Récit X-Alpine 2017 : une épreuve diabolique.

« Cet Ultra Trail est diabolique. » auteur inconnu

… Il doit être entre 1 heure et 2 heures du matin dans la nuit du samedi au dimanche 9 juillet 2017. J’ai quitté la cabane de Mille et cela fait bientôt 24 heures que nous sommes partis de Verbier. Cette descente en direction de Lourtier je la redoute. Je suis vulnérable, j’ai une grosse douleur derrière le genou et bien entendu mes quadriceps en descente sont déjà courbaturés. Alors mon « Gouverneur Central » (le dispositif psychologique qui est là pour assurer votre intégrité physique selon le physiobiologiste Tim Noakes) en profite pour m’envoyer des signaux. Une grande lassitude est en train de m’étreindre ainsi qu’une angoisse à l’évocation du « Mur de la mort » de Lourtier-La Chaux qui se rapproche. Mais cela va encore plus loin, l’envie de continuer, l’envie de courir tous les matins comme je le fais depuis des mois, l’envie de courir l’UTMB : tout cela a tout simplement disparutout cela n’a plus aucun sens pour moi. Tous ces objectifs me sont totalement indifférents. Pire, je trouve cela tout à fait incongru. Et si je rendais mon dossard à Lourtier et m’accordais un break d’au moins 1 an et qui serait peut être définitif sur ces épreuves d’Ultra Trail de dingue ? Et une petite voix de me dire « Mais oui abandonne ! Abandonne Grégo ! Les gens autour de toi loueront même ton courage et ton caractère raisonnable d’avoir abandonné ! »…

En tous cas quelque part entre le Col de Mille et Lourtier, je me dis que cette X-Alpine 2017, j’en suis certain car c’est très net dans ma tête, sera ma dernière…

LE VENDREDI 7 JUILLET 2017, IL EST 17h45 AU CHABLES :

J’adore ce moment de briefing organisé par l’organisation. Il fait suite à la remise des dossards.

DÉPART DE VERBIER A 4 HEURES DU MATIN

Je suis super bien entraîné, je vais courir l’UTMB dans 7 semaines et je me suis fixé un objectif de moins de 25 heures pour cette X-Alpine qui est une épreuve qui m’est chère. Bref je suis sur les starting block. Couché à 21 heures le vendredi j’ai réussi à dormir quelques heures, même si une fringale m’a contraint à manger trois financiers à 23 heures. Je n’avais pas assez mangé manifestement et je le regrette. Mes stock de glyco ne sont pas au top ! Je risque de le payer.

C’est donc avec une cohorte d’environ 150 coureurs que je franchis l’arche. Nous sommes beaucoup moins nombreux que l’année dernière pour le « départ 4 heures ». La très grosse majorité des coureurs a pris la décision de partir à 1 heure du matin. Étrange quand l’on sait que désormais pour s’inscrire à la X-Alpine il faut un pré-requis de 4 points ITRA… Bref, il n’y a plus de néophytes et à priori seuls sont admis des coureurs aguerris aux épreuves de Trail.

J’aime bien le speaker avec qui j’ai échangé quelques mots la veille à la remise des dossards pour lui dire que sa citation « Ne craignez pas d’être lent, craignez d’être immobile » m’avait beaucoup marqué. En tous cas plus que celle « d’une douleur éphémère pour une fierté éternelle » qu’il nous a sortie l’année dernière. Cette année on nous cite quelques vers de « Si » de Rudyard Kipling qui dit en substance que si tu sais « accepter l’échec et la victoire avec le même aplomb et patati et patata … » et qui se conclue par « tu seras un homme mon fils ». OKaaaayy ! Bon et bien quant à moi je ne suis pas encore un homme car je n’ai toujours pas digéré mon abandon de 2015, et c’est probablement pour l’éternité. Comme quoi les belles lettres et antiennes peuvent être très émouvantes à entendre au départ d’une course, mais quant à leur application, et bien il y a encore du boulot !

DE VERBIER A SEMBRANCHER (Km 12 et 320 mètres de D+ et 1096 mètres de D- )

till sembrancher

C’est parti sur the « Final Countdown ». Nous traversons Verbier. Nous passons devant mon hôtel (Le Montpelier : top qualité classe au niveau de l’accueil et du service, je le souligne) et cette fois je ne peux pas hurler pour saluer Laetitia qui est restée à Paris. Beaucoup de coureurs me doublent alors que j’étais en deuxième ligne sur le départ. Je dois me retrouver dans le dernier quart du peloton. Dans la descente de Verbier je suis toujours impressionné par la vitesse à laquelle les traileurs attaquent cette X-Alpine. Et je me dis toujours à ce tout début de la course : « Statistiquement il y en aura plus d’1 sur 2 qui ne sera pas finisher. Qui sont-ils autour de moi ? » « Toi ? Toi ? Toi? ….ou peut être Moi ? » Nous attaquons rapidement une montée. Je sens très vite que je n’ai pas vraiment les jambes, non je ne suis pas en jambes. Mais c’est normal il me faut toujours au minimum 1 heure pour m’échauffer.

Bon sang cette première montée est quand même rude. Je ne me souvenais pas qu’elle était si dure. Mes jambes sont en bois.

On attaque une descente très technique. On l’oublie un peu et on ne la mentionne jamais mais cette première étape est loin d’être simple surtout à froid.

J’arrive à Sembrancher (km 12) après 1h 31min de course soit exactement dans les mêmes eaux que l’année dernière. Je prends mon temps pour refaire mon sac, m’hydrater et c’est reparti pour attaque le colosse de cet X-Alpine : Le Catogne.

DE SEMBRANCHER (Km 12 et 320 mètres de D+ et 1096 mètres de D- ) AU SOMMET DU CATOGNE (Km 21 et 2224 mètres de D+ et 1116 mètres de D- ) :

till sembrancher

Au ravito je range la lampe frontale et mets tout de suite mes lunettes de soleil car je sais que les rayons commenceront à pointer dès Catogne Alpage d’ici une heure.

On attaque cette montée sèche de 1900 mètres de D+ sur seulement 9 kms. Et bien je trouve qu’elle est plus sèche et longue que dans mon souvenir. Le peloton s’est fortement effiloché. J’ai une coureuse dans mon visuel à 20 mètres devant moi, et un coureur à 20 mètres derrière également. Je suis vraiment à la peine. Je me fais doubler trois ou quatre fois alors que lors des précédentes sessions j’avais plutôt le souvenir d’être passé devant quelques collègues. Je ne dépasserai jamais la traileuse qui prendra la poudre d’escampette.

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Je prends conscience très vite que je peux jeter aux orties mon objectif de performance. Ma primaire devient désormais : être finisher, ni plus ni moins.

Je vais gérer cette course avec ce seul objectif…et c’est tout.

J’arrive au sommet du Catogne à 8h24 après 4h 24min de course.

DU SOMMET DU CATOGNE (Km 21 et 2224 mètres de D+ et 1116 mètres de D- ) A CHAMPEX (Km 26 et 2354 mètres de D+ et 2374 mètres de D- ) :

till Champex

La descente hyper technique s’effectue comme lors des deux dernières éditions…à l’exception du fait que je vais chuter lourdement en avant lors de l’entrée dans la partie arborée. Je me rattrape sur le coude droit qui sera bien éraflé, je ressens une très forte douleur de crampe au niveau du mollet qui vient de se tendre comme un arc. La douleur s’estompe, je poursuis ma descente en essayant de préserver mes quadriceps sollicités en excentrique. Ce n’est pas le moment « d’envoyer » pour le payer dans 20 heures lors de la descente sur Verbier lorsque je serai complètement courbaturé et susceptible de descendre à 4 pattes ou en zigzaguant.

J’arrive à Champex à 9h46 après 5h 47min de course.

DE CHAMPEX (Km 26 et 2354 mètres de D+ et 2374 mètres de D- ) A ORNY (Km 34 et 3780 mètres de D+ et 2444 mètres de D- ) :

till Orny

Au ravito je suis mon plan de « je remplis mes flasque d’un mélange eau / coca, je prends un peu de salé, je me crème avec un écran total XXL ». C’est parti pour cette ascension dont la première étape est juste terrible en terme de déclivité.

Sur la portion de plat j’appelle Laetitia pour lui dire que tout va bien, et surtout lui donner le change. Voilà textuellement ce que je dis à mon épouse au téléphone : « Impeccable ! Je vais gérer cette course en adaptant mon allure. En endurance fondamentale… voilà tout va bien, ne t’inquiète pas ». En fait il faut plutôt traduire les choses de la manières suivante : « Chérie je suis totalement à la rue par rapport à mon objectif de chrono, j’ai des sensations très moyennes, donc je vais juste essayer d’arriver au bout. » Voilà voilà….

Les bonnes sensations ? C’est toujours pas ça…je mets un pied devant l’autre avec un train de sénateur. Je checke aussi mes messages SMS de mes supporters. Il y en a un qui me fait l’effet d’un super dopant. En effet il m’indique en substance qu’un de mes amis d’enfance (traileur et résident frontalier également) va m’attendre au ravito de La Fouly. Voilà qui me remets bien en selle.

Le paysage qui se déroule est juste magnifique puisqu’il vaut un vrai livre de géographie sur l’étagement de la végétation en montagne. On commence par une forêt, puis les alpages, puis très vite les pierriers avec une coulée de glace.

Après le col Breya on croise un certain nombre de randonneurs. La déclivité est un peu moins forte, il fait plus frais aussi. Et enfin j’atteins la cabane d’Orny à 2820 mètres d’altitude, point culminant du parcours.

J’arrive à Orny à 12h40 après 8h 41min de course.

Un coureur m’accoste et me dit « c’est toi qui écrit des articles sur un blog ? J’ai lu ton article sur la X-Alpine et j’étais surpris par ton entraînement dans Paris, car moi aussi j’habite une région où il n’y a pas de dénivelé, la Bretagne. » Evidemment être reconnu cela fait plaisir, une rencontre improbable à 2800 mètres d’altitude.

D’ORNY (Km 34 et 3780 mètres de D+ et 2444 mètres de D- ) A LA FOULY (Km 47 et 4190 mètres de D+ et 4080 mètres de D- ):

chemin de la mort

Je ne m’attarde pas trop car il fait un « peu frisquette ici ». J’attaque cette redoutable descente sur Saleinaz. Redoutable pour plusieurs raisons : elle est très technique sur la première portion en raison de nombreux pierriers, elle est lassante pour les quadriceps qui commencent à fortement déguster (ils avaient eu raison de ma volonté d’être finisher il y a deux ans)…mais la vraie menace a trait à cette augmentation de la température à laquelle l’organisme doit faire face car nous passons de 2800 mètres avec 12 degrés à 1400 mètres où il fait 22 degrés (probablement plus). On sent que le soleil tape sur le casque. Quand nous atteignons Saleinaz c’est presque le four. Heureusement les nuages commencent à nous protéger. Commence alors ce que j’appelle le « chemin de la mort », celui qui conduit à La Fouly. Ce chemin en soi n’est pas difficile mais c’est celui où, très entamé par la première partie du parcours (Le Catogne et Orny sont les DEUX très grosses difficultés de la X-Alpine que l’on nous sert d’entrée de jeu), on sent que l’on est déjà un peu au bout du roulot. Et cest comme cela qu’avec le soleil de plomb qui nous tape dessus on prend la décision de jeter l’éponge une fois arrivé à La Fouly. Les statistiques ne mentent pas : le gros du bataillon des abandons a lieu à La Fouly ! J’en ai fait l’amère expérience il y a deux ans et je le regrette encore.

Physiquement je suis dans le dur sur ce « sentier de la mort » mais l’expérience me permet d’y faire face psychologiquement car je sais que c’est normal de ressentir cet état à ce moment de la course. Mais au-delà de cela je suis heureux de savoir que je vais retrouver mon pote Sylvain à La Fouly ce que me donne un bon coup booster. Je ne me souvenais plus cependant que ce chemin était si long, je n’en vois pas la fin. J’essaie de trottiner, avec difficulté, dès qu’il y a un faux plat montant je suis contraint de réadopter le rythme de la marche rapide. Je n’ai plus de jus. C’est où La Fouly ? C’est encore loin ?

Et après avoir cru tant de fois tomber sur cette bifurcation à gauche qui mène au village… enfin la voilà ! Enfin voilà ma surprise 🙂

J’arrive à La Fouly à 15h25 après 11h 25min de course.

Et elle est belle. Sylvain armé de son reflex Nikon a fait l’incroyable effort de venir de loin (frontalier mais à 2 heures de route). Cela me touche beaucoup.

Je ne reste pas longtemps, c’est assez frustrant. On aimerait s’attabler, prendre un bon repas, terminer par un bon jeu cartes.

Mais il s’agit d’une course qui nécessite de la concentration et où l’on est dans un état second, dans sa bulle.  Je salue mon ami et je reprends la course. Sur le sentier de la Fouly j’avais projeté que l’on nous prenne en photo ensemble…et cela m’est complètement sorti de la tête. C’est un grand regret que je vais nourrir durant la portion suivante de la course.

 

DE LA FOULY (Km 47 et 4190 mètres de D+ et 4080 mètres de D- ) AU COL DU GRAND SAINT BERNARD (Km 61 et 5559 mètres de D+ et 4599 mètres de D- ) :

de Saleinaz à Bourg Saint Pierre

Cette fois je n’ai pas oublié de remplir à bloc mes flasques d’un mélange eau/coca qui me convient très bien. Je ne me souviens que trop bien de la catastrophe à côté de laquelle je suis passé l’année dernière en errant assoiffé et déshydraté, tel le capitaine Haddock dans le désert de l’album L’Or Noir sans une goutte de whisky. Donc tout va bien je peux boire tranquillement sans craintes sur cette montée légère jusqu’au col Fenêtre. Tout va bien, je déroule…. donc tout va bien. Donc je peux taper dans mes flasques sans craintes, donc tout va bien. Donc, donc… et bien je me rends compte que tout ne va pas très bien car elles se vident bien vite mes flasques. Et je suis encore très loin du col du Grand Saint Bernard (au moins à 3 heures). Il va falloir me rendre à l’évidence, je vais être en panne sèche et qu’il faut que je prévienne la sortie de route. Je vois des randonneurs qui redescendent. Allez je tente le coup. C’est toujours coûteux pour moi de demander, au risque de me prendre un soufflet. Hourraa !! Ils me permettent de me désaltérer et d’éviter de devoir trop solliciter mes réserves. Je suis remis en selle rasséréné.

Je dépasse un coureur qui m’interpelle : « Greg on the run ! Greg on the run ! ». Je me retourne un peu incrédule. Mais effectivement ce coureur m’a reconnu à la couleur du buff que je porte sur la tête et que je portais aussi sur les photos de la X-Alpine de l’année dernière. Il me dit qu’il s’est inscrit notamment après avoir lu mon récit et que c’est grâce à moi qu’il est ici. Je lui réponds que malheureusement c’est surtout à cause de moi qu’il est dans cette galère. Apparemment ce future et brillant finisher ne m’en voudra pas d’après ses commentaires laissés sur les réseaux sociaux que j’ai lus par la suite…

© 2017 Sylvain Adenot Photography

Nous quittons les paysages d’alpage pour la roche, la neige, et les lacs de montagne apparaissent à quelques encablures du col Fenêtre. C’est un des points les plus beaux du parcours. On se sent revigoré. La descente puis la légère remontée sur le col du Grand Saint Bernard sont à couper le souffle, d’autant qu’elles se font alors que les rayons du soleils sont plus rasants, donnant à la roche une teinte cuivrée. Cela dit au moment d’arriver au ravito de cette fameuse frontière Suisse / Italienne le ciel se fait tout d’un coup plus menaçant.

J’arrive au col du Grand St Bernard à 18h42 après 14h 42min de course.

Nous craignons l’orage. Certains coureurs quitteront le ravito avec le coupe vent. Pas moi…j’ai trop la flemme, j’attendrai qu’il pleuve vraiment. Au ravito j’ai une faim de loup je mange à peu près de tout, surtout du salé. La simple évocation du sucre m’écœure. Un responsable du SAMU « version Suisse » voit mon bras éraflé et me propose de le désinfecter. Je prends mon temps. Je gère ma course pour être finisher. Le chrono m’importe peu.

DU COL DU GRAND SAINT BERNARD (Km 61 et 5559 mètres de D+ et 4599 mètres de D- )  A BOURG SAINT PIERRE (Km 75 et 5993 mètres de D+ et 5863 mètres de D- ):

du Gd Saint BErnard A Borg Saint Pierre

Nous attaquons un nouveau col très alpin. Il commence à pleuvoir quelques gouttes. Je prends le parti de rester en T-Shirt. S’arrêter une nouvelle fois, ouvrir son sac, prendre son coupe vent etc… Cela prend trop de ressources. On préfère à ce moment là de la course rester concentré et conserver son rythme : mettre un pas devant l’autre. « Ne pas craindre d’être lent, mais craindre d’être immobile ». Au col des Chevaux il n’y a pas de pointage chrono mais il y a des bénévoles qui sont là pour nous accueillir. Je demande à l’un d’eux de me prendre en photo.

20170708_193700

Le ciel est très couvert, les rayons ont du mal à traverser, il y en a quelques uns mais ce seront les tous derniers. J’attaque la très longue descente en direction de Bourg Saint Pierre permettant encore une fois de traverser tel dans un livre de géographie tout « l’étagement de la végétation d’un paysage alpin ». Tout d’abord les pierriers, puis les alpages nus, puis enfin quelques arbres. Le décor est encore grandiose, j’aime beaucoup cette partie du parcours décrite par beaucoup comme sans intérêt. Je l’apprécie tout particulièrement car l’espace est très ouvert et dégagé. Comme il fait plus frais on se sent plus en jambe, on se remet enfin à courir…et à courir assez vite. Au niveau de l’altitude des alpages le terrain comporte beaucoup moins d’obstacles à franchir, on se sent libéré. On arrive le long d’une énorme réserve d’eau et pour cause le parcours longe la rive du barrage des Toules. C’est encore plus roulant, on peut courir à bonne allure car c’est désormais un parcours fait de sentiers pédestres. Le ciel est de plus en plus noir, l’obscurité s’abat sur ce paysage qui est cette fois dompté par l’homme. On entend au loin une route empruntée par des voitures. Le sentier s’enfonce dans la végétation et parfois longe de tous petits chalets de bois très accueillants ; la porte est grande ouverte et laisse entrevoir une demeure éclairée par quelques bougies (j’ai l’impression d’être dans un épisode d’Heidi), et l’hôte ne semble pas gêné par les coureurs passant devant sa porte. On aimerait s’y arrêter pour se reposer près de la cheminée.

J’arrive à Bourg St Pierre à 21h35 après 17h 35min de course.

Et voilà Bourg Saint Pierre qui est un magnifique village qui n’a rien à envier à Saint Veran (considéré comme un des plus mignons villages alpin français). J’entre dans ce gymnase qui …sent les pieds. Heureusement je n’ai pas de nausées. Beaucoup de coureurs sont attablés, certains dorment par terre sur le sac de change qui leur sert d’oreiller. C’est un peu la cour des miracles. Mon objectif est de très vite en sortir. Je prends mon sac de change dans lequel j’attrape mes 2 morceaux de cake salé (grosse envie !) et des gâteaux (beurk je suis écœuré par le sucre). Je prends ma lampe frontale, je vide mes poches… et pendant ces préparatifs je suis accosté par un coureur qui semble me connaître mais que je n’arrive pas à identifier (il faut dire que mes capacités cognitives sont très réduites à ce moment de la course et cela ne va pas aller en s’améliorant). Il me pose une question en souriant, je ne sais plus laquelle, et moi de lui grommeler un truc pas très agréable, en répondant dans le vide. Bref je lui manque totalement de respect en ne lui prêtant pas attention. On parle de « l’esprit trail » pour qualifier la bienveillance que se portent les coureurs entre eux, et bien autant dire que je ne l’incarne pas du tout à ce moment là et que je donne l’image de moi de quelqu’un de très rustre. Je le regrette. J’espère qu’il me pardonnera si jamais il lit ces lignes. Je dépose mon sac de change et file vite vers la sortie. Mon arrêt se sera limité à 10 minutes.

DE BOURG SAINT PIERRE (Km 75 et 5993 mètres de D+ et 5863 mètres de D- )A CABANE DE MILLE (Km 87 et 7043 mètres de D+ et 6053 mètres de D- ) :

Brg St Pierre a cabanne

Je dois allumer ma lampe frontale car nous sommes entre chien et loup. J’ignore quel est mon retard par rapport à l’année dernière car je n’ai pas mes temps en tête mais j’en conclus que je dois être en retard car l’année dernière j’avais allumé ma lampe beaucoup plus tard. J’appelle Laetitia pour lui donner de mes nouvelles et surtout avoir des siennes et être rassuré : pas d’arrivée de cigognes à l’horizon ? Je peux continuer ? Un autre traileur arrivé à mon niveau vient de s’arrêter de prendre des nouvelles de son épouse également…alors comme je me sens proche, je suis tout d’un coup épris de « l’esprit trail » qui revient. Je lui tape la conversation. On commence par aborder des sujets profonds (des sujets de traileurs quoi). « Tu es content de ta frontale ? » « C’est fou ça elle éclaire comme un phare ! ». Il est niçois et triathlète. Bon, il ne connaît pas mon blog manifestement ;-). Il est un super crack et a couru le très difficile Trail du Mercantour. Néanmoins il reconnaît que la X-Alpine est beaucoup plus difficile qu’il ne l’avait imaginée. Mais il pense qu’il sera récompensé de ses efforts « lorsqu’il arrivera ce soir à Verbier ». Ce soir ?!!… Comment te dire ? Je ne le lui dis pas mais la station de Verbier tu ne la verras pas avant demain et le levée du soleil. Je crois qu’il ne se rend pas bien compte de la difficulté de la tâche qu’il reste à accomplir. Bref il est dans l’hyper espace. Je lui dis que le plus dur reste à venir et qu’il reste notamment un MUR, le mur de la mort qui tue, le mur de Lourtier/Lachaux avec du 25% / 30% de pente pendant presque deux heures ! Cela dit il mène bon train, je lui dis que je ne peux suivre son rythme et que je préfère le laisser filer devant moi. J’ai du mal à marcher rapidement et à parler en même temps, je n’ai pas suffisamment de ressources.

On quitte la forêt pour les alpages dans le noir le plus complet. La pleine lune est planquée derrière les nuages (dommage). A peine si l’on devine au loin quelques coulées de neige, un glacier. Il va falloir se faire à l’obscurité et à faire attention aux obstacles sous ses pieds. Je commence à être vraiment « dans le dur », le moral n’est pas vraiment au beau fixe. Mon tableau de bord commence à s’illuminer de pleins de voyants rouges. Tiens… entre temps j’ai dépassé mon triathlète niçois qui a beaucoup ralenti et que je ne reverrai plus.

Et au détour d’un virage, youpii là-bas c’est la cabane de Mille, on aperçoit de la lumière ! Oui…sauf que pour y aller il faut…. longer un énorme cirque. Comment vous dire ? A vol d’oiseau c’est assez proche mais il y a juste le vide entre nous. En fait il faut longer une très très longue corniche dont on devine le dessin grâce aux lueurs des lampes frontales des coureurs qui nous précèdent. Et on devine alors (malheur) que cela va être interminable. L’année dernière j’étais dans l’ignorance en n’ayant pas vraiment perçu la cabane Mille au premier coup d’œil, je n’avais donc pas reçu ce choc. Parfois mieux vaut rester dans l’ignorance…

J’arrive à Cabane de Mille à 00h30 après 20h 30min de course.

Enfin la cabane de Mille. Elle est toute petite. Quelques coureurs sont assis sur un banc. Comment feront-ils pour se relever ? Je ne me suis jamais assis depuis le début de la course de peur justement de ne pouvoir me descotcher. Je refais mes lacets et un coureur voyant ma difficulté à délacer mon double nœud veut absolument me donner un cours de laçage : encore l’esprit trail ? Je lui réponds que c’est sympa de sa part, mais que c’est vain car j’ai des capacités intellectuelles très très réduites. Primo je n’ai pas les ressources pour avoir l’attention que requiert un cours sur quelque sujet que ce soit, deuxio je n’arriverai pas à retenir ce qu’il me dit. Donc il est inutile pour lui de se fatiguer. Bon il faut vite que je quitte cet endroit car j’ai reperdu « l’esprit trail », je suis dans ma bulle, et plus je reste au ravito plus il est difficile d’en sortir. Je sais qu’il fait assez froid dehors. La descente sur Lourtier suivie du Mur Lourtier-La Chaux me fait peur car l’année dernière j’avais beaucoup gambergé avec mon problème urinaire (noir de chez noir) me laissant croire que j’avais une hémorragie.

Il est temps d’aller me confronter à mes démons.

DE LA CABANE DE MILLE (Km 87 et 7043 mètres de D+ et 6053 mètres de D- ) A LOURTIER (Km 98 et 7093 mètres de D+ et 7509 mètres de D- ) :

de mille à Lourtier

J’avais un peu tout accumulé l’année dernière sur cette portion. Les envies d’abandon, la marche forcée, la perte de la signalétique, l’envie d’appeler les secours… Et bien pour cette année je vais également remplir quasiment toutes les cases. Et je commence par ne pas prendre le bon chemin dès la sortie. Je suis paumé. Elle est où la signalétique ? Je dois attendre qu’un traileur derrière moi sorte du ravito pour revenir dans le droit chemin. Je continue la descente seul. Et c’est assez chaud !  On ne voit vraiment rien. La qualité de la signalétique est assez faiblarde, il y a bien un petit panneau / sticker réfléchissant quand le faisceau de la frontale le touche….encore faut-il le croiser avec son faisceau ! Je manque de me perdre à plusieurs reprises. On traverse de nombreux ruisseaux, et je m’embourbe dans des tourbières jusqu’à la cheville. C’est juste l’enfer.

Au bout d’un certain temps au niveau des alpages et des premiers signes de végétation le parcours emprunte un sentier, plus simple à suivre. Cela dit je gamberge.

[…] J’entends les voix des sirènes. « Abandonne, abandonne, les gens te féliciteront pour ta bonne décision. Les gens te trouveront raisonnable, super smart d’avoir eu ce courage ! » […] Et là je pense à Sylvain qui a fait tout cet effort pour venir me voir, ma famille qui suit mon avancée sur LiveTrail, ma femme et l’arrivée d’une escadrille de cigognes. J’aurais fait tout ça pour ça ? C’est inimaginable. Je continue à mettre un pied devant l’autre et puis c’est tout. Je suis en mode pilote automatique. J’ai très mal en haut de l’insertion du mollet. En revanche mes quadriceps tiennent très bien la cadence qu’impose un groupe de coureurs que j’ai décidé de suivre dans la descente. Et cela devient hyper technique. J’ai tellement besoin d’être concentré que les sirènes semblent s’être éloignées, probablement lassées avant moi, tant mieux.

Enfin une route carrossable qui fait du bien aux jambes. On se met à marcher pour reprendre son souffle. On sent l’activité humaine toute proche. Quelques lumières urbaines au loin, Lourtier ? Non pas encore, Lourtier est encore loin et j’en ai plein les pattes. Heureusement la pente devient douce et peu technique, j’ai besoin de me reposer et donc de mettre le pied à terre (c’est à dire marcher). Je suis complètement dans le dur. Mes tentatives de trottinage ne durent pas plus de 100 mètres.

J’arrive à Lourtier à 2h50 après 22h 50min de course.

Et c’est donc en grand vainqueur marcheur que j’entre dans Lourtier, sympathique village, aux rues totalement vidées de ses habitants qui doivent confortablement dormir sous leur couette. Comme je les envie. Quant à moi j’ai un boulot de dans 10 minutes, un programme sympa dans le genre divertissement sportif ! A savoir : me faire « le MUR ».

DE LOURTIER (Km 98 et 7093 mètres de D+ et 7509 mètres de D- ) A LA CHAUX (Km 104 et 8305 mètres de D+ et 7529 mètres de D- )  :

The Mur

J’entre dans le ravito. Nous sommes 4 coureurs tout au plus. Ils sont toujours assis les coureurs au ravito. Comment font-ils pour se relever ? Je suis à la recherche du risotto promis. Il est où mon risotto ??? Je vois un coureur qui jette une assiette encore quasiment  pleine d’une sorte de bouillie blanche en disant « c’est bizarre ». Un bénévole me sert quelques louches d’une substance qui ressemble plus à du porridge qu’à du risotto mais c’est très bien ainsi. Je le déguste et je le trouve tout à fait à mon goût. C’est bien ce dont mon organisme a besoin. C’est facile à mâcher et assaisonné (c’est à dire salé) comme il faut à 3 heures du matin après 23 heures de course. Bon il faut y aller. Je plaisante un peu avec le personnel du ravito ainsi qu’avec des membres du SAMU suisse local semble-t-il. Une jeune femme me dit qu’il faut avoir du courage pour faire ce que l’on fait. Je leur réponds que je me demande pourquoi on le fait… et en plus on a payé pour. On se marre bien. Ce moment de détente fait du bien. Il est temps pour moi de prendre mon courage à deux mains (si j’ose dire). Je sors du ravito…. tiens ma lampe frontale clignote (signal de « plus de batterie bientôt »). Il faut que je la change. Je n’aime pas m’interrompre comme ça. Puis le mur commence par une petite portion de bitume, puis après un petit virage à droite il est devant moi : une grande allée bordée de deux belles rangées d’arbres comme sur certaines routes rectilignes du midi. Sauf que là la pente est à près de 30%. C’est parti, cela va faire mal aux cuissots. Au moins pas la peine de lever la tête (et il vaut mieux pas sinon on se prend un coup au moral) car c’est bien droit. Allez on y va. J’avance à mon rythme, concentré dans ma bulle, je suis complètement seul, pas une seule frontale à l’horizon. Mais il n’y a pas d’horizon, de toutes manières je ne vois rien et ce noir semble infini…. devant moi ma frontale éclaire un mur. J’avance tel un damné. Et puis au bout de 10 minutes (?) je trouve qu’il fait bien bien chaud et je touche une de mes flasque pour me rendre compte qu’elle est au trois quarts vide, la deuxième flasque ? Tout pareil… C’est une catastrophe. Je ressens un coup de chaud. Je me rends compte que j’ai oublié de remplir mes flasques au ravito. Mes pulsations viennent de monter d’un bon cran, je prends un vrai coup sur la nuque. L’émotion est intense. Je raisonne, j’essaie : « Ai-je suffisamment de carburant pour arriver au prochain ravito de La Chaux, tout là haut ? » « Qu’est-ce que je fais ? » « Non, non et non…. je ne peux me résigner à revenir en arrière c’est trop bête, je suis allé trop loin ! » Je continue mon ascension. Puis l’angoisse m’étreint à nouveau, j’ai une boule au ventre. Elle prend le dessus. « On s’en fiche du chrono, tu es dans les choux depuis longtemps. Ton objectif c’est de terminer, le reste c’est perdu. Il n’y a pas d’autre enjeu ». « Mais rajouter du dénivelé sur le Mur c’est rageant quand même !!!!! » Arghhh. Allez je n’ai pas d’autres choix que de revenir sur mes pas et de faire une partie de la pente en descente. Horreur. Je croise pas moins de 5 coureurs à qui je conte mes malheurs en leur disant à la volée avec l’aplomb de l’adulte hyper sûr de lui bombant le torse :  » Ouais j’ai pas d’eau, je redescends au ravito ». En fait j’ai envie de pleurer et de hurler mais je ne le montre pas…. Les mecs me regardent hagard et me répondent en acquiescent « ah oui effectivement ». Il y en a un qui est à deux doigts de me filer un peu d’eau. Mais je coupe court, je ne veux en aucun cas que quelqu’un supporte mon erreur. Je sentirais trop le poids de la culpabilité. C’est mon problème, à moi de l’assumer.

Bizarre de se retrouver à la case départ. Bon je me referais bien une plâtré de risotto tant qu’on y est, histoire d’avoir une compensation (reward !, reward ! reward ! me crie mon cerveau !!!) ? Je suis trop désespéré finalement. Je remplis mes flasques à raz bord, je prends des biscuits secs apéritifs suisses (des TUC mais en mieux je trouve). Et je m’en retourne pour recommencer. Je pense au poème de Rudyard Kipling dont quelques extraits nous ont été lus juste avant le départ dans l’indifférence générale car on n’entendait pas bien le speaker. « Si tu peux voir détruit l’ouvrage de toute une vie…et sans dire un mot te mettre à rebâtir ». Alors je reformulerais ces vers de la manière suivante : « si tu peux revenir sur tes pas après avoir monté une partie du mur…puis te mettre à tout remonter sans broncher » …tu seras un vrai Traileur mon Grégo ! Cela me fait marrer intérieurement. Finalement j’arrive à créer des vers de haut niveau à ce moment de la course. Comme quoi mes capacités intellectuelles ne sont pas si faibles.

Enfin rasséréné j’attaque « The Mur » pour plus de deux heures d’ascension qui sont pour moi un long voyage intérieur. Et curieusement, vous savez quoi ? Et bien le fait d’avoir pris la bonne décision, d’être hyper rassuré me donne un coup d’endorphine (oui oui !) tout à fait bienvenu. Convaincu d’avoir pris une excellente décision je déroule assez bien. C’est difficile, mais finalement pas aussi dur que l’année dernière où j’essayais de suivre un autre concurrent qui montait trop vite pour moi. J’ai un bon rythme et je monte ce mur d’une traite quasiment, m’arrêtant à trois ou quatre reprises uniquement le temps de tirer dans mes flasques le précieux liquide (mélange eau/coca). La pente est un peu moins forte lorsque l’on quitte le sous bois. Et l’on peut percevoir le paysage d’alpage car il fait moins sombre. Cela fait du bien au moral. Je croise une coureuse anglo saxonne de queue de peloton de « la Traversée » (course partie de La Fouly à 10 heures). Elle est bien courageuse. Il se met à pleuvoir quelques gouttes, pas suffisamment pour mettre le coupe vent, j’ai trop la flemme, trop long à sortir, puis à remettre dans le sac si c’est une fausse alerte…et il ne s’agit que de fausses alertes.

Enfin j’entrevois l’arrivée du télésiège de La Chaux tout là bas à gauche. C’est éclairé, comme un refuge bien confortable et chaud. Bon dans les faits c’est un self d’arrivée de remonte pente… mais néanmoins l’effet est le même que si j’arrivais dans un petit chalet avec du mobilier en bois et le bruit des bûches qui crépitent dans la cheminée. Le jour se lève assez vite. Ma lampe frontale ne sert plus à rien. C’est là que je m’aperçois qu’au niveau chrono je dois être complètement en l’air par rapport à l’année dernière car j’en avais encore besoin à ce stade de la course.

J’arrive à La Chaux à 5h29 après 25h 30min de course.

Entré dans le self, on est super bien accueilli par les deux bénévoles. Il y a un ou deux coureurs, assis (ai-je besoin de le mentionner ?). Je prends quelques bons verres d’eau (le coca ne passe vraiment plus) servis par une femme très très empathique qui a remarqué mes plaies au bras droit. Elle est très chaleureuse, et moi de lui raconter mes petits malheurs : « ben oui j’suis tombé », « ben oui cela commence à être bien difficile », « ben oui j’en peux plus mais vivement Verbier » « ben oui c’est de la descente maintenant mais la descente c’est dur pour mes cuisses ». Propos complètement banals qu’elle écoute religieusement comme si j’étais l’unique coureur de cet Ultra. Et franchement cela me réconforte. Et puis je prends le chemin de la sortie.

DE LA CHAUX A VERBIER :

Il fait un froid de canard quand on longe ce cours d’eau. Il fait jour désormais. Je n’ose pas trop regarder en bas dans la pente car on se prend un coup sur la tête quand l’on voit le dénivelé négatif qu’il va falloir avaler. Mes jambes n’en peuvent plus. Le travail en excentrique est difficile mais cela dit pas aussi difficile que dans ma mémoire. L’année dernière j’avais dû m’arrêter à de nombreuses reprises car mes quadriceps n’avaient plus d’endurance. Cette année j’arrive assez bien  à poursuivre malgré la douleur. Les portions dans le sous bois sont parfois très très techniques et je manque à plusieurs reprises à m’étaler en me prenant les pieds dans les racines des arbres qui affleurent : un dangereux piège pour tout traileur qui aime bien envoyer dans les sous bois, ce qui est ô combien risqué. Je me calme pour ralentir. C’est inutile et cela serait trop bête de chuter si près du but. Il n’y a pas d’enjeux autre que de terminer.

Mais c’est bizarre où est Verbier ? On doit remonter sur des sentiers carrossables. Je me mets à marcher sur les montées, je suis un peu à bout. Je reprends mon souffle sur les faux plats. Et puis et puis je reconnais enfin le terme de cette folle aventure !!! Il fait complètement jour désormais, je vois le télésiège, je sais que nous sommes à quelques encablures. On emprunte la fin d’une piste de ski. Je mets enfin le pied sur le bitume de Verbier. Je traverse la station endormie, j’ai l’impression d’arriver en vainqueur avec la foule en délire (en fait Verbier est complètement désertée !), deux finishers de la X-Alpine remontent la rue et me félicitent (ça c’est l’esprit Trail…On sait que l’on en a tellement bavé que l’on a de l’estime pour tous nos pairs !).

Je vois l’arche, je vais me délecter de ce moment. Je ne sais pas comment. Un éclair, un flash, une illumination, la foudre : tout me transperce au moment où je passe le tapis magnétique. C’est fait ! J’ai décroché l’étoile ou plutôt ce deuxième X !

Finisher de ma deuxième X-Alpine consécutive.

Nous serons moins de 50% des concurrents (taux d’abandon de 51.33%) à pouvoir goûter à ce moment.

Quel bonheur ! Et pour ça, cet instant incroyable, je me réinscrirai l’année prochaine pour en décrocher une troisième.

Je vous l’avais bien dit en préambule. Cette épreuve est diabolique !

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REMERCIEMENTS SPÉCIAUX :

Evidemment la primeur va à mon pote Sylvain traileur lui-même. Un grand grand coup de chapeau…et même plus.

Merci à mon frère ! Toujours présent et d’une fiabilité à toute épreuve, il sera mon super assistant sur l’UTMB.

Merci à ma famille proche pour leurs messages.

Merci à mes autres potes qui m’ont été d’un grand soutien par messages interposés :

  • Mon Grand
  • François M. (qui a couru à plusieurs reprises le TVSB sur ses différents formats et qui vient de terminer l’Eiger)

Et bien entendu mention hyper spéciale à mon épouse qui a fait preuve comme toujours d’un indéfectible et inconditionnel soutien. Elle m’a permis de me rendre à Verbier alors qu’elle avait légitimement toutes les bonnes raisons du monde de me demander de rester auprès d’elle pendant cette période de couvre feu dans l’attente du débarquement de cigognes.

MERCI A L’ORGANISATION SUISSE DU TVSB :

Les bénévoles de cette TVSB : vous êtes énormes !!!!!! Merci à vous. Sans vous nous ne pouvons pas réaliser nos rêves les plus dingues.

QUELQUES CHIFFRES / STATS :

Je suis le 75 ième finisher de l’épreuve après 26 heures et 39 minutes de course soit dans le gros premier tiers des finishers (32%) ou les 15% des partants.

24ième VH 1

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Nombre de partants : 487 VS Nombre de finishers : 237 soit un taux d’abandon de 51% (le plus faible taux des trois dernières éditions). A noter qu’il fallait justifier de 4 points ITRA pour pouvoir s’inscrire sur la X-Alpine, c’est la première fois que les concurrents devaient justifier de ce pré requis. En d’autres termes les impétrants devaient justifier d’avoir été finisher d’un trail d’au moins 70 kms dans les 18 mois précédents l’inscription. Cela peut justifier un taux d’abandon plus faible cette année (pas de touristes).

LES LIENS VERS D’AUTRES HISTOIRES DE X-ALPINE :

Mon récit 2015

Mon récit 2016

 

 

 

X-Alpine 2017 : quel objectif ? Temps de passage prévus et le suivi en direct.

111 kms et 8400 m de D+ courus l’année dernière en 26h et quelques minutes. Pour cette année je me fixe moins de 25 heures ce qui devrait me faire entrer dans le Top 50 de Marc Toesca.

Pourquoi ?

Cet objectif n’est pas tiré de mon chapeau il s’appuie sur le rationnel suivant :

  1. Mon niveau de forme (les anglais disent « fitness ») s’est amélioré de 5% par rapport à l’année dernière. Concrètement mon économie de foulée que je calcule en mesurant mon rythme cardiaque VS allure est plus faible de 5% par rapport à l’année dernière. Pour le même « chrono au tour des Buttes-Chaumont » mon rythme cardiaque est inférieur de 5% par rapport à 2016.
  2. Lors de mon expérience de l’année dernière j’avais connu un très gros passage à vide après le col du Grand Saint Bernard (cf. mon récit 2016). Je pense que si je n’ai pas de pépins de ce style je devrais pouvoir courir sur la descente de la cabane Mille jusqu’à Lourtier.

En conséquence 95% de mon chrono de l’année dernière me permet d’espérer un moins de 25 heures.

tableau synthèse TVSB 2017 (2)

Mes temps de passage prévus cette année pour atteindre mon objectif de « moins de 25 heures » aux points de contrôle sont les suivants avec comparaison avec les pointages de l’année dernière sur la première ligne.

Exemple : je suis passé à 8h27 au sommet de Catogne l’année dernière et j’ai pour objectif cette année d’y être à 8h09.

chrono tvsb 2017v2

A L’ATTENTION DE MES SUIVEURS ACCOMPAGNATEURS SUPPORTERS AMIS FANS FAMILLE FEMME PÈRE MÈRE BELLE MÈRE FRÈRE SŒUR…et même ceux que j’ai oubliés mais qui pensent à moi.

  • Voici le lien de Live Trail (mon dossard est le 102) : http://tvsb.livetrail.net/coureur.php

live trail

 

X-Alpine 2017 : Pour se préparer à l’UTMB et pour le plaisir

111 kms / 8400 m de D+ mais surtout … un panorama à couper le souffle ! Voilà pourquoi je me devais de retourner courir la X-Alpine pour la troisième année consécutive. Cette course est d’autant bien placée puisqu’elle figure à 8 semaines de l’UTMB.

Cette épreuve m’a laissé tellement d’émotion que depuis la Trans Aubrac je n’ai d’yeux que pour elle, course qui fait même de l’ombre à mon projet UTMB.

C’est une épreuve qui conjugue difficulté technique et beauté des paysages. Un parcours très alpin qui culmine à 2800 mètres d’altitude.

Rappel : X-Alpine : 111 kms pour 8400 m D+/-

Score ITRA Endurance : 6 sur une échelle de 0 à 6

Score ITRA Montagne : 12 sur une échelle de 0 à 14

X Alpine profile

Le topo guide propose normalement d’effectuer ce parcours en 5 jours. Les coureurs de la X-Alpine ont pour objectif d’arriver à Verbier en moins de 36 heures.

LES POINTS SAILLANTS DE LA X-Alpine :

Incontestablement les deux premiers cols cumulent la technicité et la beauté du paysage.

  • Le Catogne et sa crête vertigineuse et aérienne que l’on atteint après une montée sèche de 1900 mètres de D+ sur moins de 10 kms. (NB : à ne pas confondre avec Catogne de l’UTMB qui est une « colinette » à côté).
  • La montée sur la cabane d’Orny via le col Breya. C’est une montée de 1300 mètres de D+ sur 7.5 kms.
  • ……… ensuite c’est la « montée de la mort » car elle se situe en fin de parcours, à effectuer durant la nuit où l’on ne voit vraiment rien du tout, il s’agit de la montée « droit dans le mur » de Lourtiers / La Chaux avec des portions à 30% (globalement 1200 mètres de D+ sur 5.5 kms).

Mais la beauté globale du parcours est juste époustouflante. J’ai plein d’images en tête : crête de Catogne / le glacier d’Orny / les lacs du Col Fenêtre / La descente sur le col du Grand Saint Bernard / La descente de l’autre côte du col des Chevaux …

Bref, courir la X-Alpine c’est d’évoluer en chair et en os dans un album d’images de voyages en 3D en moins de 35 heures.

LE POINT SUR MA PRÉPARATION A LA X-ALPINE 2017

Pour faire le point sur ma préparation c’est ICI. Mais je peux faire un copie colle du billet de l’année dernière avec le résumé ci-dessous :

  • Séances d’endurance fondamentale quotidiennes, courues aux sensations avec l’objectif d’être en totale aisance respiratoire.
  • A quelle allure ? : Je n’en sais strictement rien, « je cours sans montre ! » … pas tout à fait vrai. Avec la RCX5 Polar et l’accéléromètre je dois être en moyenne à du 6 min / km.
  • Principe de fréquence et de régularité : courir le plus souvent possible pour que cela devienne une seconde nature : tous les jours.
  • Le matin à jeun : en semaine à partir de 5h30 jusqu’à 7h30 environ.
  • Durée : environ 2 heures.
  • Lieu ? De mon domicile en direction du trottoir de ceinture du Parc des Buttes-Chaumont : « quelques petits tours et puis s’en retourne ».

Cette semaine j’ai appliqué ma méthode de tapering (affûtage ou encore baisse de la charge d’entrainement) pour atterrir tout doucement vers ce samedi 8 juillet 2017 à 4 heures du matin pour le départ.

En quoi consiste le tapering pour moi ?

Le tapering pour moi consiste à raccourcir ma séance normale quotidienne et matinale d’ordinaire d’une durée de 2h 10min de 15 minutes chaque jour depuis dimanche (J-6). Je n’inclus aucune « journée off ».

Fréquence et régularité sont pour moi la clef.

Il faut veiller à dormir en ne laissant pas passer le train de 23h30, que j’ai malheureusement loupé toute la semaine ayant du mal à me remettre du jet lag (je suis revenu des USA samedi à J-7 de la course) pour arriver ce matin (J-3) à ma pire séance de l’année.

En bref, à l’instar de l’année dernière à J-3 de la X-Alpine … je suis crevé. 😉

 

 

 

 

 

Prépa UTMB 2017 : faire le point à 2 mois du rendez vous

BILAN DE CE MOIS DE JUIN

Le mois de juin aura été le plus gros mois de charge de préparation à l’UTMB 2017. Je cumule 620 kms en ayant manqué deux séances sur le mois (pas d’enregistrement pour le 13 juin).

J’applique toujours ma morning routine qui développe inlassablement le même format.

  • Séance matinale à jeun. (je précise que ce n’est pas par dogme mais uniquement parce que je n’ai pas le temps de petit déjeuner avant de partir).
  • Intensité de la séance en fonction des sensations en endurance fondamentale et une aisance respiratoire totale.
  • Aucune séance en accélération de type HIIT ou seuil ou VMA : AUCUNE
  • Paris Buttes Chaumont : cela monte et cela descend (NB : Exceptions sur la dernière semaine de juin : séances effectuées en Virginie / USA)

tableau Polar juin 2017

BILAN 2017 YTD

Je dépasse les 3000 kms sur l’année 2017. Le mois de juin est le plus gros mois « ever » que je n’ai jamais fait en CAP. Il le restera pour très longtemps je pense…

En effet durant le mois de juillet je participe à la X-Alpine qui comprendra la semaine de tappering qui la précède et au moins 6 jours de récupérations sans CAP à l’issue de l’épreuve.

Le mois d’août comprendra également une bonne semaine de tappering pré UTMB.

entrainement UTMB juin 2017

Pèle Mêle

  • Nutrition :

J’étais en Virginie la dernière semaine me permettant d’aller dans mon Steakhouse préféré. Tous les soirs je me suis enfilé (il n’y a pas d’autres mots) 1 kg de Prime Ribs de catégorie Prime USDA (les connaisseurs sauront de quoi je parle) pendant 6 jours consécutifs. Quand on aime…. C’était juste exceptionnel. Une cuisson à basse température au four à vapeur pendant toute une nuit. Aucune réaction de Maillard (c’est à dire pas de cuisson à la poêle).

Et comme je suis poli ; on m’a appris à terminer mon assiette. je ne laisse que l’os.

 

  • Les yeux tournés vers…

la X-Alpine. Au moment où j’écris ces lignes (samedi 1er juillet 2017) je suis à J-7 de ma participation à mon épreuve favorite qui sera plus qu’un galot d’essai de l’UTMB. La X-Alpine a un score ITRA Montagne de 12 sur une échelle de 1 à … 12. Soit un score plus élevé que l’UTMB. La X-Alpine c’est un gros morceau…aussi gros que mes côtes de bœufs servis dans mon steakhouse américain.

Trail Verbier Saint Bernard : pourquoi je m’aligne encore sur la X-Alpine ?

  • 8400 m de dénivelé positif
  • autant en négatif, et croyez moi c’est l’accumulation de descentes le plus dur, pas vraiment les montées…
  • sur 111 kilomètres de distance.
  • départ à 4 heures du matin
  • environ 30 heures de course pour la moyenne des finishers mais…
  • moins de 1 coureur sur 2 qui franchit la ligne d’arrivée.

voilà en quelques mots à quoi ressemble l’épreuve reine du TVSB. Mais peut on résumer en quelques chiffres ce qui reste pour moi la plus belle épreuve sportive à laquelle j’ai participé jusqu’à maintenant ?

Le 8 juillet 2017 je serai donc au départ de ma troisième X-Alpine consécutive.

En 2015 j’avais abandonné la mort dans l’âme : le récit.

En 2016 je suis finisher : le récit.

Et cette année je me fixe l’objectif d’arriver avant l’aube à Verbier soit moins de 25 heures de course. Il est vrai que le target de moins de 24 heures est symbolique et fait plus de sens. Mais soyons réaliste cela ne m’est pas possible et réservé à des super cracks scorant plus de 650 au classement ITRA (moi je suis à 618).

Je ne peux m’empêcher d’y penser tous les matins lors ma morning routine.

Mais peut-on résister à ça (cf. vidéo ci-dessous) ? C’était l’année dernière, j’y étais et cela demeure toujours une de mes plus belles émotions d’Ultra Trail.

Prépa UTMB 2017 : restent trois mois devant après 5 mois derrière

Le temps passe à toute vitesse et c’est avec un bon état de forme que je conclus ce mois de mai avec 500 kms d’entraînement de course à pied tout rond répartis sur 23 séances.

prepa mai 2017

En bref mai demeure un « mois normal » même s’il ne se caractérise pas encore par une régularité d’horloger. Je compte deux périodes de trois jours consécutifs sans entraînement…et cela se paye cash !

Grosso modo : « 3 jours d’arrêt consécutifs = 3 jours à minima pour retrouver son état de forme initial. »

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Au niveau décoration de l’appartement je possède désormais une belle oeuvre en relief sur le mur avec de jolis points oranges et verts.

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Récit : les 105 kms de l’Ultra Trans Aubrac 2017

Je viens de tourner la page sur ma troisième participation consécutive à l’épreuve de Trail qui commence à compter pour moi à savoir l’Ultra Trans Aubrac (105 kms et 3400 m de dénivelés positifs). La date de l’événement (cf. photo) était chargée de sens pour moi cette année car cela correspondait au jour de mes 44 printemps.

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22 avril : 44 ième anniversaire

En bref, et avant de commencer le récit, tuons le suspense, voici les chiffres bruts :  je termine cette année l’UTA avec un chrono de 14 heures et 5 minutes en 25 ième position sur 234 finishers (soit dans les 11% des finishers) parmi 321 coureurs au départ (soit 27% de taux d’abandon). Le grand vainqueur, Sébastien Goudard, terminera cet UTA en 10 heures et 28 minutes et la première féminine, Lucile Resplandy, en 14 heures et 49 minutes.

Pour ceux qui ne s’intéressent qu’aux chiffres bruts et autres stats concernant ma course je les invite à tout de suite zapper ce qui suit pour aller tout en bas. Pour ceux que cela intéresse, place au récit.

Histoire, littérature et tout ça :

Je commence à prendre mes habitudes et suis un peu toujours la même routine chaque fois que je descends en Aubrac pour participer à la course. Tout d’abord l’avion Paris Orly / Rodez dès le vendredi matin. Direction Rodez pour un déjeuner au café Bras (oui c’est bien de la même famille que les Bras père et fils du restaurant triplement étoilé de Laguiole) qui jouxte le magnifique Musée Soulages. Puis visite de Rodez, puis retour au Café Bras (je suis un pilier de salon de thé pâtisseries) pour l’heure du goûter et déguster les bourriols au chocolat (selon une recette de Michel Bras…voir photo) et autres mets exquis dont un cake carotte/noix génial.

Nous prenons ensuite la direction de Saint Geniez d’Olt (40 minutes de route) pour nous installer à la résidence vacances située dans le Château Ricard avec vue imprenable sur le Lot. Cette année la remise des dossards a lieu dans le gymnase d’arrivée et non plus à Bertholène. J’y croise mon ami Fabrice H. avec qui j’avais terminé ma première UTA en 2015 dans la douleur et la souffrance. Il avait joué le rôle de lièvre et de locomotive sur les 30 derniers kms alors que mes cuisses étaient perclues de courbatures…

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Remise des dossards fin d’AM vendredi 21 avril

Il est 20 heures il est temps de trouver un restaurant pour continuer à manger et se charger…en glycogène. Nous trouvons par hasard le restaurant italien La Louve sur la place principale. Au programme : spaghettis carbonara pour moi « à la française » (car il y a de la crème fraîche alors qu’en Italie la recette n’en comprend pas). Le plat est juste énormissime mais c’est ce dont j’ai besoin pour charger mes stocks.

Retour au château Ricard vers 22 heures. Je m’endors sans difficulté pour me réveiller naturellement sur les coups de 3h45. J’effectue mon test personnel pour checker mes réserves de glycogène : 100 pompes effectuées en 60/30/10. C’est tout bon : glycogène Full Tank ! C’est conforme avec le fait que je n’ai pas couru depuis deux jours (donc faible dépense de réserves) et que j’ai bien axé ma prise alimentaire vers des aliments riches en hydrate de carbone depuis 48 heures (donc confirmation de l’équation : « forte consommation d’hydrate de carbone + faible dépense physique =  stockage de glycogène »). Voilà qui est bon pour le moral.

J’ai environ 30 minutes pour prendre la douche froide, revêtir la panoplie de superhéro traileur et rejoindre à pied à la lueur de la frontale le parking du gymnase pour prendre la navette qui emmènera les coureurs au pied du Château de Bertholène en 30 minutes de lacets sur les départementales aveyronnaises (avoir l’estomac bien accroché car cela tourne).

5h00 : arrivée à Bertholène.

J’aime bien cette ambiance où tous les coureurs se retrouvent dans un espace confiné qui sent l’odeur de camphre ! Non je ne plaisante pas. On y fait des rencontres improbables, on échange quelques mots avec des collègues de Trail que l’on ne reverra plus. Petit florilège de ce que j’ai entendu à travers plusieurs profils (c’est une synthèse de plusieurs éditions dont je force à peine le trait) :

Le profil inquiet : « Alors tu l’as déjà couru ? ». « Il va faire chaud semble-t-il ? ». »Comment je m’habille ? », « heu ils ont dit qu’il allait faire froid…je pars en polaire ».

Le profil sûr de lui : « Moi j’ai couru le marathon des Sables alors tu sais la chaleur, pfuiii m’en fiche!! ».

Le profil médaillé qui déroule son CV : « Et moi j’ai couru l’UT4M, Le Morbihan, Le GRP, les Templiers… alors tu sais cela devrait le faire ici »…

L’audacieux : « moi je n’ai jamais couru une telle distance…que des semi marathons. »

Remarquez je me reconnais un peu dans tous ces profils, on est un peu tout à la fois.

5h45 : le speaker nous invite à quitter le gymnase pour nous rendre sur le promontoire du château de Bertholène : lieu du départ. Nous devons gravir quelques mètres de dénivelés non comptabilisés ceux-là ! Il fait super froid. 5 degrés ? Vivement que les fauves soient lâchés.

Le départ est donné avec quelques minutes de retard, un superbe feu d’artifice est lancé à partir du Château. Le ciel est clair, la lune est belle, pas un seul nuage. J’ai donc laissé ma frontale dans mon sac car on perçoit déjà la clarté de l’aube.

Etape : Bertholène / Saint Côme d’Olt

Je suis probablement dans les derniers car je me suis assez mal positionné dans le sas de départ. Comme d’habitude j’ai un très long temps de chauffe et je trouve que les autres partent comme des boulets de canon probablement à cause d’un effet d’entraînement du groupe des leaders. Et je dois très vite faire une pause technique au bout de 10 minutes si bien qu’en revenant dans le peloton, celui-ci semble avoir disparu, le groupe de coureurs s’est complètement effiloché. Je suis probablement dans les 50 derniers (rappel : 321 coureurs ont pris le départ).

Cette étape est très roulante. Je cours à mon rythme. Le paysage est celui d’une belle campagne. C’est rural. Nous longeons des prés aux vaches (de race Aubrac j’imagine). Des sentiments d’ordre bucolique traversent mon esprit en admirant leur pelage marron. Je les imagine bien persillées après 6 semaine de maturation en entrecôte dans mon assiette après une cuisson basse température sous vide au bain marie à 57 degrés à cœur (via un thermoplongeur) suivi d’un court snackage de 30 secondes par face à 240 degrés dans ma poêle. J’suis sympa…Je vous livre tous mes secrets de cuisson…

Je commence tout juste à me chauffer dans la très forte descente très technique qui mène à Saint Côme d’Olt et je me surprends à être très en jambe alors que l’année dernière j’arrivais un peu fatigué à ce tout premier ravitaillement.

Je rejoins le ravito de Saint Côme d’Olt (km 22) après 2 heures 47 minutes de course (il est 9 heures du matin) :

Tout premier objectif de ce ravito : m’enduire d’écran total car je sens déjà que cela tape assez fort. J’ai déjà depuis longtemps rangé mon coupe vent pour rester en TShirt de running que je ne quitterai plus jusqu’à l’arrivée.

Mon arrêt est assez rapide. Je remplis mes flasques, laissées vides au départ, d’un mélange coca/eau. Je ne prends rien de solide car j’ai ce qu’il faut sur moi (des greenies dont je mange une portion toutes les heures). Pour la caféine, je prends l’équivalent de deux dosettes de café plus le bon Coca aveyronnais.

Je suis pointé à la sortie du ravito en 177 ième position, il est 9h10 du matin (et 3 h 06 min de course) : 15 minutes d’avance par rapport à 2016.

Etape : Saint Côme d’Olt / Laguiole

C’est une étape difficile. Elle est majoritairement en dénivelé positif. Le thermomètre monte assez rapidement. Le peloton s’effiloche beaucoup. Je cours pendant un moment avec deux femmes assez costaudes. L’une parle d’un trail qu’elle aurait couru le dimanche précédent… Je n’y prête pas trop attention. Je suis parfois à son niveau parfois je la rattrape. Pendant une descente dans les sous bois nous sommes un petit groupe à foncer à vive allure, dont cette jeune femme. Or à une intersection nous nous rendons compte que la signalétique a disparu…et pour cause nous sommes en-dehors du parcours depuis… depuis quand justement ? C’est l’angoisse. Nous avons super bien descendu un sentier (hors parcours) que l’on va devoir remonter car nous nous sommes perdus. Et zut… je prends le lead et laisse derrière moi mes collègues. Finalement au bout de quelques minutes nous rejoignons l’intersection manquée, pour retomber sur les bonnes traces.  Perte sur le chrono estimée à 5/10 bonnes minutes.

Il faut faire avec. Et quelques minutes après, un peu déboussolé, je suis encore à deux doigts de me perdre à nouveau en suivant le parcours sur une route lorsqu’un collègue coureur m’interpelle pour me prévenir que je ne suis pas dans la bonne direction.

Je dois semble-t-il déjà accuser un peu le coup puisque je trébuche sur une pierre et fais une chute avant sans gravité. Je vais croiser déjà les premiers coureurs assis sur le rebord du parcours qui abandonnent pour cause de blessure (douleur du genou). Il est clair qu’un Trail comme la Trans Aubrac malmène les articulations car le « revêtement » n’est pas celui d’une piste d’athlétisme avec son tartan synthétique. Ici en Aubrac ce sont des chemins de terre avec des pierres très saillantes qui sollicitent énormément l’articulation des chevilles. Par ailleurs ce type de chemin requiert une attention de tous les instants sur le sol (il faut bien faire attention où l’on pose ses pieds) qui consomment énormément d’énergie et nous empêchent d’avoir le regard sur le balisage qui lui est à hauteur des yeux.

Je vais enfin arriver à Laguiole situé au km 55 après 7h20 de course (il est un peu plus de 13 heures) .

C’est l’étape où l’on récupère son sac de change laissé au départ. Dans mon sac se trouve surtout de la nourriture solide : financiers / greenies / Shortbread et barres chocolatées/pralinées/caramel. Tout est « home made » of course ! Bon, drôle d’idée quand même les barres chocolatées … on laissera tomber pour les prochaines fois : quand il fait aussi chaud cela fond dans le sachet (= mauvais plan !). En revanche c’est toujours un plaisir de se ruer sur mes greenies (sorte de cookies au thé matcha) et financiers amandes déjà testés l’année dernière en Aubrac ou sur la X-Alpine. Je vais également me repasser une bonne couche de crème solaire indice XXL : « non soleil, aucun de tes rayons n’atteindra mon épiderme ! ».

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Je vais à la table du ravito et me fais servir Coca Aveyronnais et une triple dosette de café soluble dans de l’eau chaude. Avec ça je vais être énervé comme le taureau dont la statut figure sur la Place principale de Laguiole ! J’en profite bien entendu pour remplir au max mes flasques d’un mélange coca/eau (soit 1.5 litre sur la poitrine). Après 20 minutes d’arrêt je quitte ce ravito. A la sortie je pointe mon dossard en 77 ième position et 7h 39min de course : 40 minutes d’avance par rapport à 2016  (NB : en 2016 la portion St Côme / Laguiole comprenait 3 kms de plus ! Donc en normalisant à 8min / km l’avance est réduite à 16 minutes)

Etape : Laguiole / Buron de Buales

Et on va attaquer la plus belle partie du parcours avec la montée sur les plateaux de l’Aubrac. Le soleil cogne, il fait chaud mais un vent plutôt frais nous permet de ne pas ressentir la morsure du soleil : et c’est justement le piège pour ceux qui ne se sont pas protégés des rayons. Je me dis que certains coureurs vont passer une mauvaise nuit ce soir en faisant le constat des coups de soleils.

Bon que les choses soient claires et faisons le check up : ingurgiter financiers / greenies / shortbreads arrosés de Coca et Café cela aboutit à un mélange plutôt explosif dans mon ventre. J’y suis allé un peu fort. C’est simple, J’ai l’impression d’avoir une pierre dans l’estomac. A cela il faut compter sur le portage de 1.5 kg de liquide dans mes flasques collées à ma poitrine : et bien j’ai l’impression d’avoir endossé une armure. Bref autant dire que je suis à des années lumières de ressentir des sensations planantes de légèreté. Pour figurer mes sensation et bien il me vient plutôt en tête l’image d’un gros char d’assaut.

Durant les trois heures que vont durer pour moi cette étape je serai incapable de manger quoi que ce soit de solide, sans pour autant en souffrir puisque finalement j’aurai ingurgité suffisamment de calories à Laguiole.

Très belle étape notamment la partie qui passe à travers les pistes de la station de ski où, cela dit en passant, je ferai une nouvelle chute avant. Heureusement je m’étale sur un tapis d’épine de pins : un vrai matelas amortisseur. C’est si confortable que je me serais bien reposé sur ce revêtement doux comme du feutre d’une table de billard pour faire une sieste.

A ce stade de la course on court souvent seul. Je dépasse un à un des coureurs et effectue un compte à rebours dans le classement pour passer le temps : « 54 »…dépassement d’un coureur : « 53 » !…dépassement d’un autre coureur et hop je suis « 52 » ! etc… Bref c’est ma petite occupation intellectuelle du moment : celle d’effectuer des soustractions, pendant qu’il est encore temps. Je sais qu’au bout d’un certain temps sur un Ultra les capacités physiques ne sont pas les seules à être fondamentalement entamées, les capacités intellectuelles également…

J’atteins le sommet du parcours finalement plus vite que dans mon souvenir. Je ressens une vraie jubilation les bras tendus à la vision du panorama qu’un photographe officiel arrivera à immortaliser … pour le site web de l’organisation de la Trans Aubrac : oui oui c’est bien moi !

Et enfin arrive le Buron des Bouals au km 73, il est 16h15 environ…

Lors de ce ravito c’est le festival des bonnes choses à bâfrer manger déguster puisque un ancien chef pâtissier de Bras nous a concocté des verrines et cakes aux noix. Je découvre une excellente spécialité : les farcous, un excellent moyen d’accommoder les blettes. J’ai beaucoup plus de plaisir à prendre du salé.

Je ne vais pas trop m’attarder. Au bout de 10 minutes je passe au pointage où l’on m’annonce que je suis en 35 ième position après 10h 27min de course. Cette portion (Laguiole / Buron de Bouals) aura été courue plus rapidement de 30 minutes vs 2016.

C’est encore une des plus belles partie de cette Trans Aubrac qui va s’offrir à nous d’autant plus que le soleil est moins « mordant » et que ses rayons vont donner une couleur toute particulière aux alpages de ces merveilleux plateaux de l’Aubrac.

Etape finale : Buron de Buales / Saint Geniez d’Olt

Nous allons principalement emprunter des chemins en dénivelé négatif. Oui mais autant vous le dire dans un Ultra Trail le plus dur ce ne sont pas les montées mais les descentes. Je commence à avoir très mal aux quadriceps si bien qu’il ne m’est plus vraiment possible de me laisser aller et « d’envoyer » dans les descentes. J’ai l’impression d’avoir de la limaille de fer entre les fibres musculaires. Je dois en quelque sorte amortir le poids de mon corps dans les descentes, lutter contre la gravité mais justement en n’accélérant pas, en freinant juste ce qu’il faut. Je cours en descente un peu comme quelqu’un qui marcherait sur des œufs, mon attitude doit être étrange vue de l’extérieur. C’est assez frustrant d’autant que j’ai encore de l’énergie. Je ne ressens pas du tout de gêne respiratoire, j’ai plutôt la grande forme. Mon problème est d’ordre inflammatoire.

Nous quittons les plateaux pour nous engouffrer dans la forêt et ses marécages. Nous suivons un cours d’eau après avoir traversé sur quelques mètres un marécage où nous n’avons guère d’autre choix que d’enfoncer nos jambes jusqu’à mi mollet dans de la boue.

Et puis et puis il y a cette « côte de la mort ». Un passage « droit dans le mur » qui est redoutable : court mais toujours redoutable ! Surtout veiller à ne pas glisser et retomber en bas car je crois que l’on ne s’en remet pas. Cela fait un peu penser à la forte pente de Lourtiers / La Chaux de la X-Alpine traversée de nuit l’année dernière.

Et puis cela n’en finit pas de descendre mais le fait de connaître le parcours constitue un avantage indéniable. J’arrive à bien me projeter sur la suite du parcours et à ressentir de mini victoires lors du franchissement de quelques étapes. Je sais que je suis dans la dernière descente qui me conduit vers le Lot. C’est terminé il ne reste que du plat. Et je sais que pour la première fois je ne vais pas avoir besoin de frontale. Enfin les rives du Lot le long de Saint Geniez d’Olt. C’est terminé ! Euh non …. il y a un changement de parcours sur le dernier km ! Incompréhensible. On nous fait longer le Lot beaucoup plus longtemps que lors des précédentes éditions. On contourne un camping, on fait des circonvolutions dans un lotissement !! Ah enfin on aperçoit le gymnase. Je vois Laetitia à son entrée. Photo !!

arrivée 2017

C’est fait ! Done ! Je monte sur l’estrade. Photo avec le speaker.

Premier Ultra de l’année clôturé.

Je termine la dernière portion du parcours (Buron de Bouals / St Geniez d’Olt) en 3h46 soit 20 minutes de mieux que l’année précédente.

CHIFFRES / ANALYSE :

tableau bilan 2017

  • Pas de surprise : le chrono est fonction du volume d’entraînement. Rien de nouveau sous le soleil. Il n’y a pas de formule magique. « Tu travailles, tu mérites, tu récoltes » : Et bien oui, c’est finalement magique. On nous le répète depuis que l’on est tout petit et d’aucuns voudraient croire qu’il y a des raccourcis.
  • Toujours le même protocole d’entraînement :
    • du long et du lent (au minimum 2 heures), monotonie.
    • à jeun le matin.
    • 120 kms de moyenne par semaine.
    • pas de VMA donc pas de blessure (constat gratuit de ma part).
  • Mes principes de nutrition :

I run because

  • Manger surtout en me faisant plaisir : entrecôtes bien persillées (oh oui du gras !), pâtisseries (oh oui du sucre !) : le plaisir avant tout sans aucun contrôle. Surtout ne pas entrer dans le cercle vicieux du « mangeur restreint » qui culpabilise et se flagelle parce qu’il n’aurait pas « mangé sainement » =  Gros construit social. Ma tarte au chocolat c’est avec du vrai chocolat comme ma mousse au choc c’est avec de la vraie crème bien grasse …avec du tofu c’est pas bon. J’ajoute également que : « j’adore le gluten ». Les pâtisseries sans gluten…j’ai testé et c’est pas bon non plus, quoiqu’on die (c’est du Molière dans le texte).
  • « Le gras c’est le goût »
  • 5 œufs en moyenne par jour parce que j’aime ça : sabayon tous les matins au petit déj. / scramble / Eggs bénédictes / omelettes / œufs durs / crème pâtissières etc…

LE MATOS :

  • Hoka One One Speed Goat : besoin de courir au minimum 500 kms pour les faire et me sentir comme dans des charentaises…sinon au début j’ai un peu, beaucoup, mal aux pieds.

ÉPILOGUE :

  • J’ai eu la chance de retourner chez le chef triplement étoilé Sébastien Bras (fils de Michel) à Laguiole le dimanche soir. C’est toujours un moment exceptionnel, hors du temps. Je ne peux que vous recommander d’y aller, c’est juste magique pour les yeux, pour les papilles. Avec des vrais produits : pas de bio, pas d’esbroufe : le goût et le respect du produit avant tout !
  • Finalement j’apprendrai quelques dizaines de minutes après mon arrivée que la jeune coureuse avec laquelle je m’étais perdu au début du parcours n’était autre que Lucile Resplandy, vainqueur de la compétition dans la catégorie féminine en 14 heures et 49 minutes.
  • Grosse surprise de constater que le site Web de la Trans Aubrac utilise actuellement (à l’heure où j’écris ces lignes soit le 28 avril 2017) une photo où je figure sur le point culminant du parcours pour illustrer sa page principale pour l’édition 2018. Merci à l’organisation pour m’avoir mis à l’honneur malgré elle.

NB : concernant la photo de la main page de l’article : veuillez noter que le crédit photo revient à Christophe Angot de Photossports et la TRANS AUBRAC qui est propriétaire de ladite photo.