Récit de La Lavaredo Ultra Trail 2019

Je ne m’attendais pas à cela. On m’avait dit que les paysages étaient beaux, en fait ils sont plus que splendides et font partie des paysages de montagne les plus beaux que j’ai jamais vus. On m’avait dit que cet Ultra était roulant, en fait La Lavaredo est l’Ultra le plus difficile que j’ai couru. Finalement cette course cumule selon moi les superlatifs.

Prologue

Samedi 1er juin 2019. Il est 7 heures du matin, j’ai repris la course à pied après un mois d’arrêt complet suite à ma participation au Trail de la Trans Aubrac. Je suis exténué. Le dés-entrainement de ces 4 semaines d’arrêt est très sensible. Je souffre le martyr, avec une envie de rentrer très vite à la maison. J’ai l’impression de peser le poids d’un tank ou d’un Caterpillar. C’est ma séance la plus terrible depuis le début de l’année. C’est complètement idiot d’arrêter l’entraînement aussi nettement et aussi longtemps alors que j’ai la Lavaredo et ses 120 kms / 5800 mètres de D+/D- en ligne de mire dans 4 semaines. Je sais au fond de moi que c’est la séance la plus difficile que j’aurai réalisé durant ce mois de juin. C’est le prix à payer. Je note dans mes tablettes à mon retour à la maison : « Toujours faire des sorties, même de courtes durées, entre les épreuves entretenir sa forme physique, ne jamais arrêter ! ». Dégringoler de plusieurs barreaux d’échelle est beaucoup plus rapide que les remonter… Rien à dire d’autre que « l’entraînement en course à pied ; c’est ingrat. »

4 semaines plus tard, veille du départ

Arrivé à Cortina d’Ampezzo le jeudi 27 juin au soir après avoir essuyé de multiples épreuves notamment lors de la récupération de la voiture de location : 1 heure de temps d’attente au comptoir Europcar de l’aéroport de Venise / difficulté à trouver la sortie du parking / difficulté à payer le péage qui n’acceptait que des billets de banques et non la carte de crédit / 2 heures de routes dont 1 heure derrière un camion transporteur de marchandise sur une route nationale… Bref, je devais être à Cortina au faît de ma forme pour courir un Ultra Trail, or j’arrive à l’hôtel déjà épuisé psychiquement. Je passe rapidement sur mon dîner dont le plat de pâtes n’a aucune saveur car j’ai un rhume et les sinus un peu bouchés. Cela m’a valu des douleurs terribles aux tympans lors de la préparation de l’atterrissage de l’avion. Seul moment agréable de la journée : une petite ballade sur les lieux du crime à 24 heures du départ. Le sponsor de la course n’est plus The North Face mais la marque italienne La Sportiva inconnue en France.

Toute la station de Cortina (ville des JO d’hiver 1956) va battre au rythme des traileurs durant l’espace d’un week-end. Ce ne sont pas moins de 5000 coureurs qui sont présents et se répartissent à travers 4 épreuves différentes : tout d’abord la fameuse Lavaredo Ultra Trail de 120 kms (et 5800 D+/D-) à laquelle je participe, la Cortina Skyrace de 20 bornes en passant par la Cortina Trail (48 kms) et l’Ultra Dolomite (87 kms)…et puis les enfants ne sont pas oubliés puisqu’il y a une kids race (400 et 800 mètres). Bref, en tout ce sont près de 8000 visiteurs (les coureurs viennent aussi accompagnés) qui investissent les lieux le temps de ces épreuves. Dans les rues tout le monde arbore son maillot de finisher préféré à condition que cela soit une épreuve prestigieuse connue de tous : l’UTMB étant l’épreuve qui recueille le plus de suffrages manifestement. Et quant à moi j’ai une chemise bleue sous un coupe vent Gore car je dois me protéger du soleil qui me brûle. J’ai quand même le buff autour de la tête aux couleurs de l’X-Alpine … mais il semblerait que l’on me dévisage pour une raison que je n’ai à ce jour toujours pas comprise (cf. photo ci-dessous).

En tenue discrète qui ne passe pas inaperçue

Cortina d’Ampezzo est un petit village magnifique où l’on se sent bien. Il y a ce petit centre ville autour de son campanile dont toutes les rues sont piétonnes. Tout autour le panorama est grandiose avec des massifs de montagnes qui ne ressemblent en rien aux Alpes françaises ni à celles du Valais (Suisse).

C’est le jour J. Je me réveille sur les coups de 6h30, difficile de faire plus tard. Moi le matin j’ai la pêche. Je prends un petit déjeuner limité à 2 œufs durs et une tranche de pain de mie toasté : je fais de vraies folies ! Il est trop tard pour prendre des fruits et légumes. J’ai besoin d’avoir un système digestif allégé et non encombré. A 9 heures je vais voir le départ de la Cortina Trail (48 kms).

Je voulais assister à la Kids Race à 10 heures mais le départ est reculé de 30 minutes. Tant pis je prends la décision d’aller retirer mon dossard au Ice Stadium non loin de là. Je ne veux pas trop traîner. Or, le retrait me prends 1 heure. Fil d’attente de dingue le long de la piste de Curling … C’est incroyable, seulement 4 personnes pour le contrôle de nos sacs avec matos obligatoire et 2 autres seulement derrières pour la remise des dossards ! Je n’ai jamais vu cela même pour une petite course de 10 bornes dans un arrondissement parisien. C’est même grotesque. Au niveau de l’évaluation les traileurs ne les louperont pas, en tous cas pas moi. Zut alors ! J’entends dans la file d’attente des propos du style « c’est l’Italie »! Cela m’écorche les oreilles moi qui suis d’origine transalpine mais ne puis que faire le constat que … cela est parfois justifié.

Passons. Il est l’heure d’aller déjeuner. Je vais me remettre en allant me prendre une énorme glace italienne d’un artisan chocolatier qui les turbine sous vos yeux. Je prends un truc énorme, le tarif est au poids. Il correspond au volume d’un très gros gobelet (30 cl ?) en plastique complètement rempli car cela est très crémeux comme je les aime. C’est à mille lieux des quantités mesquines de trois petites boules qui se courent après dans les petits pots en carton que l’on vous sert habituellement dans les glaciers à Paris. C’est donc réconcilié avec les italiens que je retourne à l’hôtel pour une sieste.

J’arrive à somnoler dans la chambre jusqu’à 18 heures tout en écoutant un podcast sur la nutrition de l’Ultra Traileur. Fort de ces enseignements je ressors affronter la chaleur pour retourner chez mon glacier qui a les yeux médusés lorsque je lui demande de me resservir la même quantité de glace café et fiore di sambuco ainsi qu’un gobelet de chocolat chaud à la pistache surmontée d’une chantilly. REWARD / Rhaaa Lovely !!!!!!!!!

Comme ça je suis paré. Mes réserves de glycogène sont au top sans avoir encombré mon système digestif de fibres ou autre aliments solides ! Je sais que cela peut choquer ceux qui considèrent que les pâtes sont plus appropriées. Mais regardons de quoi est composé une glace : de sucre, de lait, du gras avec une densité calorique très importante tout cela dans un substrat liquide hyper facile à métaboliser par le corps, en tous cas le mien. J’ai déjà éprouvé avec succès ce type de menu avant une compétition et notamment mes trois derniers marathons.

Il est 18h30 et cela sera mon dernier repas de la journée. Je sais ce que vous vous dites en lisant ces lignes. Mais franchement vous pensez que c’est moins bien que des pâtes dont votre système digestif va devoir casser les molécules d’amidon pour que cela traverse la paroi intestinale ? A quelques heures du départ en ce qui me concerne cela me fait gonfler l’estomac.

Maintenant retour dans ma chambre où je vais essayer de dormir. Je n’y arrive pas mais reste allongé les yeux clos dans un état végétatif jusqu’à 22 heures.

Je me prépare et me retrouve à 22h30 dans le sas qui vient de s’ouvrir. Je dois être dans le premier tiers.

Ambiance de folie soutenue par le thème d’Ennio Morricone

A l’instar de l’UTMB qui a son hymne joué par Vangelis, Le départ de la Lavaredo a également sa musique traditionnelle sonnant le démarrage du chrono (à 23 heures tapante). The « ecstasy of gold » d’Ennio Morricone (BO du film Le bon la brute et le truand) raisonne dans tout Cortina. C’est énorme !

Une ambiance de folie qui me donne littéralement la chaire de poule. Le public est amassé le long du couloir de la course délimité par des barrières. Nous recevons une énergie énorme. Sur plusieurs kms mon cerveau va boucler sur l’air de « The ecstasy of gold » comme il l’a déjà bouclé certaines nuits depuis que je prépare cet Ultra. Ce compositeur me transporte !

Ces tous premiers kms de la course ne sont pas sans me laisser penser à la SaintéLyon. La ligne de frontale, ce bitume parfois, ces chemins très larges. Mais très vite on sent que l’on évolue dans un endroit très très particulier. On quitte un espace domestiqué vers quelque chose de beaucoup plus sauvage, parfois lunaire. Pendant près de 4 heures nous évoluons en file indienne ou parfois en pack. Lors du premier pointage (km 17) je suis en 457 ième position.

A partir de cet instant sur le col à venir je décide de rester concentré et de compter les dépassements comme pacman. Arrivé à Valbona et deux cols plus loin (km 34) après 4h21 minutes de course je pointe en 307 ième position.

En fait je me retrouve désormais avec un pack de coureurs qui n’ont pas l’air d’être des rigolos et qui arrivent super bien à relancer. Là je comprends que je vais devoir arrêter de vouloir gagner des places au risque de courir au dessus de mes capacités et de brûler mes réserves énergétiques jusqu’à l’explosion. Celle de laquelle on ne revient pas.

Il est 4h30 du matin et déjà on perçoit l’aube qui semble pointer dans le ciel à l’est. La nuit semble être passée à la vitesse de l’éclair…surtout quand on est habitué aux SaintéLyon qui ont lieu en décembre lors d’une des nuits les plus longues de l’année. Et c’est tant mieux, car le paysage qui se découvre devient juste un vrai cadeau pour ceux qui ont eu la patience de courir jusque là.

La beauté des paysages se dévoile dès 4 heures du matin

Nous voilà à l’aube le long du lac Misurina (km 42). Il est exactement 4h47 et je pointe en 296 ième position.

Nous attaquons le col qui conduit à l’un des points les plus remarquables de cet Ultra, ce qui en constitue le symbole et logo de la course à savoir le Tre Cime. Avant d’y parvenir nous nous arrêtons au refuge Auronzo (km 49) après une montée sèche qui en assèche plus d’un. L’intérieur du refuge ressemble à une coure des miracle. Certains sont complètement à la ramasse, on entends les râles d’un coureur en train de vomir…bref on n’a pas trop envie d’y rester longtemps. Comme à mon habitude j’ai ma routine ravito que je vous décris une fois pour toutes : Je bois à minima deux gobelets d’un mélange eau/coca et je prends deux croquettes pour chien (ce sont des biscuits secs italiens en vente partout et rien qu’en Italie conçus pour éprouver la solidité de vos dents). Je repars toujours avec mes 2 flasques remplies à raz bord d’un mélange eau/coca (soit 1 total de 150 cl).

Il Tre Cime : symbole de cet Ultra

Je sors de ce refuge pour profiter de ce moment exceptionnel de découverte d’un panorama tel que je n’en ai jamais vus. C’est juste splendide et me voilà transformé en photographe/touriste.

Je passe beaucoup de temps à prendre des photos. C’est quand même pour voir cela que je me suis inscrit. Or « plus on s’arrête … et plus on s’arrête » et moins on a l’énergie pour repartir. Je me fais déposer par deux bonnes douzaines de coureurs. Par ailleurs on a une grosse descente plutôt technique dans sa première partie qui me pousse à conserver le mode de touriste randonneur. D’ailleurs cela me donne un petit coup au moral. Le paysage change très vite, nous quittons le monde minéral et enneigé pour une vallée très surprenante. On se croirait en Amérique du Nord car le parcours emprunte un sentier le long d’un lac, le chemin traverse une forêt de résineux mais dont les arbres sont suffisamment espacés pour apercevoir ces falaises qui sont propres aux Dolomites et nulle part ailleurs dans les Alpes. Il ne manque que le garde forestier sur son cheval, des trappeurs et des kayakistes sur le lac pour croire que nous sommes au Canada. Le soleil commence à chauffer … à peine finalement.

J’arrive à la base vie de Cimabanche où nous récupérons le sac de change. Nous sommes à mi parcours à ma montre il est 9:04 soit 10 heures de course (km 67 et 3000 mètres de D+ derrière nous, 334 ième au classement). Je déchire mon sac en l’ouvrant alors que j’y ai inséré tout un change que je ne mettrai pas. Je n’exploite que mes blondies (gros sablés fait maison = bombes caloriques supérieures aux cookies) dont j’avale deux morceaux car je ne peux lutter contre le signal de la récompense émis par mon cerveau qui me dit « RE WARD » « RE WARD » après la première bouchée. Je me tartine de crème « anti-soleil non je ne t’aime pas moi non plus » avec un indice XXL sur toutes les parties qui dépassent.

Nous allons attaquer un nouveau col qui nous mène au refuge de Malga Ra Stua, je regrette de ne pas avoir pris des photos de la falaise / demi cirque que nous longeons sur notre droite, une partie de la roche est même colorée, c’est magnifique. A Malga Ra Stua j’ai été prévenu qu’il fallait impérativement non seulement remplir ses flasques mais aussi veiller à en remplir une de réserve car le manque d’eau peut être un gros sujet. En fait le manque d’eau ne sera pas juste un problème, cela sera un point crucial pour les … 4h 40 minutes qui vont me séparer d’ici le prochain ravito. En fait Ennio Morricone aurait pu nommer l’oeuvre qui nous a été diffusée lors du départ : « A la ruée vers l’EAU »

La ruée vers l’eau

Nous commençons par grimper le long d’une paroi, la pente est très douce et c’est à partir de ce moment que nous tous, coureurs, crevons de soif, et c’est une soif inextinguible. Il y a de nombreux cours d’eau où nous nous arrêtons tous, soit pour remplir nos flasques soit, comme moi, pour remplir son gobelet d’eau beaucoup trop froide pour mon estomac. C’est incroyable de se sentir rassasié en eau après deux gobelets remplis à raz bord…pour ressentir une soif de malade seulement 15 minutes après ! J’ai l’impression que l’eau s’évapore par tous les pores de la peau dans la minute qui suit son ingestion. Pourtant non, je ne peux pas dire que je ressens la chaleur. L’atmosphère est juste très très sèche. D’ailleurs je ne transpire pas une goutte ! Nous traversons une plaine d’altitude jonchée de petit cailloux tellement blanc qu’ils renvoient une lumière quasi aveuglante. C’est ce que je nomme la « Vallée de la mort ». C’est plat ou en très léger dévers mais on ne peut pas courir, impossible. Cela devait être le lit d’un glacier puis d’un fleuve puis aujourd’hui il ne reste qu’un tout petit filet de rivière qui, heureusement, nous permet encore et encore de nous abreuver. Ce décors de Far West est impressionnant, il est jonché de branches de bois morts complètement secs qui me font penser aux têtes de squelettes de bovins que l’on peut voir dans les BD de Lucky Lucke, il ne manque que les vautours au dessus de nos têtes…et bien sûr les Daltons ! On s’y croirait. Une énorme cascade d’au moins 50 mètres longe la falaise tout au fond sur notre gauche. Quant à nous, coureurs de la Lavaredo nous avançons clopin clopant comme des macchabées. Nous n’inspirons pas la grande vivacité. En tous cas il faut avancer, et surtout boire, pour ne pas offrir notre carcasse aux prédateurs. Et puis le paysage change encore, la végétation reprend ses droits sur la caillasse blanche. Je pointe à Travenanzes (km 90 et 4300 D+) en 293 ième position. C’est bizarre je ne double plus personne depuis Cimabanche et je gagne quand même des places. Comme quoi le plan que nous venons de traverser mérite bien son qualificatif de Vallée de la Mort.

Le plus dur, c’est maintenant !

Or ce que je ne sais toujours pas à ce moment de la course c’est que le plus dur commence seulement maintenant. Et cela va faire très très mal.

On continue sur 400 mètres de D+ qui sont à un pourcentage encore jamais vu sur la course, c’est « droit dans le pentu » comme on dit sur la SaintéLyon. Sauf que là c’est en bien pire. Le paysage est devenu minéral alpin, complètement nu. Je sers les dents, et je bois : ouais pas simple de faire cela en même temps. Et ce que je ne sais pas encore c’est que des « montées de la mort qui tue » comme celles-ci il y en a encore au menu ! Je regarde le profil de la course qui est affiché sur mon dossard et je constate avec horreur que le mur que nous venons de passer est représenté en « tout petit » sur le profil par une ligne à la quasi verticale et que des lignes comme celle-ci il en reste… c’est bien simple j’en suis déprimé à l’idée de les compter.

Je descends en direction du refuge de la Gallina. Mais le fait de le voir si bas me fait déjà mal aux quadriceps. C’est terrible, rien ne me convient, je crains désormais aussi bien les montées que les descentes. C’est à se demander quel profil de terrain me convient le mieux à cet instant de la course. Peut être la station arrêt ?

J’arrive au refuge Gallina (après 97 kms et 4765 D+, 256ième au classement) après 15 heures 37 minutes de course c’est le premier ravito rencontré depuis près de 3 heures. Comme quoi la traversée de cours d’eau était impérative pour survivre durant ce laps de temps.

Après le pointage je m’amuse à lire les messages de mes supporters à distance que sont ceux de Sylvain, Fab mon frère coach UTMB et ma sœur. En effet ils traduisent mon gain de places au classement par une fraîcheur (que je n’ai pas) ou par le fait que je suis allé plus vite que de nombreux concurrents (or je n’ai doublé personne depuis 3 heures !). En fait le gain de place ne s’explique que par le jeu des abandons de coureurs mieux classés que moi ainsi que par le temps passé aux ravitos (je passe moins de temps que certains autres coureurs et les double malgré moi).

Attention, on attaque un deuxième mur. Il est très sec celui-là et surtout assez traître car on pense se rapprocher de la crête pour finalement découvrir que nous ne sommes pas du tout arrivés et qu’il y a un deuxième mur que l’on ne percevait pas au pied de l’ascension. Donc j’applique ma stratégie de gestion de course, très simple, qui est de ne jamais se mettre dans le rouge. Donc je m’astreins à toujours être en aisance respiratoire. Je ralentis, je ralentis… ah ça y est je suis en aisance respiratoire sauf que … je suis à l’arrêt, planté comme un piquet ! En fait j’ai le choix entre grimper et être inévitablement dans le rouge (anaérobie) ou être à l’arrêt pour pouvoir demeurer en aisance respiratoire totale. Dans une pente à un degré de plus de 20% : je n’ai pas le choix. On se met dans le rouge et on sert les dents en mettant un pied devant l’autre.

Nous avons même les pieds dans la neige.

On arrive au refuge Averau où un bénévole nous attend avec un jet d’eau mais j’ai surtout envie de boire et non d’être mouillé. Je ne comprends pas ce qu’il me dit je m’apprête à sortir mes flasques…et me voilà arrosé de la tête aux pieds de même que les lunettes de soleil comme cela je n’y vois plus rien. Alors je dis merci (dans mon italien à l’accent français) en souriant jaune, de très mauvaise grâce car le cœur n’y est pas. On arrive au refuge du Passo Giau où nous attends un vrai ravito avec croquettes pour chiens… non je ne suis pas sympa. En fait depuis la mi course les bénévoles ont la très bonne idée de faire des tartines de pain (pas bon) agrémentées d’huile d’olive et recouvertes de tomates ; et franchement ce n’est pas mal du tout. Enfin du salé qui fait du bien. Plus on reste scotché à un ravito, plus on reste scotché…donc il faut se faire violence pour sortir…et aller se faire un nouveau et dernier « mur de la mort qui tue ». Je crois que celui-ci est vraiment le pire des trois : là carrément on n’est pas loin de l’alpinisme. Heureusement j’ai des gants. C’est dans ce mur que je me dis que Le Tor des Géants ce n’est pas pour moi. Que les Lavaredo Ultra Trails, ce n’est pas pour moi. Que les Ultras, ce n’est pas pour moi. Que la course à pied, ce n’est pas pour moi. Moi ce qui me conviendrait mieux à cet instant c’est une bonne entrecôte de bœuf bien maturée dégustée chez moi à Paris. Pourquoi m’infliger de telles souffrances ?

Néanmoins le paysage de l’autre côté de cette crête est juste magnifique, le soleil radieux : finalement cela valait le coup. Quelle gratification !

En bas dans la vallée : Cortina d’Ampezzo…comme une libération.

Et le fait d’apercevoir Cortina redonne des ailes. On a l’impression que l’on va y arriver dans l’heure alors qu’en fait cela me prendra un peu moins de 2 heures.

J’assure mes appuis dans la descente, j’ai toujours la peur de me blesser à quelques kms de la fin. Un finisher claudiquant c’est dommage mais un abandon pour blessure à quelques encablures de la fin c’est un drame dont on ne se remet probablement pas. Mais arrivé sur le bitume de Cortina à 2 kms de la fin j’explose littéralement, comme une crise d’hypoglycémie : des frissons dans tout le corps, impossibilité de relancer, le souffle court. Je connais bien cet état pour l’avoir ressenti pas plus tard que 15 jours lors d’une de mes séances matinales de 2 heures. On est foudroyé et seule l’alimentation permet de se remettre en jambe. Je demande à un autochtone de me prendre une des barres maison (blondies) dans mon sac car je n’ai pas la force de l’enlever. Je l’engloutie et j’en ressens les effets immédiats. Quelques mètres plus loin un autre habitant a dressé une table avec des tranches de pastèques : quel bonheur ! Et je déroule pour les 1500 mètres restants dans Cortina. Et là c’est juste un bonheur immense.

J’arrive après 19 heures et 57 minutes en 229 ième position parmi 1815 coureurs au départ et 1297 finishers (taux d’abandon de 29%).

Mention spéciale à Loic J. qui m’a beaucoup aidé : c’était mon benchmark !

Je remercie avant tout ma femme pour m’avoir permis de vivre tout ça…

Mon score ITRA sur cette course est de 569 soit mon plus gros score sur ce format de course dit XL.

Chapeau à tous les finishers, ils sont tous des héros.

Prochain Ultra dans 1 mois : La Lavaredo Ultra Trail 2019 dans les Dolomites

Cela sera mon prochain Ultra car les Dolomites il paraît que c’est beau et que c’est là que s’est joué le film de Sylvester Stallone Cliffhanger dont j’avais adoré le décor naturel. Par ailleurs ma femme (aussi forte que Sylvester quand elle est en colère) m’a toujours loué la beauté de ces paysages lors d’un GR effectué au départ de Cortina d’Ampezzo.

Et c’est donc en consultant le catalogue des Ultra du circuit de l’Ultra Trail World Tour avec la même excitation que le chasseur qui vient de recevoir son catalogue Manufrance pour choisir son fusil de chasse pour tirer sur les palombes que mes yeux ont été attirés par le parcours de cette Lavaredo Ultra Trail dans les Dolomiiiiiiiiiiiiiiiiiiites !!!!!!!!!!

Il y avait un tirage au sort avec une probabilité de 50% d’être choisi et comme j’ai beaucoup de chance aux jeux de hasards qui font mal au corps, j’ai été tiré au sort en décembre dernier je crois.

Bon ben…j’ai fait le plus simple, j’ai payé le dossard ainsi que le vol en avion et réservé la voiture de location. J’ai même regardé confortablement assis dans mon canapé la vidéo officielle que voici.

Je pensais avoir pensé à tout…Mais je crois qu’il me manque un truc important maintenant…cela me turlupine depuis quelques temps. Mais j’ai trouvé…

Va falloir que je m’entraîne !

Récit de course : L’Ultra de la Trans Aubrac 2019. Les surprises ne sont pas forcément là où on les attend.

C’est avec un entraînement minimaliste que j’envisage de prendre le départ de cet Ultra Trans Aubrac de 105 kms et 3400 mètres de dénivelés.Il s’agit de ma cinquième participation consécutive et quand j’aime, je ne compte pas et je prends un abonnement. Et puis en tant que mascotte de la course l’année dernière (c’est moi sur les affiches !) je ne peux pas me permettre d’y déroger ni de changer ma tenue de Schtroumpf bleue (un bleu squadra azzura pour les tifosis) qui m’accompagne sur tous mes trails. Lire mes récits 2015 / 2016 / 2017 et 2018 parce que c’est sûr, vous n’avez rien d’autres à faire.

C’est bien Schtroumpf bleu, votre serviteur, sur la photo !

En ce qui concerne mon niveau de préparation pour l’édition 2019 je cumule un volume d’entraînement qui est le plus faible de ces 5 dernières années. On peut néanmoins arguer le fait que je ne suis pas fatigué puisque mes muscles sont reposés, ça c’est sûr ! Il était inutile d’initier une semaine de tapering comme j’en ai l’habitude. Je rappelle pour les nouveaux que la période de tapering ou d’affûtage désigne les jours précédents l’épreuve où le sportif baisse fortement la charge ou volume de kilo(mètres) d’entraînement permettant au corps de surcompenser  pour se retrouver à un niveau d’état de forme supérieur à celui du pré entraînement. Or dans mon cas très spécifique de papa de jumeaux de 20 mois on va dire que je suis une période d’affûtage quasi ininterrompue depuis le début de l’année c’est à dire une absence certaine de séances de CAP ! Alors quelle performance attendre sur cette Trans Aubrac ? Il va sans dire qu’en terme d’espérance de chrono la fameuse citation « sur un malentendu tout est possible » ne fonctionne généralement pas dans le domaine sportif.

Alors ce n’est non pas en rêvant de chrono mais plutôt en songeant à la dégustation des bonnes spécialités du Café Bras ou des chocolats d’Agnès et Pierre que je me rends en Aveyron le vendredi 19 avril 2019 veille de la course. Je suis donc mon rituel : déjeuner au Café Bras, dégustation de chocolats, retour au Café Bras pour des pâtisseries et un thé à 15 heures. A noter que je fais une sieste (digestive ?) dans la voiture de loc. devant la cathédrale après le déjeuner ce qui ne m’était jamais arrivé. Je quitte Rodez en fin d’AM pour me retrouver à Saint Geniez d’Olt pour poser mes bagages et retirer mon dossard au gymnase. Que c’est beau St Geniez, un des « plus beaux village de France » comme l’indique la pancarte à l’entrée de la commune. Oui je confirme. Ce n’est pas tout mais après toutes ces pérégrinations j’ai faim et je m’attable dans la crêperie Antoinette (d’accord je ne suis pas en Bretagne mais ici on sait faire de la pâte à farçou ou pascade c’est pareil mais en mieux). Et puis après c’est dodo car il faut se réveiller à 3h30 du matin pour prendre la navette à 4h30 pour prendre le départ à 6 heures au château de Bertholène. Je connais tellement bien le programme que je n’ai plus besoin de le lire. Et cette fois je n’oublierai pas mon dossard (cf. X-Alpine 2018). 
Il est 6 heures dans l’attente du top départ. La température est idéale (mais je me caille grave !) et je me positionne derrière les élites dans l’espoir d’être aspiré dans leur sillage : comme c’est bon de rire parfois ! Quand on est désentrainé on essaie de mettre toutes les chances de son côté. La température est idéale, ciel limpide qui laisse entrevoir l’aube…limite on n’a pas envie de sortir la frontale. Erreur que je ne commets pas. Je pars assez rapidement et curieusement je ressens d’assez bonnes sensations. C’est fou, je cours même dans les petits faux plats montants alors que d’habitude je me repose déjà. Dans un single track bien boueux qui longe un barbelé je sens que je suis accroché mais je m’arrache sans prêter attention. Sans me rendre compte que je viens d’y laisser mon dossard. C’est environ 20 minutes plus tard qu’un concurrent arrive à mon niveau en me disant que j’ai oublié sur le chemin quelque chose d’important qu’il tient en main à savoir mon dossard sur lequel est attaché la puce de chronométrage. C’est ça l’esprit Trail : on trouve un dossard d’un concurrent attaché à un barbelé et on le fait remonter de coureur en coureur courant plus vite que soi pour rattraper le malheureux Grégo qui ne s’est rendu compte de rien. Merci à tous ces traileurs que je ne connais pas qui m’ont donné ce coup de main.
Et j’arrive à St Come d’Olt en un temps record pour moi en 5 participations. Je me rends à l’évidence, je suis parti trop vite ce qui n’est pas du tout dans mes habitudes. La remontada sera enrayée à un moment donné. J’en profite pour prendre une petite photo avec une gilet jaune histoire de brouiller les pistes quant à mon image sur les réseaux sociaux.

Une gilet jaune avec un bonnet jaune.


Et puis il est temps de repartir après environ 10/15 minutes d’arrêt : remplissage des flasques au coca aveyronnais (je suis parti flasques vides), projet de tartinage de crème solaire sur toutes les parties de peau qui dépassent, badgeage de mon dossard en prenant grand soin de noter la mention suivante sur ma « to do liste » : « Impérativement vérifier qu’il reste de la crème solaire dans le tube quand on prépare son sac de trail ». C’est donc bien apprêté pour me faire griller au soleil que je quitte St Côme d’Olt.
C’est la partie la plus difficile de cet Ultra : des sous bois, des montées, beaucoup de faux plats casse pattes. C’est pire selon moi qu’une bonne montée de 1500 mètres de dénivelés one shot dans les Alpes. Avis perso. Et très grosse contrariété je m’aperçois sur l’appli Livetrail que mon pointage à St Côme n’a pas été enregistré !! Bref en l’état je suis toujours selon les radars entre le départ et St Côme. Antant le dire je suis rouge colère ! Je suis furieux si bien que cela me mets un coup de boost pour arriver au pointage suivant et réapparaître sur les écrans.
A Laguiole au ravito / gymnase alors que je suis en train de refaire mon sac poubelle contenant les affaires de rechanges (pour moi réduit à un tupperware de biscuits fait maison) je me fais accoster par une jeune femme qui me reconnaît dans ma panoplie et me dit qu’elle aime bien mes articles et que c’est grâce à moi qu’elle est ici ! Et quant à moi dans ma tenue bleue toujours aussi seyante (mais c’est à cela qu’elle m’a reconnu), la bouche pleine de sucrerie et le corps en sueur je la remercie pour sa gentillesse.
Départ pour la plus belle portion de cet Ultra : les plateaux de l’Aubrac. Le ciel est couvert nous ne verrons aucun rayon de soleil mais tant mieux pour les coureurs que nous sommes. Nous ne souffrons pas trop. En revanche le parcours est sensiblement modifié. On ne passe plus au point culminant traditionnel où j’ai l’habitude de jouer au goêland bleu. C’est triste. Etrange ce parcours qui longe une ligne électrique dans un champs de bruyères, très difficile cette montée sous une remontée mécanique pour arriver au pylône des antennes télé ou GSM de l’Aubrac. Bon c’est un peu moins beau que d’habitude mais on s’y fera pour les prochaines éditions et puis le reste du parcours vaut toujours le coup…et notamment le ravito du Buron des Bouals. C’est le ravito 3 étoiles au sens propre car préparé par un ancien chef pâtissier du restaurant de la famille Bras. C’est toujours énormément bon et beau. Certes on a toujours l’estomac un peu brassé après 75 kms et on ne peut pas en profiter à sa juste valeur mais quand même quel plaisir ! Merci à vous tous les bénévoles et autres chefs cuistots du buron des Bouals.
Je décide de repartir rapidement avant de me transformer en bibendum et de devoir terminer la course en roulant plutôt qu’en courant. J’attaque la dernière partie, vers la descente.
Et il se met à pleuvoir des cordes une fois arrivé dans le sous bois. C’est juste terrible, le sous bois est déjà détrempé. Toujours cette partie qui ressemble aux rizières du Mékong. Je suis scotché et me mets à marcher, je me ferai déposer par plusieurs coureurs qui n’ont pas l’air d’être ennuyé par la pluie et l’humidité. Je déteste cette atmosphère, je préfère encore la grêle ou la neige.
Je mets ma lampe frontale juste avant la toute dernière descente vers St Geniez d’Olt…toujours cette fin de parcours (dernier km) ubuesque autour du camping dont les résidents nous regardent autour de leur barbecue avant que nous n’en finissions dans le gymnase.
Ça y est, je termine vite, vite… je prends le cadeau finisher qui est un bock de bière et son breuvage ; pas vraiment le cadeau idéal pour moi qui ne boit pas une goutte d’alcool depuis 15 ans. Ce gymnase est une ruche de plusieurs centaines de personnes et transformé en hammam… alors cette année je troque mon aligot saucisse offert aux finishers pour une crêpe aux gésiers de canard de chez Antoinette où nous sommes moins de 10 personnes. Comme quoi les traditions se perdent au fil des années.

Pas beau temps mais c’est beau.

Je termine cet UTA en 15h05 (cote ITRA 540) en 51 ième position soit 19% des finishers et 17% des V1H sur une course qui a enregistré un taux d’abandons de 32%. C’est mon deuxième meilleur chrono en 5 participations et mon plus faible volume d’entraînement. Comme quoi même la logique se perd. Tout fout l’camp.

Récit : La SaintéLyon 2018

Il s’agit bien de la plus difficile édition que j’ai faite. Ou tout du moins celle qui m’a demandé le plus d’effort. Je vous le dis finishers de cette SaintéLyon vous l’avez faite et vous avez fait preuve d’une volonté de fer pour franchir l’arche d’arrivée à la Halle Tony Garnier. Plus tard on fera référence à cette « édition 2018 de la SaintéLyon » comme d’une édition particulière, très éprouvante. Bref il s’agit d’un épisode que je qualifierais de dantesque.

C’est fini. Quel soulagement.

Je savais d’ores et déjà que j’étais moins préparé que les années précédentes pour cause d’une double infection contractée lors de mes 8 dernières semaines de prépa et pour cause de sommeil un peu haché par mes jumeaux de 15 mois très soucieux de m’apporter leur concours dans ma préparation à rester éveillé en pleine nuit. Je les en remercie.

Par ailleurs ce samedi matin sur les quais du Rhône après avoir retiré mon dossard en compagnie d’une grande star du Trail en la personne de Dawa Sherpa et alors que je m’apprête à aller chez Bernachon en voiture pour refaire mes réserves en tablettes et bonbons de chocolat / pralinés, je suis très contrarié par une cohorte de gilets jaunes me barrant la route sous mes yeux (cela s’est joué à 30 secondes). Je suis alors contraint d’annuler ma visite gourmande et de rebrousser définitivement chemin.

J’ai la chance de déjeuner au Sud invité par mon pote Sylvain. Bon je fais une petite erreur en choisissant un minestrone dont les haricots fermenteront dans mon tube digestif me causant une douleur / gêne jusqu’à Sainte Catherine. Je rentre chez ma belle mère à La Mulatière chez qui je loge dont la copro jouxte le parcours de la SaintéLyon (juste avant la descente vers l’escalier menant aux quais) si bien que l’on voit les coureurs passer devant les fenêtres à moins de 100 mètres à vol d’oiseau. 

Je ne me sens pas vraiment en forme. Je vais faire une sieste de près de 1h30 ce qui ne m’arrive jamais le jour d’une SaintéLyon. Le reste de la journée se déroule comme d’habitude : train pour Saint-Etienne et accueil par la famille à Villars pour une soirée hyper relaxante avec assoupissement de 21h à 22h. Cela dit, phénomène étrange, plus je m’assoupis plus je me sens crevé. Je me sens vraiment d’attaque pour … repasser sous la couette au plus vite courir une STL.

Avant le départ au chaud dans ma belle famille stéphanoise

C’est donc avec cette forme de titan, en carton, que j’intègre la première vague pour le départ à 23h30. Mon équipement est toujours très simple : un sac 1 L qui porte ma couverture de survie, mon gobelet et c’est tout. Mes flasques sont vides car je ne bois que lors des ravitos. Je porte une seule couche (maillot de corps) plus le Gore Tex impératif pour faire face à la pluie qui nous tombera sur la tête toute la nuit (ou presque). J’ai une batterie pour frontale car cette dernière est réglée sur 4 heures pour avoir une intensité de faisceau lumineux satisfaisant.

De Saint-Etienne à Saint-Christo en Jarez

Les sensations sont pourries. Je suis fatigué, mes jambes sont en coton et j’ai un estomac gonflé comme un ballon de baudruche (oui c’est de l’aérophagie). Je ne m’inquiète pas trop car je sais que mon temps de chauffe est d’au moins 2 à 3 heures sur tous mes trails et que bientôt j’aurai un ventre bien plat. C’est juste que je n’ai pas beaucoup de plaisir à arpenter cette première partie du parcours qui est pourtant belle. J’arrive enfin à Saint-Christo qui est un arrêt obligatoire pour moi pour boire et manger (car je n’ai pas de flasques ni de nourritures). A chaque ravito c’est très rodé je ne me pose aucune question existentielle ce sont deux gobelets de Coca et 3 tartelettes Diégo et vroum je continue mon chemin.

Arrêt de 1 minute 38 s au ravito de Saint Christo en Jarrez (km 19) après 1h58 de course à la 1047 ième position

De Saint Christo en Jarez à Sainte Catherine

Les sensations au niveau des jambes sont toujours aussi mauvaises. Il pleut un peu plus. Les chemins en descente où j’ai l’habitude « d’envoyer du lourd » habituellement sont hyper gras, et je ne brille pas vraiment par mon aisance. Je continue par me faire doubler alors qu’à ce stade de la course en général je dépose coureur après coureur. Cela ne va pas très très bien, le moral en prend un coup. Et toujours cette sensation d’avoir du coton à la place des muscles le long des jambes. Je me pose la question de savoir si je ramène ma capuche sur la tête qui est entourée d’un buff (foulard) pour me protéger de la pluie. Finalement je ne la mettrai jamais car je n’aime pas être isolé dans cette capuche dont le textile fait un bruit très irritant lorsqu’elle frotte contre mon foulard. Je préfère finalement conserver mon buff détrempé. Sainte Catherine se profile enfin. Enfin du réconfort ! 2 gobelets de Coca et 3 tartelettes diégo plus tard…ça repart.


Arrêt de 1 minute 55 s au ravito de Sainte Catherine (km 32) après 3h32 de course à la 869 ième position (gain de 178 places)

De Sainte Catherine à St Genou

Je me méfie énormément de la portion à venir car c’est là qu’est concentré le rallongement du parcours de cette SaintéLyon par rapport aux précédentes éditions (+9 kms). Et elle contient la montée du Rampeau qui est une côte à 20% sur 750 mètres de long. J’aime bien ces grosses montée car il y règne une ambiance monacale entre les coureurs. On monte en silence à la queue leu leu en partageant notre souffrance. Il ne faut surtout pas lever la tête pour ne pas voir combien il reste à arpenter. Non il faut regarder devant soi en mettant un pied devant l’autre et patienter. Et comme la montée se fait dans un sous bois au moins il pleut moins, c’est toujours ça de gagné. 

Nous traversons le magnifique village de Saint André La Côte pour initier la montée vers le Signal Saint André qui est le point culminant (934 mètres) de cette SaintéLyon. Et en chemin ma frontale envoie des flashs pour indiquer que la batterie doit être changée. C’était prévu pas de panique. Sauf que je vais devoir trouver un endroit éclairé pour ce faire ! Où vais je le trouver? Ici il n’y a pas de lampadaires. 

Finalement j’ai de la chance car juste avant le Signal on croise une route avec des voitures et des bénévoles. Youpiii. Sauf que j’ai les mains complètement gelées et détrempées. J’ai une très faible proprioception. Je m’approche d’une bénévole qui est équipée d’une lampe, je lui demande de m’éclairer, de m’ouvrir la fermeture éclaire de la poche ventrale de mon Gore Tex car je n’y arrive pas moi-même, mes phalanges sont pétrifiées.
Je lui demande de me prendre la batterie et je comprends qu’elle a l’instruction de ne pas me venir en aide (c’est le règlement). Cette opération de changement de batterie va me prendre au moins 4 minutes, j’ai l’impression d’être un petit vieux. Je rallume ma frontale et je ressens un bonheur immense de voir qu’elle se met à beaucoup mieux éclairer. Youpiiiiii !!! Je rejoins la cohorte ou chenille des coureurs en direction du Signal pour enfin basculer de l’autre côté. A partir de maintenant le parcours cumule plus de D- que de D+. Mais une grosse inquiétude m’étreint. Je commence à avoir hyper froid car je suis trempé, et le fait de m’être refroidi me glace le sang. Je m’explique : mon Gore Tex est super isolant face à la pluie…or il est également hyper isolant à  l’intérieur face à la transpiration qui détrempe complètement mon maillot de corps (1ère couche), transpiration qui ne peut pas être évacuée. Je commence à grelotter et à me demander si je ne suis pas en train de faire une hypothermie. Je me souviens avoir eu très froid l’année dernière sur cette même portion du parcours en raison d’un vent glacial (et je n’avais qu’une couche pour me protéger). Les choses s’étaient rétablies à la faveur d’un retour à une altitude plus basse et un parcours rejoignant les sous bois. C’est exactement ce qui va se renouveler. 

Et finalement je retrouve mes jambes. Les sensations sont revenues. Je regarde l’heure qu’il est à ma montre, elle indique 4h30. C’est justement l’heure à laquelle j’ai l’habitude de me réveiller naturellement pour courir tous les matins ! Est-ce une coïncidence ce « revival » correspondant à l’heure à laquelle mon organisme a l’habitude de se réveiller pour aller courir ? Existe-t-il un modèle chronobiologique, une mémoire de l’organisme qui a l’habitude de se mettre en mouvement tous les jours à la même heure ? Je n’ai pas la réponse, c’est juste une hypothèse. En tous cas je me mets à relancer même dans les faux plats montants !! J’ai vraiment du jus.

Et puis le brouillard s’invite à la partie comme si les seaux d’eau que nous recevons sur la tête depuis Sorbiers (km 6) ne suffisaient pas. C’est juste dingue. Brouillard plus sentiers boueux plus pluie =>> je crois que l’on touche le fond. La frontale loin d’éclairer crée un halo lumineux. Je ne vois même plus mes pieds. J’ai l’impression d’évoluer dans le nuage émis par un vaporisateur géant ! Je suis quasiment à l’arrêt, en panne sèche. Je suis dans une pente rendue dangereuse par ces conditions. Je ne vois juste rien. Ce qui me subjugue c’est qu’il y a quand même quelques coureurs dotés de super pouvoirs qui me déposent sur ma gauche comme si de rien n’était, ils filent à 10 à l’heure pas moins. Ils doivent avoir des émetteurs d’ultra sons à la place des orbites oculaires comme les chauve souris pour se diriger. Les hommes mutants existent j’en ai la preuve.

C’est décidé, je prendrai rendez vous chez un opthalmo à mon retour à Paris.

Et j’arrive au ravito de Chaussan Saint Genou et c’est juste la décadence. Le mouroir cette année s’est déplacé de Soucieu à Saint Genou. Le ravito est à découvert. La forte lumière des néons me permet de voir la mine des coureurs qui ne sont que le reflet de la mienne. On a tous des têtes de déterrés, les traits tirés, le visage et les imperméables ruisselants de flottes. De larges flaques d’eau parsèment le difficile accès aux tréteaux. Je prends mes deux verres de Coca et une madeleine bien dégueue en lieu et place des tartelettes diégo que je ne trouve pas. Normal, on le savait, il n’était pas prévu officiellement de fournir du solide sur ce ravito, c’est quand même une bonne surprise de voir quelques biscuits, chocolats, oléagineux de fortunes quand même…merci aux bénévoles. J’entends un coureur à côté de moi demander une navette de rapatriement, et il ne semble pas le seul à mettre le clignotant. Il en faut du courage pour repartir. Et je ne sais pas ce que je fais mais je vais et viens entre les « stands » comme si j’étais dans une foire ou marché de noël pour voir si je n’ai rien manqué. En fait je traîne à la recherche de gratification. « Reward ! Reward ! » me crie mon organisme/gouverneur central. J’ai besoin de réconfort. Mais je sais qu’il est vain de rester ici. Il faut se botter les fesses pour repartir d’autant plus que je commence à avoir froid. Je perds plus de 4 minutes à ne rien faire…

Arrêt de 4 minutes 10 s au ravito de Chaussan Saint Genou (km 47) après 5h31 de course à la 622 ième position (gain de 247 places)

De St Genou à Soucieu

De la boue et encore de la boue, des cailloux, des cailloux et des pierres et de la pluie.

Vivement le bitume en arrivant à Soucieu. Presque une délivrance. Et là c’est le juge de paix. Car la SaintéLyon commence là selon moi !

C’est le test  =>> Est-ce que j’ai assez de jus pour continuer en courant ou vais je rejoindre la cohorte des morts vivants des 20 derniers kms que j’ai l’habitude de nommer « la route des macchabées  » ?

Arrêt de 2 minutes 12 s au ravito de Soucieu (km 61) après 7h16 de course à la 502 ième position (gain de 120 places)

De Soucieu à l’arrivée en passant par Chaponost

J’avais indiqué dans mon précédent post qu’une SaintéLyon réussie pour moi signifiait de bien terminer les 20 derniers kilomètres. Et de les parcourir en 2h10 maximum.

Et bien je vais tuer le suspens. Je vais courir la portion restante en 2h10..et 36 secondes. 

Je tente tant bien que mal de mettre le turbo réacteur sur cette dernière partie. C’est une partie assez roulante avec une majorité de bitume mais dont les sentiers demeurent très boueux et assez compliqués au niveau du dénivelé notamment la montée des Lapins avec de grosses marches en bois qui retiennent la terre.

Le jour se lève juste avant que je ne rejoigne Chaponost. On peut éteindre les frontales. J’entends le chant du coq, c’est mieux que celui du cygne. J’ai encore du jus même si mécaniquement les jambes ont du mal dans les flaques et la gadoue qui transforment quelques portions en véritables patinoires.

Enfin voilà que se profilent Beaunant et son aqueduc…mais c’est quoi ce contournement vers la gauche devant une barre d’HLM ? Le tracé est contraint pour cause de travaux de dessiner une épingle à nourrice au pied de la toute dernière difficulté. Je ne déteste pas cette montée car elle permet de souffler, de monter en silence, de réfléchir au terme de cette épreuve. On sait que c’est fini, que le grand moment approche. On revoit toutes ces heures d’entraînement défiler dans sa tête, tous ces sacrifices. On pense à tous ceux qui nous ont permis d’arriver jusque là. Merci Laetitia, merci ma famille et belle famille pour m’avoir apporté le support voulu.

Et puis le parc aventure, le chemin qui longe le parc de la copro de Belle Maman où je réside le temps de ce WE singulier. Je regarde les fenêtres de l’appartement, aucune lumière. Belle Maman m’attends à Tony Garnier. « Dès que je pointe à Chaponost tu as une heure devant toi avant de me retrouver à Tony Garnier », telle était ma consigne. J’aurai mis 1h15…

Les escaliers du chemin Grapillon que je connais par cœur, les quais de Saône, Pont de La Mulatière, Raymond Barre et la voie est toute tracée. Les 2 photographes postés de part et d’autre du parcours sont en train, tous les 2, de nettoyer leurs téléobjectifs au moment où je passe devant eux : pas de bol je n’aurai pas de photo en train de courir avant mon entrée dans la Halle.

C’est terminé, c’est fini en 9h26 minutes à la 328 ième place.

Oui c’est ma SaintéLyon la plus éprouvante.

SaintéLyon 2018 : la stratégie de course, et espérances…

Ce matin j’ai terminé la plus importante séance de l’année ! C’est la toute dernière séance de tapering, la der des der, celle des tous derniers réglages qui aboutit à la conclusion : « j’suis bien crevé vivement que cela se termine ».

Je vois Paris s’éveiller tous les matins ou presque.

Je ne vais pas y aller par quatre chemins à cette SaintéLyon. J’annonce la couleur (qui est peut être une couleuvre mais on ne le saura qu’après) : l’objectif pour moi est de courir la portion Soucieu / Lyon en 2h10 maximum.

Je m’explique : la plus grande satisfaction pour moi serait d’avoir réussi la gestion de ma course de manière à pouvoir continuer à envoyer sur les 20 derniers kilomètres.

Oui, pour moi « la SaintéLyon commence à Soucieu »

Voilà qui est dit. Je ne souhaite pas à l’instar de mes quatre premières participations « exploser en vol » après Sainte Catherine et participer à la cohorte des morts vivants incapables de relancer à partir de Soucieu où il reste 20 bornes !

Une stratégie très claire et implacable

Je pars doucement aux sensations en laissant les héros se cramer sur le bitume stéphanois et les récupérer un par un à partir de Sainte Catherine et mettre les gaz à partir de Soucieu et laisser les morts vivants marcher à partir de ce mouroir.

Les spécificités de ce parcours 2018 : cela va faire très mal

Autant le dire je crois que cela va faire très mal. Tout d’abord le rallongement de 9 kilomètres va énormément pénaliser ceux qui connaissent le parcours initial comme moi justement ! Pourquoi ? Et bien parce que justement on risque de trouver le temps extrêmement long à partir de St Christo en ne voyant pas Sainte Catherine arriver aussi vite que d’habitude. Même chose, mais en pire, partir de Sainte Catherine ! Par ailleurs comme la pluie est annoncée cette STL va ressembler à la MudDay ou à un parcours du combattant. Donc vraiment je pense que cette STL va être très difficile pour les connaisseurs et leur moral et moins pour les néophytes qui seront de toutes manières dans la découverte n’ayant pas de points de repères.

Le matos : on ne change pas une équipe qui fonctionne bien…même sous la pluie

Pour les chaussures : toujours et encore mes Hoka One One Speed Goat que j’utilise depuis presque 4 ans et qui m’ont accompagné sur 3 X-Alpine, 1 UTMB, 3 STL ainsi que sur toutes mes sorties Paris Intra-muros matinales aux Buttes-Chaumont.

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Maintenant venons en aux textiles :

  • 1 seule couche sous le Gore Tex imperméable : maillot noir manche longue Falke qui fait maillot de « juste au corps » 95% Polyamide et 5% Elasthane. Je pourrais m’en servir de haut de pyjama tellement j’y suis bien. Maillot identique à celui de l’année dernière.
  • Le Gore Tex pour faire face à la pluie et la boue. Non cela ne m’enchante pas mais il ne faudra pas y couper. C’est mon textile préféré de l’UTA ou de l’UTMB…
  • Collant noir Falke pour les jambes: identique à celui utilisé pour toutes mes STL.
  • Chaussettes courtes noires de runnings Falke : je n’utilise plus de paires soit disantes « pour l’hiver ». C’est exactement la même paire de chaussettes utilisée pour les semi / marathon / Ultra quelle que soit la saison, été ou hiver.
  • 2 buffs flaggés TVSB (nostalgie) de Compressport : un textile absolument génial made in Swiss. L’un pour le cou (le noir) et l’autre pour la tête (en jaune). Je les utilise été comme hiver et c’est juste incroyable : l’été c’est pour me protéger du soleil et l’hiver pour me protéger du froid. C’est magique.
  • 1 paire de gants flaggée SaintéLyon : en soie.
  • Frontale Petzl Reaktik + avec réglage via application Petzl sur 4 heures et une batterie que je changerai à St Genou.
  • Montre Polar VantageV : elle est bien lourde et je me demande encore à quoi cela sert d’avoir la puissance, le tracé GPS et le fait qu’elle te dise que tu as mal dormi alors que tu le sais déjà. Je pense que je rendrai l’accessoire à l’issue de la STL pour revenir à ma bonne vieille RCX5 qui m’a toujours donné entière satisfaction et qui contrairement à la VantageV a la fonction chronomètre.
  • Un « porte gobelet/couverture de survie/flasque »‘ de marque Salomon à contenance de 1L. Il n’y a que 3 poches à tout casser et pas de poche dans le dos mais comme je l’indique c’est juste pour porter 4 accessoires.
  • 4 accessoires :
    • La courverture de survie
    • 1 gobelet SaintéLyon pour prendre du Coca sur les ravitos
    • 1 flasque … que je ne suis pas sûr d’emporter puisque les ravitos sont suffisamment proches pour moi.

Et pour ceux qui ne connaissent pas mon niveau d’expérience sur la SaintéLyon : un cours de rattrapage s’impose ci-dessous

  • La SaintéLyon tous mes récits de course :

SaintéLyon 2010 : 1585 ièm au scratch (cote ITRA 459)

SaintéLyon 2011 : 820 ièm au scratch (SaintéLyon de Bronze) (cote ITRA 528)

SaintéLyon 2012 : 958 ièm au scratch (cote ITRA 469)

SaintéLyon 2013 : 625 ièm au scratch (SaintéLyon d’Argent) (cote ITRA 523)

SaintéLyon 2014 : 243 ièm au scratch (SaintéLyon d’Or)  (cote ITRA 587)

SaintéLyon 2015 : 157 ièm au scratch (SaintéLyon d’Or) (cote ITRA 633)

SaintéLyon 2016 : 101 ièm au scratch (SaintéLyon d’Or) (cote ITRA 638)

SaintéLyon 2017 : 182 ièm au scratch (SaintéLyon d’Or) (cote ITRA 612)

La SaintéLyon 2018 : et si on parlait objectif de performance ?

Seule manière d’apprécier un objectif de performance : mettre en avant les chronos de mes 8 SaintéLyon précédents face au volume d’entraînement fourni cette année.

On voit assez clairement sur les tableaux ci-dessus qu’il y a une relation linéaire entre le volume d’entraînement des 8 dernières semaines et l’allure courue.

Quelques faits :

  • Mon allure la plus rapide : 6 minutes environ au km (c’est donc mon mur infranchissable). Je ne pourrai jamais plus courir aussi vite la SaintéLyon. C’est donc mon allure absolue, « ultimate » comme le disent les anglais.
  • Pour entrer dans le TOP 200 il faut courir justement à cette allure absolue de 6 minutes / km.
  • Cette allure correspond chez moi à une préparation en terme de volume de 700 kms courus lors des 8 dernières semaines.

Or je n’ai couru que 600 kms lors de deux derniers mois. Je n’ai pas pu fournir un tel volume. Je vous ramène à mon post sur la mise au point sur ma préparation.

Conséquence : cette année cela va être compliqué de récidiver !

Prochain post : la stratégie de course à mettre en place.

NB :  pour ceux qui n’ont pas suivi le lien vers la liste des 8 récits de course de la SaintéLyon : encore mieux que des souvenirs d’anciens combattants !

Liste de mes 8 récits de mes 8 dernières participations à la SaintéLyon

Vous me les réclamez à corps et à cris. Vous voulez vous replonger dans les 8 dernières éditions de la SaintéLyon vus par Grégo On The Run.

Et bien les voici, y’a plus qu’à cliquer sur les liens hypertextes :

  • La SaintéLyon :

SaintéLyon 2010 : 1585 ièm au scratch (cote ITRA 459)

SaintéLyon 2011 : 820 ièm au scratch (SaintéLyon de Bronze) (cote ITRA 528)

SaintéLyon 2012 : 958 ièm au scratch (cote ITRA 469)

SaintéLyon 2013 : 625 ièm au scratch (SaintéLyon d’Argent) (cote ITRA 523)

SaintéLyon 2014 : 243 ièm au scratch (SaintéLyon d’Or)  (cote ITRA 587)

SaintéLyon 2015 : 157 ièm au scratch (SaintéLyon d’Or) (cote ITRA 633)

SaintéLyon 2016 : 101 ièm au scratch (SaintéLyon d’Or) (cote ITRA 638)

SaintéLyon 2017 : 182 ièm au scratch (SaintéLyon d’Or) (cote ITRA 612)