SaintéLyon 2015 : le récit

Une nuit exceptionnelle, pleine de rebondissements, d’efforts fournis, d’émotion. « Courir la nuit cela n’a rien à voir », mais courir la SaintéLyon c’est encore autre chose pour moi. Une épreuve qui me transcende littéralement pour laquelle j’arrive à donner le meilleur de moi-même et donc à terminer dans les 3% des finishers (157 ième parmi 5323 finishers et 6020 partants). Ce que je n’ai jamais enregistré sur aucune autre course.

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Dernier point culminant de la STL à La Mulatière : il reste 2 kms.

Quand je rechecke mon chrono je n’arrive pas trop à y croire. Je m’étais fixé pour objectif de renouveler la SaintéLyon d’Or (si chrono inférieur à 7h45) avec pour secret espoir de faire un tout petit mieux que l’année dernière (7h39) en arrivant à la Halle Tony Garnier en 7h35. Sur le papier c’était jouable car :

1/ le roadboak indiquait autant de dénivelé que l’année dernière malgré le nouveau point culminant à plus de 900 mètres (Signal Saint André).

2/ ma préparation n’avait jamais été aussi bonne : 5 semaines de prépa spécifique avec 100 kms de moyenne / semaine en montées et descentes autour du parc des Buttes Chaumont tous les matins à la fraîche à jeun (séances de 2 à 3 heures).

3/ un parcours prévu comme étant sec avec une température très fraîche (prévision de 6 degrés…un tout petit peu trop chaud pour moi néanmoins, je préfère le flirtage avec le zéro degrés).

Seules inquiétudes à noter à quelques jours de l’épreuve : quelques douleurs à la hanche et au TFL gauche à signaler. J’avais donc décidé de ne pas courir en Hoka One One Speed Goat qui m’avaient accompagné durant toute la prépa pour revenir à mes Rapa Nui de la STL 2014 (devenus depuis lors mes chaussures de rando.) malgré une semelle devenue très plate. Comme j’ai bien fait !

NOTA BENE : Comme à l’accoutumé, les lecteurs uniquement intéressés par les aspects techniques et non par mes états d’âme durant la course peuvent directement se rendre à la fin de ce post à la rubrique « synthèse pèle mêle » pour checker les informations voulues (chiffres, stats diverses, entraînement, nutrition….). Pour les autres le récit commence maintenant ! C’est long et pas forcément passionnant pour tout le monde…

Les préparatifs à quelques heures du départ :

A midi après avoir pris notre dossard mon pote Sylvain (qui tente la solo pour la première fois cette année) et moi-même filons chez ma belle-mère à La Mulatière dont la copropriété jouxte le parcours de la STL au Km 70 (juste avant la descente des escaliers du Chemin Grapillon). Le repas est le même que l’année dernière : les traditionnelles quenelles lyonnaise avec sauce béchamel suivi d’une très belle tarte aux fruits amenée par Sylvain.

L’après-midi j’ai l’habitude de passer en « mode larvesque » : c’est à dire ne rien faire, se coucher et tenter de faire la sieste. Les précédentes années je ne suis jamais arrivé à faire la sieste le jour de la STL…et là miracle, je plonge dans les bras de Morphée pour plus d’une heure de dodo. Et je me réveille à 16 heures avec…un bon mal de crâne. En fait je suis un peu sous tension. Je m’inquiète même d’être arrivé à m’endormir. Suis-je trop fatigué en raison d’un entraînement trop intense ? Ai-je réellement récupéré ? Ai-je eu tort lors de cette semaine de tapering d’aller courir quand même tous les matins un petit footing d’une heure alors que mon pote Rémy (médecin et triathlète) me conseillait d’arrêter TOTALEMENT la CAP ces derniers jours pour surcompenser (récupérer) ?

Bref c’est le « psychotage » qui commence et cette inquiétude ne va pas me quitter … jusqu’à la première moitié du parcours.

Je prends le train à Oullins à 17h30 pour me rendre à Saint-Etienne. Je me remets en mode larve, le chauffage du train me fait du bien mais je n’ai pas la force de lire le roadbook qui est dans l’enveloppe de retrait des dossards. Je reste dans un état comateux, le mal de crâne passe tout doucement. Dans mon wagon d’autres coureurs sont en train de débattre sur la course à venir qu’ils feront pour la première fois. Il sera impossible pour moi de me mêler à la conversation, je suis dans ma bulle dans un état de léthargie.

Yves m’accueille à la gare, direction Villars pour la traditionnelle pasta party près de la cheminée dans sa maison. C’est juste le bonheur de retrouver de la famille (Fred, le petit Lulu et la pré ado Anne Cécile qui grandissent d’année en année) toujours fidèle au poste pour ma soirée de pré SaintéLyon pour la sixième année consécutive. C’est une prépa 3 étoiles.

 

Annonce d’une mauvaise nouvelle à quelques minutes du départ :

A 23h10 après avoir revêtu ma tenue de combat nous partons en direction des sas de départ devant la magnifique Mosquée illuminée de Saint-Etienne. L’arche de départ est également illuminée comme chaque année, bref j’ai mes repères et j’aime cette atmosphère familière. Je suis dans le premier sas juste derrière celui des élites dès 23h25. Je me sens bien cette fois. Le froid ne nous tenaille pas comme lors des années précédentes. La voix du speaker est la même. Mais je vais tomber de mon arbre assez vite. Il nous annonce que le « dénivelé plus » cette année est de 1950 soit +300 par rapport à il y a 2 ans !!! Donc l’information du roadboak, de même que les info du LiveTrail étaient bien erronées (ils indiquaient 1730 de D+) !  Mes questions posées à l’organisation étaient restées sans réponse, or j’ai la confirmation par le speaker à 15 minutes du départ qu’effectivement le D+ cette année est bien supérieur de 200 mètre par rapport à l’année dernière en raison du choix par le traceur de nous mener au point le plus élevé de la STL toutes éditions confondues en passant au Signal Saint André ! Argghhh. Je prends un premier coup de massue car cela revient à un handicap de 12 minutes par rapport à l’année dernière. Là Grégo il va falloir revoir à la baisse les objectifs et se contenter de tout juste réitérer la performance de l’année dernière, soit juste passer en dessous des 7h45 pour conserver la SaintéLyon d’Or, on ne va pas en demander trop…

Un hommage est rendu aux victimes des attentats de Paris et la marseillaise sera chantée spontanément par des centaines de coureurs : instant émotion.

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Départ : de mauvaises sensations, comme d’hab.

Et c’est parti pour la traversée des faubourgs stéphanois en direction de Sorbiers. Environ 7 bornes de bitumes que je n’aime pas du tout. J’ai pour habitude de dire que c’est la partie la plus difficile pour moi de la SaintéLyon. En effet ma mise en chauffe m’est toujours pénible et me demande toujours beaucoup de temps (au minimum 45 minutes à 1 heure). Par ailleurs dans le cas spécifique de la SaintéLyon il est toujours difficile de voir des cohortes de coureurs vous dépasser la fleur au fusil. Je vois devant moi des centaines et des centaines de coureurs courir à fond les ballons. Je croise notamment Daddy The Beat ainsi que Coureur de Nantes qui ont l’air d’aller super bien. Pour le moral c’est difficile. Je dois faire ma course sans me préoccuper des autres…en général je dépose les coureurs qui partent trop rapidement entre Sainte Catherine et Soucieu.

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Des sensations pas terribles à Sorbiers. Cela commence pas terrible…

Quant à moi je dois suivre mon plan de marche : courir en checkant ma fréquence cardiaque et ne pas dépasser les 82% de la FC Max. En aucun cas je ne dois dépasser ce seuil. Les faux plats sur le bitume sont pour moi de vraies épreuves… Après quelques kilomètres de bitume stéphanois j’ai vraiment des sensation pourries, je n’ai pas d’autres mots. Je m’inquiète : « N’en ai-je pas fait trop dans mon entraînement ? « Ai-je bien récupéré ? ». En effet, j’ai l’impression de monter assez vite dans les tours et devoir freiner pour permettre à mon rythme cardiaque de revenir sous le seuil fixé.

Enfin ! Voilà la première montée sur un sentier de GR, on change de rythme, cela monte bien cette fois. J’ai très très chaud. Pourtant je ne porte qu’un seul maillot de corps (oui une seule couche) alors que tous les autres coureurs sont équipés pour grimper l’Annapurna (3 couches avec leur blouson coupe-vent). Franchement je me demande comment ils font, cela doit être le sauna pour eux.

J’aime bien cette première partie de sentiers jusqu’à Saint Christo. J’ai la sensation quand même de me remettre en jambe. Petite inquiétude en checkant le cardio, cela touche le seuil beaucoup trop souvent. Je me mets à trottiner, parfois à marcher à grandes enjambées quelques secondes dans les montées un peu trop sèches.

Saint-Christo arrive tout là-bas.
Ravito de Saint-Christo au km 15.3
Temps de course : 1h 22min
Rappel du Chrono espéré : 1h 25min

Place : 737

Fréquence cardiaque moyenne : 82%

A ma montre je suis pile poil dans le programme. Mais finalement cela ne me rassure pas vraiment car je fais le même temps que l’année précédente mais pas avec la sensation d’avoir mieux couru. Je ne peux pas dire que mes sensations étaient bonne sur cette portion. Zut ! Je pensais être mieux préparé cette année ! Donc pour le moral, c’est mitute…

Au ravito je cherche des fonds de bouteille de Coca…oooh noooon l’organisation nous ressort du Pepsi Max ! C’est pathétique du Pepsi Max ! J’ai appris qu’il y avait ZERO calorie (certes il y a de la caféine que je recherche). Comme si les coureurs de la STL faisaient un régime. Je suis furieux, je pensais que l’organisation avait eu vent l’année dernière des plaintes des coureurs sur cette erreur de casting. Ben voyons et pourquoi pas du COCA Zéro (zéro calorie et zéro cafféine !!!) ? Message personnel aux organisateurs : « Si nous avons besoin de maigrir on s’inscrit à une thalasso pas à la STL. La fonction du ravito est d’apporter de l’énergie aux coureurs, merci d’en prendre compte et de sélectionner des boissons SUCRÉES. ».

Donc je n’ai pas le choix que de prendre du solide pour les calories : heureusement il y a des bananes et….. des tartelettes Diego !!!! Youpiiiii. Vous savez ces petits sablés avec en son centre une gelée rouge. J’en avalais des paquets lorsque j’étais en âge d’aller à l’école primaire. Je m’en prends 5 à la volée ainsi que l’équivalent d’une banane entière. Et c’est reparti après un arrêt de 1min 48s.

En direction de Sainte-Catherine :

J’adore cette portion de la STL, c’est ma préférée. Le paysage devient sauvage avec beaucoup moins d’arbres (vous connaissez ma passion pour les alpages, les déserts, les grands plateaux…comme l’Aubrac).  Le peloton cette fois commence à un peu s’effilocher. J’arrive à doubler un peu surtout dans les parties descendantes où je commence – enfin ! –  à ressentir de bonnes sensations. Petit à petit je commence à vraiment entrer dans la course. Ce n’est pas encore l’extase mais on s’en approche un peu. L’ultime descente sur Sainte-Catherine je vais la faire en mettant le turbo réacteur, j’adore cette portion.

 

Ravito de Sainte Catherine : km 27.8
Temps de course : 2h 37min
Rappel du Chrono espéré : 2h 43min

Place : 556 (gain de 181 places)

Fréquence cardiaque moyenne : 82%

Finalement je vois qu’il y a encore beaucoup de monde au ravito. Vite, vite, où sont les bouteilles de Pepsi Max zéro calorie ;-)) Je me jette sur les bananes et également sur des financiers/madeleines ? que j’engloutis. Faut pas faire le difficile ici, on n’est pas chez Pierre Hermé ou Jacques Génin, l’acte de se nourrir ici est fonctionnel. On est là pour ingérer des calories et se refaire une santé en énergie. Et c’est reparti après un arrêt de 3min 42s.

En direction de Saint Genoux :

Juste en sortant du ravito de Sainte Catherine j’entends le speaker annoncer le 700ième coureur individuel. Cela me plombe un peu le moral car j’ai l’impression d’être un peu en retard en terme de classement relatif. Je me dis que les conditions climatiques sont telles que le niveau global de perf doit être bien meilleur que l’année dernière…sauf pour moi qui est en ligne.

Et nous voici dans la portion inédite après Sainte Catherine, contrairement aux précédentes STL où l’on avait le point culminant derrière nous cette fois il est à venir.

De mémoire on va se faire deux grosses bosses dont le fameux Signal Saint André à 900 mètres d’altitude. Et on attaque tout de suite à peine sortie du village par une montée où l’on doit marcher. Pfuii Pfuiii. Je dois toujours checker mon cardio pour ne pas monter dans les tours. Le paysage est tout aussi sauvage, aucun bois (j’adore). Je sais que cela va être la partie la plus difficile de cette STL. Et finalement je me perds dans mes pensées car je n’ai plus vraiment de souvenir de cette portion. Je ne sais pas du tout à quel moment nous atteignons le Signal Saint André….en tous cas je pense beaucoup à mon père (Euh oui…il se prénomme André : c’est fou comme l’esprit fait des liens tout à fait improbables ;-))

Et sans m’être rendu compte que le point culminant était passé je reconnais la partie du parcours qui redescend sur Saint Genoux. Et là je vais commencer à ne faire que doubler, doucement, progressivement. Sur les parties descendantes j’ai d’excellentes sensations. Je checke toujours le cardio car j’ai une propension à dépasser le seuil, mais cela tient. Dès qu’il y a un faux plat montant, je me mets à trottiner à grandes enjambées, marcher quelques dizaines de secondes également jusqu’à ce que mes pulsations repassent en dessous de 82%. Et c’est ainsi que je vois finalement apparaître le ravito de Saint Genoux beaucoup plus tôt que dans mon souvenir.

 

Ravito de Saint Genoux : km 40

Temps de course : 3h 59min
Rappel du Chrono espéré : 4h 05min

Place : 364 (gain de 192 places)

Fréquence cardiaque moyenne : 82%

A la recherche des tartelettes Diego !! y’en a pas !! Donc je dois me tourner vers de méchantes madeleines, des morceaux de bananes et je bois toujours mon pepsi max « zéro calorie » (Grrrrrreee) accompagné d’un peu d’eau. Il y a quand même pas mal de monde, je suis assez surpris. Cela dit il est très exiguë ce ravito. Et c’est reparti après un arrêt de 3min 02s.

En direction de Soucieu, un gros souci en perspective :
« Houston, we have a problem ! »
Il va se passer un événement qui aurait pu être assez ennuyeux (dramatique?) s’il avait eu lieu beaucoup plus tôt. Cet événement a trait à la question que m’avait posée Sylvain quelques heures plus tôt lors du retrait des dossards. « J’aime bien ta nouvelle frontale, la Tikka RXP de Petzl, tu sais si elle tient toute la nuit ? ». J’avais un peu éludé la réponse me remémorant ce que j’avais retenu du manuel d’emploi : « euh..en principe toute la nuit ».  Et bien il est environ 4h30 du matin et ma lampe vient de se mettre en mode flash quelques secondes indiquant par ce signal qu’elle va bientôt s’éteindre définitivement. Bon… pas de panique, il y a toujours la lumière projetée par les autres coureurs…cela dit nous commençons à courir de manière très espacée et il m’arrive de ne plus avoir personne en visuel devant, ni derrière. Néanmoins, nous commençons à entrer dans des zones que je qualifierais de péri urbaine où il y a quand même, parfois, un éclairage urbain permettant de savoir où l’on met les pieds. Je vais donc gérer mon allure de manière à avoir toujours quelqu’un derrière moi pour m’éclairer ou quelqu’un devant me permettant d’apprécier les aspérités du parcours. Le très léger croissant de lune s’avère comme étant un peu insuffisant pour réellement apporter une quelconque aide, cela dit j’ai quand même la sensation qu’il y a une certaine clarté (la fameuse pollution lumineuse dont se plaignent les amateurs astronome qui provient des éclairages en contrebas ?) permettant de ne pas être complètement dans le noir. Les seuls moments où je vais être réellement handicapé ce sont les traversées de sous-bois souvent en montée où je me retrouve totalement dans le noir. Cela dit il me suffit de patienter quelques dizaines de secondes en marchant pour avoir un coureur derrière moi m’apportant sa lumière. Très franchement ai-je réellement perdu du temps sur ces portions ? Je dirais une poignées de minutes (3 à 5 minutes tout au plus).
Et le ravito de Soucieu arrive bientôt.
Ravito de Soucieu : km 51.2
Temps de course : 5h 02min
Rappel du Chrono espéré : 5h 13min

Place : 240 (gain de 124 places)

Fréquence cardiaque moyenne : 83%

Je regarde mon chrono et là je suis assez surpris de me rendre compte que par rapport à mon objectif de moins de 7h45, je suis largement dans les clous. Il n’y a pas grand monde dans ce ravito. Toujours le même rituel, n’ayant pas de gobelet je cherche les fonds de bouteille pour boire de la Vichy St Yorre (c’est mon pote Rémi qui me l’a maintes fois recommandé), du Pepsi Max (pour la caféine) des bananes et tartelettes Diego (3 ou 4) que je gloutonnerai en moins de 2 minutes. Et c’est reparti après un arrêt de 3min 22s.
Très vite sur le parcours que je vais courir à une allure de 6min 17s ma lampe frontale va cette fois définitivement s’éteindre d’un coup d’un seul. Heureusement nous commençons à dépasser les tous derniers coureurs de l’épreuve de la Saintexpress qui m’apportent chaque fois que je les dépasse un faisceau lumineux qui m’est d’une grande aide. J’ai le souvenir de ce petit cours d’eau dans une petite forêt où il y a un noir total, j’avance à l’aveugle et m’aperçois que je me retrouve par bonheur sur le petit pont composé de planchettes de bois l’enjambant alors que 50 cm à droite ou à gauche je me serais retrouvé avec de l’eau au moins jusqu’à mi mollet.
Et finalement Chaponost arrive très vite…
Ravito de Chaponost : km 61.3
Temps de course : 6h 05min
Rappel du Chrono espéré : 6h 19min

Place : 177 (gain de 63 places)

Fréquence cardiaque moyenne : 82%

Je ne perds pas de temps à ce ravito. Une fois les bananes, pepsi max, tartelettes ingurgitées (gloutonnées) je sors. Et je prends mon unique gel à la caféine fourni par mon frère que j’avais dans la poche de mon cuissard ! Dès la sortie je cours en compagnie d’un solo comme moi. Et je suis surpris par sa question ? « Toi aussi tu veux la faire en moins de 7 heures ? » « Mais où est le panneau des moins de 10 kms ? ». Au fond de moi-même je me demande ce que ce coureur a bien pu mettre dans sa poche à eau pour réellement penser que les moins de 7 heures sont jouables ? Alors je lui réponds « Euhhhh non, moi c’est juste moins de 7h45 et cela ira… ». Il a l’air assez mal en point, il fait des râles à chaque inspiration..et cela m’énerve. Cela dit j’ai besoin de la lumière de sa frontale alors je continue à courir à son niveau. Nous sommes dans le magnifique parc de Chaponost, il y a un grand bassin d’eau, c’est booo ! Et enfin le panneau indiquant qu’il reste 10 kms est franchi. Mon compagnon n’a pas l’air d’être au top si bien que je le lâche (ainsi que sa frontale) en continuant mon train train. J’aperçois devant moi d’autres coureurs ; qui sur l’épreuve du relais, qui de la saintexpress me permettant d’avoir un peu de lumière. Le temps passe finalement assez vite et je suis surpris par mes sensations, plutôt bonnes. Je croise très très peu de solo, aucun ne me doublera en tous cas (à l’exception d’un seul coureur sur le sprint final)…
Et puis j’accroche un solo à qui je dis que j’ai besoin de la lumière de sa frontale car la mienne vient de rendre l’âme. Et il me pose tout de go la même question : « tu veux faire moins de 7 heures toi ? ». Et bien c’est une obsession manifestement chez les solos… après avoir checké ma montre cela me semble totalement surréaliste et je me dis qu’il a lui aussi perdu le sens commun. Je lui dis qu’il va y avoir la côte des aqueducs de Beaunant et que cela va juste être impossible. Et quand on parle du loup, ça y est !!! On va attaquer la très forte descente en toboggan. Je me sens pousser des ailes et je laisserai mon compagnon « sub 7 heures hope » derrière moi. J’avale la côte à grandes enjambées. En fait mon inquiétude c’est le parc accrobranche je sais que c’est un labyrinthe très étroit….et sans frontale dans le noir total cela va être un peu compliqué. Heureusement il y a aura beaucoup de coureurs de la Saintexpress un peu perdus (qui prennent vraiment leur temps) dans ce dédale me permettant de profiter de leur lumière. Et puis je sens que la fin est vraiment là, pour très bientôt. Je vais passer devant le parc de la copropriété de ma belle-famille à La Mulatière situé à 200 mètres des escaliers du chemin Grapillon… J’espère que Laetitia et Danielle se sont rendues compte que j’avais beaucoup d’avance à Chaponost et qu’elles sont déjà parties pour Tony Garnier. Or, lorsque je checke les fenêtres de l’immeuble je m’aperçois qu’il y a encore de la lumière ! Argghhhh on va encore se louper à l’arrivée ! Je suis presque tenté de lever le pied. Je continue et fais ma course : descente des escaliers, arrivée sur le quai de Saône, passage sous le pont de La Mulatière (endroit où j’avais explosé l’année dernière dans l’impossibilité de courir). La lumière sur le quai est juste magnifique ; on sent l’aube pointer le petit bout de son nez. Au fond de moi je sais que je signe un chrono juste canonissime et j’ai bien envie de profiter de cette arrivée au maximum sans me prendre la tête, sans stress. Je veux juste SAVOURER.
Le Pont Raymond Barre, je le monte avec plaisir, je fais le fanfaron avec les photographes officiels postés là, il reste 200 mètres. Cela va être énorme.
Sur le Pont Raymond Barre
Sur le Pont Raymond Barre
Je ressens une joie intérieure indescriptible que seule la SaintéLyon est capable de me procurer.
Entrée dans la Halle Tony Garnier, c’est l’explosion de joie et d’émotion.
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J’ai fait un truc énorme totalement inattendu, au-delà de toutes attentes.
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Arrivée en 7h 10min 59s
Rappel du Chrono espéré : 7h 35min
Place : 157 (gain de 20 places)
Je fais partie des 3% des finishers (troisième centile les meilleurs)

Fréquence cardiaque moyenne : 82%

C’est quand l’ouverture des inscriptions pour la STL 2016 ?

 

Des Chiffres et des commentaires pèles mêles :

tableau temps de passage STL 2015 vs 2014

ANALYSE DE L’EPREUVE 2015 :

Temps total passé aux ravitos : 13min 33s.

Mon allure moyenne est pile poil de 6 min/km soit 10.03 km/h pour être très précis.

Un vrai métronome : ma fréquence cardiaque moyenne de chaque portion est de 82% (exprimée en % de ma FC Max) à l’exception de la portion St Genou / Soucieu (83%) différence non significative. En fait il est notable de dire que je n’ai pas eu de baisse de celle-ci à contrario de TOUTES mes précédentes STL où la fatigue s’installe sur la fin ne me permettant pas de pousser le palpitan plus haut…d’où effondrement de la FC sur la fin de tous mes trails.

 

L’EQUIPEMENT :

Pour l’équipement je vous renvoie à ce post. Mais en deux mots : je n’avais qu’une couche sur moi. Les mêmes Hoka One One Rapa Nui que la STL 2014 laissant aux vestiaires les Speed Goat dans lesquelles je n’avais plus confiance après 5 semaines de prépa. (apparition de douleur à la hanche et mon TFL qui fait son come back après 5 ans d’absence).

Pas de poche à eau, un seul gel à la caféine (le gel de mon frère !!), une couverture de survie dans la poche du cuissard.

Frontale Tikka Rxp qui s’est éteinte au bout de 5 heures environ.

 

NUTRITION :

Le jour J : deux tartines de pain beurrée le matin + 1 bol de thé

Déjeuner : 5 quenelles à la béchamel + grosse part de tarte aux fruits

Dîner : 200 g de pâtes

Aucun apport de liquide … pas même un verre d’eau en dehors du bol de thé du matin.

Ne pas oubliez que vous vous hydratez aussi en mangeant des pâtes, elles cuisent dans quoi vos pates ?

 

ANALYSE DE MON ENTRAINEMENT :

Pour mon entrainement je vous renvoie à mes précédents posts 1 et 2, mais un seul chiffre : 100 kms de moyenne / semaine sur les 5 dernières semaines avec un pic de 150 kms en S-2.

Quasiment tous les matins à partir de 5 heures à jeun sans boire ni manger durant les séances à l’exception de mes 3 premières séances de 3 heures où j’ai dû prendre un gel de caféine après 2 heures. Les 4 autres séances de plus de 3 heures ont pu être couru sans fatigue et sans prendre quoique ce soit=>>> fait du bien au moral de prendre conscience que son corps s’adapte au niveau énergétique.

Uniquement de l’endurance fondamentale / aux sensations =>> la consigne :  t’es fatigué ? Tu cours moins vite, mais tu continues à courir…c’est tout.

Le MEME parcours qui monte et qui descend : anneau de ceinture bitumé du parc des Buttes Chaumont (Paris intramuros) à partir de chez moi (quartier Montorgueil)

7 séances de plus de 3 heures.

7 séances entre 2 et 3 heures.

Aucune séance de VMA.

Pas de Coach.

Mes précédents récits de la STL :

SaintéLyon 2010 : 1585 ièm au scratch

SaintéLyon 2011 : 820 ièm au scratch (SaintéLyon de Bronze)

SaintéLyon 2012 : 958 ièm au scratch

SaintéLyon 2013 : 625 ièm au scratch (SaintéLyon d’Argent)

SaintéLyon 2014 : 243 ièm au scratch (SaintéLyon d’Or)

28 réflexions sur “SaintéLyon 2015 : le récit

  1. Effectivement très surpris de ta frontale, j’ai un vieille Petzl que j’avais programmé sur 7h pour la SaintExpress de 2013, elle s’est éteinte 7h05 après le début de la course, un métronome. Bon pour l’année prochaine il faudra une batterie de secours.
    En tous les cas encore bravo pour ce temps Stratosphérique, tu tutoies l’élite sur une course pareil, tu es inusable et continues de progresser.
    Mais tu avais raison cette course est géniale et bien moins dure qu’un marathon, si on est bien entrainé et surtout si on ne part pas trop vite. Tu as dépassé beaucoup de monde tout le long du parcours et pas des coureurs du dimanche !!!

    En tous les cas encore bravo, je suis admiratif, pour ce temps de folie !!!

    1. Hello Sylvain, merci c’est sympa. Euh quant à l’élite non certainement pas… à près de 2 heures de moins ils sont sur une autre planète. Quant à moi j’ai donné le meilleur de ce que je pouvais fournir : investissement temps de prépa notamment. Et puis on a tous un potentiel (capital génétique qui fixe notre Vo2 max max, notre métabolisme etc..) limité et je pense l’avoir atteint : done ! Je crois que je l’optimise notamment sur la STL dont le parcours (notamment des descentes) me convient particulièrement bien. En d’autres termes mon meilleur classement relatif sera celui de la STL et nulle part ailleurs. Bon j’attends toujours ton article !!!

      1. L’article est en ligne, mais c’est un peu l’opposé du tien, tu étais en tête de peloton, j’étais plutôt dans la queue de peloton !!

  2. Wow! Amazing!!! Vive les quenelles lyonnaises, les tartelettes Diego, et euh, le ravitaillement « Saint-Genoux » c’est une blague???? C’est l’endroit où tu fais une prière pour que tes genoux tiennent le choc encore 40km???!!! Bravo bravo!

    1. Eh oui les fameuses tartelettes Diego : heureux de savoir que tu connais aussi. Et oui, Saint Genoux mais celui de Soucieu est pas mal du tout : on y compte les morts et on se souci de savoir si on arrivera au bout. Bizzz

  3. Super récit. Maîtrise parfaite du plan de route, gestion de l’effort impressionnante… Quelle performance !!! Tu m’étonnes que tu as dû prendre ton pied 🔞
    Merci d’avoir partagé ça avec nous 😉

  4. Ping : [entraînement] Un mois de séances : régularité | Desala.org: "tout seul on va plus vite, ensemble on va plus loin."

  5. Bblmr

    Autant je suis un fervent amateur de pepsi max… Autant pour un ravito, le coca, moins bon au goût (20 fois trop sucré), c’est risible ! À quand les fromages blancs 0% au ravito ?
    Pour 2016, tu vises 6h ?

    1. L’orga a d’ailleurs fait un Mea Culpa sur le pepsi max. Bon maintenant on peut en rire…cela dit j’ai entendu pas mal de coureurs s’en plaindre alors que j’étais venu les applaudir au Km 70 en haut de La Mulatière : c’était un sacré sujet de conversation ce Pepsi Max zéro calorie. Et pour 2016 je vise de me faire autant plaisir avec du vrai Coca cette fois !

  6. 82% de FCmax pendant tout ce temps, je suis super impressionné ! (si j’étais taquin je demanderais une réévaluation de la FCmax au laboratoire !) Tu prends combien de FCmax ? Pour quel âge ?

    Encore bravo mec ! je suis fier d’avoir fait *1* sortie de prépa avec toi 🙂

    1. Ma FC Max je l’ai calculée il y a deux ans sur tous mes efforts high intensité training : impossible d’aller au-delà de 173 pulsations même sur des efforts où je crachais les poumons en montées. Sur le plat on n’arrive pas vraiment à toucher sa FC Max.
      Et pour la sortie à 5 heures du mat à Lille c’était juste topissime, j’en garde un excellent souvenir : franchement avec le croissant tout chaud à la fin de la séance. Un GRAND merci à toi d’avoir répondu présent. Tu imagines que parmi mes séances uniformes des Buttes Chaumont celle passée avec toi à Lille marque évidemment ma mémoire.

    1. C’est sûr que là va falloir penser aux accus ! Mais je crois que j’ai dû mal la régler…il y a quelque chose qui m’échappe d’autant plus que je ne l’ai allumée qu’à Sorbiers et pas à Saint Etienne….

    1. Merci c’est très sympa. Content que cela intéresse même des lecteurs qui ne me connaissent pas. Cela t’inspire alors peut être que cela t’amène à te poser des question…alors ne pas hésiter à me les diriger !

  7. PhilippeG-520

    Bravo Grego, chapeau ! Une belle maîtrise de l’allure, très bonne gestion de course, tout en remontée, excellente perf, chrono et place: impressionnant !
    Un bémol, la frontale 😦
    Je comprends que tu sois super content, génial de vivre un moment pareil.
    Etonnant ton entraînement qu’en endurance ?
    Par contre c’est vrai que tu as fait de sacrées semaines en terme de kms…
    Belle progression chaque année également.
    Félicitations !!
    Du coup tu retentes ta chance à l’X-Alpine ?
    @+
    Philippe

    1. Merci. Je n’ai fait qu’écouter les préceptes de Lydiard, Fitzgerald, les Hansons…alors j’ai peut être poussé le bouchon un peu loin en excluant totalement le fractionné qui me fait réellement chi.. et ne m’apporte aucun plaisir. Cela dit quand on se lève le matin pour aller courir il faut que cela soit le plaisir qui te guide et uniquement le plaisir et pour moi cela rime avec la liberté de courir à son rythme et sans la contrainte d’un programme de séance avec des séries d’accélérations, freinages, et division de la vitesse par l’âge du capitaine (ou du coach c’est selon)…
      Sure que je retente la X-Alpine c’est mon objectif NUMERO 1 de l’année 2016. J’ai une X-Alpine en travers de la gorge et elle ne passera quel lorsque je serai finisher.

      1. trails de préparation obligatoire !
        (et un vrai, dans la montagne avec au moins deux fois 800 à 1000m de D- d’un bloc 🙂

      2. PhilippeG-520

        Je te comprends Grégo concernant le fractionné mais crois moi, en pratiquant du fartlek à la sensation (sans forcément le chrono) on peut se faire plaisir également.

        On se retrouve sur l’X-Alpine alors (et sans pepsi-Max) 🙂

        Je suis d’accord avec Julien: des trails montagneux avant en préparation (j’en fais 4 avant) pour être sur de finir 😉

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