint d’avoir l’estomac trop lesté pour l’affronter.
Point négatif pour le moral en regardant ma montre, je prends conscience que pour cette année il me sera impossible d’améliorer sensiblement mon chrono. Je me dis qu’il sera même impossible de faire comme l’année dernière ! Je demande au représentant du check point quel est mon classement actuel, le bénévole me dit qu’il y a devant moi environ 60 solos. De mémoire l’année dernière j’étais dans les 70 premiers à ce niveau de la course, donc finalement ce n’est pas si mal.
Il est temps de partir en laissant mes illusions de bonne performance à Laguiole. Next rendez vous avec Laetitia à la station de ski et place à la plus belle partie du parcours, celle pour laquelle je me suis réinscrit cette année. L’Aubrac et ses plateaux, ses alpages, c’est maintenant !
Je repars, il s’est écoulé 8h 20min depuis le début de la course. Je suis en retard de 10 minutes par rapport à l’année précédente.
C’est très dur de reprendre la course sur du bitume dans les faubourgs de Laguiole. On traverse la forge / magasin d’usine des fameux couteaux. Et puis très vite on ré-attaque le sentier qui nous monte vers la station de ski.
Je commence à reprendre du plaisir car c’est beau, le temps est assez sec. On sent que cela se lève.
Et c’est la plus belle partie du parcours qui commence, qui plus est sous le soleil. La végétation change, ce sont les alpages, une brève escapade sur des sentiers souples, secs (mais oui, mais cela ne va pas durer très longtemps). On a l’impression de courir sur des plans de billard. Un coureur que j’avais croisé sur cette même course l’année précédente, Olivier, me reconnaît et se souvient même de la conversation que nous avions eue à cet endroit même de la course, c’est incroyable. Nous courrons exactement à la même allure. Sans pour autant être toujours l’un à côté de l’autre nous nous verrons / croiserons quasiment jusqu’à la fin de l’épreuve.
Il fait chaud, cela tape. J’ai dû ranger mon imperméable Gore Tex pour ne laisser que ma première couche à manche courte. Et je retrouve Laetitia qui est venue à ma rencontre quelques hectomètres avant la station de ski de Laguiole.
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C’est le bonheur, l’euphorie quoi ! Quand je vous disais que le moral lors d’un trail suivait une sinusoïdale, et bien à ce moment la courbe est au plafond. Au croisement de la route je laisse Laetitia. On se croirait dans un film à l’eau de rose avec une voix off qui dirait « Ils s’embrassèrent, ils se quittèrent et se jurèrent de »…se retrouver au prochain point de rendez vous une demi heure plus tard !
Je retrouve ma petite femme rapidement au prochain point de rendez vous sur route pour marcher avec elle en direction du point culminant de ce trail. Point à partir duquel nous avons une vue à 360 degrés sur l’Aubrac. On prend notre temps pour prendre des photos.
Je n’ai plus l’impression d’être sur un trail mais plutôt sur une randonnée estivale. Mais pourquoi pas ? C’est une belle parenthèse de 15 / 20 minutes. Je laisse Laetitia au point culminant pour initier la descente en direction du Buron des Bouals (prochain ravito officiel).
Il s’écoule 1 heure / 2 heures ? je ne sais plus. J’aperçois un enclos de prés aux vaches. La signalétique nous pousse à l’emprunter, il y a deux tentes. En fait il s’agit d’un ravito surprise. Et quel ravito ! Il y a un barbecue avec des saucisses grillées, des tranches de pain avec de la terrine. 5 ou 6 bénévoles tiennent le camp. C’est juste surréaliste. Et cela fait un bien fou, on nous offre un gobelet de thé vert sucré qui fait du bien. Je mange de tout mais je me restreins dans le boulottage désormais car je sais que lors du prochain ravito (à 8 kms) du Buron au-dessus du village Aubrac, le ravito est chaque année exceptionnel.
A partir de maintenant le climat va commencer à se gâter. Le soleil se fait la malle. Les nuages menaçants refont surface. Le terrain va également changer. Les tourbières vont commencer à faire leur apparition. J’arrive près d’une cascade et la grêle se met à tomber. Je m’abrite sous des arbres pour remettre mon Gore Tex de couleur bleue que je ne quitterai plus jusqu’à la fin de l’épreuve.
Et au loin à travers la brume qui commence à se lever j’aperçois sur la droite de l’horizon une masse imposante, une église énorme, massive, austère il s’agit de l’église du village Aubrac. Le balisage nous fait tourner à gauche pour nous engouffrer dans un buron : le Buron des Bouals : notre dernier ravito officiel.
3ièm ravito : Arrivée au Buron des Bouals (près du village Aubrac) km 75.
Et quel ravito ! C’est un festival. Il s’agit en fait d’une tablée énorme sur laquelle figurent canapés, verrines de grands chefs pâtissier. Et quel chef ! En effet le pâtissier qui nous a concocté les verrines n’est autre qu’un ancien pâtissier formé chez Bras (le triple étoilé). Et je ne puis m’empêcher de tout déguster, verrine après verrine, canapé sucré après canapé sucré. Il y a également de la Fouace et du gâteau cuit à la broche (spécialités aveyronnaises). Bref, les sirènes sont là pour me faire trébucher et je ne suis attaché à aucun mât. Sauvez moi ! Il faut à un moment donné se faire violence pour s’extirper de ce lieu de plaisirs gustatifs et veiller à ne pas se tirer une balle dans le pied (enfin plutôt dans l’estomac en l’occurrence). Il reste 25 kilomètres (le plus difficile est à venir) et trop engloutir à se rendre malade peut être un piège.
Juste après le buron je retrouve Laetitia sur le GR à Aubrac : changement de gants express (je prends mes gants oranges fluo qui sont du plus bel effet) prises de quelques photos, quelques encouragements et c’est reparti. On se donne rendez vous vers le km 87.
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Le Schtroumpf bleu au fond c’est moi.
Je repars, il s’est écoulé 11h 37min depuis le début de la course. J’accuse un retard de 32 minutes par rapport à l’année précédente. Le retard s’est donc accru j’ai vraiment pris mon temps sur cette portion.
« L’Ultra Trans Aubrac commence maintenant ! »
C’est ce que j’avais dit la veille au soir à un compagnon de trail dans la crêperie. Il faut arriver relativement bien au Buron des Bouals car le plus dur est à venir.
Et à partir de maintenant l’Ultra Trans Aubrac commence réellement pour moi. Je sais que je vais entrer dans ce qui avait été un tunnel l’année dernière : je n’avais pas mis moins de 4h30 de course à partir d’Aubrac pour rejoindre la Finish Line de Saint Geniez d’Olt. Le physique peut lâcher et on doit compter sur sa volonté pour tenir le coup. A partir de maintenant il y a de gros risques que la sinusoïdale du baromètre de l’état psychique tutoie le plancher et y demeure scotchée.
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La première heure se déroule et les difficultés s’accumulent : chemins parfois rocailleux, boueux et glissants, quand le chemin emprunte les alpages il s’agit en fait de tourbières. Je perds l’équilibre, chute arrière : les fesses dans la boue, mes gants orange fluo ne seront pas restés secs très longtemps (30 minutes). C’est le bonheur ! Puis j’ai le souvenir d’une très longue descente qui nous fait quitter les paysages d’alpage. Nous retournons dans un paysage forestier que nous ne quitterons plus jusqu’à Saint Geniez d’Olt : au revoir les beaux plateaux pelés de l’Aubrac. Désormais on s’enfonce dans la jungle, humide, hostile. Et le ciel restera couvert, le fond de l’air va demeurer menaçant. Il y a aura souvent de la bruine, de la pluie fine. Sale temps pour ceux qui souffrent d’arthrite !
Après cette longue descente, l’itinéraire suit un long cours d’eau. Ma panoplie de Schtroumpf aux gants orange n’est pas vraiment adaptée à la situation. Des troncs d’arbres bloquent le passage, on doit traverser des cours d’eau sans autre moyen que de prendre des bains, parfois on traverse des champs de rizière (c’est une image). Je troquerais bien ma panoplie de Schtroumpfs pour celle de Sylvester Stallone dans Rambo avec le couteau entre les dents : bien plus adaptée à la situation. Et je me mets à courir (faut être fou) et je me prends un sérieux carton : jolie vol plané, chute avant, je me retrouve plaqué au sol…Outch !! Rien de cassé, mais cela calme. Heureusement que mon buste à la Sylvester Stallone me permet de protéger mes côtes. Il va falloir veiller à lever les pieds désormais. Je me souviens que d’ici l’arrivée il va falloir grimper encore quatre montées face au mur et dont le premier est juste une horreur. Il faut entendre par là que le premier mur nécessite parfois d’être à quatre pattes et que l’on n’a pas le droit de dévisser sinon on ne remonte plus. Le chemin est comme il se doit bien boueux. Le cardio monte très haut. Ah au fait le cardio, cela fait un bail que j’ai oublié de le checker celui-là ! De toutes manières la ceinture commence à tomber, je n’arriverais pas à la remettre en place : je suis trop cuit. Et puis à ce stade de la course toute contrainte d’ordre logistique (sortir un vêtement, sortir un gel etc…) nécessite de fournir un effort colossal. Même le fait de sortir le téléphone de la poche pour mettre au point le rendez vous avec Laetitia me demande un effort surhumain.
Arrivé au point de passage du km 87 : il y a une tente avec des bénévoles dont l’objet sera d’arrêter les coureurs qui seront en dépassement de la barrière horaire…mais Laetitia n’est pas là. Pas de réseau sur mon mobile. J’attends 2 / 3 minutes puis décide de continuer. Tant pis, rendez vous manqué. Je poursuis, très concentré. J’ai le souvenir de l’année dernière où mes quadriceps me faisaient terriblement souffrir. Je ne pouvais plus descendre, mes muscles ne me retenaient plus. Et tout d’un coup une angoisse m’étreint. Je me rends compte que je vais devoir terminer ce trail dans le noir ce qui requiert d’utiliser ma frontale. Or, je n’ai plus le souvenir de l’avoir rechargée : c’est bête de ne pas avoir vérifié ce détail !!!!! Je me souviens surtout de l’avoir déchargée cette semaine lors de mes sorties aux Buttes Chaumont mais comme l’éclairage urbain est suffisant et que le soleil se lève plus tôt je n’ai plus le réflexe de plugger ma frontale dès mon retour à l’appartement. Arghhh ! Angoisse quand tu me tiens. J’ai la boule au ventre. On est bientôt entre chien et loup. La brume vient de s’installer. Le sentier est devenu terriblement dangereux, aucune stabilité, une vraie patinoire sur plusieurs centaines de mètres. On est en descente. Un vrai enfer ce trail. Personne en visuel devant moi, personne derrière, je me sens bien seul. Cela fait des heures que je cours totalement isolé.
Le portable sonne. Laetitia m’attends sur une route goudronnée que je suis censé croiser. La descente dans laquelle je suis continue à être infernale parce que très dangereuse et sans aucun appuis. J’arriverai 30 minutes plus tard au point de rendez vous. On marche ensemble quelques centaines de mètres. Il y a un village en contrebas.
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Je lui demande de sortir ma frontale de mon sac car je n’ai plus l’énergie de le faire. Je mords dans mes greenies au thé vert matcha : qu’est ce que cela fait du bien ! Un vrai dopant ce truc, j’envoie la recette (de Grossman dans Un petit déjeuner à New York) sur demande. Je mets ma frontale et continue à courir, il reste une dernière bosse. On commence à ne plus rien voir du tout. J’attendrai la toute, mais vraiment la toute dernière minute (jusqu’à vraiment ne rien voir du tout) avant d’allumer ma frontale pour savoir… Alors elle est chargée cette frontale ???
Oui il semblerait qu’elle ait encore du jus.
Hourra ! Mais pour combien de temps ? Euh cela dit je vois à peine mieux. En effet il y a de la brume. Et vous avez vu le rendu d’un faisceau lumineux dans la brume ? Et bien on ne voit rien du tout, c’est le brouillard, un brouillard que l’on éclaire. En fait le brouillard joue un rôle de réfraction qui rétrécit le champs de vision. J’arrive tout juste à percevoir la signalétique du parcours. En fait mon faisceau est très étroit, soit je checke la signalétique et je ne vois plus du tout où je mets mes pieds, soit j’ai le nez collé au sol mais je ne peux plus voir la signalétique. Cela me bouffe une énergie énorme. Après cette dernière bosse il y a une longue portion de plat avant de redescendre sur Saint Geniez d’Olt. Je me mets à courir à vive allure (9 … 10 km/h ?). En face de moi je double quelqu’un. Cela fait bien deux heures que je n’ai pas croisé qui que ce soit. Et puis quelque minutes après on attaque la descente et là ! Pan ! C’est mon troisième carton de la journée. Je me retrouve à terre : probablement un joli vol plané. Je me relève avec quelques égratignures. Rien de cassé, tout va bien. Je vais mettre un peu le frein.
En descendant dans la forêt en direction de Saint Geniez d’Olt nous quittons le brouillard, nous longeons un cours d’eau. Je sais à ce moment là, connaissant le parcours, que la fin est très proche (3 kms ?). Je vais doubler deux concurrents à la peine. J’appelle Laetitia pour lui dire que je ne suis pas loin de l’arrivée et qu’elle doit m’attendre au gymnase. Ça y est, c’est la première grande et belle bâtisse du village, on peut y percevoir l’occupant affalé sur son canapé bien au chaud en train semble-t-il de regarder la télé. Je suis à 1.5 km tout au plus de l’arrivée. Traversée du village, la route qui mène au gymnase d’arrivée, le parking et j’entends au loin Laetitia qui sort de la voiture. Je m’attendais à la voir 300 mètres plus loin à l’entrée du gymnase. En fait elle a décidé de me suivre en courant, l’appareil photo à la main. Quelle drôle d’idée alors que je mets le turbo pour en finir au plus vite. Arghhh. Après le remake du film Rambo quelques heures plus tôt me voici dans le remake d’un film burlesque à la De Funès. Ma femme court après un schtroumpf aux gants oranges fluo (c’est moi) sur un sentier détrempé en simples baskets et appareil au point. Et comme dans tout film comique qui se respecte cela se termine par une glissage. Cela ne manque pas. Je lui cris « retourne au gymnase par l’entrée principale !! ». Mais non, elle est têtue. A 50 mètres de l’arrivée la voilà qui se mets à glisser sur le talus boueux en descente menant à un terrain de sport. Elle n’a rien, je lui rappelle de retourner à l’entrée principale du gymnase comme l’ont fait TOUS les autres supporters. Je continue, j’entre dans le gymnase noir de monde en direction du podium et je coupe cette finish line. Petite interview avec l’organisateur, récupération du TShirt de finisher….moments dont Laetitia ne sera pas témoin, le temps qu’elle trouve l’entrée du gymnase. Je quitte le podium…
Enfin, la voilà !
ÉPILOGUE
Le lendemain soir (dimanche 24 avril) nous passons la nuit au Suquet, le restaurant des Bras. Sébastien qui a pris le relais de son père Michel me fait l’honneur de poser avec moi et le TShirt de Finisher dans sa cuisine. Il me dit qu’il a déjà couru le marathon de New York et également l’Ultra Trans Aubrac il y a quelques années dans une équipe de relais ! Un grand chef triplement étoilé qui est également runner (comme un certain Thierry Marx). Chapeau bas. Le diner était juste sublime.
Avec Sébastien Bras
Avec le chef trois étoiles : Sébastien Bras. Coureur de trail également !
1/ ANALYSE DU CHRONO ET DE LA PERFORMANCE :
Mon chrono est de 15h 35min soit une avance de 2 minutes par rapport à l’année précédente. 2 petites minutes de mieux au final alors que j’accusais encore un retard de 32 minutes au km 75.
J’ai donc repris sur cette dernière partie (depuis le Buron des Bouals) 34 minutes par rapport à l’UTA 2015.
 
Mon classement est 33ième (dans les 18% vs all finishers) contre 48ième (dans les 28% vs all finishers) l’année dernière. Le progrès est assez significatif en terme relatif ce qui prouve à quel point les conditions étaient plus difficiles cette année. D’ailleurs le vainqueur termine cette année en 11h 42min (un extra terrestre) contre 10h 59min l’année précédente soit 42 minutes de plus !
Le taux d’abandon grimpe cette année à 30% contre 22% l’année dernière.
Chez les VH1 (les vieux quoi !) je suis 10 ième vs 72 VH1 finishers soit dans les 14% (l’année dernière j’étais dans les 27%).
  • Tableau de comparaison des deux UTA courus (2015 vs 2016)

tableau bilan des 2 UTA

2/ PENSÉES / RÉFLEXIONS PÈLE MÊLES
  • Grand coup de chapeau aux organisateurs / bénévoles
Autant le dire, mais franchement j’ai plutôt envie de le garder pour moi, je ne veux pas que ce trail soit victime de son succès. Mais ce Trail est juste géant. L’organisation est extraordinaire. Les bénévoles font preuve d’une amabilité rare. On a envie d’y retourner sans se poser de questions. J’ai pris mon abonnement.
  • La psychologie
Connaître le parcours et l’avoir déjà couru procure un avantage psychologique indéniable. En effet on n’est plus surpris, comme j’ai pu être l’année dernière, par des portions qui semblent interminables. Quand on recourt une course on connaît le story board et le cerveau n’est pas surpris.
Mes lecteurs assidus le savent je fonctionne toujours en ayant un ou deux titres (mélodies) en tête. Mon cerveau joue le rôle d’un Juke Box. Je n’ai jamais couru avec un casque, je déteste ça. En revanche j’ai toujours une ritournelle dans la tête : une mélodie bien entêtante qui m’aide à courir. Sur cet Ultra Trans Aubrac mon cerveau m’avait sélectionné et m’a fait tourner en boucle : Ghostmother de Moderat et Walkway Blues de M83. Je ne les choisis pas consciemment, c’est bien mon esprit qui en début de Trail se cale sur une ritournelle qu’il fait tourner en boucle de manière incessante. Parfois cela me gonfle car la boucle qui tourne dans ma tête doit durer 10 secondes et je repasse dessus des centaines (milliers ?) de fois comme un disque rayé…
  • L’équipement
Mes chaussures Hoka One One Rapa Nui sont le meilleur investissements chaussures de trail que j’ai jamais fait. Utilisées pour mes deux dernières SaintéLyon avec succès, ce sont MES chaussures de trail que Hoka One One malheureusement ne commercialise plus. J’ai fait tous les stocks et impossible de remettre la main sur une paire neuve. Et ce ne sont certainement pas les Speed Goat, ni les Mafate Speed qui les remplaceront. Ces deux derniers modèles ne me conviennent pas du tout.
Le blouson Gore Tex imperméabilisé bleu : isolant du vent, de la pluie, du froid. Une vraie bombe ce textile. Certes il peut y faire un peu chaud pour l’épiderme mais il ne faut pas croire à la magie non plus : on ne peut avoir un textile super isolant qui en plus respire. Cela n’existe pas.
  • La nutrition
Je n’ai pas arrêté de bouffer !! Il faut le dire d’autant plus que Laetitia était présente avec mes boîtes de greenies et de financiers homemade. Si l’on compte en plus le ravito surprise de saucisses / pâté vers le 75 ième. Le ravito pâtisseries verrines de l’ex Bras. J’ai bien dû ingurgiter le double de calories de l’année dernière c’est très certain ! Et je suis surpris de m’apercevoir que cela s’est déroulé sans problème digestifs. Finalement le fait d’étaler la prise alimentaire est une bonne chose et fonctionne pour moi. A noter « un vrai coup de bien mieux » après avoir mangé mes greenies à La Vitarelle (km 45 ?) et au km 97 alors que je me trouvais dans les deux cas dans une traversée du désert.
  • La forme physique
Au vue de l’amélioration de ma performance oui j’étais mieux préparé cette année et je me suis senti bien mieux d’où mon très bon finish.
Autre symptôme de ce meilleur état de forme. J’ai couru avec un coût énergétique moins élevé qu’en 2015 (pulses moyennes à 69% contre 75% de la FC Max l’année dernière) d’où ces bonnes sensations sur la fin du parcours.
  • Ma femme
Elle a été formidable et je l’embrasse fort. Que serais-je sans elle?
C’est bon vous pouvez sortir les mouchoirs et refermer votre tablette !

105 kms de l’Ultra Trans Aubrac : J-5

L’échéance se rapproche et c’est dans un état de grande fébrilité, dans tous les sens du terme, que j’aborde cette épreuve. Fébrile je suis car je ressens un grand état de faiblesse depuis dimanche : j’ai dû chopper un truc qui m’a complètement vidé de mon énergie. Chat dans la gorge, quelques frissons.

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Mais très fébrile et excité à l’idée d’arpenter ces sentiers, ces plateaux magiques. L’Aubrac c’est quelque chose !

Alors je résumerais ce post à travers trois mots : Inconscience / Constance / Espérance.

Inconscience :

Quand on s’apprête à (re)courir un Ultra de plus de 100 kms oui il y a forcement une dose d’inconscience au sens de « ne plus ressentir la souffrance que l’on va vivre » ou encore « ne plus ressentir la souffrance déjà vécue ». La lecture de mon récit l’année dernière m’a permis de me remémorer le fait que j’avais souffert à un point … que j’avais oublié ! Finalement notre cerveau est très bien fait il érode les souvenirs de souffrance, en tous cas physiques. Oui je me souviens d’avoir été en hypothermie à Laguiole et être à deux doigts d’abandonner si je n’avais pas eu de sac de change, oui je me souviens de ces regards dans le vide de traileurs exténués à l’arrivée comme le mien, ce corps cabossé. Je me souviens mais ne ressens plus !

Constance :

Avec constance ma préparation a été effectuée. A l’instar de celle produite pour la SaintéLyon. Toujours la même routine :

1/ des séances matinales de 5h30 à 7h30 à jeun.

2/ en endurance fondamentale sur les sensations.

3/ durée : environ 2 heures.

4/ terrain de jeu : le trottoir de ceinture de la grille du Parc des Buttes Chaumont.

Pas de « séances dures » de type VMA ou seuil.

Bilan kilométrique : environ 9 heures / semaines soit environ 90 kms de moyenne.

Oui je suis mieux préparé que l’année dernière au vue de …chiffres mais seulement de chiffres.

tableau bilan

Espérance :

Le départ a encore lieu à 6 heures du matin. Et j’espère terminer en moins de 15 heures cette année c’est à dire au coucher du soleil et ne pas avoir à rallumer ma frontale.

Ma femme sera de l’aventure cette année…en voiture avec le road book sur le siège du passager. J’espère la voir à de maintes reprises sur le parcours.

Et pour finir j’espère me régaler chez Bras à Laguiole, pour la récompense…

 

 

 

Films et vidéos à voir dès que possible

Le film/documentaire Free to Run bientôt au cinéma (le 13 avril 2016) et la vidéo Discover sur Youtube sont deux occasions de permettre aux runners de s’évader et de se projeter. Ces deux œuvres sont également deux occasions, pour ceux qui ne courent pas, de mieux comprendre pourquoi ceux qui s’adonnent à cette discipline ne peuvent pas s’en passer.

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Alors commençons par le film Free to Run du réalisateur Pierre Morath. Il s’agit d’un documentaire sur l’avènement de la course à pied dans notre société. Et si je vous parle de la revue Spiridon, le grand champion américain Steve Prefontaine vénéré tel James Dean, Frank Lebow l’instigateur du marathon de New York, Kathrine Swizer… Cela peut vous paraître décousu d’autant que vous n’en avez jamais entendu parlé. Et pourtant, pourtant…ces personnages ont jalonné l’histoire d’une discipline que l’on appelait « Jogging » il n’y a pas si longtemps.

Les thèmes abordés dans ce document sont très bien ficelés. Et parfois cela se regarde comme un thriller qui met en haleine.

Parmi les sujets nombreux :

  • la course à pied une discipline non reconnue et considérée comme subversive il n’y a pas si longtemps.
  • la course interdite aux femmes jusqu’à très très récemment…pourquoi, comment?
  • les conflits de pouvoir entre autorités de tutelle de l’athlétisme et les associations de coureurs.
  • les enjeux commerciaux (pour ne pas dire pognon) et les problèmes que cela pose dans un univers de coureurs amateurs : thème bien traité. Le réalisateur ne tombent pas dans les poncifs et clichés du style : « l’argent c’est pas bien, cela pourrit la discipline etc… »
  • Les raisons pour lesquelles les gens prennent plaisir à courir.

Et j’en oublie… et franchement c’est une sacré prouesse de pouvoir entremêler tous ces thèmes sans que cela ne fasse trop patchwork décousu ou lénifiant. Le fil conducteur est chronologique.

J’avoue avoir vibré à plusieurs reprises, notamment lorsque j’ai revu les images qui me touchaient plus particulièrement : pour les avoir vues lorsque j’étais gamin à la télé comme cette arrivée du tout premier marathon féminin des JO lors de ceux organisés à Los Angeles en 1984. Épreuve dont j’avais oublié le nom de la championne mais pas les images de la suisse qui est arrivé dans le stade en titubant, complètement déshydratée. Et le documentaire nous apprend que ce drame aurait pu sonner le glas de l’épreuve féminine dont la première programmation à des JO n’avait tenu qu’à un fil.

Le passage sur le mythique marathon de Boston et des images de la participation incognito d’une championne féminine (l’épreuve était interdite aux femmes) nous semble aujourd’hui juste surréaliste. Et à ce propos les images d’archives sont extrêmement bien choisies, le montage digne d’un thriller ; la « mise en scène » fait penser à un docu. sur l’assassinat de JFK.

Le témoignage de Frank Lebow (président du NY Road Runners) sur la gestion des enjeux financiers à propos du marathon de NY est truculente…et l’émotion que l’on ressent lors de son arrivée lors de son unique marathon de NY alors qu’il se sait atteint d’un cancer, est poignante.

Et puis et puis…j’ai eu l’impression de faire partie de l’histoire… de ce documentaire, car on y fait allusion à la fameuse édition du marathon de NY 2012 si controversée avec ces images de hall des marchands du temple où j’appris 30 minutes après avoir retiré mon dossard que l’épreuve était annulée. Les images de cette matinée rayonnante où les coureurs se donnèrent rendez vous à Central Park…malgré les pancartes de protestations -surprenantes – que j’ai découvertes lors de la projection… vous comprendrez en allant voir ce film pourquoi, je ne vous révélerai rien !

LE DOCUMENTAIRE DISCOVER

En visionnage sur Youtube actuellement. 22 minutes pour planer découvrir 25 sites de trail. Je n’ai rien d’autres à dire que de vous suggérer d’aller prendre votre envol et d’éteindre la lumière. Après vous aurez beaucoup de mal à choisir votre destination, même si ma préférence va aux Alpes, notamment les Dolomites, la Eiger … mais je vous laisse choisir la vôtre.