L’X-Alpine 2021 : c’est du brutal…

Samedi 3 juillet 2021, il est 22h30, il fait nuit je viens de sortir du ravito de Bourg Saint Pierre. C’est ma 18ième heure de course, je suis au km 77 de l’X-Alpine et ai cumulé 6100 mètres de D+.

J’ai froid, j’ai mal dans le quadriceps. Je pense à la descente de cabane de Mille, j’ai peur. Ma frontal éclaire le bitume. Chaque pas me fait mal, j’ai froid. Je m’arrête, je fais un demi-tour à 90 degrés, j’hésite. Je n’hésite plus. Je retourne sur mes pas. En une fraction de seconde je prends une décision irrévocable et m’apprête à faire un choix irréversible. La flamme, trop faible jusqu’alors, s’est éteinte. J’abandonne.

Que s’est-il passé pour en arriver là ?

Vendredi 2 juillet 2021

Arrivé à Lausanne par le TGV Lyria je rejoins mon ami François ainsi que Thierry et son fils Léo qui vont courir l’X-Traversée. Nous prenons un bon plat de pâtes dans une commune au bord du lac Léman de Genève. Il fait très beau. Autant profiter de ces rayons de soleil car dès notre arrivée à Verbier nous ne verrons plus aucun rayon de tout le WE.

Cela dit depuis le matin je ressens comme une chappe de plomb sur la tête et le soleil qui me frappe ne contribue pas à l’alléger. Il faut bien me l’avouer je suis crevé. J’ai passé une très mauvaise nuit. Après le retrait des dossards je n’ai même pas l’envie de faire la traditionnelle photo avec François. Je croise mon ami d’enfance Sylvain qui courra l’X-Traversée également. On ne se voit que quelques minutes sur le parking ce qui est plutôt frustrant, et je n’aurai même pas la force de passer du temps avec lui pour boire un verre en fin d’après midi. J’ai besoin de repos. Quel décalage entre ce que j’avais imaginé des semaines plus tôt et la réalité : sitôt arrivé à Verbier Je m’étais imaginé courir vers l’arche de départ telle la petite fille du générique de « La petite maison dans la prairie » pour prendre des photos en exultant… La réalité maintenant que je suis à destination c’est que j’ai surtout envie d’aller sous une couette. Je m’effondre et m’endors immédiatement pour un dodo de plus d’une heure.

Le soir je suis invité par l’hôte de François, Thierry et Léo dans un chalet sur le golf pour prendre un excellent risotto concoctée par François. Ma grande crainte : est-ce que je vais pouvoir revenir suffisamment tôt à l’hôtel pour dormir ? Ai-je eu raison d’accepter l’invitation ? Je passe une excellente soirée, quel chaleureux accueil, il est là le bonheur. François, le master du risotto, me raccompagne en traversant le terrain de golf à ma voiture vers 21 heures. Très agréable aparté où l’on discute des derniers réglages d’avant course.

Samedi 3 juillet : 3 heures du matin

Je me réveille spontanément et je suis tout surpris d’avoir très bien récupéré. Oui je peux le dire enfin : j’ai le « GUANE » (NDLR : expression familiale qui signifie : j’ai la niaque, j’ai la pèche, j’ai du tonus, je vais tout faire péter… en bref cela veut tout simplement dire « je suis en forme »).

Je prends un petit déjeuner à l’hôtel où je rencontre un coureur de l’X-Alpine pour le départ de la vague de 4 heures comme moi. Nous nous rendons au départ.

4h : c’est le top départ.

Le départ de la course X-Alpine n’est pas simple. On attaque par un raidillon suivi par une descente extrêmement technique en direction de la vallée. Et là dans la forêt c’est le drame ! Le coureur qui me suit me signale que je viens de perdre une boîte blanche qui vient de tomber dans le ravin. Il s’agit de ma paire de lunettes de soleil. Impossible de remettre la main dessus. Cela aurait pu être catastrophique pour moi car je suis hyper sensible à la luminosité mais la météo s’annonce nuageuse, sans aucun rayon de soleil, qui plus est il est annoncé de la pluie toute l’après midi. Pas de quoi être trop affecté par cet avatar.

J’arrive à Sembrancher dans la vallée au pied du Catogne à 5h36 du matin (1h36 de course). Je ne suis pas au mieux de ma forme d’ailleurs. J’essaie de me convaincre que j’ai le « guane » en prenant une photo qui ne paraît pas des plus convaincantes.

Sembrancher à 5h36 du matin

Et on attaque tout de suite le monstre de cette X-Alpine : les 1900 mètres de D+ du Catogne. Un ogre, un dragon dont il faut escalader (oui le terme est parfois adéquat surtout sur la fin de l’ascension) les épines dorsales. Les sensations dès le début ne sont pas excellentes, je manque un peu de puissance. Je décide de monter non pas en deçà de mes capacités aérobies mais plutôt encore plus en deçà que d’habitude ; en mode randonneur qui prend son temps. Pfuiiii ce n’est pas de la tarte. Manifestement ce n’est pas la joie. La montée attaque par un sentier en serpentin dans le sous bois, puis j’arrive au ravito de l’alpage où je n’aurais jamais pris autant mon temps pour boire et discuter, comme au bistrot. Ensuite on attaque la partie très minérale et aérienne de ce Catogne et je continue à prendre mon temps en mettant un pied devant l’autre. Et sans trop y faire attention j’arrive au sommet où nous attendent des bénévoles qui nous badgent. J’aurai mis 3h04 pour cette ascension soit mon plus mauvais chrono (en moyenne sur mes 4 dernières X-Alpines je grimpe ces 1900 mètres en 2h50). J’exulte comme à mon habitude au sommet en hurlant :  » Le Catogne c’est fait ! ». C’est en général la première et dernière fois, car pour les cols suivants je suis beaucoup moins frais.

On attaque la descente plongeante sur le lac de Champex : c’est hyper technique, il y a parfois des chaînes pour descendre en rappel, il y a rarement du répit, la descente n’en finit pas. La partie la plus dure se situe sur les derniers 400 mètres en sous bois. On voit le lac se rapprocher mais il est toujours trop loin. Les quadriceps en prennent un sacré coup, les gros orteils tapent le bout de la chaussure jusqu’à leur agonie (systématiquement après l’X-Alpine on perd l’ongle de ses gros orteils qui se nécrosent).

Arrivé à Champex à 10h08 (6 heures de course) je me ravitaille je suis toujours long à la détente pour repartir. J’ai besoin de ce réconfort, de discuter un peu avec les bénévoles. Ce n’est pas un très bon signe. Je n’ai pas vraiment le « guane » et pourtant ce qui m’attend c’est un deuxième très gros morceau : la montée vers la cabane d’Orny par la col de la Breya (1400 mètres de D+ sur à peine 8 kms avec des murs à 25% un peu partout) : les gants sont très très utiles pour grimper dans les pierriers. J’aime beaucoup cette ascension malgré son extrême difficulté : elle est brutale, « very hard » comme le disait un anglais au téléphone assis sur un rocher le téléphone en main. On passe de la forêt à directement un paysage lunaire et très minéral, et puis on longe un glacier. Il fait gris, il fait un peu froid, presque glauque. Je croise un photographe et je me force à lui scander que « j’ai le guane !!! ». On va dire que j’applique sans trop y croire la méthode Coué. Et je dois vous l’avouer, cela n’est pas très efficace sur moi.

« j’ai le Guane ! » Tu ne me crois pas ? Et bien tu as raison !

Grosse frayeur à la cabane d’Orny

C’est fait je suis à Orny en 2h50 d’ascension pour ces 1400 mètres de D+. Je me ravitaille je me fais prendre en photo. J’ai bien froid. Et puis une nouvelle va achever de me glacer le sang.

A la cabane d’Orny 2824 mètres d’altitude. Un temps magnifique qui donne envie d’y revenir.

Cette nouvelle je la reçois comme une douche froide. J’entends un bénévole dire : « la barrière horaire à La Fouly c’est 16h45…il vous reste 3 heures ! ». Je ne me suis jamais soucié d’aucune barrière horaire sur aucune course mais comme je sais que je suis un peu escargot sur cette édition je prends peur ! Et 3 heures cela me semble très très juste connaissant déjà le parcours qui reste jusqu’à La Fouly.

La course contre le chrono jusqu’à La Fouly

Il se met à pleuvoir dans le début de la descente qui requiert au moins 1300 mètres de D- c’est juste terrible. Les pierres deviennent glissantes. Il faut assurer chaque pas, chaque appui pour ne pas se faire mal. Cela demande une vigilance de tous les instants. Mais au moins la peur d’être fauché par la barrière horaire m’a réveillé telle une gifle. La descente jusqu’à Saleinaz n’en finit pas. Je demande à un bénévole qui nous distribue quelques bouteilles d’eau : « combien de kms jusqu’à La Fouly svp ? ». « Oh cher Monsieur il vous reste 7 kms ». Un conseil que je vous donne : toujours multiplier par 1.5 l’estimation de kms que les randonneurs ou piétons vous donnent. Je ne sais pas pourquoi on vous donne toujours une sous estimation de la distance qui reste à parcourir. Je cours tel un fugitif comme si une meute de chiens d’un pénitencier était à mes trousses. Il pleut toujours, j’alterne marche rapide et trot sur quelques centaines de mètres. La montée en faux plats jusqu’à La Fouly sur le sentier de l’UTMB est super roulante … dans le sens inverse c’est sûr, mais pas dans le sens de l’X-Alpine. Je sens que c’est bon il me reste 45 minutes, je redemande à des VTtistes qui me répondent qu’il reste 3 kms (je multiplie par précaution ce qu’ils me disent par 1.5) et cela devrait le faire même au rythme de la marche rapide. Mais je bourrine comme un bourrin (il faut le dire) pour avoir de la marge….. et Yessssssssssss je pointe à La Fouly à 15h50. Il me reste 25 minutes pour me ravitailler. Quel bonheur, quel soulagement. Je ne suis jamais arrivé si tard à La Fouly n’est ce pas Sylvain ? (NDLR : en moyenne lors de mes 3 dernières X-Alpine j’arrivais à 15h30).

En direction du Grand Saint Bernard : simple as usual

J’aime bien cette partie de la course qui en général me repose. Le parcours emprunte un sentier de 4/4 très simple. Puis on arrive après 800 mètres de dénivelés sur un plateau le long d’un lac magnifique. Or c’est sympa quand il fait beau. Mais aujourd’hui c’est un crachin épouvantable qui nous tombe dessus, et sur le plateau on doit traverser des champs de neige. Les pieds sont mouillés constamment. Grand Saint Bernard vient à notre secours !!!

J’arrive enfin au ravito du Grand Saint à 19h30 soit 40 à 50 minutes de retard par rapport aux éditions précédentes. Cela me déprime. J’ai du mal à me descotcher du ravito mais il faut y aller. Et je fais une bêtise, je n’ai pas rempli mes flasques et une angoisse m’étreint jusqu’au col des chevaux. Seule consolation, le temps semble s’éclaircir. Au col des Chevaux la vue est magnifique sur les coups de 20 heures. Cela restera ma plus belle émotion de cette X-Alpine… car la suite sera une descente en enfer.

La descente vers Bourg Saint Pierre : le début du purgatoire

Autant le dire tout de suite. Je me dirige vers Bourg Saint Pierre qui n’aura jamais aussi mal porté son nom. Car il faut bien l’avouer je n’ai pas la sensation de me diriger vers les portes du paradis mais plutôt vers les portes de l’enfer. Et cela commence de manière tout à fait banale par l’apparition d’une douleur localisée dans le petit vaste interne, le muscle qui est juste au dessus du genou côté intérieur. Zut, je suis en plein pierrier hyper technique de la descente du col des Chevaux, il y a beaucoup de neige et de déclivité. Ce n’est pas le moment de glisser. Et je suis tout en retenu dans cette descente, peut être un peu trop crispé, comme un petit vieux qui a peur de se ramasser. Mon attention n’arrête pas d’être attiré par cette petite douleur à la cuisse, ce furoncle. J’essaie de ne pas y penser et pourtant la douleur est là qui se manifeste à moi telle une petite voix : je suis là ! Ne m’oublie pas ! Tu penseras à moi jusqu’à la fin ! Tu ne termineras pas !….

Et la douleur se fait de plus en plus forte. C’est d’autant plus terrible que j’aime beaucoup cette partie du parcours où j’ai l’habitude « d’envoyer du lourd » pour reprendre cette expression très élégante souvent employée par des ultratraileurs qui veulent te montrer qu’ils ont les plus grosses cuisses. Il fait déjà nuit alors que je longe le lac des Toules…alors que j’ai l’habitude de sortir la frontale après Bourg St Pierre et jamais avant ! J’entends le téléphone de ma femme : « J’imagine que tu dois être à Bourg St Pierre non ? ». Et bien comment te dire ?…. « je n’y serai pas avant 1 heure, cette année je suis un peu dans les choux, mais tout va bien, j’ai super bien géré jusqu’à maintenant car ce n’est pas un bon jour ». Voilà comment je m’en sors en donnant le change à ma femme et surtout pour me rassurer moi-même en voulant minimiser ce qui se maximise dans ma cuisse.

J’arrive en pleine nuit à Bourg Saint Pierre n’arrivant pas vraiment à soutenir un pas de course, je traîne la pate. J’entre au ravito de BSP…

La cour des miracles

J’imagine que vous n’imaginez pas à quoi ressemble un ravito de l’X-Alpine après 77 kms et 6100 D+ (et près de 19 heures de course), du moins vous n’imaginez pas nos visages d’Ultrarunners à la dérive. Certains sont allongés par terre et font des exercices très étranges, les pieds nus au dessus de leur tête. D’autres sont prostrés devant leur plat de nouilles et manient avec une telle lenteur leur fourchette que l’on se demande s’ils ne vont pas se statufier d’ici le lendemain matin, d’autres vomissent et éructent dans les coins. J’ai l’impression d’être dans une scène du film « Vol au-dessus d’un nid de coucou »…sauf que j’en suis un des acteurs, mais pas avec le panache d’un Jack Nicholson. J’en suis très loin. Je baffre ma quiche aux brocolis qui m’a suivi dans le sac de change sans aucun plaisir, je gloutonne. Bref cela va mal. Il faut que je parte de cet endroit de malheur. Je donne mon sac de change, je sors. Des bénévoles m’encouragent, sauf que quelque chose se gangrène en moi. Et puis quelque chose de terrible va sonner le coup de grâce, j’ai froid. Je suis sur le bitume pour entamer l’ascension vers la cabane de Mille. Ma frontale éclaire ce bitume, je dois accélérer pour me réchauffer, j’ai froid. Et j’ai mal à mon muscle de la cuisse, comme jamais, je n’arrive pas à faire un pas sans que cette douleur se rappelle à moi. J’ai froid, j’ai peur quand je visualise la descente de la cabane de Mille à quelques encablures de Lourtier. « Je n’y arriverai jamais ». J’ai l’impression qu’un mur magnétique s’est abattue devant moi. J’ai besoin d’aide, de soutien. J’entends le téléphone portable qui s’allume dans mon sac à dos mais je ne réponds pas tout de suite car cela me demande un gros effort, je suis presque dérangé. Je continue à marcher quelques mètres. Quelque chose de terrible vient de me tomber dessus, d’un coup d’un seul. C’est la pire menace qui peut tomber sur un Ultrarunner, pire qu’une blessure, pire que la soif, pire que la souffrance physique. Cette menace terrible c’est …. ne plus y croire. La foi que je peux terminer m’a quitté, l’envie s’est évaporée. Comme ça en une fraction de seconde.

 » Ma frontal éclaire le bitume. Chaque pas me fait mal, j’ai froid. Je m’arrête, je fais un demi-tour à 90 degrés, j’hésite. Je n’hésite plus. Je retourne sur mes pas. En une fraction de seconde je prends une décision irrévocable et m’apprête à faire un choix irréversible. La flamme, trop faible jusqu’alors, s’est éteinte. J’abandonne. »

J’appelle ma famille pour les informer de mon choix alors que je retourne au mouroir de Bourg Saint Pierre car il y fait chaud. Je crois que c’est ma dernière X-Alpine.

Deux heures après je suis à Verbier après avoir été transporté dans un véhicule pour éclopés.

Il est minuit.

Je sors du véhicule.

Je n’ai plus mal à la cuisse.

L’X-Alpine, « c’est du brutal »… et c’est cruel.

EPILOGUE

Félicitations à Sylvain mon fidèle compagnon qui est finisher de l’X-Traversée ! Chapeau tu fais partie des super Ultrarunners.

Bravo à toi Léo pour ta première sortie longue tu as choisi une énorme épreuve. Je te souhaite de continuer à apprécier notre discipline tellement exigeante mais qui offre tellement de belles émotions.

Bravo à toi François, tu as pulvérisé ton estimation de chrono.

Bravo à toi Thierry, tu as mérité des tablettes de chocolats au lait que je t’enverrai dès ma prochaine fournée.

Bravo à toi Guillaume, une vraie horloge suisse.

Bravo à toi le finisher, tu es mon héros.

X-Alpine 2021 : le retour après 3 ans d’absence

3 chiffres

Le chiffre 3 : 3 ans que je ne suis pas retourné à Verbier courir une des plus redoutables épreuves de trail que je connaisse.

Le chiffre 2 : Il s’est écoulé exactement 2 ans jour pour jour (le 27 juin 2019) depuis mon tout dernier Ultra (le LUT). Putain 2 ans ! C’est d’autant plus effrayant que mon âge a évolué au même rythme durant ce laps de temps.

Le chiffre 5 : Cela sera ma cinquième participation à l’X-Alpine. Mais j’ai toujours aussi peur.

Un cordon qui n’est pas ombilical mais presque

et qui prouve mon attachement à cette course depuis 2018 comme on peut le voir sur cette image prise cet après midi ! NDLR : il s’agit du passe remis aux coureurs lors de l’édition 2018, c’est probablement de qualité suisse étant donné la robustesse du dispositif.

Ma préparation ?

En ligne avec celle de mes deux précédentes éditions.

  • Volume horaire des 5 dernières semaines : 54 heures soit 540 kms au total soit 108 kms / semaine en moyenne
  • Type d’entraînement : à Paris entre le 2ièm arrondissement et le 19ièm arrondissement en aisance respiratoire totale tous les matin à 5h30
  • Poids : 62 kgs (je mesure 175 cm)
  • Masse grasse : 5% selon tous les modèles de balances TANITA à impédancemètre
  • Etat de forme : fatigué… euh très fatigué.
  • Problèmes psychologiques d’ordre névrotique à signaler : consulte l’évolution des prévisions météorologiques sur Verbier à peu près toutes les heures. Bilan ? Cela varie beaucoup et ne m’apporte aucune satisfaction particulière. J’en conclu que je devrais arrêter mais je n’y arrive pas.

Le profil de l’X-Alpine

Il fait toujours aussi peur à voir comme cela même en essayant de le lire à l’envers ou en diagonal. Mais ne vous inquiétez pas, en vrai c’est pire.

C’est une course qui attaque par l’ascension d’un ogre. Par l’ascension de cet ogre qu’est le Catogne et ses 1900 mètres de dénivelés positif one shot ! Et cet ogre il ne dévore pas que les enfants mais il dévore les traileurs à la montée et … surtout à la descente en vous hachant menu les fibres musculaires de vos quadriceps.

Ensuite après avoir fait le bilan de ce qui vous reste en état de fonctionnement au ravito de Champex vous ferez face à un monstre gentil qui se tient en embuscade lors de la montée d’Orny. Attention il est muni d’un gourdin car en général une fois terminé les traileurs ressentent une vraie douleur à la nuque. La descente d’Orny terminera ce travail sape commencé précédemment. En effet, pour les aventureux candidats traileurs cette « sortie du jour » se termine au ravito de La Fouly qui compte le plus grand nombre d’abandons. Après avoir longuement gambergé sur ce chemin de réflexion (j’abandonne ou je continue ?) qui commence à Saleinaz, la décision est souvent prise d’arrêter les frais à La Fouly, j’en connais quelque chose. Je passe assez vite sur la montée du col Fenêtre et du col de la cabane Mile qui sont des friandises à côté des de ce que l’on vient de surmonter. En fait l’estocade final pour les éclopés rescapés qui restent commence à Lourtier pour attaquer « The Mur » : Lourtier / La Chaux. Un grand moment de détresse.

Voilà, ensuite c’est la descente à quatre pates (ou par tous moyens… la roulade est une technique autorisée) jusqu’à Verbier qui se fait souvent en chantant à chaque fois que vous percutez le sol car les courbatures ressenties dans les quadriceps ne se font jamais discrètes à ce moment là de la course, souvent au cœur de votre deuxième nuit.

Voilà c’est terminé.

J’oubliais de mentionner une chose.

L’X-Alpine, c’est très joli !

X-Alpine 2021 : trois ans après

Enfin un UltraTrail dans le viseur. C’est dans 1 mois après 2 années blanches de Trail et 3 ans depuis ma dernière participation. Elle m’a manqué celle-là.

  • Mes 4 récits d’ancien combattant

X-Alpine TVSB (Trail Verbier Saint-Bernard) 2015 : 111kms / 8400 D+ 8400 D- : Abandon au km 47 après 12 heures de course et 4400 D+

X-Alpine TVSB (Trail Verbier Saint-Bernard) 2016 : 111kms / 8400 D+ 8400 D- : 26h 17min / Place 62 vs 206 finishers vs 476 coureurs au départs (taux d’abandon 57%). (Cote ITRA 545)

X-Alpine TVSB (Trail Verbier Saint-Bernard) 2017: 111kms / 8400 D+ 8400 D- : 26h 39min / Place 75 vs 237 finishers vs 487 coureurs au départs (taux d’abandon 51%). (Cote ITRA 533)

X-Alpine TVSB (Trail Verbier Saint-Bernard) 2018: 111kms / 8400 D+ 8400 D- : 25h 46min / Place 82 vs 270 finishers vs 494 coureurs au départs (taux d’abandon 45%). (Cote ITRA 528)

L’entraînement en endurance fondamentale : c’est fondamental

Plutôt qu’un long discours voici ci-dessous un courrier que j’avais adressé à Zatopek qui a eu l’amabilité de le reproduire non sans avoir effectué quelques modifications soumis à ma validation. Et je regrette d’avoir validé car avec le recul je m’aperçois que cela n’est plus vraiment le reflet de ce que j’ai voulu dire.

En d’autres termes comme l’a dit un célèbre gouverneur de la Reserve Federal Alan Greenspan « si vous m’avez compris c’est que je me suis mal exprimé » !

Car effectivement ce n’est pas ce que j’ai voulu dire.

Mon propos était de signifier que la complexité des formats d’entraînement fournis par des tiers (sites webs payants, les coachs -payants en général-) répondaient plus à une logique de mode qu’à une logique rationnelle.

Logique de mode au sens où la complexité rassure et constitue à ce titre quelque chose de plus désirable.

Si un coach vous vend un programme d’entraînement qui ne contient que des sorties en endurance fondamentale tous les jours (ou presque) et vous dit que c’est la meilleure méthode pour progresser en Ultra, vous allez avoir du mal à lui régler ses honoraires. En conséquence il va vous sortir un programme bien compliqué, auquel vous allez attribuer de la valeur alors même que rien ne vous prouve qu’il va vous apporter une quelconque valeur ajoutée par rapport à un « simple » entraînement en endurance fondamentale…à la limite peut être même que c’est destructeur de valeur.

Quelles preuves peut vous fournir un spécialiste de la physiologie sportive ?

A-t-il un track record ? A-t-il effectué un test randomisé sur deux groupes d’athlètes (10 par groupe) dont un groupe suit un protocole compliqué et un autre seulement un entraînement en endurance fondamentale et dont il va mesurer la performance sur un marathon ? Et quel est le résultat ? Alors quelle est sa réponse ? Posez lui la question et s’il se gratte le menton j’ai bien peur qu’il ne faille lui tourner les talons et faire une petite séance en endurance en le laissant derrière vous.

Conjugaison : rappelle du « temps passé du mode conditionnel »

Il s’agit d’un temps appris dans mon Bescherelle que je n’apprécie pas, que je déteste… car ce qui est passé est passé. Les « j’aurais pu », les « si j’avais su…j’aurais fait telle chose… » ne sont que des hypothèses de ce qui « aurait pu se passer », or ce qui est derrière nous est définitivement derrière nous. Et il est vain, totalement inutile et illusoire d’y revenir. C’est fini, terminé.

La machine à remonter le temps n’existe pas.

Or je ne peux m’empêcher de vous dire que lors de cette année 2020

1/ j’aurais pu vous parler de ma participation à la Trans Aubrac en avril 2020…

2/ j’aurais pu vous parler de ma participation à l’X-Alpine en juin

3/ j’aurais pu vous parler de ma participation à la TDS en août

4/ j’aurais pu vous parler de ma participation au Tor des Géants en septembre

5/ j’aurais pu vous parler de ma participation à la SaintéLyon en décembre.

Mais place au « temps Future du mode Infinitif », et à l’année 2021 :

Je vous ferai part de :

1/ Ma participation à la Trans Aubrac en avril 2021…

2/ Ma participation à l’X-Alpine en juin

3/ Ma participation à la TDS en août

4/ Ma participation au Tor des Géants en septembre

5/ Ma participation à la SaintéLyon en décembre.

Enfin, on peut l’espérer…

365 jours à noter tout ce que je mange…

Que signifient donc ces 365 jours de connexion à cette application MyfitnessPal ?

Et bien tout simplement que je me suis astreint, pour ne pas dire amusé, à noter en détail trois fois par jour les aliments que j’ai ingérés. Mon propos n’est pas de faire la promotion de cette application en particulier, il doit en exister un grand nombre je pense. En fait j’ai voulu me prêter à cet exercice de tout noter pour essayer de mieux analyser et comptabiliser les calories que j’ingérais ainsi que ma répartition entre les macro nutriments. L’aventure a été passionnante : si si ! Je vous jure que je n’ai pas trouvé cela fastidieux. C’est même devenu addictif d’ouvrir l’application même après avoir pris un fruit l’après midi !

J’ai appris énormément de choses qui ne vont pas se résumer en un seul post. A noter qu’en parallèle de noter scrupuleusement ce que je mange j’ai également un tracker d’activité qui ne me quitte plus (euh même la nuit puisqu’il checke la qualité de mon sommeil) et qui enregistre également avec précision l’énergie consommée. Ainsi j’abouti à analyser assez finement la relation entre mes calories dépensées et mes calories consommées. Calories In vs Calories Out. Maintenant j’ai 1 an d’enregistrement.

Qu’est ce que j’en tire comme conclusions ? De grandes découvertes personnelles qui devraient en scotcher plus d’un et pousser probablement tout un chacun de réaliser sur soi cette expérience.
Voici le fruit de mes réflexions : 
Tout d’abord un point très important en préambule.

La loi d’airain de la nutrition :

Le nombre de calories que l’on mange est à apprécier avec le nombre de la calories que l’on dépense. Si « calories in » égale « calories out » alors il y a équilibre de la balance énergétique et donc notre poids et composition corporelles sont stables. Selon mes lectures il me semble juste fondamental de le rappeler car on a selon moi beaucoup trop tendance à attribuer des vertus à des aliments ou à des macro nutriments en les plaçant en tête de liste de la hiérarchie des concepts nutritionnels qui comptent. Or la primaire le premier facteur explicatif des déséquilibres nutritionnels et donc la prise de poids c’est avant tout une question d’équilibre entre l’énergie que l’on dépense et l’énergie que l’on consomme via notre alimentation.  Un point c’est tout. Le reste n’est que littérature ou très secondaire. Manger des baies de goji, des avocats, manger bio ou vegan sont d’une importance très très relative pour ne pas dire très secondaire, tertiaire….presque pas important du tout et totalement inutile si l’on consomme plus d’énergie que l’on en dépense.
Et puis j’en dis déjà trop. La suite lors d’un prochain épisode.

TOR des Géants 2020 : a one lifetime opportunity pour un UltraTraileur

Je viens de valider mon inscription avec une certaine fébrilité : 330 kilomètres pour 25 000 mètres de dénivelé positif à terminer en moins de 150 heures.

Le 13 septembre prochain : Départ de Courmayeur pour un finish à Courmayeur en faisant le tour du Val d’Aoste par les cols (au total de 25). J’ai la chance d’avoir été tiré au sort d’une loterie dont la probabilité pour moi cette année était de 1 sur 5. Donc on ne refuse pas ce que nous propose le hasard.

Plus qu’une course à pied c’est surtout une épreuve d’endurance dans tous les sens du terme où la gestion de la fatigue et du manque de sommeil est un paramètre clef.

En attendant je rêve en regardant cette vidéo de présentation.

La SaintéLyon 2019 : une épreuve qui se termine en … papillote.

A défaut de terminer en sucette, c’est emmailloté dans une papillote que je jette l’éponge (bien humide) au km 40 (ravito de St Genou / Chaussan) transi de froid…

Il est 6 heures du matin dans ce bus qui vient de s’arrêter devant le gymnase de Soucieu dans lequel je suis monté après avoir été conduit par une navette depuis Chaussan. La pluie ruisselle le long des larges vitres et je perçois à travers elles les coureurs qui sortent du gymnase pour poursuivre leur course complètement détrempés. Je ne les envie point mais comme je les admire. Comment font ils pour affronter ce froid qui nous tenaille ? Nous sommes quelques dizaines de coureurs assis dans ce bus, emmitoufflés dans nos couverture de survie, éparpillés pour nous étaler sur deux fauteuils près des fenêtre pour mieux s’isoler des autres ; les yeux fermés pour la plupart. Les radiateurs de ce bus nous apportent bien plus que de la chaleur, ils nous apportent du réconfort. Certains ont pris la position du foetus pour mieux dormir. Nous sommes tous apaisés d’avoir été pris en charge et d’être protégés car quelques heures plus tôt le froid nous a tous balayés, nous a poussés à mettre un terme à cette 66ième édition de la SaintéLyon, véritablement diabolique.

C’est ma dixième SaintéLyon et cela devait être mon dixième maillot de finisher. Las. Néanmoins je ne ressens aucun remord d’avoir quitté le parcours à St Genou / Chaussan, ni regret non plus, car lorsque l’on n’a pas le choix il n’y a qu’une voie possible qui s’impose à vous sans même y réfléchir.

Une journée bien difficile

Ce samedi matin 30 novembre 2019 je me réveille avec toujours cette même gueule de bois que je ressens depuis maintenant un mois pile ! On m’a diagnostiqué depuis lors d’avoir attrapé le virus CMV (article bien fait) que j’ai dû chopper via mes jumeaux de 2 ans alors en crèche. Je n’ai jamais aussi peu couru en 3 mois depuis…que je cours, c’est à dire en 10 ans. Je suis sec de course à pied depuis presque 10 jours, impossible d’aller courir le matin car je suis complètement à la ramasse (je n’ai pas d’autres mots) ; groggy, mal de tête, apathique. Mes défenses immunitaires étant affaiblies j’ai choppé il y a une semaine un bon rhume et j’ai perdu l’appétit. Le chocolat me révulse et ceux qui connaissent ma passion ne se remettent pas de ce constat. Ce matin de départ de course à pied j’ai la nausée. Je la mets sur le compte d’un estomac pas assez lesté. Alors je mange deux viennoiseries à 10 heures. A noter un moment de bonheur lorsque je salue de ma fenêtre (au km 2) le torse nu les coureurs de la LSTL (9h30), ceux qui m’ont vu doivent se souvenir de cet énergumène qui leur dit « rendez vous à St Etienne ce soir ». C’était moi !

A 13 heures avec Sylvain et deux autres potes de la SaintéLyon on va dans un bouchon lyonnais pour engloutir une énorme quenelle au brochet qui marine dans une sauce béchamel bien roborative. Je n’ai pas faim, je suis écœuré depuis le matin. Je ne suis pas non plus présent avec mes amis, je suis ailleurs, empêtré dans ma douleur. Une seule envie : aller dormir. Et c’est ce que je vais faire dès 15 heures. Je me couche chez belle maman à La Mulatière pour 1h30 de bonheur anesthésique.

Le soir je suis accueilli près de St Etienne à Villars pour une pasta party familiale. Quelle chaleur qui fait du bien. Je me recouche à 20h pour 1 heure de somnolence. Je me relève tel un petit vieux courbaturé, je prends une aspirine, je me prépare. Nous partons tous en direction de Parc Expo. Je me rends directement dans le sas 1 de ceux qui veulent terminer avant le levé du soleil : c’est bon de rire parfois !!!

23h30 Go !

Et c’est parti pour cette dixième SaintéLyon. Je n’ai pas couru depuis près de 10 jours, rien, nada. Et pourtant je ne me suis jamais senti aussi bien sur le bitume stéphanois ! Incroyable. Mes appuis sont légers, je ne me sens plus fatigué. J’ai l’impression d’avoir changé de corps, changé de costume bien que j’ai endossé exactement la même panoplie que l’année dernière. Mais autant le dire déjà, ce n’est pas une panoplie de super héros, et elle se transformera bientôt en citrouille … toute mouillée.

Le Process de gestion de course

Il est clair mon process. Je ne pense pas au résultat ni à l’objectif. Je pense à la méthode, au process, au dispositif à mettre en oeuvre (oui ce sont des synonymes pour dire la même chose mais au moins vous comprenez que cela me tient à cœur). Si on suit un process bien défini, le résultat doit en découler tout naturellement.

Mon process c’est ça =>> Courir en aisance respiratoire totale tout le temps, c’est à dire ne pas dépasser son premier seuil ventilatoire. Je le ressens aux sensations, et si j’ai un doute je regarde mes pulsations cardiaques à ma montre pour le constat objectif. Et sur cette première partie de course cela revient très clairement à marcher dès qu’il y a de la pente. D’ailleurs je vois assez clairement le symptôme de mon désentrainement en faisant le constat que mes pulsations arrivent assez vite au niveau du premier seuil ventilatoire.

Une autre manière de formaliser mon process de course. Ne jamais être dans le rouge. Surtout pas. Prendre le temps de faire baisser les pulsations en haut de chaque montée, même légère. Tant pis si beaucoup de coureurs me dépassent. En principe je les dépasse facile après St Genou ou Soucieu car ils sont cramés et quant à moi je ne décélère jamais, même Chaponost passé. La portion « Soucieu / arrivée à Lyon » j’ai l’habitude depuis 4 SaintéLyon de la parcourir en 2 heures, cette portion je la nomme ironiquement la route des morts vivants. Eh bien pour moi cette année c’est une portion que je vais parcourir en bus, par la route, mais je ne le sais pas encore…

Des trombes d’eau nous tombent sur la tête

Au sortir de Sorbiers la pluie commence à nous tomber dessus. Je ne change pas une équipe qui gagne. Je suis vêtu de mon Gore Tex éprouvé sur l’UTMB, la SaintéLyon 2018 avec succès. Alors je suis en confiance. Je ne mets pas la capuche, mon buff autour de la tête me suffit ainsi que celui autour du cou sans me rendre compte que ce dernier détail va me coûter mon dixième maillot de finisher. A quoi cela tient un échec…

En suivant mon process tranquille avec de bonnes sensations si ce n’est quelques problèmes gastrique que je n’arrive pas à soulager dans les prés aux vaches (et non dans les jardins des propriétés privées : cf. reco de départ) j’arrive à St Christo après 1h58 de course en 1654 ièm position. So far so good.

Toujours le même rituel au ravito : 1 banane, deux verres de coca et 3 tartelettes diégo et c’est reparti illico.

Bon la pluie se fait cette fois beaucoup plus intense. Mais les sensations sont toujours très bonnes pour ne pas dire excellentes depuis que j’ai résolu mon problème gastrique. Je carbure plutôt bien. On arrive sur le chemin de crête que j’adore avec le groupe de jeunes nous mettant du Guns n’Roses avec « Sweet Child On Mine » : c’est énorme non !!!! J’adore. Et je vais courir encore quelques temps avec ce refrain absolument entêtant… en fait pas pour longtemps.

Le début de la fin

Mes mains qui sont protégées par une paire de gants de soie recouvertes par une paire de gants de ski commencent à lancer un gros warning. Danger ! Danger ! Je suis extrêmement sensible des phalanges des doigts dont la circulation peut se couper très vite : engourdissements, et la crainte des engelures… C’est bien pour cela que j’ai des gants de ski ! Sauf que mes gants sont détrempés et qu’ils ressemblent à des gants de boxe tellement ils sont gorgés d’eau. Ce n’est pas Guns n’Roses qu’il fallait me passer sur le chemin de crête mais plutôt la BO d’un film de Rocky.

C’est pour moi un gros gros point d’attention. Je perds un peu mes moyens. D’autant que je fais le constat que je suis tout mouillé. Ma première couche est complètement détrempée. Nous recevons des sauts d’eau sur la tête sur la descente en direction de Sainte Catherine. Mon moral prend un sacré coup. Le ravito est bientôt là mais je n’éprouve aucun plaisir à le voir se rapprocher. Je me rends compte qu’il ne constitue pas un havre de paix dans la mesure où ce ravito est à ciel ouvert.

J’arrive à Sainte Catherine après 3h47 de course en 1160ièm position. C’est le moment des premiers doutes. J’ai froid dans tout mon corps et rien ne me permet de dire comment je vais pouvoir me réchauffer. Je pose la question à deux bénévoles comme si je faisais un vœu au Père Noêl : « mais il est bien prévu que la pluie cesse cette nuit ? ». Les deux bénévoles me regardent sans voix. Le speaker nous raconte n’importe quoi en disant que nous avions besoin de nous hydrater et que pour ce faire son agence Extra Sport avait convoqué la pluie… Cela ne me fait pas du tout rire.

Je n’ai jamais ressenti un tel désarroi au départ de Sainte Catherine. Après l’arche on longe des bus sur notre droite et je n’ose pas tourner la tête pour voir les coureurs qui viennent de s’y engouffrer bien au chaud. J’ai peur de ce que je suis capable de faire.

En sortant de Sainte Catherine, je suis frigorifié bien plus qu’en arrivant. Je n’ai qu’une seule option. Pour me réchauffer il faut que je cours vite !

Et je vais m’y employer car je n’ai juste pas le choix. C’est cours ou crève de froid ! Et mon process ? Il est à la poubelle et de toutes manières les pulsations calculées au poignet par ma montre sont complètement erronées, je crois que le lecteur optique déconne complètement en raison de l’humidité qui s’est même insérée sous le bracelet de ma montre.

Je me mets à courir comme un dératé. Il est où ce p…. de bois d’Arfeuille ? Ouais il est là ! Et en plus de la pluie le brouillard est de la partie. Je me jette dans cette descente où je suis stoppé net par une absence totale de vision à plus d’un mètre. Grand moment de solitude ! La frontale projette un halo lumineux qui n’éclaire rien. Je ne vois même pas la signalétique éventuelle, je suis à l’arrêt. J’attends des coureurs qui descendent en grappes, au moins tu suis ton prédécesseur. Je prends le train. Je claque des dents au sens propre. Oui je claque tellement des dents que mes tendons au niveau de mes maxillaires me font un mal de chien.

Par ailleurs j’ai très très froid aux jambes, mon collant est tellement détrempé que l’entrejambe du collant pendouille jusqu’au milieu des cuisses. J’ai une allure de super héro je vous l’avais dit !

Nous sommes à quelques encablures de St Genou. On traverse une route avant de retrouver une piste en boue glissante. Il nous dit « attention c’est très très glissant ». Las, j’ai eu la sensation de l’écouter en allant tout droit et c’est la chute avant. Je m’étale de tout mon long. Mon collant est complètement imprégné de boue. Mais je positive je me dis que la boue en séchant peut au contraire se transformer en isolant. C’est fou comme on peut se raconter n’importe quoi pour se rassurer. En fait la boue accentue ma sensation de froidure sur mes membres inférieurs. Mon esprit est en train de calculer la balance avantages/coûts d’un abandon. Le voilà qui travaille en background, je le sais, je le sens. En fait nous sommes à moins d’un km du ravito et la décision est prise, inéluctable.

La fin

J’arrive au ravito après 5h09 de course (1009 ième position). J’ai couru la portion St Catherine St Genou en 1h20 (jamais fait aussi rapide dans ce format plus conventionnel sans le Signal St André) Je n’ai pas la force de sortir ma couverture de survie. Je demande à des bénévoles de la déplier.

Elles sont où les navettes ? Tout d’abord on va dans une tente. Elle est à 50 mètres mais je trouve qu’elle est déjà trop loin. Elle est chauffée, nous sommes 6 ou 7 à attendre ; rassérénés. A bout non pas de souffle mais d’énergie thermique. On a la chance d’avoir une soufflerie tel un feu de cheminée.

La navette arrive, nous conduit à Soucieu. Il fait chaud. Que demander de plus?

La SaintéLyon 2019 : l’enjeu et la stratégie de course à décliner

La SaintéLyon est un Ultra plutôt roulant. A noter que le D- est supérieur au D+ et que le D- est concentré sur la fin du parcours…ou autrement dit le D+ est concentré en début de parcours.

L’enjeu de la SaintéLyon

Comme pour toute course assez relevée en terme d’allure (le marathon notamment…mais la SaintéLyon est une course presque aussi roulante d’une certaine manière), il faut pouvoir économiser ses réserves énergétiques (le glycogène stocké dans les organes et le foie) pour ne pas exploser en milieu ou fin de course. Eh non, les gels que vous allez ingurgiter ne permettront pas totalement de faire face à ce mur. Il faut pouvoir s’économiser en début de parcours alors que l’on a de bonnes sensations et que l’on est prêt à « carburer » jusqu’à St Christo ou même St Catherine … pour éviter la catastrophe à Soucieu en Jarrest où il reste alors 20 kms de plats et faux plats.

Soucieu en Jarrest c’est le moment de vérité. De deux choses l’une :

  • ou vous avez bien géré votre course et il vous sera alors possible de continuer à être en mode « course à pied et j’arrive à relancer »
  • ou alors vous avez complètement épuisé vos réserves énergétiques en début de course et vous arrivez en panne sèche. Vous ferez partie de la cohorte des « morts vivants » de Soucieu en Jarrest / Lyon…et 20 kms en marchant cela peut sembler très long ! Vous entendrez le chant du coq qui annonce l’aube mais c’est mieux que le chant du cygne autant « mort vivant » que vous êtes.

Vous aimez les beaux croquis ?

La stratégie de course sur la SaintéLyon

Comme vous le voyez sur mon profil le danger réside cette année plus particulièrement lors de ces deux « ascensions » qui vont terriblement être coûteuses en énergie ! Si vous trottez ou tentez de courir dans ces 2 montées l’une vers St Christo, l’autre juste après en direction de Ste Catherine vous prenez le risque d’être dans le rouge et vous serez mort 40 kms après !

Mon conseil : dans ces deux montées =>> on marche tranquillement. En tous cas moi je vais prendre mon temps d’autant que je suis en période de convalescence.

Ainsi durant tout ce début de course vous ne devez avoir qu’un seul objectif en tête : arriver le plus frais possible à Soucieu à partir duquel débute une autre course.

C’est compris ? Alors, en avant pour ce dixième Tshirt !

  • La SaintéLyon : Tous mes récits pour ceux qui aiment les séries

SaintéLyon 2010 : 1585 ièm au scratch (cote ITRA 459)

SaintéLyon 2011 : 820 ièm au scratch (SaintéLyon de Bronze) (cote ITRA 528)

SaintéLyon 2012 : 958 ièm au scratch (cote ITRA 469)

SaintéLyon 2013 : 625 ièm au scratch (SaintéLyon d’Argent) (cote ITRA 523)

SaintéLyon 2014 : 243 ièm au scratch (SaintéLyon d’Or)  (cote ITRA 587)

SaintéLyon 2015 : 157 ièm au scratch (SaintéLyon d’Or) (cote ITRA 633)

SaintéLyon 2016 : 101 ièm au scratch (SaintéLyon d’Or) (cote ITRA 638)

SaintéLyon 2017 : 182 ièm au scratch (cote ITRA 612)

SaintéLyon 2018 : 326 ièm au scratch (cote ITRA 580)

La SaintéLyon 2019 : l’absence de préparation pour ma dixième participation

Je vais partir cette année pour mon dixième maillot de finisher. Et je pèse mes mots. Cette année l’enjeu pour moi est bien de terminer et non de taper un chrono. Je suis en pleine phase de convalescence post virus CMV qui m’a mis à terre depuis près de 3 semaines désormais.

Je n’ai jamais aussi peu couru sur les 2 mois précédents la STL depuis … ever ! C’est bien la première fois que je me présente sur la STL avec un volume d’entraînement aussi faible, qui plus est avec 10 jours complètement blancs (aucun activité physique) précédents le départ. Heureusement que le départ n’avait pas lieu samedi dernier (23 novembre 2019) car j’avais seulement de l’énergie pour participer à la course en consultant le LiveTrail à partir de mon lit. Je vais un peu mieux depuis ce matin (mercredi 27/11/2019), enfin suffisamment pour envisager de prendre le départ samedi en espérant que ma récupération post épopée virale soit linéaire d’ici là.

Pourquoi je ne jette pas l’éponge ?

Parce que La SaintéLyon est la SaintéLyon et que je ne supporterai pas de ne pas répondre à l’appel pour ma dixième participation consécutive. S’il ne fallait conserver qu’une seule course dans l’année cela serait celle-là. Donc je finirai même en rampant ou à 4 pattes même en flirtant avec les BH ; mais ce dixième Tshirt de finisher, sauf accident, je l’aurai.

Et j’ai en tête la citation de Churchill : « We will never surrender »

Quelle stratégie de course pour cette SaintéLyon ?

J’y reviendrai dans un prochain post. Mais il est clair que ne pouvant compter sur mon endurance il va falloir être très stratège pour pouvoir terminer dans de bonnes conditions et ne pas être aux abois après Soucieu et faire partie de la cohorte des morts vivants sur cette dernière partie : Soucieu/Chaponost/Lyon = la route des morts vivants de la SaintéLyon. Comment ne pas en faire partie ? Suite au prochain épisode. J’en entends un au fond de la salle qui me souffle : « en ne tombant pas malade les semaines qui précèdent ! ». Effectivement, merci à lui !