La SaintéLyon 2019 : une épreuve qui se termine en … papillote.

A défaut de terminer en sucette, c’est emmailloté dans une papillote que je jette l’éponge (bien humide) au km 40 (ravito de St Genou / Chaussan) transi de froid…

Il est 6 heures du matin dans ce bus qui vient de s’arrêter devant le gymnase de Soucieu dans lequel je suis monté après avoir été conduit par une navette depuis Chaussan. La pluie ruisselle le long des larges vitres et je perçois à travers elles les coureurs qui sortent du gymnase pour poursuivre leur course complètement détrempés. Je ne les envie point mais comme je les admire. Comment font ils pour affronter ce froid qui nous tenaille ? Nous sommes quelques dizaines de coureurs assis dans ce bus, emmitoufflés dans nos couverture de survie, éparpillés pour nous étaler sur deux fauteuils près des fenêtre pour mieux s’isoler des autres ; les yeux fermés pour la plupart. Les radiateurs de ce bus nous apportent bien plus que de la chaleur, ils nous apportent du réconfort. Certains ont pris la position du foetus pour mieux dormir. Nous sommes tous apaisés d’avoir été pris en charge et d’être protégés car quelques heures plus tôt le froid nous a tous balayés, nous a poussés à mettre un terme à cette 66ième édition de la SaintéLyon, véritablement diabolique.

C’est ma dixième SaintéLyon et cela devait être mon dixième maillot de finisher. Las. Néanmoins je ne ressens aucun remord d’avoir quitté le parcours à St Genou / Chaussan, ni regret non plus, car lorsque l’on n’a pas le choix il n’y a qu’une voie possible qui s’impose à vous sans même y réfléchir.

Une journée bien difficile

Ce samedi matin 30 novembre 2019 je me réveille avec toujours cette même gueule de bois que je ressens depuis maintenant un mois pile ! On m’a diagnostiqué depuis lors d’avoir attrapé le virus CMV (article bien fait) que j’ai dû chopper via mes jumeaux de 2 ans alors en crèche. Je n’ai jamais aussi peu couru en 3 mois depuis…que je cours, c’est à dire en 10 ans. Je suis sec de course à pied depuis presque 10 jours, impossible d’aller courir le matin car je suis complètement à la ramasse (je n’ai pas d’autres mots) ; groggy, mal de tête, apathique. Mes défenses immunitaires étant affaiblies j’ai choppé il y a une semaine un bon rhume et j’ai perdu l’appétit. Le chocolat me révulse et ceux qui connaissent ma passion ne se remettent pas de ce constat. Ce matin de départ de course à pied j’ai la nausée. Je la mets sur le compte d’un estomac pas assez lesté. Alors je mange deux viennoiseries à 10 heures. A noter un moment de bonheur lorsque je salue de ma fenêtre (au km 2) le torse nu les coureurs de la LSTL (9h30), ceux qui m’ont vu doivent se souvenir de cet énergumène qui leur dit « rendez vous à St Etienne ce soir ». C’était moi !

A 13 heures avec Sylvain et deux autres potes de la SaintéLyon on va dans un bouchon lyonnais pour engloutir une énorme quenelle au brochet qui marine dans une sauce béchamel bien roborative. Je n’ai pas faim, je suis écœuré depuis le matin. Je ne suis pas non plus présent avec mes amis, je suis ailleurs, empêtré dans ma douleur. Une seule envie : aller dormir. Et c’est ce que je vais faire dès 15 heures. Je me couche chez belle maman à La Mulatière pour 1h30 de bonheur anesthésique.

Le soir je suis accueilli près de St Etienne à Villars pour une pasta party familiale. Quelle chaleur qui fait du bien. Je me recouche à 20h pour 1 heure de somnolence. Je me relève tel un petit vieux courbaturé, je prends une aspirine, je me prépare. Nous partons tous en direction de Parc Expo. Je me rends directement dans le sas 1 de ceux qui veulent terminer avant le levé du soleil : c’est bon de rire parfois !!!

23h30 Go !

Et c’est parti pour cette dixième SaintéLyon. Je n’ai pas couru depuis près de 10 jours, rien, nada. Et pourtant je ne me suis jamais senti aussi bien sur le bitume stéphanois ! Incroyable. Mes appuis sont légers, je ne me sens plus fatigué. J’ai l’impression d’avoir changé de corps, changé de costume bien que j’ai endossé exactement la même panoplie que l’année dernière. Mais autant le dire déjà, ce n’est pas une panoplie de super héros, et elle se transformera bientôt en citrouille … toute mouillée.

Le Process de gestion de course

Il est clair mon process. Je ne pense pas au résultat ni à l’objectif. Je pense à la méthode, au process, au dispositif à mettre en oeuvre (oui ce sont des synonymes pour dire la même chose mais au moins vous comprenez que cela me tient à cœur). Si on suit un process bien défini, le résultat doit en découler tout naturellement.

Mon process c’est ça =>> Courir en aisance respiratoire totale tout le temps, c’est à dire ne pas dépasser son premier seuil ventilatoire. Je le ressens aux sensations, et si j’ai un doute je regarde mes pulsations cardiaques à ma montre pour le constat objectif. Et sur cette première partie de course cela revient très clairement à marcher dès qu’il y a de la pente. D’ailleurs je vois assez clairement le symptôme de mon désentrainement en faisant le constat que mes pulsations arrivent assez vite au niveau du premier seuil ventilatoire.

Une autre manière de formaliser mon process de course. Ne jamais être dans le rouge. Surtout pas. Prendre le temps de faire baisser les pulsations en haut de chaque montée, même légère. Tant pis si beaucoup de coureurs me dépassent. En principe je les dépasse facile après St Genou ou Soucieu car ils sont cramés et quant à moi je ne décélère jamais, même Chaponost passé. La portion « Soucieu / arrivée à Lyon » j’ai l’habitude depuis 4 SaintéLyon de la parcourir en 2 heures, cette portion je la nomme ironiquement la route des morts vivants. Eh bien pour moi cette année c’est une portion que je vais parcourir en bus, par la route, mais je ne le sais pas encore…

Des trombes d’eau nous tombent sur la tête

Au sortir de Sorbiers la pluie commence à nous tomber dessus. Je ne change pas une équipe qui gagne. Je suis vêtu de mon Gore Tex éprouvé sur l’UTMB, la SaintéLyon 2018 avec succès. Alors je suis en confiance. Je ne mets pas la capuche, mon buff autour de la tête me suffit ainsi que celui autour du cou sans me rendre compte que ce dernier détail va me coûter mon dixième maillot de finisher. A quoi cela tient un échec…

En suivant mon process tranquille avec de bonnes sensations si ce n’est quelques problèmes gastrique que je n’arrive pas à soulager dans les prés aux vaches (et non dans les jardins des propriétés privées : cf. reco de départ) j’arrive à St Christo après 1h58 de course en 1654 ièm position. So far so good.

Toujours le même rituel au ravito : 1 banane, deux verres de coca et 3 tartelettes diégo et c’est reparti illico.

Bon la pluie se fait cette fois beaucoup plus intense. Mais les sensations sont toujours très bonnes pour ne pas dire excellentes depuis que j’ai résolu mon problème gastrique. Je carbure plutôt bien. On arrive sur le chemin de crête que j’adore avec le groupe de jeunes nous mettant du Guns n’Roses avec « Sweet Child On Mine » : c’est énorme non !!!! J’adore. Et je vais courir encore quelques temps avec ce refrain absolument entêtant… en fait pas pour longtemps.

Le début de la fin

Mes mains qui sont protégées par une paire de gants de soie recouvertes par une paire de gants de ski commencent à lancer un gros warning. Danger ! Danger ! Je suis extrêmement sensible des phalanges des doigts dont la circulation peut se couper très vite : engourdissements, et la crainte des engelures… C’est bien pour cela que j’ai des gants de ski ! Sauf que mes gants sont détrempés et qu’ils ressemblent à des gants de boxe tellement ils sont gorgés d’eau. Ce n’est pas Guns n’Roses qu’il fallait me passer sur le chemin de crête mais plutôt la BO d’un film de Rocky.

C’est pour moi un gros gros point d’attention. Je perds un peu mes moyens. D’autant que je fais le constat que je suis tout mouillé. Ma première couche est complètement détrempée. Nous recevons des sauts d’eau sur la tête sur la descente en direction de Sainte Catherine. Mon moral prend un sacré coup. Le ravito est bientôt là mais je n’éprouve aucun plaisir à le voir se rapprocher. Je me rends compte qu’il ne constitue pas un havre de paix dans la mesure où ce ravito est à ciel ouvert.

J’arrive à Sainte Catherine après 3h47 de course en 1160ièm position. C’est le moment des premiers doutes. J’ai froid dans tout mon corps et rien ne me permet de dire comment je vais pouvoir me réchauffer. Je pose la question à deux bénévoles comme si je faisais un vœu au Père Noêl : « mais il est bien prévu que la pluie cesse cette nuit ? ». Les deux bénévoles me regardent sans voix. Le speaker nous raconte n’importe quoi en disant que nous avions besoin de nous hydrater et que pour ce faire son agence Extra Sport avait convoqué la pluie… Cela ne me fait pas du tout rire.

Je n’ai jamais ressenti un tel désarroi au départ de Sainte Catherine. Après l’arche on longe des bus sur notre droite et je n’ose pas tourner la tête pour voir les coureurs qui viennent de s’y engouffrer bien au chaud. J’ai peur de ce que je suis capable de faire.

En sortant de Sainte Catherine, je suis frigorifié bien plus qu’en arrivant. Je n’ai qu’une seule option. Pour me réchauffer il faut que je cours vite !

Et je vais m’y employer car je n’ai juste pas le choix. C’est cours ou crève de froid ! Et mon process ? Il est à la poubelle et de toutes manières les pulsations calculées au poignet par ma montre sont complètement erronées, je crois que le lecteur optique déconne complètement en raison de l’humidité qui s’est même insérée sous le bracelet de ma montre.

Je me mets à courir comme un dératé. Il est où ce p…. de bois d’Arfeuille ? Ouais il est là ! Et en plus de la pluie le brouillard est de la partie. Je me jette dans cette descente où je suis stoppé net par une absence totale de vision à plus d’un mètre. Grand moment de solitude ! La frontale projette un halo lumineux qui n’éclaire rien. Je ne vois même pas la signalétique éventuelle, je suis à l’arrêt. J’attends des coureurs qui descendent en grappes, au moins tu suis ton prédécesseur. Je prends le train. Je claque des dents au sens propre. Oui je claque tellement des dents que mes tendons au niveau de mes maxillaires me font un mal de chien.

Par ailleurs j’ai très très froid aux jambes, mon collant est tellement détrempé que l’entrejambe du collant pendouille jusqu’au milieu des cuisses. J’ai une allure de super héro je vous l’avais dit !

Nous sommes à quelques encablures de St Genou. On traverse une route avant de retrouver une piste en boue glissante. Il nous dit « attention c’est très très glissant ». Las, j’ai eu la sensation de l’écouter en allant tout droit et c’est la chute avant. Je m’étale de tout mon long. Mon collant est complètement imprégné de boue. Mais je positive je me dis que la boue en séchant peut au contraire se transformer en isolant. C’est fou comme on peut se raconter n’importe quoi pour se rassurer. En fait la boue accentue ma sensation de froidure sur mes membres inférieurs. Mon esprit est en train de calculer la balance avantages/coûts d’un abandon. Le voilà qui travaille en background, je le sais, je le sens. En fait nous sommes à moins d’un km du ravito et la décision est prise, inéluctable.

La fin

J’arrive au ravito après 5h09 de course (1009 ième position). J’ai couru la portion St Catherine St Genou en 1h20 (jamais fait aussi rapide dans ce format plus conventionnel sans le Signal St André) Je n’ai pas la force de sortir ma couverture de survie. Je demande à des bénévoles de la déplier.

Elles sont où les navettes ? Tout d’abord on va dans une tente. Elle est à 50 mètres mais je trouve qu’elle est déjà trop loin. Elle est chauffée, nous sommes 6 ou 7 à attendre ; rassérénés. A bout non pas de souffle mais d’énergie thermique. On a la chance d’avoir une soufflerie tel un feu de cheminée.

La navette arrive, nous conduit à Soucieu. Il fait chaud. Que demander de plus?

La SaintéLyon 2019 : l’enjeu et la stratégie de course à décliner

La SaintéLyon est un Ultra plutôt roulant. A noter que le D- est supérieur au D+ et que le D- est concentré sur la fin du parcours…ou autrement dit le D+ est concentré en début de parcours.

L’enjeu de la SaintéLyon

Comme pour toute course assez relevée en terme d’allure (le marathon notamment…mais la SaintéLyon est une course presque aussi roulante d’une certaine manière), il faut pouvoir économiser ses réserves énergétiques (le glycogène stocké dans les organes et le foie) pour ne pas exploser en milieu ou fin de course. Eh non, les gels que vous allez ingurgiter ne permettront pas totalement de faire face à ce mur. Il faut pouvoir s’économiser en début de parcours alors que l’on a de bonnes sensations et que l’on est prêt à « carburer » jusqu’à St Christo ou même St Catherine … pour éviter la catastrophe à Soucieu en Jarrest où il reste alors 20 kms de plats et faux plats.

Soucieu en Jarrest c’est le moment de vérité. De deux choses l’une :

  • ou vous avez bien géré votre course et il vous sera alors possible de continuer à être en mode « course à pied et j’arrive à relancer »
  • ou alors vous avez complètement épuisé vos réserves énergétiques en début de course et vous arrivez en panne sèche. Vous ferez partie de la cohorte des « morts vivants » de Soucieu en Jarrest / Lyon…et 20 kms en marchant cela peut sembler très long ! Vous entendrez le chant du coq qui annonce l’aube mais c’est mieux que le chant du cygne autant « mort vivant » que vous êtes.

Vous aimez les beaux croquis ?

La stratégie de course sur la SaintéLyon

Comme vous le voyez sur mon profil le danger réside cette année plus particulièrement lors de ces deux « ascensions » qui vont terriblement être coûteuses en énergie ! Si vous trottez ou tentez de courir dans ces 2 montées l’une vers St Christo, l’autre juste après en direction de Ste Catherine vous prenez le risque d’être dans le rouge et vous serez mort 40 kms après !

Mon conseil : dans ces deux montées =>> on marche tranquillement. En tous cas moi je vais prendre mon temps d’autant que je suis en période de convalescence.

Ainsi durant tout ce début de course vous ne devez avoir qu’un seul objectif en tête : arriver le plus frais possible à Soucieu à partir duquel débute une autre course.

C’est compris ? Alors, en avant pour ce dixième Tshirt !

  • La SaintéLyon : Tous mes récits pour ceux qui aiment les séries

SaintéLyon 2010 : 1585 ièm au scratch (cote ITRA 459)

SaintéLyon 2011 : 820 ièm au scratch (SaintéLyon de Bronze) (cote ITRA 528)

SaintéLyon 2012 : 958 ièm au scratch (cote ITRA 469)

SaintéLyon 2013 : 625 ièm au scratch (SaintéLyon d’Argent) (cote ITRA 523)

SaintéLyon 2014 : 243 ièm au scratch (SaintéLyon d’Or)  (cote ITRA 587)

SaintéLyon 2015 : 157 ièm au scratch (SaintéLyon d’Or) (cote ITRA 633)

SaintéLyon 2016 : 101 ièm au scratch (SaintéLyon d’Or) (cote ITRA 638)

SaintéLyon 2017 : 182 ièm au scratch (cote ITRA 612)

SaintéLyon 2018 : 326 ièm au scratch (cote ITRA 580)

La SaintéLyon 2019 : l’absence de préparation pour ma dixième participation

Je vais partir cette année pour mon dixième maillot de finisher. Et je pèse mes mots. Cette année l’enjeu pour moi est bien de terminer et non de taper un chrono. Je suis en pleine phase de convalescence post virus CMV qui m’a mis à terre depuis près de 3 semaines désormais.

Je n’ai jamais aussi peu couru sur les 2 mois précédents la STL depuis … ever ! C’est bien la première fois que je me présente sur la STL avec un volume d’entraînement aussi faible, qui plus est avec 10 jours complètement blancs (aucun activité physique) précédents le départ. Heureusement que le départ n’avait pas lieu samedi dernier (23 novembre 2019) car j’avais seulement de l’énergie pour participer à la course en consultant le LiveTrail à partir de mon lit. Je vais un peu mieux depuis ce matin (mercredi 27/11/2019), enfin suffisamment pour envisager de prendre le départ samedi en espérant que ma récupération post épopée virale soit linéaire d’ici là.

Pourquoi je ne jette pas l’éponge ?

Parce que La SaintéLyon est la SaintéLyon et que je ne supporterai pas de ne pas répondre à l’appel pour ma dixième participation consécutive. S’il ne fallait conserver qu’une seule course dans l’année cela serait celle-là. Donc je finirai même en rampant ou à 4 pattes même en flirtant avec les BH ; mais ce dixième Tshirt de finisher, sauf accident, je l’aurai.

Et j’ai en tête la citation de Churchill : « We will never surrender »

Quelle stratégie de course pour cette SaintéLyon ?

J’y reviendrai dans un prochain post. Mais il est clair que ne pouvant compter sur mon endurance il va falloir être très stratège pour pouvoir terminer dans de bonnes conditions et ne pas être aux abois après Soucieu et faire partie de la cohorte des morts vivants sur cette dernière partie : Soucieu/Chaponost/Lyon = la route des morts vivants de la SaintéLyon. Comment ne pas en faire partie ? Suite au prochain épisode. J’en entends un au fond de la salle qui me souffle : « en ne tombant pas malade les semaines qui précèdent ! ». Effectivement, merci à lui !

Récit de course : Marathon de Berlin 2019

Marathon de Berlin : c’est la troisième édition pour moi.

Après 2015 (récit), et 2016 (récit)..voici ma troisième incursion en Allemagne pour une épreuve sportive.

Beaucoup de choses à dire à commencer par s’exclamer : « Quel beau marathon ! ».

Même sous la pluie et un ciel gris ce marathon est toujours enivrant. Et c’est quelqu’un qui ne boit jamais d’alcool qui vous le dit. 
Berlin fait partie du cercle des 6 « World Marathon Majors » auto proclamés qui regroupe également Boston, Chicago, NY, Londres et Tokyo. Ce que je peux dire c’est que Berlin est peut-être pour moi le marathon qui vaut le plus d’être couru parmi les 4 World Majors que je connaisse (Je n’ai jamais couru Tokyo ni Boston) : le marathon à faire si l’on doit en sélectionner un seul. Une ville hors norme par son histoire, une organisation exceptionnelle, une simplicité d’accès à son départ, une ambiance énorme et un final lors des 4 derniers kms qui prennent au corps et au cœur. C’est fou d’écrire avec un tel lyrisme, je ne me reconnais point.

J’aime Berlin pour son histoire surréaliste. Et je vous invite à revoir Good Bye Lénine ou La Vie des autres.
C’est donc avec une grande effervescence que cette capitale chargée d’histoire accueille près de 100 000 touristes sur un seul WE (45 000 coureurs et près d’autant d’accompagnateurs). J’atterris à Berlin  le vendredi 27 septembre 2019 en début d’après midi sous des trombes d’eaux. Dès les bagages posés à l’hôtel dans le quartier de Mitte (côté Berlin-Est) je décide d’aller retirer mon dossard. 5 kms à pieds me séparent de Tempelhof ; énorme bâtisse qui servit d’aéroport durant le pont aérien de 1948 permettant à Berlin-Ouest d’être fourni en énergie et denrées lors de son blocus durant toute une année de forte tensions entre l’Est et l’Ouest.

Je traverse Berlin avec mon petit parapluie qui ne m’empêchera pas d’être bien mouillé arrivé à Tempelhof. Et là, c’est la deuxième douche froide ! L’attente pour le dossard est d’au moins 45 minutes. Bien entendu le circuit pour récupérer son dossard ressemble à celui d’un magasin IKEA puisqu’il vous contraint à serpenter entre les marchands du temple de marques de sport mais aussi de voitures, Allemagne oblige. Et de magnifiques berlines sont en exposition, et autant vous le dire, il ne s’agit pas de Trabant. Car effectivement le coureur à pied prend sa voiture après son footing matinal.
De retour dans mon quartier je file au restaurant Lokal pour goûter à la spécialité de Berlin : le jarret de porc avec sa peau laquée croustillante. Las, la peau est tellement laquée croustillante qu’elle requiert de sacrées mandibules pour pouvoir la mâcher, c’est dur comme du cuir. Retour à l’hôtel pour m’endormir dès 21h30. Je me réveille vers 7 heures pour aller faire ma dernière sortie, très importante, celle de la veille de la compétition. Cette sortie est à ne pas manquer car elle permet de régler tous les détails techniques : insertion de la puce sur la chaussure, serrage de lacets, serrage de la montre qui me donnera l’allure. Et en générale cette sortie en mode footing d’un peu plus de 30 minutes de veille de marathon sur les lieux du crime me procure toujours des craintes quant à mon niveau de préparation. Cette sortie matinale n’échappera pas à la règle. C’est très poussif, j’ai des sensations qui font peur. J’arrive à peine à profiter du paysage. Et pourtant il y a de quoi s’extasier : je passe devant le Bundestag, je passe la porte de Brandebourg, je reviens vers Gendarmarket et remonte vers Oranianburg (mon quartier) près de la grande et magnifique Synagogue. Je croise énormément de coureurs qui font comme moi leur dernière sortie de réglage. Chacun arbore, le torse bombé, le maillot de finisher d’un marathon célèbre : c’est NY qui arrive en tête à l’applaudimètre suivi de très très loin par le maillot à la licorne du marathon de Boston !! J’ai un grand respect pour ceux qui arborent ce dernier, que je ne pourrai probablement jamais enfiler faute d’être capable d’obtenir un jour le chrono qualificatif pour m’y inscrire. N’est pas un BQ (Boston Qualified) qui veut. Revenons en à ma sortie. On dirait que je suis un petit vieux, j’arrive à peine à faire du 6 min au km. Arrivé à l’hôtel après 45 minutes poussives mon corps me dit merci d’en avoir fini. Néanmoins j’ai fourni suffisamment d’énergie pour ressentir la dopamine qui me fournit ma dose pour ressentir un bien être qui dure jusqu’à la fin de la journée. Direction mon petit bistrot favori le Kaiser Soze (en référence à ce film bien connu au dénouement qui marque les esprits) qui m’a toujours porté chance. J’ai pour habitude après avoir commandé mon thé et mes scramble eggs d’y retourner les tasses pour voir les noms de marques du fabricant mais j’ai beau le faire systématiquement, je ne tombe jamais sur le patronyme Kobayashi !

L’après midi je continue mes déambulations sans trop savoir où elles me mènent, j’aime flâner dans les rues au hasard pour en sentir l’atmosphère. Et Berlin c’est une ville dont le poids du passé se ressent à chaque coin de rue : des petits médaillons dorés aux noms de familles juives déportées sont insérés à mêmes les trottoirs « pour ne pas oublier », des façades d’immeubles désaffectées sont peinturlurées avec des termes rappelant la liesse populaire lors de la réunification, quand des noms de rue vous rappellent les heures de tensions les plus fortes que la guerre froide ait connues (Check Point Charlie). Du mur il ne subsiste quasiment plus de traces en revanche.

Les quelques monuments célèbres gravés sur la médaille du marathon…mais l’atmosphère de cette ville c’est toute autre chose.

La préparation ultime

Il est bientôt 18h30 et il est temps pour moi de me rendre à la Porte de Brandebourg pour mon ultime repas pré-marathon. Je vais en surprendre plus d’un parmi ceux qui ne connaissent pas mon rituel préparatoire. Non je ne prends pas un plat de pâtes. J’évite tout mets solides plusieurs heures avant une course et notamment avant un marathon. Cela fait déjà 24 heures que j’évite fruits et légumes en raison des fibres qu’ils contiennent. La peur redoutable du marathonien est double : celle d’exploser au trentième kilomètre certes, et tout le monde la connaît, mais aussi la crainte de devoir aller aux toilettes à … n’importe quel kilomètres. Pour prévenir ce risque je m’abstiens d’ingérer des éléments contenant des fibres ou sollicitant trop mon système digestif à minima 24 heures avant. Ma parade est d’aller au Starbuck la veille d’un marathon pour y ingurgiter un grand verre de Latte vanille accompagné d’un cake au citron. Et cela sera tout jusqu’au départ prévu 15 heures plus tard (à 9h30 du matin) : soit largement le temps à mon corps pour métaboliser cette charge de sucre (pour les réserves de glycogène) et cet apport de protéine (via le lait). Lors d’une course d’une telle intensité que le marathon votre système digestif est quasiment à l’arrêt et de toutes manières ne reçoit pas les ressources pour fonctionner correctement, le métabolisme fonctionnant de manière à ce que vous puissiez mettre un pied devant l’autre et si possible en étant une fraction de seconde en suspension au dessus du sol (définition de la course à pied, sinon cela s’appelle de la marche).

Ensuite direction l’hôtel pour le gros dodo et une prévision de tomber dans les bras de Morphée à partir de 22 heures.Voilà qui est bien, sauf qu’à 1 heure du matin Morphée a un sacré retard sur l’heure prévue du rendez vous. Je ne m’affole surtout pas. Ne pas PA-NI -QUER ! Il me reste potentiellement 6 heures de sommeil d’ici le réveil. La lecture de L’Express magazine devait m’achever, mais il n’en est rien : c’est fou comme la nouvelle stratégie de Bompard le PdG de Carrefour me tient éveillé. Je m’endors quelque part entre 1h 30 et 2 heures du matin.

Je me réveille naturellement après 7 heures. Surtout jamais de réveil, l’appareil qui vous flingue votre sommeil et vos jours. J’applique toujours le même rituel quotidien, 100 pompes suivis non pas d’une sortie en mode footing mais d’une sortie longue à travers Berlin. Mon équipement est rigoureusement identique pour toutes mes séances à l’exception de mes chaussures : des Apollo Under Armour ultra légère de 175 grammes non pas pour s’affranchir de la gravité et aller vers la lune mais pour peser le moins lourd possible à chaque impulsion.

Top départ

Je quitte l’hôtel à 8h30 en toutes petites foulées. Il me faut moins de 30 minutes pour rejoindre mon sas, le sas E de la deuxième vague des coureurs qui comptent terminer entre 3h15 et 3h30. Le ciel est bien gris, et nous savons que nous aurons la pluie à partir de midi : Bekele sera arrivé bien avant le déluge, ce n’est pas juste.

La musique d’Alan Parsons Project résonne, tel un compte à rebours, avant chaque départ : handisport, la première vague et puis pour la nôtre. Et puis c’est parti pour notre vague vers 9h25.

Premier semi

Ma stratégie de course est claire. Je vais courir chaque kilomètre à une allure de 5 minutes et pas une seconde de plus jusqu’au 27 ièm inclus. Un marathon ne commence réellement qu’à partir du trentième, autrement dit c’est à partir du trentième que l’on va découvrir si nous étions suffisamment préparés ou si cette épreuve va se terminer en chemin de croix.

Le premier km se fait en pente douce, inutile d’aller vite il faut mettre le frein à main. Comme toutes mes séances de CAP je ressens des sensations vraiment pourries : fourmillement dans les jambes, dans les pieds, je n’ai pas une très bonne respiration. Je me connais bien il me faut à minima 45 minutes de chauffe avant de ressentir, le cas échéant (car ce n’est pas systématiquement le cas non plus), de bonnes sensations. C’est la raison pour laquelle je ne m’affole pas trop lorsque je m’aperçois que je tourne bien à 5 minutes au km mais avec une certaine difficulté dès le premier kilomètre. L’ambiance de ce marathon ? C’est du tonnerre ! Un public démentiel. Très souvent de la musique : provenant d’enceintes (même installées sur un balcon d’immeuble) mais aussi de groupes se produisant le long de la chaussée.

Ma définition du marathon réussi, c’est quoi ?

Pour moi un marathon réussi est un marathon qui ne se transforme pas en chemin de croix et idéalement qui se fait en « négative split » c’est à dire dont le deuxième semi est couru plus rapidement que le premier. C’est ce que j’ai réussi à faire lors de mes deux derniers marathons de Berlin ainsi qu’à Chicago et j’en ai ressenti des sensations tellement fortes, presque jubilatoires qu’il me tardait après deux ans sans marathon de retoucher le graal. J’ai hâte de goûter à nouveau à cet état de conscience modifié qui n’apparaît pas avant le 28 ièm kilomètre du marathon. Une émotion qui mêle à la fois la souffrance et un vrai plaisir. La sensation de décoller alors que tout autour de vous les coureurs s’effondrent.

La stratégie de course en 3 points : déjà ne pas avoir d’objectif chrono final !

Premièrement : D’abord courir en totale aisance respiratoire jusqu’au 27ième avec un objectif semi marathon à ne surtout pas dépasser. Pour moi il ne fallait pas obtenir un temps de passage meilleur que 1h45 au 21 ièm km.

Deuxièmement : exploiter tous les ravitos pour s’asperger d’eau et se rincer la bouche avec la boisson énergétique, prendre deux à trois gels à l’unique ravito qui en proposait.

Troisièmement : se forcer à accélérer après le 27 ièm kilomètre pour voir si la magie opère et continuer sur les sensations à forcer son allure jusqu’à la fin.

La course in a nutshell

Eh bien le premier semi est bien couru en 1 heure et 45 minutes comme prévu par le plan. Maintenant il s’agit d’être patient et de se préparer pour la phase de décollage post 27ièm kilomètre. En fait je n’en mène pas large, j’ai l’impression d’avoir des jambes solides pour faire du trail mais pas vraiment légères pour voler sur le bitume. Je sens en fait que je vais devoir me donner un coup dans le derrière pour m’arracher et accélérer. J’ai presque la trouille, en bref je ne suis pas pressé de le voir ce panneau « 27 km »… Et il pleut maintenant, jusqu’au finish.

Panneau 27 km : « boule de feu »

Mon ami de cours de cuisine Thierry M. m’a préparé mentalement pour la Lavaredo Ultra Trail en me faisant pratiquer des séances d’hypnose/autosuggestion. Cela s’appuie sur des exercices de visualisation. Et c’est ce à quoi fait référence le titre de ce paragraphe. Je mets la gomme avec une image bien particulière qui me vient en tête. Je n’ai plus le choix : j’accélère alors que je n’ai pas vraiment les jambes. Et c’est là que la magie opère. J’arrive à adopter une allure plus élevée non sans mal, mais c’est tout à fait supportable. Je ne peux pas dire que je ressens une sensation d’euphorie lors des 5 kilomètres. Autour de moi l’hécatombe commence, les gens souffrent et décélèrent manifestement. Très peu de personnes me dépassent.

Ne pas quitter la ligne bleue

Je tiens le coup, la pluie se fait plus forte. On doit courir sur des flaques d’eau, plus besoin de m’asperger aux ravitos, lever la tête suffit.

Jusqu’au 27ièm j’aurai couru à 5 minutes le km, du 30ième au 35ième kilomètre mon allure passe à 4:42 le kilomètre puis 4:45 jusqu’au 40ième pour terminer en 4:21 sur les 2 kms qui restent, ce sont mes kilomètres les plus rapides : boule de feu !

Comme je l’ai mentionné la fin de ce marathon est épique. Les avenues sont larges, le public est en masse et nous encourage à tout rompre. Les coureurs se mettent minables pour terminer. Je termine en quasi apoplexie surtout que les 200 derniers mètres passé la porte de Brandebourg sont en pente douce où l’on peut donner tout ce qui reste dans les tripes.

Je n’ai pas dit que c’était simple tout le long !
Il reste 100 mètres à peine…

C’est fini ! 3 heures 25 minutes et 57 secondes en négative split de plus de 4 minutes (deuxième semi couru plus rapidement de 4 minutes par rapport au premier). A mes yeux marathon réussi. Cela donne l’envie de revenir.

Pêle Mêle / Miscellaneous

Au concours du plus moche Tshirt de finisher les organisateurs remportent les trois premières places. Bravo pour cette performance.

C’est très laid !

Marathon de Berlin 2019, parce qu’il n’y a pas que les Ultras qui m’attirent…

C’est dans quelques jours…

Déjà 3 ans que remonte ma participation à mon dernier marathon qui était … Berlin 2016 (en 3h26) après Berlin 2015 (en 3h25). J’aime bien les répétitions. Et il faut dire que le marathon de Berlin est un sacré marathon ! Cela me manquait de courir un marathon, c’est une épreuve exigeante, presque un sprint quand on est habitué aux épreuves longues. Toutes les secondes comptent. Il ne faut pas perdre de temps aux ravitos.

Berlin 2016

Suspens insoutenable du deuxième semi

Cela me manquait car depuis 3 marathons (j’inclus Chicago 2014 en 3h22) j’aime ce grand suspens qui arrive au milieu du deuxième semi (vers le 30ièm km), celui où je suis susceptible de lâcher les chevaux et de me mettre à accélérer. C’est un suspens car absolument rien lors du premier semi du marathon ne me permet de dire si je serai capable de faire un négative split (courir le deuxième semi plus rapidement que le premier). J’ai même toujours eu des sensations bien pourries lors des premiers kms de la course, parfois bien inquiétantes.

C’était Berlin 2015

La préparation

Bon il faut dire que la qualité de ma préparation est en ligne avec mes deux derniers marathons de Berlin, c’est pas terrible : 70 kms par semaine sur les 5 dernières semaines dont 120 kms la semaine dernière en 6 séances (c’était la semaine de lourde charge).

Point qui pourrait être négatif : je trouve que mon poids de forme est un poil trop élevé ; 63 kgs contre 62 kgs lors des deux participations précédentes. Et si l’on considère que cela coûte 4 minutes le kg cela pèse dans la balance quand même ! La raison ? Je me suis fait des quadriceps en béton cet été lors de grosses sessions de descente dans le Beaufortain. Alors je descend comme une bombe, mes quadriceps travaillent très bien en excentrique… sauf que sur marathon, dont le profil de course est très plat comme Berlin, l’excentricité du quadriceps ne sert à rien ! Le marathon de Berlin requiert une certaine austérité de ce point de vue : restons concentrique. Vous me suivez ? Si vous me comprenez c’est que je me suis mal exprimé.

Bref je suis assez fébrile même si les toutes dernières nuits de cette semaine de tapering sont assez difficiles. Exemple cette nuit : réveillé à 23h30, 3h, puis 4h50 pour finalement ne pas me recoucher, je suis allé courir à 5h20 après avoir déménagé ma fille et mon fils de leur lit dans le nôtre. De toutes manières je n’avais plus de place dans ma couche, alors autant aller courir 1h30. Bon je n’ai pas dit que je n’avais pas la tête dans le sceau à l’heure où j’écris ces lignes…

Stratégie de course

1/ La veille au soir au Starbuck de la Porte de Brandebourg tu iras, pour un Latte à boire et un Cake tu dégusteras

2/ Le matin au réveil, du thé seulement tu boiras

3/ Pendant la course, à 5 minutes au km tu courras

4/ A TOUS les ravitos, tu t’aspergeras et la boisson énergétique tu boiras et recracheras

5/ A partir seulement du 28 ièm km, tu accéléreras


Content si « négative split » tu feras.

Récit de La Lavaredo Ultra Trail 2019

Je ne m’attendais pas à cela. On m’avait dit que les paysages étaient beaux, en fait ils sont plus que splendides et font partie des paysages de montagne les plus beaux que j’ai jamais vus. On m’avait dit que cet Ultra était roulant, en fait La Lavaredo est l’Ultra le plus difficile que j’ai couru. Finalement cette course cumule selon moi les superlatifs.

Prologue

Samedi 1er juin 2019. Il est 7 heures du matin, j’ai repris la course à pied après un mois d’arrêt complet suite à ma participation au Trail de la Trans Aubrac. Je suis exténué. Le dés-entrainement de ces 4 semaines d’arrêt est très sensible. Je souffre le martyr, avec une envie de rentrer très vite à la maison. J’ai l’impression de peser le poids d’un tank ou d’un Caterpillar. C’est ma séance la plus terrible depuis le début de l’année. C’est complètement idiot d’arrêter l’entraînement aussi nettement et aussi longtemps alors que j’ai la Lavaredo et ses 120 kms / 5800 mètres de D+/D- en ligne de mire dans 4 semaines. Je sais au fond de moi que c’est la séance la plus difficile que j’aurai réalisé durant ce mois de juin. C’est le prix à payer. Je note dans mes tablettes à mon retour à la maison : « Toujours faire des sorties, même de courtes durées, entre les épreuves entretenir sa forme physique, ne jamais arrêter ! ». Dégringoler de plusieurs barreaux d’échelle est beaucoup plus rapide que les remonter… Rien à dire d’autre que « l’entraînement en course à pied ; c’est ingrat. »

4 semaines plus tard, veille du départ

Arrivé à Cortina d’Ampezzo le jeudi 27 juin au soir après avoir essuyé de multiples épreuves notamment lors de la récupération de la voiture de location : 1 heure de temps d’attente au comptoir Europcar de l’aéroport de Venise / difficulté à trouver la sortie du parking / difficulté à payer le péage qui n’acceptait que des billets de banques et non la carte de crédit / 2 heures de routes dont 1 heure derrière un camion transporteur de marchandise sur une route nationale… Bref, je devais être à Cortina au faît de ma forme pour courir un Ultra Trail, or j’arrive à l’hôtel déjà épuisé psychiquement. Je passe rapidement sur mon dîner dont le plat de pâtes n’a aucune saveur car j’ai un rhume et les sinus un peu bouchés. Cela m’a valu des douleurs terribles aux tympans lors de la préparation de l’atterrissage de l’avion. Seul moment agréable de la journée : une petite ballade sur les lieux du crime à 24 heures du départ. Le sponsor de la course n’est plus The North Face mais la marque italienne La Sportiva inconnue en France.

Toute la station de Cortina (ville des JO d’hiver 1956) va battre au rythme des traileurs durant l’espace d’un week-end. Ce ne sont pas moins de 5000 coureurs qui sont présents et se répartissent à travers 4 épreuves différentes : tout d’abord la fameuse Lavaredo Ultra Trail de 120 kms (et 5800 D+/D-) à laquelle je participe, la Cortina Skyrace de 20 bornes en passant par la Cortina Trail (48 kms) et l’Ultra Dolomite (87 kms)…et puis les enfants ne sont pas oubliés puisqu’il y a une kids race (400 et 800 mètres). Bref, en tout ce sont près de 8000 visiteurs (les coureurs viennent aussi accompagnés) qui investissent les lieux le temps de ces épreuves. Dans les rues tout le monde arbore son maillot de finisher préféré à condition que cela soit une épreuve prestigieuse connue de tous : l’UTMB étant l’épreuve qui recueille le plus de suffrages manifestement. Et quant à moi j’ai une chemise bleue sous un coupe vent Gore car je dois me protéger du soleil qui me brûle. J’ai quand même le buff autour de la tête aux couleurs de l’X-Alpine … mais il semblerait que l’on me dévisage pour une raison que je n’ai à ce jour toujours pas comprise (cf. photo ci-dessous).

En tenue discrète qui ne passe pas inaperçue

Cortina d’Ampezzo est un petit village magnifique où l’on se sent bien. Il y a ce petit centre ville autour de son campanile dont toutes les rues sont piétonnes. Tout autour le panorama est grandiose avec des massifs de montagnes qui ne ressemblent en rien aux Alpes françaises ni à celles du Valais (Suisse).

C’est le jour J. Je me réveille sur les coups de 6h30, difficile de faire plus tard. Moi le matin j’ai la pêche. Je prends un petit déjeuner limité à 2 œufs durs et une tranche de pain de mie toasté : je fais de vraies folies ! Il est trop tard pour prendre des fruits et légumes. J’ai besoin d’avoir un système digestif allégé et non encombré. A 9 heures je vais voir le départ de la Cortina Trail (48 kms).

Je voulais assister à la Kids Race à 10 heures mais le départ est reculé de 30 minutes. Tant pis je prends la décision d’aller retirer mon dossard au Ice Stadium non loin de là. Je ne veux pas trop traîner. Or, le retrait me prends 1 heure. Fil d’attente de dingue le long de la piste de Curling … C’est incroyable, seulement 4 personnes pour le contrôle de nos sacs avec matos obligatoire et 2 autres seulement derrières pour la remise des dossards ! Je n’ai jamais vu cela même pour une petite course de 10 bornes dans un arrondissement parisien. C’est même grotesque. Au niveau de l’évaluation les traileurs ne les louperont pas, en tous cas pas moi. Zut alors ! J’entends dans la file d’attente des propos du style « c’est l’Italie »! Cela m’écorche les oreilles moi qui suis d’origine transalpine mais ne puis que faire le constat que … cela est parfois justifié.

Passons. Il est l’heure d’aller déjeuner. Je vais me remettre en allant me prendre une énorme glace italienne d’un artisan chocolatier qui les turbine sous vos yeux. Je prends un truc énorme, le tarif est au poids. Il correspond au volume d’un très gros gobelet (30 cl ?) en plastique complètement rempli car cela est très crémeux comme je les aime. C’est à mille lieux des quantités mesquines de trois petites boules qui se courent après dans les petits pots en carton que l’on vous sert habituellement dans les glaciers à Paris. C’est donc réconcilié avec les italiens que je retourne à l’hôtel pour une sieste.

J’arrive à somnoler dans la chambre jusqu’à 18 heures tout en écoutant un podcast sur la nutrition de l’Ultra Traileur. Fort de ces enseignements je ressors affronter la chaleur pour retourner chez mon glacier qui a les yeux médusés lorsque je lui demande de me resservir la même quantité de glace café et fiore di sambuco ainsi qu’un gobelet de chocolat chaud à la pistache surmontée d’une chantilly. REWARD / Rhaaa Lovely !!!!!!!!!

Comme ça je suis paré. Mes réserves de glycogène sont au top sans avoir encombré mon système digestif de fibres ou autre aliments solides ! Je sais que cela peut choquer ceux qui considèrent que les pâtes sont plus appropriées. Mais regardons de quoi est composé une glace : de sucre, de lait, du gras avec une densité calorique très importante tout cela dans un substrat liquide hyper facile à métaboliser par le corps, en tous cas le mien. J’ai déjà éprouvé avec succès ce type de menu avant une compétition et notamment mes trois derniers marathons.

Il est 18h30 et cela sera mon dernier repas de la journée. Je sais ce que vous vous dites en lisant ces lignes. Mais franchement vous pensez que c’est moins bien que des pâtes dont votre système digestif va devoir casser les molécules d’amidon pour que cela traverse la paroi intestinale ? A quelques heures du départ en ce qui me concerne cela me fait gonfler l’estomac.

Maintenant retour dans ma chambre où je vais essayer de dormir. Je n’y arrive pas mais reste allongé les yeux clos dans un état végétatif jusqu’à 22 heures.

Je me prépare et me retrouve à 22h30 dans le sas qui vient de s’ouvrir. Je dois être dans le premier tiers.

Ambiance de folie soutenue par le thème d’Ennio Morricone

A l’instar de l’UTMB qui a son hymne joué par Vangelis, Le départ de la Lavaredo a également sa musique traditionnelle sonnant le démarrage du chrono (à 23 heures tapante). The « ecstasy of gold » d’Ennio Morricone (BO du film Le bon la brute et le truand) raisonne dans tout Cortina. C’est énorme !

Une ambiance de folie qui me donne littéralement la chaire de poule. Le public est amassé le long du couloir de la course délimité par des barrières. Nous recevons une énergie énorme. Sur plusieurs kms mon cerveau va boucler sur l’air de « The ecstasy of gold » comme il l’a déjà bouclé certaines nuits depuis que je prépare cet Ultra. Ce compositeur me transporte !

Ces tous premiers kms de la course ne sont pas sans me laisser penser à la SaintéLyon. La ligne de frontale, ce bitume parfois, ces chemins très larges. Mais très vite on sent que l’on évolue dans un endroit très très particulier. On quitte un espace domestiqué vers quelque chose de beaucoup plus sauvage, parfois lunaire. Pendant près de 4 heures nous évoluons en file indienne ou parfois en pack. Lors du premier pointage (km 17) je suis en 457 ième position.

A partir de cet instant sur le col à venir je décide de rester concentré et de compter les dépassements comme pacman. Arrivé à Valbona et deux cols plus loin (km 34) après 4h21 minutes de course je pointe en 307 ième position.

En fait je me retrouve désormais avec un pack de coureurs qui n’ont pas l’air d’être des rigolos et qui arrivent super bien à relancer. Là je comprends que je vais devoir arrêter de vouloir gagner des places au risque de courir au dessus de mes capacités et de brûler mes réserves énergétiques jusqu’à l’explosion. Celle de laquelle on ne revient pas.

Il est 4h30 du matin et déjà on perçoit l’aube qui semble pointer dans le ciel à l’est. La nuit semble être passée à la vitesse de l’éclair…surtout quand on est habitué aux SaintéLyon qui ont lieu en décembre lors d’une des nuits les plus longues de l’année. Et c’est tant mieux, car le paysage qui se découvre devient juste un vrai cadeau pour ceux qui ont eu la patience de courir jusque là.

La beauté des paysages se dévoile dès 4 heures du matin

Nous voilà à l’aube le long du lac Misurina (km 42). Il est exactement 4h47 et je pointe en 296 ième position.

Nous attaquons le col qui conduit à l’un des points les plus remarquables de cet Ultra, ce qui en constitue le symbole et logo de la course à savoir le Tre Cime. Avant d’y parvenir nous nous arrêtons au refuge Auronzo (km 49) après une montée sèche qui en assèche plus d’un. L’intérieur du refuge ressemble à une coure des miracle. Certains sont complètement à la ramasse, on entends les râles d’un coureur en train de vomir…bref on n’a pas trop envie d’y rester longtemps. Comme à mon habitude j’ai ma routine ravito que je vous décris une fois pour toutes : Je bois à minima deux gobelets d’un mélange eau/coca et je prends deux croquettes pour chien (ce sont des biscuits secs italiens en vente partout et rien qu’en Italie conçus pour éprouver la solidité de vos dents). Je repars toujours avec mes 2 flasques remplies à raz bord d’un mélange eau/coca (soit 1 total de 150 cl).

Il Tre Cime : symbole de cet Ultra

Je sors de ce refuge pour profiter de ce moment exceptionnel de découverte d’un panorama tel que je n’en ai jamais vus. C’est juste splendide et me voilà transformé en photographe/touriste.

Je passe beaucoup de temps à prendre des photos. C’est quand même pour voir cela que je me suis inscrit. Or « plus on s’arrête … et plus on s’arrête » et moins on a l’énergie pour repartir. Je me fais déposer par deux bonnes douzaines de coureurs. Par ailleurs on a une grosse descente plutôt technique dans sa première partie qui me pousse à conserver le mode de touriste randonneur. D’ailleurs cela me donne un petit coup au moral. Le paysage change très vite, nous quittons le monde minéral et enneigé pour une vallée très surprenante. On se croirait en Amérique du Nord car le parcours emprunte un sentier le long d’un lac, le chemin traverse une forêt de résineux mais dont les arbres sont suffisamment espacés pour apercevoir ces falaises qui sont propres aux Dolomites et nulle part ailleurs dans les Alpes. Il ne manque que le garde forestier sur son cheval, des trappeurs et des kayakistes sur le lac pour croire que nous sommes au Canada. Le soleil commence à chauffer … à peine finalement.

J’arrive à la base vie de Cimabanche où nous récupérons le sac de change. Nous sommes à mi parcours à ma montre il est 9:04 soit 10 heures de course (km 67 et 3000 mètres de D+ derrière nous, 334 ième au classement). Je déchire mon sac en l’ouvrant alors que j’y ai inséré tout un change que je ne mettrai pas. Je n’exploite que mes blondies (gros sablés fait maison = bombes caloriques supérieures aux cookies) dont j’avale deux morceaux car je ne peux lutter contre le signal de la récompense émis par mon cerveau qui me dit « RE WARD » « RE WARD » après la première bouchée. Je me tartine de crème « anti-soleil non je ne t’aime pas moi non plus » avec un indice XXL sur toutes les parties qui dépassent.

Nous allons attaquer un nouveau col qui nous mène au refuge de Malga Ra Stua, je regrette de ne pas avoir pris des photos de la falaise / demi cirque que nous longeons sur notre droite, une partie de la roche est même colorée, c’est magnifique. A Malga Ra Stua j’ai été prévenu qu’il fallait impérativement non seulement remplir ses flasques mais aussi veiller à en remplir une de réserve car le manque d’eau peut être un gros sujet. En fait le manque d’eau ne sera pas juste un problème, cela sera un point crucial pour les … 4h 40 minutes qui vont me séparer d’ici le prochain ravito. En fait Ennio Morricone aurait pu nommer l’oeuvre qui nous a été diffusée lors du départ : « A la ruée vers l’EAU »

La ruée vers l’eau

Nous commençons par grimper le long d’une paroi, la pente est très douce et c’est à partir de ce moment que nous tous, coureurs, crevons de soif, et c’est une soif inextinguible. Il y a de nombreux cours d’eau où nous nous arrêtons tous, soit pour remplir nos flasques soit, comme moi, pour remplir son gobelet d’eau beaucoup trop froide pour mon estomac. C’est incroyable de se sentir rassasié en eau après deux gobelets remplis à raz bord…pour ressentir une soif de malade seulement 15 minutes après ! J’ai l’impression que l’eau s’évapore par tous les pores de la peau dans la minute qui suit son ingestion. Pourtant non, je ne peux pas dire que je ressens la chaleur. L’atmosphère est juste très très sèche. D’ailleurs je ne transpire pas une goutte ! Nous traversons une plaine d’altitude jonchée de petit cailloux tellement blanc qu’ils renvoient une lumière quasi aveuglante. C’est ce que je nomme la « Vallée de la mort ». C’est plat ou en très léger dévers mais on ne peut pas courir, impossible. Cela devait être le lit d’un glacier puis d’un fleuve puis aujourd’hui il ne reste qu’un tout petit filet de rivière qui, heureusement, nous permet encore et encore de nous abreuver. Ce décors de Far West est impressionnant, il est jonché de branches de bois morts complètement secs qui me font penser aux têtes de squelettes de bovins que l’on peut voir dans les BD de Lucky Lucke, il ne manque que les vautours au dessus de nos têtes…et bien sûr les Daltons ! On s’y croirait. Une énorme cascade d’au moins 50 mètres longe la falaise tout au fond sur notre gauche. Quant à nous, coureurs de la Lavaredo nous avançons clopin clopant comme des macchabées. Nous n’inspirons pas la grande vivacité. En tous cas il faut avancer, et surtout boire, pour ne pas offrir notre carcasse aux prédateurs. Et puis le paysage change encore, la végétation reprend ses droits sur la caillasse blanche. Je pointe à Travenanzes (km 90 et 4300 D+) en 293 ième position. C’est bizarre je ne double plus personne depuis Cimabanche et je gagne quand même des places. Comme quoi le plan que nous venons de traverser mérite bien son qualificatif de Vallée de la Mort.

Le plus dur, c’est maintenant !

Or ce que je ne sais toujours pas à ce moment de la course c’est que le plus dur commence seulement maintenant. Et cela va faire très très mal.

On continue sur 400 mètres de D+ qui sont à un pourcentage encore jamais vu sur la course, c’est « droit dans le pentu » comme on dit sur la SaintéLyon. Sauf que là c’est en bien pire. Le paysage est devenu minéral alpin, complètement nu. Je sers les dents, et je bois : ouais pas simple de faire cela en même temps. Et ce que je ne sais pas encore c’est que des « montées de la mort qui tue » comme celles-ci il y en a encore au menu ! Je regarde le profil de la course qui est affiché sur mon dossard et je constate avec horreur que le mur que nous venons de passer est représenté en « tout petit » sur le profil par une ligne à la quasi verticale et que des lignes comme celle-ci il en reste… c’est bien simple j’en suis déprimé à l’idée de les compter.

Je descends en direction du refuge de la Gallina. Mais le fait de le voir si bas me fait déjà mal aux quadriceps. C’est terrible, rien ne me convient, je crains désormais aussi bien les montées que les descentes. C’est à se demander quel profil de terrain me convient le mieux à cet instant de la course. Peut être la station arrêt ?

J’arrive au refuge Gallina (après 97 kms et 4765 D+, 256ième au classement) après 15 heures 37 minutes de course c’est le premier ravito rencontré depuis près de 3 heures. Comme quoi la traversée de cours d’eau était impérative pour survivre durant ce laps de temps.

Après le pointage je m’amuse à lire les messages de mes supporters à distance que sont ceux de Sylvain, Fab mon frère coach UTMB et ma sœur. En effet ils traduisent mon gain de places au classement par une fraîcheur (que je n’ai pas) ou par le fait que je suis allé plus vite que de nombreux concurrents (or je n’ai doublé personne depuis 3 heures !). En fait le gain de place ne s’explique que par le jeu des abandons de coureurs mieux classés que moi ainsi que par le temps passé aux ravitos (je passe moins de temps que certains autres coureurs et les double malgré moi).

Attention, on attaque un deuxième mur. Il est très sec celui-là et surtout assez traître car on pense se rapprocher de la crête pour finalement découvrir que nous ne sommes pas du tout arrivés et qu’il y a un deuxième mur que l’on ne percevait pas au pied de l’ascension. Donc j’applique ma stratégie de gestion de course, très simple, qui est de ne jamais se mettre dans le rouge. Donc je m’astreins à toujours être en aisance respiratoire. Je ralentis, je ralentis… ah ça y est je suis en aisance respiratoire sauf que … je suis à l’arrêt, planté comme un piquet ! En fait j’ai le choix entre grimper et être inévitablement dans le rouge (anaérobie) ou être à l’arrêt pour pouvoir demeurer en aisance respiratoire totale. Dans une pente à un degré de plus de 20% : je n’ai pas le choix. On se met dans le rouge et on sert les dents en mettant un pied devant l’autre.

Nous avons même les pieds dans la neige.

On arrive au refuge Averau où un bénévole nous attend avec un jet d’eau mais j’ai surtout envie de boire et non d’être mouillé. Je ne comprends pas ce qu’il me dit je m’apprête à sortir mes flasques…et me voilà arrosé de la tête aux pieds de même que les lunettes de soleil comme cela je n’y vois plus rien. Alors je dis merci (dans mon italien à l’accent français) en souriant jaune, de très mauvaise grâce car le cœur n’y est pas. On arrive au refuge du Passo Giau où nous attends un vrai ravito avec croquettes pour chiens… non je ne suis pas sympa. En fait depuis la mi course les bénévoles ont la très bonne idée de faire des tartines de pain (pas bon) agrémentées d’huile d’olive et recouvertes de tomates ; et franchement ce n’est pas mal du tout. Enfin du salé qui fait du bien. Plus on reste scotché à un ravito, plus on reste scotché…donc il faut se faire violence pour sortir…et aller se faire un nouveau et dernier « mur de la mort qui tue ». Je crois que celui-ci est vraiment le pire des trois : là carrément on n’est pas loin de l’alpinisme. Heureusement j’ai des gants. C’est dans ce mur que je me dis que Le Tor des Géants ce n’est pas pour moi. Que les Lavaredo Ultra Trails, ce n’est pas pour moi. Que les Ultras, ce n’est pas pour moi. Que la course à pied, ce n’est pas pour moi. Moi ce qui me conviendrait mieux à cet instant c’est une bonne entrecôte de bœuf bien maturée dégustée chez moi à Paris. Pourquoi m’infliger de telles souffrances ?

Néanmoins le paysage de l’autre côté de cette crête est juste magnifique, le soleil radieux : finalement cela valait le coup. Quelle gratification !

En bas dans la vallée : Cortina d’Ampezzo…comme une libération.

Et le fait d’apercevoir Cortina redonne des ailes. On a l’impression que l’on va y arriver dans l’heure alors qu’en fait cela me prendra un peu moins de 2 heures.

J’assure mes appuis dans la descente, j’ai toujours la peur de me blesser à quelques kms de la fin. Un finisher claudiquant c’est dommage mais un abandon pour blessure à quelques encablures de la fin c’est un drame dont on ne se remet probablement pas. Mais arrivé sur le bitume de Cortina à 2 kms de la fin j’explose littéralement, comme une crise d’hypoglycémie : des frissons dans tout le corps, impossibilité de relancer, le souffle court. Je connais bien cet état pour l’avoir ressenti pas plus tard que 15 jours lors d’une de mes séances matinales de 2 heures. On est foudroyé et seule l’alimentation permet de se remettre en jambe. Je demande à un autochtone de me prendre une des barres maison (blondies) dans mon sac car je n’ai pas la force de l’enlever. Je l’engloutie et j’en ressens les effets immédiats. Quelques mètres plus loin un autre habitant a dressé une table avec des tranches de pastèques : quel bonheur ! Et je déroule pour les 1500 mètres restants dans Cortina. Et là c’est juste un bonheur immense.

J’arrive après 19 heures et 57 minutes en 229 ième position parmi 1815 coureurs au départ et 1297 finishers (taux d’abandon de 29%).

Mention spéciale à Loic J. qui m’a beaucoup aidé : c’était mon benchmark !

Je remercie avant tout ma femme pour m’avoir permis de vivre tout ça…

Mon score ITRA sur cette course est de 569 soit mon plus gros score sur ce format de course dit XL.

Chapeau à tous les finishers, ils sont tous des héros.

Prochain Ultra dans 1 mois : La Lavaredo Ultra Trail 2019 dans les Dolomites

Cela sera mon prochain Ultra car les Dolomites il paraît que c’est beau et que c’est là que s’est joué le film de Sylvester Stallone Cliffhanger dont j’avais adoré le décor naturel. Par ailleurs ma femme (aussi forte que Sylvester quand elle est en colère) m’a toujours loué la beauté de ces paysages lors d’un GR effectué au départ de Cortina d’Ampezzo.

Et c’est donc en consultant le catalogue des Ultra du circuit de l’Ultra Trail World Tour avec la même excitation que le chasseur qui vient de recevoir son catalogue Manufrance pour choisir son fusil de chasse pour tirer sur les palombes que mes yeux ont été attirés par le parcours de cette Lavaredo Ultra Trail dans les Dolomiiiiiiiiiiiiiiiiiiites !!!!!!!!!!

Il y avait un tirage au sort avec une probabilité de 50% d’être choisi et comme j’ai beaucoup de chance aux jeux de hasards qui font mal au corps, j’ai été tiré au sort en décembre dernier je crois.

Bon ben…j’ai fait le plus simple, j’ai payé le dossard ainsi que le vol en avion et réservé la voiture de location. J’ai même regardé confortablement assis dans mon canapé la vidéo officielle que voici.

Je pensais avoir pensé à tout…Mais je crois qu’il me manque un truc important maintenant…cela me turlupine depuis quelques temps. Mais j’ai trouvé…

Va falloir que je m’entraîne !