Tor des Géants 2021 : Finisher d’une incroyable aventure avec des hauts et des bas

Il s’est écoulé quelques jours depuis que je suis revenu de Courmayeur. Il n’est pas facile de rassembler les éléments disparates de souvenirs lorsque l’on n’a dormi que 5 heures en 5 jours surtout lorsque l’on connait le rôle clef du sommeil dans la mémorisation des faits. Ainsi lorsque je regarde le profil de course et le nom de tous les checkpoints je ne suis pas capable d’avoir une image en tête correspondant à toutes ces étapes. Ainsi je vais tenter de vous livrer un récit qui n’est certainement pas exempts d’approximations, d’erreurs ou même de souvenirs reconstruits. Néanmoins avant de vous livrer ma vision de ma course, faisons parler les chiffres qui eux sont des faits objectifs non sujets à modifications.

Les voici :

Données techniques de la course

  • Tor des Géants 330 : c’est le nom de la course depuis 2010
  • Kms réels selon données GPS précises : 349 kms
  • Dénivelés positifs et négatifs (c’est une boucle) : 30 800 mètres
  • Une barrière horaire finale à Courmayeur de 150 heures après le départ

La performance globale du peloton de coureurs

  • 712 coureurs
  • 431 finishers
  • soit un taux d’abandon de 40%

Ma course en quelques chiffres

  • Départ de Courmayeur à midi le dimanche 12 septembre 2021 en vague 2
  • Arrivée à Courmayeur à midi et 1 minute le vendredi 17 septembre 2021
  • Soit 120 heures et 1 minute de course
  • Classement : 117 ièm sur 431 finishers (soit 27%) sur 712 coureurs au départ (soit 16%)
  • Le mi-parcours symboliquement représenté par le pointage au refuge Coda a été passé le mardi 14 septembre à 11h50 soit presque 48 heures après le départ de Courmayeur.
  • Cumul du temps d’arrêt aux 6 Bases Vie : 20 heures (soit une moyenne de 3h20 dans chaque BV).

Voilà pour les chiffres bruts qui ne souffrent pas de défaut de mémoires, place au récit.

Samedi 11 septembre

C’est le jour du retrait des dossards ainsi que du fameux sac jaune flanqué du numéro qui nous permettra de faire transporter par l’organisation pas moins de 12 kgs de matériel, du moins en ce qui me concerne, de base vie en base vie (6 BV au total).

De retour à l’hôtel il me faut au moins une heure pour le préparer correctement et m’assurer que tout ce dont j’aurai besoin durant la course y figurera. Je termine mon sac de change et commet ma première erreur. Comme je n’ai plus de place dans ce sac de change jaune bourré à craquer je sacrifie les deuxièmes couches chaudes que je laisse dans ma valise qui restera à l’hôtel. Il ne m’en reste qu’une, celle que je garde dans mon sac à dos. Je n’ai donc plus de back up le cas échéant et cela me fera défaut. Ensuite c’est reparti pour 30 minutes de marche à pieds jusqu’à Dollone pour la dépose du sac de change.

De retour à Courmayeur je suis déjà bien fatigué d’autant que ce jour là le soleil tape sur le casque. Le soir c’est dîner en compagnie de Marc L. qui courra également le Tor le lendemain. Au menu de ce soir : deux plats de Tagliatelles absolument succulents qui font du bien au moral. Car il faut le dire, cette course j’en ai peur. Tellement peur que je n’arrive pas à trouver le sommeil, il est 1 heure du matin et je n’arrive pas à fermer l’œil. Rétrospectivement je me dis que j’avais bien raison d’avoir aussi peur.

Dimanche 12 septembre

Petit déjeuner à l’hôtel : scramble eggs et un thé. Je pensais faire une petite sieste à partir de 8h, las je suis trop fébrile, finalement je me rends au départ de la première vague de 350 coureurs prévue à 10 heures. Belle ambiance conviviale, c’est vraiment agréable les petits pelotons et de se hisser dans un public plutôt sporadique qui permet à chacun de voir le spectacle. Je retourne vite à l’hôtel un peu excité et incapable de me détendre. Je me change et arbore ma tenue de combat.

Check out à l’hôtel et je laisse ma grosse valise de voyage que je retrouverai, si tout va bien, le vendredi suivant. Et je me dirige à 11h30 en direction de mon sas de départ pour cette deuxième et dernière vague.

Me voyez vous en deuxième ligne ?

Midi tapante sous un soleil éclatant : top départ

A venir la Portion 1 : Courmayeur / Valgrisenche

  • 54 kms à parcourir
  • D+ : 4586
  • D- : 4287
  • Etape parcourue en 10 heures (9h59 pour être précis)

Cette première portion attaque par une montée du col d’Arp sous le cagnard. Je monte régulièrement, c’est le seule ascension où deux ou trois coureurs avec des bâtons remontent à mon niveau. Je peux dire que plus personne ne me dépassera sur toutes les ascensions de col à venir. C’est une de mes forces d’avoir une vitesse ascensionnelle plutôt au-dessus de la moyenne, je ne m’arrête jamais pour reprendre ma respiration, probablement en raison du fait de ne pas utiliser de bâtons, ce qui est exceptionnel au sein du peloton car tout autour de moi je ne vois que des coureurs pourvus de bâtons…

C’est déjà le drame

Suite à ce col s’ensuit une longue descente sur un chemin absolument pas technique et où je commets une erreur qui aurait pu me coûter très cher. Je chute et percute assez violemment le sol avec le genou et le haut du coude droit qui est en sang. Je fais un petit tonneau en roulant sur mon sac à dos. En me relevant le genou me fait un mal de chien. J’ai une très grosse frayeur : simple hématome ou blessure plus grave ? Y a-t-il de la casse ? Les premières foulées me font très mal et font monter mon « stressomètre » à un niveau élevé. Je me dis que c’est déjà le premier avertissement, et ceci dès la première descente, et qu’il faut que j’intègre : « ne pas courir comme un dératé dans les descentes, il n’y a rien à gagner ».

La montée vers le Passo Alto (ou Col du Haut Pas) est longue sur un sentier jonché de cailloux tout d’abord en sous bois. J’y croise de très nombreux randonneurs qui en descendent et qui félicitent les coureurs. Puis le cadre se fait beaucoup plus minéral, paysage lunaire avec des lacs. C’est magique et c’est pour ce type de paysage que je me suis inscrit au Tor.

La température commence à baisser à mesure que le soleil disparait, ça y est on a quitté le monde « civilisé » pour les grands espaces délaissés. J’atteins le col du Passo Alto (2860 mètres) à 18h30.

J’ai la pèche, profitons en car cela ne va pas durer, c’est une évidence dans un Ultra. Une petite descente dans un pierrier, pour ne pas dire un vrai chantier, où je ne brille guère, je me fais allégrement dépasser. Et mon genou est là pour me dire que je lui ai causé du tort. Donc je fais attention sur chaque appui. Et tout d’un coup j’entends une voix derrière moi : « Monsieur Molinaro Grégory ! », « je suis Vincent M. » Ce n’est pas vrai, c’est lui ! Il faut savoir que dans l’univers de l’Ultra il arrive que l’on communique sans ne s’être jamais rencontré en vrai, mais exclusivement via les réseaux sociaux (RS). Et Vincent M. fait partie de ces connaissances avec qui j’ai beaucoup échangées. La surprise vient du fait que j’ignorais qu’il courrait le Tor. C’est énorme ! On s’arrête ensemble au ravito de Promoud -magnifique point de vue à cette heure ci entre chien et loup -. On décide de repartir en même temps sans aucune concertation, chacun devant aller à son rythme. Mais finalement je lui prends la roue et reste derrière lui jusqu’au col Crosatie (2829 mètres). Il fait nuit. La montée est splendide, nous nous retournons et percevons les frontales des coureurs derrière nous en train de descendre le Passo Alto : moment de grâce. Il y en aura beaucoup d’autres. Il s’ensuit la descente sur la première BV de Valgrisenche. J’y pénètre seul à 22h59. Je décide après avoir récupéré mon sac jaune de manger – et toujours beaucoup – avant d’aller me coucher et tenter de dormir sur un lit de camp. Las, c’est juste un échec. Je perds mon temps, je m’énerve de le perdre car il y a quand même un chrono. Je décide de fermer mon sac, de le restituer et de repartir. Le moral baisse un peu après avoir si mal géré cet arrêt.

  • BILAN à la BV de Valgrisenche : Arrêt de 1 heure à la BV de Valgrisenche
  • Zéro dodo malgré une tentative d’assoupissement
  • Bien mangé et bien bu

A venir la Portion 2 : Valgrisenche / Cogne

  • 56 kms à parcourir
  • D+ : 5030
  • D- : 4897
  • Etape parcourue en 14 heures 24 minutes

C’est ce qui restera pour moi comme la plus belle des étapes. La plus dure aussi mais c’est également le cœur et le joyau de ce Tor (avis personnel). Cette portion est constituée de 3 gros et grands cols magnifiques. Le Col Fenêtre, le Col Entrelor et le Col du Loson. Je vais prendre un très grand plaisir à les gravir. La conjonction d’une nuit cristalline, d’une météo magnifique le jour en font une étape qui va rester gravée dans ma mémoire et demeurera mon plus grand souvenir de ce Tor (avec le Col Malatra bien sûr…). Cette étape est très simple : il suffit d’enchaîner 3 cols les uns après les autres, du plus simple au plus difficile pour respectivement : 1300 mètres de D+ (Col Fenêtre) / 1345 mètres de D+ (Col Entrelor) et 1871 mètres de D+ (Col du Loson) suivi ensuite de 1500 mètres de D- pour arriver à la BV de Cogne. J’attaque de nuit le Col Fenêtre sans grande difficulté, la nuit est magnifique, le haut de l’ascension est très minéral et technique mais je prends un grand plaisir. Il s’ensuit une descente sur Rhème notre Dame de 1209 D- où le refuge est fermé mais dont le ravitaillement organisé sous une tente nous permet de manger des pâtes comme cela sera la coutume pour 9 ravitos/10. J’attaque le Col Entrelor que je vais boucler en 2 heures exactement soit une vitesse ascensionnelle de 650 mètres/heure. Au milieu de l’ascension je vais ressentir une très vive émotion, celle procurée par le fait d’éteindre ma frontale pour contempler le ciel étoilé qui en quelques secondes révélera une voute superbe le temps que l’œil accommode. C’est magique et je me remémore ce qu’Yvan (le speaker aux lunettes vertes et à la grande barbe) nous a dit lors du départ : « regardez autour de vous avec les yeux d’un enfants ». Les larmes me coulent sur les joues car la conjonction de l’effort fourni pour grimper le col et la beauté du ciel qui s’éclaire d’étoiles une fois la lampe frontale éteinte me prend à la gorge.  Cette vive émotion va m’étreindre pendant plusieurs minutes. Et je dois quelque peu reprendre mes esprits dès que je remonte quelques coureurs pour ne pas qu’il s’inquiète de mon état qui pourrait suggérer que je suis souffrant (alors que je plane). Les derniers centaines de mètres de dénivelés vont très vite me calmer car la pente d’Entrelor devient hyper technique – « droit dans le pentu » – à un point tel que nous sommes obligés d’être à 4 pattes pour arriver au sommet. Je n’ai jamais connu une ascension aussi raide dans les derniers hectomètres. Le Catogne ou Orny peuvent aller se rhabiller (cf. l’X-Alpine)… Il s’ensuit une magnifique descente au levé du soleil où nous longeons un ou des lacs.

J’arrive au ravito d’Eaux Rousses sur les coups de 7h45. Il y fait chaud sous cette tente, j’y rejoins Marc L. (parti lors de la première vague). Je prends mon temps : messages Wa avec ma tribu de supporters, coup de fil à ma femme, avec un bon bouillon de pâtes. Il est temps de repartir pour le troisième col avec 1871 mètres de D+ (le Col du Loson). Et finalement ce dernier col dépassera en difficulté le Col Entrelor surtout que nous allons en grimper les derniers hectomètres en plein cagnard. Le début de la montée est magnifique et se fait en pente dans une forêt de sapin. Très vite le paysage se fait beaucoup plus alpin et minéral, le passage dans les alpages est assez rapide et on attaque la partie minérale qui est la plus abrupte. Le soleil tape et brûle dès 11 heures : crème solaire XXL + lunettes de glacier + visière de casquette. J’utilise tous les dispositifs pour me protéger du soleil qui n’est pas mon ami. Je dois passer le col sur les coups de midi je pense.

Il s’ensuit une extraordinaire descente qui me fait contempler un des plus beaux panoramas que j’ai en mémoire de ce Tor. Je regrette amèrement de ne pas avoir pris plus de photos car la configuration météorologique en fait un cadre somptueux qui n’est pas sans me faire penser au désert de la Namibie dans sa partie minérale. Je pointe au refuge Vitterio Sella à 12h47 où je me fais prendre en photo par un couple de retraités français qui attendent le passage de leur fille.

Je m’arrête au refuge pour prendre et reprendre un bon plat de pâtes, toujours des pennes blancs (sans sauce tomates). Puis il reste encore 1300 mètres de D- d’ici la BV de Cogne, une descente interminable.

Et lorsque l’on entraperçoit Cogne dans la vallée, on se rend compte qu’il ne s’agit pas de Cogne (mais d’une autre commune) et qu’il reste encore près de 4 kms sur le plat… Il fait très chaud, cela cogne sur le casque (oui c’est facile à trouver mais à ce moment de la course on a déjà les capacités cognitives très réduites). A la BV de Cogne, je vais voir un médecin pour soigner ma plaie au-dessus du coude qui s’est infectée, il me demande de prendre une douche (ah je n’avais pas prévu ça !), je prends une douche qui fait un bien fou finalement, je remets le même maillot (je n’ai pas envie de faire trop de bruit en sortant tous mes sachets en plastique ziploc du sac jaune dans la salle de repos dans laquelle je suis stationnée). Je fais une tentative pour m’allonger sur un lit de camp, je perds un temps dingue à dérouler mon sac de couchage Millet, ainsi qu’à remettre de l’ordre dans mon sac. Je m’allonge 30 minutes pour me rendre compte que je n’arriverai pas à dormir. Donc je me relève, je range une nouvelle fois mon sac. En bref je « jardine » : très belle expression qui désigne le fait de gesticuler tout à fait inutilement. C’est donc bien vexé que je ferme mon sac avec la conscience d’avoir bien perdu mon temps.

  • BILAN à la BV de Cogne :
  • Arrêt de 2 heures 30 minutes à la BV de Cogne
  • Zéro dodo malgré une tentative d’assoupissement
  • Bien mangé et bien bu
  • Moral : déçu donc pas vraiment au plus haut

A venir la Portion 3 : Cogne / Donnas

  • 46 kms à parcourir
  • D+ : 2626
  • D- : 3908
  • Etape parcourue en 11 heures 00 minutes

Il est 16h55 lorsque je quitte la BV. Au moins il ne fait plus trop chaud et la température va vite baisser. La montée est très lente jusqu’à la Fenêtre de Champorcher. Et encore de magnifiques lumières de coucher de soleil. Ce col est très singulier par le fait d’être traversé par un énorme poteau porteur de lignes à haute tension. Et franchement loin de dégrader le paysage cela lui confère un rendu très singulier de fin du monde, digne d’un roman d’anticipation, je ne sais pas pourquoi. Mais je ne dirais pas que c’est laid. Arrêt au refuge de Dondena avec toujours un accueil royal : je prends des pâtes et encore des pâtes pour attaquer la fin du col qui sera finalement très rapide avec l’aide de la frontale car la nuit vient de nous tomber dessus. Je regrette de ne pas avoir pris des photos de cette ascension de col sur sa première partie : est-ce l’effet « ligne à haute tension considérée comme dégradant le paysage » ? Il fait désormais nuit et je sais qu’il me reste cette « interminable » descente vers Donnas située au point le plus bas de ce Tor (330 mètres d’altitude). C’est un peu décourageant de savoir qu’il faudra juste après remonter à 2800 mètres d’altitude. N’y pensons pas. Je cours seul sans avoir quiconque ni devant moi, ni derrière moi. J’arrive au refuge Chardonney juste après minuit et j’y rencontre plusieurs coureurs. Une question me taraude : dois je enfin essayer de dormir ? Je n’ai pas vraiment sommeil mais le fait de me retrouver dans un lit bien douillet devrait m’aider à y parvenir. L’accueil à l’italienne est génial dans ce refuge : un plat de pâtes, encore un autre… et je pose la question : est-ce que je peux dormir ? La gérante du refuge me dit qu’il n’y a pas de problème et me conduit dans une chambre où je suis seul : quel bonheur ! Des draps, des couvertures bien épaisses. Je vais dormir comme un loir. Elle me demande pour combien de temps. Je lui dit « 1 heure » ! C’est toujours un « gros box » de se changer, enlever ses chaussures, son pantalon long, mettre ma deuxième couche chaude avec capuche pour me sentir comme dans un cocon. Il me faut au moins 10 bonnes minutes pour me préparer à me coucher. Et une fois que je suis sous les chaudes couvertures, j’attends en fermant les yeux. 10 minutes ? Rien. 15 minutes ? Rien ne vient… je commence à stresser et mes pulses commencent à monter. Et je me pose la question : « qu’est ce que je fais là dans un lit ? » Finalement au bout de 50 minutes je me lève sans avoir dormi une seule minute. Comme il est difficile de devoir se rhabiller ! Ceci d’autant plus qu’une fois dans le couloir du refuge on ressent une froidure qui glace le corps. Je ne me suis pas reposé mais qu’est-ce que j’ai froid maintenant, voilà ce que j’ai gagné ! Grégo, bien joué ! J’ai bien perdu 1 heure sous un drap pour rien. La gérante est surprise de me revoir, je lui dis que je n’ai pas réussi à dormir et qu’il vaut mieux pour moi de repartir dans la nuit bien froide. Quel bonheur ! C’est reparti pour la descente sur Donnas en solo. Il s’écoule 2 ou 3 heures qui me semblent interminables.

Sur la voie romaine à Donnas

Finalement j’arrive à Donnas à 3h56 en ayant rejoint les coureurs que j’avais croisés au refuge précédent et qui m’avaient conseillé de dormir. Je vais retenter le coup de dormir… Ah ah ah, je ris jaune. Je vais encore jardiner dans cette BV encore quelques heures. Je vais encore jouer au personnage du roman picaresque « Grégo fait du trail » dans l’épisode intitulé « Grégo jardine dans la BV ». Qu’est-ce que je suis mal organisé, c’est juste pathétique. J’ouvre mon sac, il y a plein de matériel dedans et plein de sacs ziploc avec des habits, des batteries, des gels, je pourrais presque ouvrir un commerce. J’ai pourtant une feuille de procédure mais elle n’est pas vraiment adaptée. Je sors les batteries, il y a un spot dans la BV près du PC course pour les brancher, franchement c’est très bien fait de la part de l’organisation. A quoi bon d’avoir emmené sa batterie de recharge dans le sac de change jaune d’autant que je ne sais pas m’en servir ? Je vais d’abord me restaurer : plat de pâtes et encore un plat de pâtes. Je bois, je mange, je prends une douche et à cette heure là je suis tout seul dans les vestiaires. Et si je décidais de dérouler mon sac de couchage ? Je vais tenter un dodo qui ne viendra pas, comme d’habitude. Un léger assoupissement, en fait j’ignore si j’ai vraiment perdu conscience. J’en ai marre, je décide de tout ranger dans mon sac et de repartir. Encore du temps de perdu alors que le chrono s’égrène toujours au même rythme.

  • BILAN à la BV de Donnas :
  • Arrêt de 2 heures 40 minutes à la BV de Donnas
  • Quelques minutes de dodo non identifiées ? Je n’en sais trop rien.
  • Bien lavé, bien mangé et bien bu
  • Moral : il remonte surtout après avoir pris un cappuccino à Donnas

A venir la Portion 4 : Donnas / Gressoney

  • 57 kms à parcourir
  • D+ : 6058
  • D- : 5027
  • Etape parcourue en 18 heures 40 minutes

Je traverse Donnas sur les coups de 6h45 du matin et j’aperçois à un rond point un bus dont le panneau lumineux au dessus du parebrise du conducteur indique la direction de Gressoney. Pourquoi ne pas le prendre et m’éviter tout ce dénivelé et toutes ces heures de course ? La ville « industrielle » (?) qui n’est pas très belle s’éveille. Et là j’aperçois une lumière au bout du tunnel. Un café !!!! Un café ouvert !!! Une envie de prendre un cappuccino envahit tout mon être ! J’entre dans ce café comme si j’ouvrais une parenthèse dans cette course, un moment de liberté à moi, que je m’accorde. J’entre, mets mon masque et arrive au comptoir. Tout de suite les personnes attablées fixent le regard sur moi, sur mon dossard. Une italienne d’un certain âge me demande si c’est difficile. Je ne vous le fais pas dire ! Je commande un cappuccino que la dame aura l’amabilité de m’offrir en passant le message à la gérante derrière son comptoir. Je la remercie chaudement. Elle me laisse tranquille sans me poser plus de questions. Elle comprend mon besoin d’isolement pour déguster seul mon breuvage. 5 minutes hors du temps, hors de la course. Je repars avec des ailes. Je suis seul pour toute l’ascension à venir en direction du refuge de Coda qui figurera la moitié du parcours de ce Tor. Je ferai l’ascension tête baissée. Les derniers hectomètres pour atteindre le refuge sont très alpins, mais le temps se couvre très méchamment, on aperçoit des volutes de nuages très très vilains annonciateurs de brouillard et de perturbations. J’arrive au refuge sur les coups de 11h45 ce mardi. C’est la mi-parcours de ce Tor et je suis en course depuis exactement 48 heures (rappel : je suis parti dimanche à midi). Une tente a été installée le long du refuge de Coda, on se gèle grave car il y a un méchant courant d’air qui passe dans la tente. Je commande un bon bouillon de pâte et encore un autre pour me réchauffer. J’ai du mal à décoller, les 7 à 8 coureurs qui étaient là quand je suis arrivé sont déjà partis et moi je suis scotché à mon banc telle une moule à son rocher. Il faut se faire violence, de toutes façons je me gèle donc il faut se mettre en route pour se réchauffer. Le chemin est encore long d’ici la BV de Gressoney et le soleil a disparu. L’après midi va être très compliquée, je le sens. Et une heure plus tard, le sommeil – tant attendu – me tombe dessus d’un coup d’un seul durant la suite de mon périple. Enfin, je suis flingué ! Le sommeil se déploie et s’abat sur moi finalement après 48 heures de course. Au moins c’est toujours ça d’appris, c’est une bonne leçon, « attendre d’avoir bien sommeil avant de vouloir aller se coucher ». Les heures qui suivent sont un vrai chemin de croix car je dois lutter contre des paupières qui tombent. J’ai une démarche d’ivrogne qui titube, je me prends des cailloux. Je vois un épouvantail, une sorcière sur le bord du sentier. Tiens donc ! Enfin les hallucinations dont j’ai tant entendu parler, je n’avais jamais expérimenté cette sensation. Au moins c’est fait, la case est cochée. OK je comprends mieux de quoi il s’agit quand on évoque des hallucinations quand on est très fatigué et que l’on n’a pas dormi depuis plus de 50 heures. Le champs de vision est rétréci, et en périphérie le cerveau projette des images sur les éléments qu’il perçoit ; gros cailloux, grosses pierres. L’image prend forme comme si un projecteur formait l’image sur un support (comme des cailloux) telles les images projetées lors de la fête des lumières de Lyon. L’image formée n’apparaît que quelques dixièmes de secondes en périphérie du champs de vision et dès que l’on tourne la tête pour voir l’image dans l’axe des yeux, alors la représentation disparait. C’est assez divertissant, parfois cela fout un peu la trouille, car autant le dire la méchante sorcière ne faisait preuve d’aucune bienveillance à mon égard !

Dans ma marche de macchabée j’ai pour objectif de dormir dans le prochain refuge : le refuge della Barma. Je vais y rester presque 2 heures. Et autant vous le dire tout de suite : je ne vais pas encore réussir à dormir mais je vais bien m’y refroidir encore et encore. Je mange très bien dans ce refuge, encore un bouillon avec des pâtes et encore un bouillon. En fait j’ai l’impression que le fait de manger me requinque bien plus qu’une petite sieste. Néanmoins je demande une chambre, c’est encore tout un cinéma pour me déshabiller, je ne peux pas mettre ma couche chaude qui est mouillée (j’ai évoqué l’erreur de n’avoir qu’une seule couche chaude ayant laissé les autres à l’hôtel, c’est stupide). Je décide de me coucher uniquement avec mon T-Shirt. J’ai un peu froid, il y a quelqu’un dans la chambre qui a la chance de bien ronfler. Je vais fermer les yeux, m’assoupir, mais je n’arrive pas à dormir. Au bout de quelques dizaines de minutes je décide de me rhabiller. J’ai froid, je vais vite dans la salle de vie qui est chauffée. Je décide de repartir, tout penaud et le moral en berne de n’avoir pas encore réussi à dormir alors que j’étais complètement flingué en entrant. Tant pis. C’est reparti, je suis bien isolé mais au-delà de cela je me sens tout petit, pas vraiment à ma place, je me sens amateur sur cette course, inexpérimenté, imposteur. Je n’ai plus vraiment de souvenirs de ce qui se passe ensuite. Je crois que je passe le col du Loup en étant tiré par deux coureurs « père et fils » qui enchaînent la PTL et le Tor. Et puis ensuite je me retrouve seul encore pour la descente de nuit vers le refuge de Niel. J’ai vraiment un trou de mémoire de plusieurs heures. Premier souvenir : je vois un panneau qui indique « La Grubba dans 15 minutes ». Il s’agit de l’établissement qui est dans le refuge de Niel. Attention cela va être « the REFUGE » nec plus ultra de ce Tor. Et celui-là on ne peut pas l’oublier. Cela va me remonter comme un coucou. J’arrive au refuge Niel à 21h42. Une ambiance d’enfer attend les coureurs ! Tout d’abord cela ne ressemble pas à un refuge mais à la véranda d’un restaurant grand luxe. Je suis accueilli comme un roi par un bénévole qui est aux petits soins avec moi. Il me demande tout ce dont j’ai besoin, il me sert la meilleure polenta de tout le parcours du Tor. C’est juste incroyable. Une ambiance de folie car les bénévoles en nombre supérieur à celui des coureurs à ce moment là nous encouragent comme si nous étions des stars du foot. C’est donc complètement requinqué que j’attaque l’ascension qui vient tout en téléphonant à ma femme. C’est un grand moment. Je monte assez vite comme si j’avais des turbo réacteurs aux fesses. Tout ça pour arriver à Gressoney à 2 heures du matin avec une pèche d’enfer. Dans cette BV les bénévoles sont en nombre supérieur aux coureurs présents. A noter que l’on croise les coureurs du Tor des Glaciers dont les sacs de change de couleur bleue sont entassés sur l’estrade de la salle principale. Je prends la décision de me faire traiter mes ampoules par une masseuse. On me dit de revenir dans 20 minutes…pfuiii qu’est-ce que je vais faire pendant 20 minutes, se rendent ils compte que nous participons à une course avec un chrono ? Je reviens 20 minutes plus tard, or c’est trop tôt, encore 20 minutes d’attentes. Je perds mon temps et cela me stresse. Finalement une masseuse s’occupera de moi. Je suis à deux doigts de m’endormir sur la table de massage. Je suis surpris du soin qu’elle apporte à mes ampoules. Elle les enroule comme pour les momifier avec un strappe qui recouvre la quasi intégralité de mes deux pieds. Mais ce n’est pas vraiment ce que j’ai demandé. J’ai l’impression d’être une jeune fille chinoise dont on a enrubanné les pieds. Bon je décide de lui faire confiance et vais conserver mes pieds sous bandage pendant quelque temps, on verra bien. Je décide ensuite de déployer mon sac à de couchage sur l’estrade juste derrière les sacs de change du Tor des Glaciers. Le sol est un peu dur mais nous sommes 5 ou 6 coureurs à préférer cet endroit plutôt que la salle des lits de camps. Je vais réussir à m’assoupir…un peu. Je ne suis pas certain de perdre vraiment conscience et de tomber dans un sommeil profond. J’ai néanmoins l’impression de bien me reposer. Il est temps de repartir au petit matin. Il est alors 6h15.

  • BILAN à la BV de Gressoney
  • Arrêt de 4 heures 15 minutes à la BV de Gressoney
  • 1 heure de dodo il me semble mais ce n’est pas sûr
  • Bien lavé, bien mangé et bien bu
  • Bien pris soin de moi via une podologue qui m’a complètement enrubanné mes deux pieds !
  • Moral : il remonte un peu

A venir la Portion 5 : Gressoney / Valtournenche

  • 35 kms à parcourir
  • D+ : 3247
  • D- : 3119
  • Etape parcourue en 9 heures 30 minutes

Je traverse Gressoney au petit matin et n’ai plus vraiment de souvenir de ce à quoi ressemble cette bourgade. Ma mémoire est embrumée, je confonds avec la traversée de Donnas car elle a eu lieu à la même heure. Sur une partie de la montée je suis au niveau de deux coureurs du Tor des Glaciers dont le parcours de Gressoney à Oyace est exactement le même que celui du Tor des Géants. Ils sont partis le vendredi soir et ils me disent n’avoir dormi que 2 heures depuis. Ils ne semblent pas particulièrement convaincus de la beauté du parcours par rapport à celui du Tor des Géants (qu’ils connaissent car c’est le prérequis pour s’aligner sur les 450 kms des Glaciers). Mais tout d’un coup l’itinéraire que nous empruntons traverse une petite bourgade que je suis certain d’avoir traversé la veille au milieu de la nuit, j’ai une terrible angoisse de suivre des coureurs qui ne sont pas sur le même parcours que moi. J’ai l’impression d’avoir perdu la bonne trace pour me retrouver sur celle de la veille à rebours. Je leur dis que nous sommes perdus, que nous ne sommes pas sur la bonne trace et qu’il faut appeler le PC Course ! En fait je m’affole pour rien, nous sommes bien sur la bonne trace et le bourg que nous traversons bien que semblable à celui traversé la veille est bien inédit. Gros ouf de soulagement qui suit une forte montée d’adrénaline. Je n’ai aucun souvenir du col que je monte ensuite. En revanche, mes pieds qui ont été momifiés commencent à me faire mal. Je décide lors d’un arrêt au stand d’enlever tous ces sparadraps qui serrent et bloquent la circulation de mes pieds. Enfin c’est la libération, les ôter était la bonne solution. C’était une drôle d’idée de les momifier de la part de la podologue. Ma mémoire se rebranche à partir de la petite station de ski de Champoluc : élément singulier, le soleil est radieux ! Je me sens bien mieux. Et je fais une nouvelle pause dans un café pour prendre un cappuccino. Et rebelotte, une cliente me demande si cela va, me pose quelques questions et va m’offrir également le cappuccino. Je suis très surpris par cette bienveillance de la part du public. C’est juste énorme.

Je pointe au ravito de Champoluc à 10h50. Le moral est revenu au beau fixe.

J’appelle ma femme en faisant un tintamarre pas possible sur la seule table exposée à l’extérieur, je suis très discourtois et mal élevé, mais nous ne sommes que deux coureurs attablés. En fait une certaine euphorie s’empare de moi désinhibant mon aptitude à respecter les normes sociales. Je ne m’en apercevrai que beaucoup plus tard rétrospectivement. Je continue seul la montée à venir, je suis assez euphorique malgré le soleil qui disparaît. Je vais même partager ce moment d’euphorie avec mes supporters sur Wa ainsi que le bénévole du refuge du Grand Tournalin (avec un N et non un M !).

Je sais que le prochain Col s’intitule le Col de Nannaz et je dis à mon ami transalpin que la signification de ce terme phonétiquement en français a une signification assez amusante. Il ne comprend pas tout de suite ma remarque – il faut le dire pas très profonde – mais vu mes capacités cognitives du moment je ne peux pas faire plus spirituel. Et dès qu’il comprend ma référence il rit comme une baleine. C’est parti pour le col de Nannaz, j’ai le temps de faire des photos.

Tout va bien pour quelque temps encore. En effet les éléments vont très vite se dégrader… Une de mes citations préférées en Ultra est la suivante : « Tu te sens euphorique, ne t’inquiète pas, cela ne va pas durer longtemps ». Et celle-ci va se mettre en œuvre dans les heures qui suivent. Je vais la vivre dans ma chaire assez durement. La nuit qui vient va devenir un enfer pour moi où je vais toucher le fond.

L’enfer s’abat sur mon Tor :

Un violent orage s’abat sur moi dans la descente de Valtournenche. Je n’ai vraiment pas de bol, je suis à environ 30 minutes de la BV de Valtournenche que des sceaux d’eau s’abattent sur ma tête. Je me change très vite pour mettre mon pantalon imperméabilisé, ma troisième couche Gore Tex, mes gants imperméabilisés. Je suis dans un cingle en pente qui se transforme très vite en un torrent de boue.  J’arrive complètement détrempé à Valtournenche à 15h45 dont la salle principale de restauration a le sol détrempé. Franchement quel accueil, humide ! En revanche il y a une très grande salle de spectacle avec des sièges comme au théâtre et une très grande salle de gymnase pour dormir. Je vais passer dans cette BV pas moins de 5 heures. Pourquoi ? Parce que les conditions météorologiques demeurent mauvaises jusqu’en début de soirée et que je me sens déjà rincé. J’ai une trouille bleue de ce qui m’attend et prends la décision de rester et de camper ici tant que les conditions météo ne se seront pas améliorées. D’ici là c’est douche, jardinage, j’ignore si je vais montrer mes bobos au masseur (j’ai oublié), et je vais m’allonger sur un matelas de gymnastique avec mon sac de couchage car c’est bien plus confortable que les lits de camps. Je crois que j’arrive à dormir au moins 1 heure.

Je ressors de cette salle pour aller me restaurer à 19 heures à côté d’une femme des pays de l’est qui me dit qu’elle « adore cette course » et qu’elle « ira directement à Courmayeur sans s’arrêter à Ollomont ». Il y a un côté un peu esbrouffe ou surenchère dans sa manière de me parler. Elle est surexcitée, je prendrais bien les mêmes cachets qu’elle. Elle me scie vraiment la nana, une vraie warrior des forces spéciales du KGB alors que moi je suis une poule mouillée à côté. Cela dit je n’arrive pas à identifier aujourd’hui son nom parmi les finishers. Quant à moi je continue à jardiner dans cette BV d’autant qu’il continue un peu de pleuvoir. Bref je suis une vraie mauviette. « Chat échaudé qui craint l’eau froide » : une expression qui me va comme un gant.  Et puis au bout d’un moment l’ennui me prend et je décide d’y aller car il faut bien y aller un jour… Je quitte cette BV à 21h23 : l’enfer ne fait que commencer.

  • BILAN à la BV de Valtournenche
  • Arrêt de 5 heures 40 minutes à la BV de Valtournenche
  • 2 heure de dodo ? Il me semble
  • Bien lavé, bien mangé et bien bu
  • Moral : il remonte un peu

A venir la Portion 6 : Valtournenche / Ollomont

  • 50 kms à parcourir
  • D+ : 5055
  • D- : 5176
  • Etape parcourue en 19 heures 20 minutes

Il est dit que cette partie est une des plus belles du Tor, je sais que je la parcourrai de nuit, que je ne verrai pas grand chose. Je vais entrer dans un brouillard. Il fait nuit et je vais vivre un moment terrible. Tout d’abord le balisage est juste dramatique. Les rubalises sont très espacées depuis Gressoney et c’est à se demander si on n’a pas ôté les rubalises pour n’avantager que ceux qui sont dotés d’une montre GPS avec le parcours chargé, ce qui n’est pas mon cas car ma montre a pour seule fonction de … me donner l’heure. Il y a du vent, un petit crachin, et par dessus le marché, je traverse un long et épais brouillard. Je ne vois plus aucune rubalise et ma traversée ressemble à un jeu de piste. Au moins l’adrénaline coule à flot dans mes veines ce qui a pour vertu de me maintenir en éveille ! Je jardine pendant quelques dizaines de minutes, complètement perdu, ne sachant pas quelle direction prendre. Je ne sais même plus d’où je viens. Donc je m’arrête et attends qu’une lampe frontale se tourne dans ma direction. Une jeune femme italienne arrive à mon niveau et je m’attache à rester dans sa roue. Mais je vais devoir faire face à un autre très gros souci. Je commence à avoir très mal en descente au muscle qui longe le tibia juste au dessus du coup de pied. Les descentes sollicitent énormément ce muscle car je suis en retenu et ce muscle fait un travail en excentrique au même titre que le quadriceps (qui lui est OK, bon pour le service). Donc cela ne va pas très bien. Je m’arrête au refuge Maggia pour demander à dormir 2 heures car je ne me sens pas bien. Et ce sont deux heures qui me feront un bien fou : le vrai dodo de ce Tor. Toujours cet accueil incroyable des bénévoles italiens aux petits soins pour toi. Je repars dans de meilleures dispositions bien remonté. Je n’ai plus de souvenir de ce qui suit, je suis dans un brouillard dans ma tête à tel point qu’au petit matin je croise un coureur pour lui demander quel jour nous sommes. J’hésite entre le mercredi et le jeudi avec un penchant pour le mercredi. Le coureur me dit « Thursday ». Je tombe de mon arbre. Je dois appeler ma femme pour lui souhaiter son anniversaire. J’avais bien retenu le process suivant : « le jeudi tu appelles pour souhaiter un bon anniversaire à ta femme ! ». Au moins c’est simple à mettre en œuvre. Il est 8 heures du matin environ.

Ma femme me dira plus tard que je n’étais pas tout à fait dans mon état normal car il semble que j’ai éclaté en larme et beaucoup pleuré à la fin de la communication. Or au moment où j’écris ces lignes je n’en ai plus le souvenir. Néanmoins cette conversation me remet en selle pour la suite. Les douleurs au tibia ne sont pas aussi fortes que la nuit qui vient de s’achever et j’arrive à Oyace à 12h18 après une longue descente à la recherche d’une pharmacie…mais dans ce bourg de 200 habitants, il n’y a pas de pharmacie. Je me restaure comme à l’accoutumé ; pasta et ensuite encore de la pasta. J’ai pour habitude de prendre ces petits cakes entourés d’un sachet en plastique (marque Mulino Bianco de Barilla) à chaque ravito. Je trouverais probablement cela mauvais en temps normal mais ils m’apportent un grand contentement dans le cas présent. Je prend même du chocolat que je trouve délicieux, probablement pas terrible dans les faits, mais je suis dans un contexte surréaliste où il est question de « survie en condition extrême » où mon métabolisme considère que tout ce qui contient des calories est très très bon pour lui. Donc je suis poussé à considérer comme formidable tout ce qui est dense en calories. Après Oyace il reste encore un col que j’avale aussi vite que mes petits cakes, il s’agit du col Bruson qui ne présente aucune difficulté particulière. Dommage que le ciel soit aussi plombé car le paysage d’alpage sous un ciel gris n’est pas très attrayant à mes yeux. Et très vite nous descendons vers la toute dernière BV, celle d’Ollomont à 16h45. Encore pas de chance, je vais me prendre la douche juste avant d’arriver ! A 1 km près c’est un déluge qui me tombe dessus. La BV est hyper humide et donc très inhospitalière. Je ne peux pas prendre de douche car on doit ressortir avant de retrouver la grande tente où sont situés les lits de camps. C’est la BV la plus mal foutue de ce Tor, étriquée, mal équipée, humide. Vivement que l’on parte, mais j’aimerais tellement qu’il s’arrête de pleuvoir ! Je me sens seul et n’ai plus vraiment le niac pour continuer. J’enlève mes chaussettes et là horreur. Ma jambe droite a enflé au niveau de ma blessure, elle ressemble à un poteau. Il faut impérativement que j’aille voir le médecin pour le strapping. Le médecin ne semble pas affolé en voyant ma blessure et l’œdème qui l’entoure. Elle fait le bon diagnostic car elle sait mieux que moi dans quelles conditions cela me fait mal : « vous avez mal en descente c’est ça ? » « Et demain c’est la descente pour Courmayeur ? ». « Allez je vais vous permettre d’y arriver ». Yesss ! Je suis soulagé, elle est très optimiste ou tout du moins n’est pas alarmiste. Merci à elle. Grâce à son strap je vais être finisher. Avec Joachim P. nous décidons de partir ensemble de cette BV. Il est 20h16. Go ! C’est la dernière étape. Elle va être longue mais elle a pour dénouement la finish line à Courmayeur. Inutile de vous dire que je ne vais pas être capable de fermer l’œil dans cette dernière BV.

  • BILAN à la BV d’Ollomont
  • Arrêt de 3 heures 30 minutes à la BV d’Ollomont
  • Zéro dodo
  • Bien mangé et bien bu
  • Bien pris soin de moi grâce à un strap fourni par un médecin de l’organisation
  • Moral : il remonte car je sens que la fin de la course est proche

A venir la Portion 7 : Ollomont / Courmayeur

  • 50 kms à parcourir
  • D+ : 4277
  • D- : 4443
  • Etape parcourue en 15 heures 45 minutes

On décide Joachim et moi d’initier cette nouvelle étape ensemble. On a le même rythme et je mène le train dans les montées. Il n’en reste que deux : Champillon et le fameux Col Malatra, la fenêtre de la délivrance. Je n’ai plus beaucoup de souvenir de ce premier Col que l’on monte d’une traite en pleine soirée à l’exception d’un ravito tout à fait exceptionnel, le refuge de Champillon (le refuge qui vous pousse à vous réinscrire pour un autre Tor des Géants). On nous accueille avec un barbecue qui comprend de la porchetta et de la polenta, c’est juste une tuerie, et comme on est mal élevés, mais affamés, on en redemande !

Je ne me souviens plus du reste du col. Tout ce que je peux dire c’est que la descente sur St Rhémy en Bosse va être un vrai chemin de croix qui va durer près de 4 heures entre 23h et 3 heures du matin. Je ne sais plus à quel moment Nicolas C. nous rejoint. Mais c’est bien à 3 coureurs que nous allons arpenter cet interminable faux plat descendant qui n’en finit pas d’autant que le sommeil s’abat sur moi, m’étreint et me pousse dans le fossé. Or mes deux compagnons continuent bon train et je dois me faire violence pour les suivre, me donner un bon coup de pied. Mes paupières sont lourdes, très lourdes. Joachim et Nicolas ont suffisamment d’énergie pour discuter entre eux, moi je n’en ai aucune pour faire fonctionner les aires du langage de mon cerveau. J’ai déjà du mal à fournir l’énergie requise pour mettre un pied devant l’autre. J’ai mal au muscle de mon tibia car nous sommes en légères descente, cela tire et je grimace. Je ne me souviens plus des sujets profonds que nous avons abordés si ce n’est celui de savoir s’il vaut mieux utiliser la machine à laver ou l’eau de la douche pour laver ses chaussures de running. C’est à peu près tout ce dont je me souviens. Joachim nous parle d’une exposition dont on ne saura ni ce qu’elle abrite ni où elle est située. Bref les conversations sont lunaires…

Enfin le ravito très très bruyant de St Rhémy en bosse arrive. Mes compagnons ont envie de dormir sur les bancs dans cette salle de ravito où règne un vacarme pas possible en raison d’une chaudière qui fait un bruit digne des manufactures du temps de la révolution industrielle. Même le mobilier est aussi rustique que cette époque. Pour moi impossible de dormir, je vais jardiner pendant 1 heure en attendant que Nicolas et Joachim se réveillent. Je suis en fait assez excité et à la fois pas trop pressé d’entamer cette ultime ascension tant désirée et fantasmée : le Col Malatra (2900 mètres). C’est parti ! Nous quittons ce ravito du 19iem siècle pour l’ascension ultime. La pente est dans un premier temps très douce, nous sommes dans un alpage dont on entend les cloches de multiples vaches. Le toponymie du lieu « Le Merdeux » ne laisse aucun doute. Nous en avons plein les chaussures de runnings. Au moins quand les ancêtres ont dû trouver une dénomination pour ce lieu ils sont allés droit à l’essentiel. Appelons cette prairie : « Le Merdeux ». Ne nous cassons pas la tête, faisons simple, avec ce que nous avons sous la main.  Nous poursuivons Joachim et moi en silence la montée qui devient plus minérale. Nous percevons au loin les lumières du refuges Frassatti qui est tellement haut que l’on a l’impression qu’il est suspendu dans les aires. Je n’aime pas trop lever la tête pour voir à quelle distance il est… c’est trop haut et démoralisant. Je préfère regarder devant moi en mettant un pied devant l’autre. Nous y sommes : refuge Frassatti atteint à 6h36. Nous voyons Thierry qui est en train de dormir sur une table et qui nous avait distancé de 30 minutes au refuge de St Rhémy. On se restaure très rapidement et on reprend l’ascension. Et nous allons commencer à vivre un instant magique à mesure que nous continuons les 300 mètres de dénivelés qui nous séparent de la « fenêtre du Col Malatra » (c’est ma dénomination toute personnelle). L’aube est en train de surgir. Nous contemplons un spectacle exceptionnel. J’appelle ma femme à partir de 7h30 et lui permet avec la vidéo de partager ce moment incroyable.

Les premières lumières du soleil commence à embraser le col Malatra.

Joachim et moi prenons notre temps à contempler le spectacle de lumière naissante. Le reste du dénivelé est juste du gâteau.

Nous arrivons à la fenêtre et continuons la séance photo avec un pro qui est posté à ce niveau. J’ai en tête la couverture du livre de Stefano Torrionne très connue et qui trône depuis 2 ans sur mon piano à Paris. Je rêve de reproduire la photo.

C’est juste magique et me procure une émotion plus intense que celle que je ressentirai à l’arrivée. Je le sais mais je le savais déjà avant le début de la course. Le massif du Mont Blanc nous fait face et nous invite à la descente à son pied où se situe Courmayeur. Nous pointons au « Pas entre deux Sauts » à 9 heures pile. La journée s’annonce très belle. Le soleil va commencer à piquer. Je me mets en T-Shirt / crème solaire XXL / lunettes de glacier. Il ne reste plus que 15 bornes à peine. Il ne reste que le plaisir de la descente avec un panorama exceptionnel sur le massif. Joachim et moi-même sommes rejoints dès lors par Nicolas C. Nous continuerons la fin du parcours jusqu’au Mont de la Saxe sous un soleil qui commence à bien taper sur le casque.

Ensuite j’ai ma femme au téléphone puis mon frère durant la descente hyper technique sur Courmayeur (tracé du l’UTMB dans le sens inverse), je prépare la descente. Je suis à Courmayeur dans moins de 30 minutes. La chaleur est harassante à l’entrée de Courmayeur, le soleil brûle. J’ai hâte d’arriver, le parcours nous fait passer par des jardins publics pour une arrivée plus directe sur la rue centrale de la ville.

Enfin j’y suis. Je vois l’arche, je cours… non à ce moment précis je vole. Il est midi plein, heure pour heure après en être parti et exactement 5 jours plus tard.

Finisher.

EPILOGUE

Merci à mon épouse pour m’avoir permis d’y aller

Merci à mon équipe de supporter sur Wa : Fabrice mon frère, Jean-Michel, François, Emmanuel et mon fidèle ami Sylvain.

Le Tor des Géants est une épreuve marquante physiquement et psychologiquement. L’épreuve d’Ultra la plus difficile que je n’ai jamais courue. Je ne la recommande pas. A l’heure où j’écris ces ligne à J+8 après l’arrivée, je suis encore marqué, traumatisé ?, et je ne resignerai pas.

Mes nuits sont encore hantées par la course. Je suis encore très éprouvé.

A J+3 de retour à Paris ma balance indiquait +4 kgs en raison d’œdèmes sur mes deux jambes, le visage également. Ces 4 kgs ainsi que les œdèmes ont disparu en 3 jours. Il reste la blessure au niveau du releveur en bas du tibia qui m’empêche de dormir convenablement.

Le Tor des Géants, c’est du très lourd, c’est très marquant, c’est clairement un « cornerstone » très significatif dans la carrière d’un UltraRunner. Je ne sais pas à quoi cela va aboutir mais je ne pense pas rester le même une fois que tout cela sera digéré.

Je ressens un besoin profond de tourner la page car c’est une expérience très marquante presque traumatisante. Ce récit est un des moyens pour se faire.

Et votre intérêt à me lire me permet d’y arriver. Merci à vous.

Tor des Géants : c’est quoi cette course de 330 kms ?

Dimanche 12 septembre 2021, je me rends une nouvelle fois à Courmayeur (après ma TDS) pour prendre le départ de mon objectif majeur dont l’origine date de 2018 déjà (Voir ce post avec vidéo).

Le Tor des géant en quelques mots

Il s’agit d’une course d’UltraTrail créée en 2010 qui a lieu intégralement dans le Val d’Aoste qui est une province administrative italienne (au même titre que la Toscane, Lombardie etc…). Cette course emprunte deux sentiers historiques les Via Alta 1 et Via Alta 2 qui entourent à eux deux la vallée d’Aoste.

  • Longueur du parcours : 330 kms
  • 25 cols dont 4 flirtant les 3 000 mètres d’altitude
  • Altitude moyenne : 2 000 mètres
  • Dénivelé cumulés : 25 000 D+ (et D- car il s’agit d’une boucle avec pour point de départ et d’arrivée la ville de Courmayeur)
  • Temps maximal pour être finisher : 150 heures

Nombre de points de checkpoints et autant de ravitaillements : environ 45 plus ou moins espacés sur tout le parcours. On compte également 6 bases vie (où il y a des lits de camps et où l’on récupère un sac qui nous suit de BV en BV). A noter que les ravitos sont réputés comme copieux avec la spécialité phare du pays ; de la polenta servie quasiment systématiquement, et plus rarement des pâtes comme au restaurant.

Le Val d’Aoste en bref

Une singularité de cette province italienne : le français est langue officielle conjointement à l’italien. Les habitants sont appelés des valdotains. On y parle aussi le patois valdotain comme c’est l’usage (d’avoir son patois) partout en Italie.

Le reste c’est très bien expliqué sur wikipedia et en mieux.

Pourquoi le « Tor des Géants » ? Que cela signifie-t-il ?

Le terme de « Tor » c’est du patoi valdotain qui signifie « Tour ».

Et pourquoi « des Géants » est un terme français pour une course qui se court à 100% sur un territoire italien et organisé par des italiens ? Et bien comme dit plus haut le français est langue officielle et est parlé par tous les valdotains. Par ailleurs la toponymie des lieux est beaucoup plus francophone qu’italienne.

Qui sont les « Géants » auxquels fait référence la dénomination de la course ? Les coureurs ?

Eh bien pas du tout.

Les géants désignent les 4 massifs montagneux (ou montagne) qui circonscrivent la vallée d’Aoste et qui constituent la perspective des coureurs. Ces 4 géants sont les suivants :

  • Le massif du Mont Blanc
  • Le Gran Paradisio
  • Le Matterhorn (Mont Cervin pour les francophones)
  • Le Monte Rosa (Mont Rose pour les francophones)

330 kms pour un Ultratrail : on assiste à une surenchère de kms pour permettre aux finishers de démontrer qu’ils sont très forts ? En d’autres termes il faut être particulièrement fort physiquement pour en venir à bout ?

La remarque est intéressante et requiert que l’on s’y penche et développe quelque peu.

Sans enlever un quelconque mérite aux finishers du Tor nous devons apporter quelques bémols à cette affirmation selon laquelle les finishers du Tor sont des athlètes qui ont réalisé un exploit.

Tout d’abord notons que la durée limite est de 150 heures pour arriver à Courmayeur (enfin pour y retourner) soit une moyenne de 2 km/heure. Certes, cela est sans compter les arrêts au stand pour manger et dormir. Néanmoins certains finishers prétendent n’avoir jamais couru ou très très peu sur le parcours. En d’autres termes le rythme de course est plus celui d’une randonnée à un pas rapide que celui d’une course de 50 kms où l’on peut courir – sur certaines portions de plats et en descente – à un certain rythme (rappel : courir c’est avoir en suspension les deux pieds au-dessus du sol)

Une singularité du Tor : la gestion du sommeil

En fait le Tor est une épreuve qui ne peut même pas se comparer à des formats de 100 miles (de type UTMB) où l’on peut sans trop de problèmes traverser deux nuits blanches au max (ce qui est physiologiquement possible sans causer de dommages). En revanche au-delà de 170 kms le temps « de course » est tellement long que la gestion de la fatigue et de la privation de sommeil deviennent un enjeu CLEF qui est totalement inédit pour les participants familiers des formats « plus classiques » d’Ultra. Je ne sais toujours pas comment je vais m’adapter à des intensités de fatigues que je vais connaître pour la première fois. J’ai bien une stratégie comme celle de dormir dans toutes les bases vies…mais combien de temps ? Et y arriverai-je ? Quid des siestes flash le long du parcours à partir du troisième jour comme le relatent de si nombreux témoignages ?

Pourquoi je me suis inscrit à cette épreuve ?

Parce que j’adore la polenta !

Mais terminons par une pirouette plus poétique et mystique…

Quel est mon rêve sur ce Tor ?

J’aimerais passer ce col de Malatra (voir photo ci-dessous), le tout dernier col (à 2900 mètres d’altitude) c’est la toute dernière porte, celle de la libération avant l’arrivée effective située 15 kms en aval. Tout coureur qui la franchit ressent une émotion intense car en général il sait qu’il va terminer à coup sûr cette épreuve et arriver à Courmayeur en finisher.

Col de Malatra : on lève les bras en signe de victoire

X-Alpine 2021 : trois ans après

Enfin un UltraTrail dans le viseur. C’est dans 1 mois après 2 années blanches de Trail et 3 ans depuis ma dernière participation. Elle m’a manqué celle-là.

  • Mes 4 récits d’ancien combattant

X-Alpine TVSB (Trail Verbier Saint-Bernard) 2015 : 111kms / 8400 D+ 8400 D- : Abandon au km 47 après 12 heures de course et 4400 D+

X-Alpine TVSB (Trail Verbier Saint-Bernard) 2016 : 111kms / 8400 D+ 8400 D- : 26h 17min / Place 62 vs 206 finishers vs 476 coureurs au départs (taux d’abandon 57%). (Cote ITRA 545)

X-Alpine TVSB (Trail Verbier Saint-Bernard) 2017: 111kms / 8400 D+ 8400 D- : 26h 39min / Place 75 vs 237 finishers vs 487 coureurs au départs (taux d’abandon 51%). (Cote ITRA 533)

X-Alpine TVSB (Trail Verbier Saint-Bernard) 2018: 111kms / 8400 D+ 8400 D- : 25h 46min / Place 82 vs 270 finishers vs 494 coureurs au départs (taux d’abandon 45%). (Cote ITRA 528)

Récit de course : Marathon de Berlin 2019

Marathon de Berlin : c’est la troisième édition pour moi.

Après 2015 (récit), et 2016 (récit)..voici ma troisième incursion en Allemagne pour une épreuve sportive.

Beaucoup de choses à dire à commencer par s’exclamer : « Quel beau marathon ! ».

Même sous la pluie et un ciel gris ce marathon est toujours enivrant. Et c’est quelqu’un qui ne boit jamais d’alcool qui vous le dit. 
Berlin fait partie du cercle des 6 « World Marathon Majors » auto proclamés qui regroupe également Boston, Chicago, NY, Londres et Tokyo. Ce que je peux dire c’est que Berlin est peut-être pour moi le marathon qui vaut le plus d’être couru parmi les 4 World Majors que je connaisse (Je n’ai jamais couru Tokyo ni Boston) : le marathon à faire si l’on doit en sélectionner un seul. Une ville hors norme par son histoire, une organisation exceptionnelle, une simplicité d’accès à son départ, une ambiance énorme et un final lors des 4 derniers kms qui prennent au corps et au cœur. C’est fou d’écrire avec un tel lyrisme, je ne me reconnais point.

J’aime Berlin pour son histoire surréaliste. Et je vous invite à revoir Good Bye Lénine ou La Vie des autres.
C’est donc avec une grande effervescence que cette capitale chargée d’histoire accueille près de 100 000 touristes sur un seul WE (45 000 coureurs et près d’autant d’accompagnateurs). J’atterris à Berlin  le vendredi 27 septembre 2019 en début d’après midi sous des trombes d’eaux. Dès les bagages posés à l’hôtel dans le quartier de Mitte (côté Berlin-Est) je décide d’aller retirer mon dossard. 5 kms à pieds me séparent de Tempelhof ; énorme bâtisse qui servit d’aéroport durant le pont aérien de 1948 permettant à Berlin-Ouest d’être fourni en énergie et denrées lors de son blocus durant toute une année de forte tensions entre l’Est et l’Ouest.

Je traverse Berlin avec mon petit parapluie qui ne m’empêchera pas d’être bien mouillé arrivé à Tempelhof. Et là, c’est la deuxième douche froide ! L’attente pour le dossard est d’au moins 45 minutes. Bien entendu le circuit pour récupérer son dossard ressemble à celui d’un magasin IKEA puisqu’il vous contraint à serpenter entre les marchands du temple de marques de sport mais aussi de voitures, Allemagne oblige. Et de magnifiques berlines sont en exposition, et autant vous le dire, il ne s’agit pas de Trabant. Car effectivement le coureur à pied prend sa voiture après son footing matinal.
De retour dans mon quartier je file au restaurant Lokal pour goûter à la spécialité de Berlin : le jarret de porc avec sa peau laquée croustillante. Las, la peau est tellement laquée croustillante qu’elle requiert de sacrées mandibules pour pouvoir la mâcher, c’est dur comme du cuir. Retour à l’hôtel pour m’endormir dès 21h30. Je me réveille vers 7 heures pour aller faire ma dernière sortie, très importante, celle de la veille de la compétition. Cette sortie est à ne pas manquer car elle permet de régler tous les détails techniques : insertion de la puce sur la chaussure, serrage de lacets, serrage de la montre qui me donnera l’allure. Et en générale cette sortie en mode footing d’un peu plus de 30 minutes de veille de marathon sur les lieux du crime me procure toujours des craintes quant à mon niveau de préparation. Cette sortie matinale n’échappera pas à la règle. C’est très poussif, j’ai des sensations qui font peur. J’arrive à peine à profiter du paysage. Et pourtant il y a de quoi s’extasier : je passe devant le Bundestag, je passe la porte de Brandebourg, je reviens vers Gendarmarket et remonte vers Oranianburg (mon quartier) près de la grande et magnifique Synagogue. Je croise énormément de coureurs qui font comme moi leur dernière sortie de réglage. Chacun arbore, le torse bombé, le maillot de finisher d’un marathon célèbre : c’est NY qui arrive en tête à l’applaudimètre suivi de très très loin par le maillot à la licorne du marathon de Boston !! J’ai un grand respect pour ceux qui arborent ce dernier, que je ne pourrai probablement jamais enfiler faute d’être capable d’obtenir un jour le chrono qualificatif pour m’y inscrire. N’est pas un BQ (Boston Qualified) qui veut. Revenons en à ma sortie. On dirait que je suis un petit vieux, j’arrive à peine à faire du 6 min au km. Arrivé à l’hôtel après 45 minutes poussives mon corps me dit merci d’en avoir fini. Néanmoins j’ai fourni suffisamment d’énergie pour ressentir la dopamine qui me fournit ma dose pour ressentir un bien être qui dure jusqu’à la fin de la journée. Direction mon petit bistrot favori le Kaiser Soze (en référence à ce film bien connu au dénouement qui marque les esprits) qui m’a toujours porté chance. J’ai pour habitude après avoir commandé mon thé et mes scramble eggs d’y retourner les tasses pour voir les noms de marques du fabricant mais j’ai beau le faire systématiquement, je ne tombe jamais sur le patronyme Kobayashi !

L’après midi je continue mes déambulations sans trop savoir où elles me mènent, j’aime flâner dans les rues au hasard pour en sentir l’atmosphère. Et Berlin c’est une ville dont le poids du passé se ressent à chaque coin de rue : des petits médaillons dorés aux noms de familles juives déportées sont insérés à mêmes les trottoirs « pour ne pas oublier », des façades d’immeubles désaffectées sont peinturlurées avec des termes rappelant la liesse populaire lors de la réunification, quand des noms de rue vous rappellent les heures de tensions les plus fortes que la guerre froide ait connues (Check Point Charlie). Du mur il ne subsiste quasiment plus de traces en revanche.

Les quelques monuments célèbres gravés sur la médaille du marathon…mais l’atmosphère de cette ville c’est toute autre chose.

La préparation ultime

Il est bientôt 18h30 et il est temps pour moi de me rendre à la Porte de Brandebourg pour mon ultime repas pré-marathon. Je vais en surprendre plus d’un parmi ceux qui ne connaissent pas mon rituel préparatoire. Non je ne prends pas un plat de pâtes. J’évite tout mets solides plusieurs heures avant une course et notamment avant un marathon. Cela fait déjà 24 heures que j’évite fruits et légumes en raison des fibres qu’ils contiennent. La peur redoutable du marathonien est double : celle d’exploser au trentième kilomètre certes, et tout le monde la connaît, mais aussi la crainte de devoir aller aux toilettes à … n’importe quel kilomètres. Pour prévenir ce risque je m’abstiens d’ingérer des éléments contenant des fibres ou sollicitant trop mon système digestif à minima 24 heures avant. Ma parade est d’aller au Starbuck la veille d’un marathon pour y ingurgiter un grand verre de Latte vanille accompagné d’un cake au citron. Et cela sera tout jusqu’au départ prévu 15 heures plus tard (à 9h30 du matin) : soit largement le temps à mon corps pour métaboliser cette charge de sucre (pour les réserves de glycogène) et cet apport de protéine (via le lait). Lors d’une course d’une telle intensité que le marathon votre système digestif est quasiment à l’arrêt et de toutes manières ne reçoit pas les ressources pour fonctionner correctement, le métabolisme fonctionnant de manière à ce que vous puissiez mettre un pied devant l’autre et si possible en étant une fraction de seconde en suspension au dessus du sol (définition de la course à pied, sinon cela s’appelle de la marche).

Ensuite direction l’hôtel pour le gros dodo et une prévision de tomber dans les bras de Morphée à partir de 22 heures.Voilà qui est bien, sauf qu’à 1 heure du matin Morphée a un sacré retard sur l’heure prévue du rendez vous. Je ne m’affole surtout pas. Ne pas PA-NI -QUER ! Il me reste potentiellement 6 heures de sommeil d’ici le réveil. La lecture de L’Express magazine devait m’achever, mais il n’en est rien : c’est fou comme la nouvelle stratégie de Bompard le PdG de Carrefour me tient éveillé. Je m’endors quelque part entre 1h 30 et 2 heures du matin.

Je me réveille naturellement après 7 heures. Surtout jamais de réveil, l’appareil qui vous flingue votre sommeil et vos jours. J’applique toujours le même rituel quotidien, 100 pompes suivis non pas d’une sortie en mode footing mais d’une sortie longue à travers Berlin. Mon équipement est rigoureusement identique pour toutes mes séances à l’exception de mes chaussures : des Apollo Under Armour ultra légère de 175 grammes non pas pour s’affranchir de la gravité et aller vers la lune mais pour peser le moins lourd possible à chaque impulsion.

Top départ

Je quitte l’hôtel à 8h30 en toutes petites foulées. Il me faut moins de 30 minutes pour rejoindre mon sas, le sas E de la deuxième vague des coureurs qui comptent terminer entre 3h15 et 3h30. Le ciel est bien gris, et nous savons que nous aurons la pluie à partir de midi : Bekele sera arrivé bien avant le déluge, ce n’est pas juste.

La musique d’Alan Parsons Project résonne, tel un compte à rebours, avant chaque départ : handisport, la première vague et puis pour la nôtre. Et puis c’est parti pour notre vague vers 9h25.

Premier semi

Ma stratégie de course est claire. Je vais courir chaque kilomètre à une allure de 5 minutes et pas une seconde de plus jusqu’au 27 ièm inclus. Un marathon ne commence réellement qu’à partir du trentième, autrement dit c’est à partir du trentième que l’on va découvrir si nous étions suffisamment préparés ou si cette épreuve va se terminer en chemin de croix.

Le premier km se fait en pente douce, inutile d’aller vite il faut mettre le frein à main. Comme toutes mes séances de CAP je ressens des sensations vraiment pourries : fourmillement dans les jambes, dans les pieds, je n’ai pas une très bonne respiration. Je me connais bien il me faut à minima 45 minutes de chauffe avant de ressentir, le cas échéant (car ce n’est pas systématiquement le cas non plus), de bonnes sensations. C’est la raison pour laquelle je ne m’affole pas trop lorsque je m’aperçois que je tourne bien à 5 minutes au km mais avec une certaine difficulté dès le premier kilomètre. L’ambiance de ce marathon ? C’est du tonnerre ! Un public démentiel. Très souvent de la musique : provenant d’enceintes (même installées sur un balcon d’immeuble) mais aussi de groupes se produisant le long de la chaussée.

Ma définition du marathon réussi, c’est quoi ?

Pour moi un marathon réussi est un marathon qui ne se transforme pas en chemin de croix et idéalement qui se fait en « négative split » c’est à dire dont le deuxième semi est couru plus rapidement que le premier. C’est ce que j’ai réussi à faire lors de mes deux derniers marathons de Berlin ainsi qu’à Chicago et j’en ai ressenti des sensations tellement fortes, presque jubilatoires qu’il me tardait après deux ans sans marathon de retoucher le graal. J’ai hâte de goûter à nouveau à cet état de conscience modifié qui n’apparaît pas avant le 28 ièm kilomètre du marathon. Une émotion qui mêle à la fois la souffrance et un vrai plaisir. La sensation de décoller alors que tout autour de vous les coureurs s’effondrent.

La stratégie de course en 3 points : déjà ne pas avoir d’objectif chrono final !

Premièrement : D’abord courir en totale aisance respiratoire jusqu’au 27ième avec un objectif semi marathon à ne surtout pas dépasser. Pour moi il ne fallait pas obtenir un temps de passage meilleur que 1h45 au 21 ièm km.

Deuxièmement : exploiter tous les ravitos pour s’asperger d’eau et se rincer la bouche avec la boisson énergétique, prendre deux à trois gels à l’unique ravito qui en proposait.

Troisièmement : se forcer à accélérer après le 27 ièm kilomètre pour voir si la magie opère et continuer sur les sensations à forcer son allure jusqu’à la fin.

La course in a nutshell

Eh bien le premier semi est bien couru en 1 heure et 45 minutes comme prévu par le plan. Maintenant il s’agit d’être patient et de se préparer pour la phase de décollage post 27ièm kilomètre. En fait je n’en mène pas large, j’ai l’impression d’avoir des jambes solides pour faire du trail mais pas vraiment légères pour voler sur le bitume. Je sens en fait que je vais devoir me donner un coup dans le derrière pour m’arracher et accélérer. J’ai presque la trouille, en bref je ne suis pas pressé de le voir ce panneau « 27 km »… Et il pleut maintenant, jusqu’au finish.

Panneau 27 km : « boule de feu »

Mon ami de cours de cuisine Thierry M. m’a préparé mentalement pour la Lavaredo Ultra Trail en me faisant pratiquer des séances d’hypnose/autosuggestion. Cela s’appuie sur des exercices de visualisation. Et c’est ce à quoi fait référence le titre de ce paragraphe. Je mets la gomme avec une image bien particulière qui me vient en tête. Je n’ai plus le choix : j’accélère alors que je n’ai pas vraiment les jambes. Et c’est là que la magie opère. J’arrive à adopter une allure plus élevée non sans mal, mais c’est tout à fait supportable. Je ne peux pas dire que je ressens une sensation d’euphorie lors des 5 kilomètres. Autour de moi l’hécatombe commence, les gens souffrent et décélèrent manifestement. Très peu de personnes me dépassent.

Ne pas quitter la ligne bleue

Je tiens le coup, la pluie se fait plus forte. On doit courir sur des flaques d’eau, plus besoin de m’asperger aux ravitos, lever la tête suffit.

Jusqu’au 27ièm j’aurai couru à 5 minutes le km, du 30ième au 35ième kilomètre mon allure passe à 4:42 le kilomètre puis 4:45 jusqu’au 40ième pour terminer en 4:21 sur les 2 kms qui restent, ce sont mes kilomètres les plus rapides : boule de feu !

Comme je l’ai mentionné la fin de ce marathon est épique. Les avenues sont larges, le public est en masse et nous encourage à tout rompre. Les coureurs se mettent minables pour terminer. Je termine en quasi apoplexie surtout que les 200 derniers mètres passé la porte de Brandebourg sont en pente douce où l’on peut donner tout ce qui reste dans les tripes.

Je n’ai pas dit que c’était simple tout le long !
Il reste 100 mètres à peine…

C’est fini ! 3 heures 25 minutes et 57 secondes en négative split de plus de 4 minutes (deuxième semi couru plus rapidement de 4 minutes par rapport au premier). A mes yeux marathon réussi. Cela donne l’envie de revenir.

Pêle Mêle / Miscellaneous

Au concours du plus moche Tshirt de finisher les organisateurs remportent les trois premières places. Bravo pour cette performance.

C’est très laid !

Marathon de Berlin 2019, parce qu’il n’y a pas que les Ultras qui m’attirent…

C’est dans quelques jours…

Déjà 3 ans que remonte ma participation à mon dernier marathon qui était … Berlin 2016 (en 3h26) après Berlin 2015 (en 3h25). J’aime bien les répétitions. Et il faut dire que le marathon de Berlin est un sacré marathon ! Cela me manquait de courir un marathon, c’est une épreuve exigeante, presque un sprint quand on est habitué aux épreuves longues. Toutes les secondes comptent. Il ne faut pas perdre de temps aux ravitos.

Berlin 2016

Suspens insoutenable du deuxième semi

Cela me manquait car depuis 3 marathons (j’inclus Chicago 2014 en 3h22) j’aime ce grand suspens qui arrive au milieu du deuxième semi (vers le 30ièm km), celui où je suis susceptible de lâcher les chevaux et de me mettre à accélérer. C’est un suspens car absolument rien lors du premier semi du marathon ne me permet de dire si je serai capable de faire un négative split (courir le deuxième semi plus rapidement que le premier). J’ai même toujours eu des sensations bien pourries lors des premiers kms de la course, parfois bien inquiétantes.

C’était Berlin 2015

La préparation

Bon il faut dire que la qualité de ma préparation est en ligne avec mes deux derniers marathons de Berlin, c’est pas terrible : 70 kms par semaine sur les 5 dernières semaines dont 120 kms la semaine dernière en 6 séances (c’était la semaine de lourde charge).

Point qui pourrait être négatif : je trouve que mon poids de forme est un poil trop élevé ; 63 kgs contre 62 kgs lors des deux participations précédentes. Et si l’on considère que cela coûte 4 minutes le kg cela pèse dans la balance quand même ! La raison ? Je me suis fait des quadriceps en béton cet été lors de grosses sessions de descente dans le Beaufortain. Alors je descend comme une bombe, mes quadriceps travaillent très bien en excentrique… sauf que sur marathon, dont le profil de course est très plat comme Berlin, l’excentricité du quadriceps ne sert à rien ! Le marathon de Berlin requiert une certaine austérité de ce point de vue : restons concentrique. Vous me suivez ? Si vous me comprenez c’est que je me suis mal exprimé.

Bref je suis assez fébrile même si les toutes dernières nuits de cette semaine de tapering sont assez difficiles. Exemple cette nuit : réveillé à 23h30, 3h, puis 4h50 pour finalement ne pas me recoucher, je suis allé courir à 5h20 après avoir déménagé ma fille et mon fils de leur lit dans le nôtre. De toutes manières je n’avais plus de place dans ma couche, alors autant aller courir 1h30. Bon je n’ai pas dit que je n’avais pas la tête dans le sceau à l’heure où j’écris ces lignes…

Stratégie de course

1/ La veille au soir au Starbuck de la Porte de Brandebourg tu iras, pour un Latte à boire et un Cake tu dégusteras

2/ Le matin au réveil, du thé seulement tu boiras

3/ Pendant la course, à 5 minutes au km tu courras

4/ A TOUS les ravitos, tu t’aspergeras et la boisson énergétique tu boiras et recracheras

5/ A partir seulement du 28 ièm km, tu accéléreras


Content si « négative split » tu feras.

Récit de La Lavaredo Ultra Trail 2019

Je ne m’attendais pas à cela. On m’avait dit que les paysages étaient beaux, en fait ils sont plus que splendides et font partie des paysages de montagne les plus beaux que j’ai jamais vus. On m’avait dit que cet Ultra était roulant, en fait La Lavaredo est l’Ultra le plus difficile que j’ai couru. Finalement cette course cumule selon moi les superlatifs.

Prologue

Samedi 1er juin 2019. Il est 7 heures du matin, j’ai repris la course à pied après un mois d’arrêt complet suite à ma participation au Trail de la Trans Aubrac. Je suis exténué. Le dés-entrainement de ces 4 semaines d’arrêt est très sensible. Je souffre le martyr, avec une envie de rentrer très vite à la maison. J’ai l’impression de peser le poids d’un tank ou d’un Caterpillar. C’est ma séance la plus terrible depuis le début de l’année. C’est complètement idiot d’arrêter l’entraînement aussi nettement et aussi longtemps alors que j’ai la Lavaredo et ses 120 kms / 5800 mètres de D+/D- en ligne de mire dans 4 semaines. Je sais au fond de moi que c’est la séance la plus difficile que j’aurai réalisé durant ce mois de juin. C’est le prix à payer. Je note dans mes tablettes à mon retour à la maison : « Toujours faire des sorties, même de courtes durées, entre les épreuves entretenir sa forme physique, ne jamais arrêter ! ». Dégringoler de plusieurs barreaux d’échelle est beaucoup plus rapide que les remonter… Rien à dire d’autre que « l’entraînement en course à pied ; c’est ingrat. »

4 semaines plus tard, veille du départ

Arrivé à Cortina d’Ampezzo le jeudi 27 juin au soir après avoir essuyé de multiples épreuves notamment lors de la récupération de la voiture de location : 1 heure de temps d’attente au comptoir Europcar de l’aéroport de Venise / difficulté à trouver la sortie du parking / difficulté à payer le péage qui n’acceptait que des billets de banques et non la carte de crédit / 2 heures de routes dont 1 heure derrière un camion transporteur de marchandise sur une route nationale… Bref, je devais être à Cortina au faît de ma forme pour courir un Ultra Trail, or j’arrive à l’hôtel déjà épuisé psychiquement. Je passe rapidement sur mon dîner dont le plat de pâtes n’a aucune saveur car j’ai un rhume et les sinus un peu bouchés. Cela m’a valu des douleurs terribles aux tympans lors de la préparation de l’atterrissage de l’avion. Seul moment agréable de la journée : une petite ballade sur les lieux du crime à 24 heures du départ. Le sponsor de la course n’est plus The North Face mais la marque italienne La Sportiva inconnue en France.

Toute la station de Cortina (ville des JO d’hiver 1956) va battre au rythme des traileurs durant l’espace d’un week-end. Ce ne sont pas moins de 5000 coureurs qui sont présents et se répartissent à travers 4 épreuves différentes : tout d’abord la fameuse Lavaredo Ultra Trail de 120 kms (et 5800 D+/D-) à laquelle je participe, la Cortina Skyrace de 20 bornes en passant par la Cortina Trail (48 kms) et l’Ultra Dolomite (87 kms)…et puis les enfants ne sont pas oubliés puisqu’il y a une kids race (400 et 800 mètres). Bref, en tout ce sont près de 8000 visiteurs (les coureurs viennent aussi accompagnés) qui investissent les lieux le temps de ces épreuves. Dans les rues tout le monde arbore son maillot de finisher préféré à condition que cela soit une épreuve prestigieuse connue de tous : l’UTMB étant l’épreuve qui recueille le plus de suffrages manifestement. Et quant à moi j’ai une chemise bleue sous un coupe vent Gore car je dois me protéger du soleil qui me brûle. J’ai quand même le buff autour de la tête aux couleurs de l’X-Alpine … mais il semblerait que l’on me dévisage pour une raison que je n’ai à ce jour toujours pas comprise (cf. photo ci-dessous).

En tenue discrète qui ne passe pas inaperçue

Cortina d’Ampezzo est un petit village magnifique où l’on se sent bien. Il y a ce petit centre ville autour de son campanile dont toutes les rues sont piétonnes. Tout autour le panorama est grandiose avec des massifs de montagnes qui ne ressemblent en rien aux Alpes françaises ni à celles du Valais (Suisse).

C’est le jour J. Je me réveille sur les coups de 6h30, difficile de faire plus tard. Moi le matin j’ai la pêche. Je prends un petit déjeuner limité à 2 œufs durs et une tranche de pain de mie toasté : je fais de vraies folies ! Il est trop tard pour prendre des fruits et légumes. J’ai besoin d’avoir un système digestif allégé et non encombré. A 9 heures je vais voir le départ de la Cortina Trail (48 kms).

Je voulais assister à la Kids Race à 10 heures mais le départ est reculé de 30 minutes. Tant pis je prends la décision d’aller retirer mon dossard au Ice Stadium non loin de là. Je ne veux pas trop traîner. Or, le retrait me prends 1 heure. Fil d’attente de dingue le long de la piste de Curling … C’est incroyable, seulement 4 personnes pour le contrôle de nos sacs avec matos obligatoire et 2 autres seulement derrières pour la remise des dossards ! Je n’ai jamais vu cela même pour une petite course de 10 bornes dans un arrondissement parisien. C’est même grotesque. Au niveau de l’évaluation les traileurs ne les louperont pas, en tous cas pas moi. Zut alors ! J’entends dans la file d’attente des propos du style « c’est l’Italie »! Cela m’écorche les oreilles moi qui suis d’origine transalpine mais ne puis que faire le constat que … cela est parfois justifié.

Passons. Il est l’heure d’aller déjeuner. Je vais me remettre en allant me prendre une énorme glace italienne d’un artisan chocolatier qui les turbine sous vos yeux. Je prends un truc énorme, le tarif est au poids. Il correspond au volume d’un très gros gobelet (30 cl ?) en plastique complètement rempli car cela est très crémeux comme je les aime. C’est à mille lieux des quantités mesquines de trois petites boules qui se courent après dans les petits pots en carton que l’on vous sert habituellement dans les glaciers à Paris. C’est donc réconcilié avec les italiens que je retourne à l’hôtel pour une sieste.

J’arrive à somnoler dans la chambre jusqu’à 18 heures tout en écoutant un podcast sur la nutrition de l’Ultra Traileur. Fort de ces enseignements je ressors affronter la chaleur pour retourner chez mon glacier qui a les yeux médusés lorsque je lui demande de me resservir la même quantité de glace café et fiore di sambuco ainsi qu’un gobelet de chocolat chaud à la pistache surmontée d’une chantilly. REWARD / Rhaaa Lovely !!!!!!!!!

Comme ça je suis paré. Mes réserves de glycogène sont au top sans avoir encombré mon système digestif de fibres ou autre aliments solides ! Je sais que cela peut choquer ceux qui considèrent que les pâtes sont plus appropriées. Mais regardons de quoi est composé une glace : de sucre, de lait, du gras avec une densité calorique très importante tout cela dans un substrat liquide hyper facile à métaboliser par le corps, en tous cas le mien. J’ai déjà éprouvé avec succès ce type de menu avant une compétition et notamment mes trois derniers marathons.

Il est 18h30 et cela sera mon dernier repas de la journée. Je sais ce que vous vous dites en lisant ces lignes. Mais franchement vous pensez que c’est moins bien que des pâtes dont votre système digestif va devoir casser les molécules d’amidon pour que cela traverse la paroi intestinale ? A quelques heures du départ en ce qui me concerne cela me fait gonfler l’estomac.

Maintenant retour dans ma chambre où je vais essayer de dormir. Je n’y arrive pas mais reste allongé les yeux clos dans un état végétatif jusqu’à 22 heures.

Je me prépare et me retrouve à 22h30 dans le sas qui vient de s’ouvrir. Je dois être dans le premier tiers.

Ambiance de folie soutenue par le thème d’Ennio Morricone

A l’instar de l’UTMB qui a son hymne joué par Vangelis, Le départ de la Lavaredo a également sa musique traditionnelle sonnant le démarrage du chrono (à 23 heures tapante). The « ecstasy of gold » d’Ennio Morricone (BO du film Le bon la brute et le truand) raisonne dans tout Cortina. C’est énorme !

Une ambiance de folie qui me donne littéralement la chaire de poule. Le public est amassé le long du couloir de la course délimité par des barrières. Nous recevons une énergie énorme. Sur plusieurs kms mon cerveau va boucler sur l’air de « The ecstasy of gold » comme il l’a déjà bouclé certaines nuits depuis que je prépare cet Ultra. Ce compositeur me transporte !

Ces tous premiers kms de la course ne sont pas sans me laisser penser à la SaintéLyon. La ligne de frontale, ce bitume parfois, ces chemins très larges. Mais très vite on sent que l’on évolue dans un endroit très très particulier. On quitte un espace domestiqué vers quelque chose de beaucoup plus sauvage, parfois lunaire. Pendant près de 4 heures nous évoluons en file indienne ou parfois en pack. Lors du premier pointage (km 17) je suis en 457 ième position.

A partir de cet instant sur le col à venir je décide de rester concentré et de compter les dépassements comme pacman. Arrivé à Valbona et deux cols plus loin (km 34) après 4h21 minutes de course je pointe en 307 ième position.

En fait je me retrouve désormais avec un pack de coureurs qui n’ont pas l’air d’être des rigolos et qui arrivent super bien à relancer. Là je comprends que je vais devoir arrêter de vouloir gagner des places au risque de courir au dessus de mes capacités et de brûler mes réserves énergétiques jusqu’à l’explosion. Celle de laquelle on ne revient pas.

Il est 4h30 du matin et déjà on perçoit l’aube qui semble pointer dans le ciel à l’est. La nuit semble être passée à la vitesse de l’éclair…surtout quand on est habitué aux SaintéLyon qui ont lieu en décembre lors d’une des nuits les plus longues de l’année. Et c’est tant mieux, car le paysage qui se découvre devient juste un vrai cadeau pour ceux qui ont eu la patience de courir jusque là.

La beauté des paysages se dévoile dès 4 heures du matin

Nous voilà à l’aube le long du lac Misurina (km 42). Il est exactement 4h47 et je pointe en 296 ième position.

Nous attaquons le col qui conduit à l’un des points les plus remarquables de cet Ultra, ce qui en constitue le symbole et logo de la course à savoir le Tre Cime. Avant d’y parvenir nous nous arrêtons au refuge Auronzo (km 49) après une montée sèche qui en assèche plus d’un. L’intérieur du refuge ressemble à une coure des miracle. Certains sont complètement à la ramasse, on entends les râles d’un coureur en train de vomir…bref on n’a pas trop envie d’y rester longtemps. Comme à mon habitude j’ai ma routine ravito que je vous décris une fois pour toutes : Je bois à minima deux gobelets d’un mélange eau/coca et je prends deux croquettes pour chien (ce sont des biscuits secs italiens en vente partout et rien qu’en Italie conçus pour éprouver la solidité de vos dents). Je repars toujours avec mes 2 flasques remplies à raz bord d’un mélange eau/coca (soit 1 total de 150 cl).

Il Tre Cime : symbole de cet Ultra

Je sors de ce refuge pour profiter de ce moment exceptionnel de découverte d’un panorama tel que je n’en ai jamais vus. C’est juste splendide et me voilà transformé en photographe/touriste.

Je passe beaucoup de temps à prendre des photos. C’est quand même pour voir cela que je me suis inscrit. Or « plus on s’arrête … et plus on s’arrête » et moins on a l’énergie pour repartir. Je me fais déposer par deux bonnes douzaines de coureurs. Par ailleurs on a une grosse descente plutôt technique dans sa première partie qui me pousse à conserver le mode de touriste randonneur. D’ailleurs cela me donne un petit coup au moral. Le paysage change très vite, nous quittons le monde minéral et enneigé pour une vallée très surprenante. On se croirait en Amérique du Nord car le parcours emprunte un sentier le long d’un lac, le chemin traverse une forêt de résineux mais dont les arbres sont suffisamment espacés pour apercevoir ces falaises qui sont propres aux Dolomites et nulle part ailleurs dans les Alpes. Il ne manque que le garde forestier sur son cheval, des trappeurs et des kayakistes sur le lac pour croire que nous sommes au Canada. Le soleil commence à chauffer … à peine finalement.

J’arrive à la base vie de Cimabanche où nous récupérons le sac de change. Nous sommes à mi parcours à ma montre il est 9:04 soit 10 heures de course (km 67 et 3000 mètres de D+ derrière nous, 334 ième au classement). Je déchire mon sac en l’ouvrant alors que j’y ai inséré tout un change que je ne mettrai pas. Je n’exploite que mes blondies (gros sablés fait maison = bombes caloriques supérieures aux cookies) dont j’avale deux morceaux car je ne peux lutter contre le signal de la récompense émis par mon cerveau qui me dit « RE WARD » « RE WARD » après la première bouchée. Je me tartine de crème « anti-soleil non je ne t’aime pas moi non plus » avec un indice XXL sur toutes les parties qui dépassent.

Nous allons attaquer un nouveau col qui nous mène au refuge de Malga Ra Stua, je regrette de ne pas avoir pris des photos de la falaise / demi cirque que nous longeons sur notre droite, une partie de la roche est même colorée, c’est magnifique. A Malga Ra Stua j’ai été prévenu qu’il fallait impérativement non seulement remplir ses flasques mais aussi veiller à en remplir une de réserve car le manque d’eau peut être un gros sujet. En fait le manque d’eau ne sera pas juste un problème, cela sera un point crucial pour les … 4h 40 minutes qui vont me séparer d’ici le prochain ravito. En fait Ennio Morricone aurait pu nommer l’oeuvre qui nous a été diffusée lors du départ : « A la ruée vers l’EAU »

La ruée vers l’eau

Nous commençons par grimper le long d’une paroi, la pente est très douce et c’est à partir de ce moment que nous tous, coureurs, crevons de soif, et c’est une soif inextinguible. Il y a de nombreux cours d’eau où nous nous arrêtons tous, soit pour remplir nos flasques soit, comme moi, pour remplir son gobelet d’eau beaucoup trop froide pour mon estomac. C’est incroyable de se sentir rassasié en eau après deux gobelets remplis à raz bord…pour ressentir une soif de malade seulement 15 minutes après ! J’ai l’impression que l’eau s’évapore par tous les pores de la peau dans la minute qui suit son ingestion. Pourtant non, je ne peux pas dire que je ressens la chaleur. L’atmosphère est juste très très sèche. D’ailleurs je ne transpire pas une goutte ! Nous traversons une plaine d’altitude jonchée de petit cailloux tellement blanc qu’ils renvoient une lumière quasi aveuglante. C’est ce que je nomme la « Vallée de la mort ». C’est plat ou en très léger dévers mais on ne peut pas courir, impossible. Cela devait être le lit d’un glacier puis d’un fleuve puis aujourd’hui il ne reste qu’un tout petit filet de rivière qui, heureusement, nous permet encore et encore de nous abreuver. Ce décors de Far West est impressionnant, il est jonché de branches de bois morts complètement secs qui me font penser aux têtes de squelettes de bovins que l’on peut voir dans les BD de Lucky Lucke, il ne manque que les vautours au dessus de nos têtes…et bien sûr les Daltons ! On s’y croirait. Une énorme cascade d’au moins 50 mètres longe la falaise tout au fond sur notre gauche. Quant à nous, coureurs de la Lavaredo nous avançons clopin clopant comme des macchabées. Nous n’inspirons pas la grande vivacité. En tous cas il faut avancer, et surtout boire, pour ne pas offrir notre carcasse aux prédateurs. Et puis le paysage change encore, la végétation reprend ses droits sur la caillasse blanche. Je pointe à Travenanzes (km 90 et 4300 D+) en 293 ième position. C’est bizarre je ne double plus personne depuis Cimabanche et je gagne quand même des places. Comme quoi le plan que nous venons de traverser mérite bien son qualificatif de Vallée de la Mort.

Le plus dur, c’est maintenant !

Or ce que je ne sais toujours pas à ce moment de la course c’est que le plus dur commence seulement maintenant. Et cela va faire très très mal.

On continue sur 400 mètres de D+ qui sont à un pourcentage encore jamais vu sur la course, c’est « droit dans le pentu » comme on dit sur la SaintéLyon. Sauf que là c’est en bien pire. Le paysage est devenu minéral alpin, complètement nu. Je sers les dents, et je bois : ouais pas simple de faire cela en même temps. Et ce que je ne sais pas encore c’est que des « montées de la mort qui tue » comme celles-ci il y en a encore au menu ! Je regarde le profil de la course qui est affiché sur mon dossard et je constate avec horreur que le mur que nous venons de passer est représenté en « tout petit » sur le profil par une ligne à la quasi verticale et que des lignes comme celle-ci il en reste… c’est bien simple j’en suis déprimé à l’idée de les compter.

Je descends en direction du refuge de la Gallina. Mais le fait de le voir si bas me fait déjà mal aux quadriceps. C’est terrible, rien ne me convient, je crains désormais aussi bien les montées que les descentes. C’est à se demander quel profil de terrain me convient le mieux à cet instant de la course. Peut être la station arrêt ?

J’arrive au refuge Gallina (après 97 kms et 4765 D+, 256ième au classement) après 15 heures 37 minutes de course c’est le premier ravito rencontré depuis près de 3 heures. Comme quoi la traversée de cours d’eau était impérative pour survivre durant ce laps de temps.

Après le pointage je m’amuse à lire les messages de mes supporters à distance que sont ceux de Sylvain, Fab mon frère coach UTMB et ma sœur. En effet ils traduisent mon gain de places au classement par une fraîcheur (que je n’ai pas) ou par le fait que je suis allé plus vite que de nombreux concurrents (or je n’ai doublé personne depuis 3 heures !). En fait le gain de place ne s’explique que par le jeu des abandons de coureurs mieux classés que moi ainsi que par le temps passé aux ravitos (je passe moins de temps que certains autres coureurs et les double malgré moi).

Attention, on attaque un deuxième mur. Il est très sec celui-là et surtout assez traître car on pense se rapprocher de la crête pour finalement découvrir que nous ne sommes pas du tout arrivés et qu’il y a un deuxième mur que l’on ne percevait pas au pied de l’ascension. Donc j’applique ma stratégie de gestion de course, très simple, qui est de ne jamais se mettre dans le rouge. Donc je m’astreins à toujours être en aisance respiratoire. Je ralentis, je ralentis… ah ça y est je suis en aisance respiratoire sauf que … je suis à l’arrêt, planté comme un piquet ! En fait j’ai le choix entre grimper et être inévitablement dans le rouge (anaérobie) ou être à l’arrêt pour pouvoir demeurer en aisance respiratoire totale. Dans une pente à un degré de plus de 20% : je n’ai pas le choix. On se met dans le rouge et on sert les dents en mettant un pied devant l’autre.

Nous avons même les pieds dans la neige.

On arrive au refuge Averau où un bénévole nous attend avec un jet d’eau mais j’ai surtout envie de boire et non d’être mouillé. Je ne comprends pas ce qu’il me dit je m’apprête à sortir mes flasques…et me voilà arrosé de la tête aux pieds de même que les lunettes de soleil comme cela je n’y vois plus rien. Alors je dis merci (dans mon italien à l’accent français) en souriant jaune, de très mauvaise grâce car le cœur n’y est pas. On arrive au refuge du Passo Giau où nous attends un vrai ravito avec croquettes pour chiens… non je ne suis pas sympa. En fait depuis la mi course les bénévoles ont la très bonne idée de faire des tartines de pain (pas bon) agrémentées d’huile d’olive et recouvertes de tomates ; et franchement ce n’est pas mal du tout. Enfin du salé qui fait du bien. Plus on reste scotché à un ravito, plus on reste scotché…donc il faut se faire violence pour sortir…et aller se faire un nouveau et dernier « mur de la mort qui tue ». Je crois que celui-ci est vraiment le pire des trois : là carrément on n’est pas loin de l’alpinisme. Heureusement j’ai des gants. C’est dans ce mur que je me dis que Le Tor des Géants ce n’est pas pour moi. Que les Lavaredo Ultra Trails, ce n’est pas pour moi. Que les Ultras, ce n’est pas pour moi. Que la course à pied, ce n’est pas pour moi. Moi ce qui me conviendrait mieux à cet instant c’est une bonne entrecôte de bœuf bien maturée dégustée chez moi à Paris. Pourquoi m’infliger de telles souffrances ?

Néanmoins le paysage de l’autre côté de cette crête est juste magnifique, le soleil radieux : finalement cela valait le coup. Quelle gratification !

En bas dans la vallée : Cortina d’Ampezzo…comme une libération.

Et le fait d’apercevoir Cortina redonne des ailes. On a l’impression que l’on va y arriver dans l’heure alors qu’en fait cela me prendra un peu moins de 2 heures.

J’assure mes appuis dans la descente, j’ai toujours la peur de me blesser à quelques kms de la fin. Un finisher claudiquant c’est dommage mais un abandon pour blessure à quelques encablures de la fin c’est un drame dont on ne se remet probablement pas. Mais arrivé sur le bitume de Cortina à 2 kms de la fin j’explose littéralement, comme une crise d’hypoglycémie : des frissons dans tout le corps, impossibilité de relancer, le souffle court. Je connais bien cet état pour l’avoir ressenti pas plus tard que 15 jours lors d’une de mes séances matinales de 2 heures. On est foudroyé et seule l’alimentation permet de se remettre en jambe. Je demande à un autochtone de me prendre une des barres maison (blondies) dans mon sac car je n’ai pas la force de l’enlever. Je l’engloutie et j’en ressens les effets immédiats. Quelques mètres plus loin un autre habitant a dressé une table avec des tranches de pastèques : quel bonheur ! Et je déroule pour les 1500 mètres restants dans Cortina. Et là c’est juste un bonheur immense.

J’arrive après 19 heures et 57 minutes en 229 ième position parmi 1815 coureurs au départ et 1297 finishers (taux d’abandon de 29%).

Mention spéciale à Loic J. qui m’a beaucoup aidé : c’était mon benchmark !

Je remercie avant tout ma femme pour m’avoir permis de vivre tout ça…

Mon score ITRA sur cette course est de 569 soit mon plus gros score sur ce format de course dit XL.

Chapeau à tous les finishers, ils sont tous des héros.

Prochain Ultra dans 1 mois : La Lavaredo Ultra Trail 2019 dans les Dolomites

Cela sera mon prochain Ultra car les Dolomites il paraît que c’est beau et que c’est là que s’est joué le film de Sylvester Stallone Cliffhanger dont j’avais adoré le décor naturel. Par ailleurs ma femme (aussi forte que Sylvester quand elle est en colère) m’a toujours loué la beauté de ces paysages lors d’un GR effectué au départ de Cortina d’Ampezzo.

Et c’est donc en consultant le catalogue des Ultra du circuit de l’Ultra Trail World Tour avec la même excitation que le chasseur qui vient de recevoir son catalogue Manufrance pour choisir son fusil de chasse pour tirer sur les palombes que mes yeux ont été attirés par le parcours de cette Lavaredo Ultra Trail dans les Dolomiiiiiiiiiiiiiiiiiiites !!!!!!!!!!

Il y avait un tirage au sort avec une probabilité de 50% d’être choisi et comme j’ai beaucoup de chance aux jeux de hasards qui font mal au corps, j’ai été tiré au sort en décembre dernier je crois.

Bon ben…j’ai fait le plus simple, j’ai payé le dossard ainsi que le vol en avion et réservé la voiture de location. J’ai même regardé confortablement assis dans mon canapé la vidéo officielle que voici.

Je pensais avoir pensé à tout…Mais je crois qu’il me manque un truc important maintenant…cela me turlupine depuis quelques temps. Mais j’ai trouvé…

Va falloir que je m’entraîne !

Récit de course : L’Ultra de la Trans Aubrac 2019. Les surprises ne sont pas forcément là où on les attend.

C’est avec un entraînement minimaliste que j’envisage de prendre le départ de cet Ultra Trans Aubrac de 105 kms et 3400 mètres de dénivelés.Il s’agit de ma cinquième participation consécutive et quand j’aime, je ne compte pas et je prends un abonnement. Et puis en tant que mascotte de la course l’année dernière (c’est moi sur les affiches !) je ne peux pas me permettre d’y déroger ni de changer ma tenue de Schtroumpf bleue (un bleu squadra azzura pour les tifosis) qui m’accompagne sur tous mes trails. Lire mes récits 2015 / 2016 / 2017 et 2018 parce que c’est sûr, vous n’avez rien d’autres à faire.

C’est bien Schtroumpf bleu, votre serviteur, sur la photo !

En ce qui concerne mon niveau de préparation pour l’édition 2019 je cumule un volume d’entraînement qui est le plus faible de ces 5 dernières années. On peut néanmoins arguer le fait que je ne suis pas fatigué puisque mes muscles sont reposés, ça c’est sûr ! Il était inutile d’initier une semaine de tapering comme j’en ai l’habitude. Je rappelle pour les nouveaux que la période de tapering ou d’affûtage désigne les jours précédents l’épreuve où le sportif baisse fortement la charge ou volume de kilo(mètres) d’entraînement permettant au corps de surcompenser  pour se retrouver à un niveau d’état de forme supérieur à celui du pré entraînement. Or dans mon cas très spécifique de papa de jumeaux de 20 mois on va dire que je suis une période d’affûtage quasi ininterrompue depuis le début de l’année c’est à dire une absence certaine de séances de CAP ! Alors quelle performance attendre sur cette Trans Aubrac ? Il va sans dire qu’en terme d’espérance de chrono la fameuse citation « sur un malentendu tout est possible » ne fonctionne généralement pas dans le domaine sportif.

Alors ce n’est non pas en rêvant de chrono mais plutôt en songeant à la dégustation des bonnes spécialités du Café Bras ou des chocolats d’Agnès et Pierre que je me rends en Aveyron le vendredi 19 avril 2019 veille de la course. Je suis donc mon rituel : déjeuner au Café Bras, dégustation de chocolats, retour au Café Bras pour des pâtisseries et un thé à 15 heures. A noter que je fais une sieste (digestive ?) dans la voiture de loc. devant la cathédrale après le déjeuner ce qui ne m’était jamais arrivé. Je quitte Rodez en fin d’AM pour me retrouver à Saint Geniez d’Olt pour poser mes bagages et retirer mon dossard au gymnase. Que c’est beau St Geniez, un des « plus beaux village de France » comme l’indique la pancarte à l’entrée de la commune. Oui je confirme. Ce n’est pas tout mais après toutes ces pérégrinations j’ai faim et je m’attable dans la crêperie Antoinette (d’accord je ne suis pas en Bretagne mais ici on sait faire de la pâte à farçou ou pascade c’est pareil mais en mieux). Et puis après c’est dodo car il faut se réveiller à 3h30 du matin pour prendre la navette à 4h30 pour prendre le départ à 6 heures au château de Bertholène. Je connais tellement bien le programme que je n’ai plus besoin de le lire. Et cette fois je n’oublierai pas mon dossard (cf. X-Alpine 2018). 
Il est 6 heures dans l’attente du top départ. La température est idéale (mais je me caille grave !) et je me positionne derrière les élites dans l’espoir d’être aspiré dans leur sillage : comme c’est bon de rire parfois ! Quand on est désentrainé on essaie de mettre toutes les chances de son côté. La température est idéale, ciel limpide qui laisse entrevoir l’aube…limite on n’a pas envie de sortir la frontale. Erreur que je ne commets pas. Je pars assez rapidement et curieusement je ressens d’assez bonnes sensations. C’est fou, je cours même dans les petits faux plats montants alors que d’habitude je me repose déjà. Dans un single track bien boueux qui longe un barbelé je sens que je suis accroché mais je m’arrache sans prêter attention. Sans me rendre compte que je viens d’y laisser mon dossard. C’est environ 20 minutes plus tard qu’un concurrent arrive à mon niveau en me disant que j’ai oublié sur le chemin quelque chose d’important qu’il tient en main à savoir mon dossard sur lequel est attaché la puce de chronométrage. C’est ça l’esprit Trail : on trouve un dossard d’un concurrent attaché à un barbelé et on le fait remonter de coureur en coureur courant plus vite que soi pour rattraper le malheureux Grégo qui ne s’est rendu compte de rien. Merci à tous ces traileurs que je ne connais pas qui m’ont donné ce coup de main.
Et j’arrive à St Come d’Olt en un temps record pour moi en 5 participations. Je me rends à l’évidence, je suis parti trop vite ce qui n’est pas du tout dans mes habitudes. La remontada sera enrayée à un moment donné. J’en profite pour prendre une petite photo avec une gilet jaune histoire de brouiller les pistes quant à mon image sur les réseaux sociaux.

Une gilet jaune avec un bonnet jaune.


Et puis il est temps de repartir après environ 10/15 minutes d’arrêt : remplissage des flasques au coca aveyronnais (je suis parti flasques vides), projet de tartinage de crème solaire sur toutes les parties de peau qui dépassent, badgeage de mon dossard en prenant grand soin de noter la mention suivante sur ma « to do liste » : « Impérativement vérifier qu’il reste de la crème solaire dans le tube quand on prépare son sac de trail ». C’est donc bien apprêté pour me faire griller au soleil que je quitte St Côme d’Olt.
C’est la partie la plus difficile de cet Ultra : des sous bois, des montées, beaucoup de faux plats casse pattes. C’est pire selon moi qu’une bonne montée de 1500 mètres de dénivelés one shot dans les Alpes. Avis perso. Et très grosse contrariété je m’aperçois sur l’appli Livetrail que mon pointage à St Côme n’a pas été enregistré !! Bref en l’état je suis toujours selon les radars entre le départ et St Côme. Antant le dire je suis rouge colère ! Je suis furieux si bien que cela me mets un coup de boost pour arriver au pointage suivant et réapparaître sur les écrans.
A Laguiole au ravito / gymnase alors que je suis en train de refaire mon sac poubelle contenant les affaires de rechanges (pour moi réduit à un tupperware de biscuits fait maison) je me fais accoster par une jeune femme qui me reconnaît dans ma panoplie et me dit qu’elle aime bien mes articles et que c’est grâce à moi qu’elle est ici ! Et quant à moi dans ma tenue bleue toujours aussi seyante (mais c’est à cela qu’elle m’a reconnu), la bouche pleine de sucrerie et le corps en sueur je la remercie pour sa gentillesse.
Départ pour la plus belle portion de cet Ultra : les plateaux de l’Aubrac. Le ciel est couvert nous ne verrons aucun rayon de soleil mais tant mieux pour les coureurs que nous sommes. Nous ne souffrons pas trop. En revanche le parcours est sensiblement modifié. On ne passe plus au point culminant traditionnel où j’ai l’habitude de jouer au goêland bleu. C’est triste. Etrange ce parcours qui longe une ligne électrique dans un champs de bruyères, très difficile cette montée sous une remontée mécanique pour arriver au pylône des antennes télé ou GSM de l’Aubrac. Bon c’est un peu moins beau que d’habitude mais on s’y fera pour les prochaines éditions et puis le reste du parcours vaut toujours le coup…et notamment le ravito du Buron des Bouals. C’est le ravito 3 étoiles au sens propre car préparé par un ancien chef pâtissier du restaurant de la famille Bras. C’est toujours énormément bon et beau. Certes on a toujours l’estomac un peu brassé après 75 kms et on ne peut pas en profiter à sa juste valeur mais quand même quel plaisir ! Merci à vous tous les bénévoles et autres chefs cuistots du buron des Bouals.
Je décide de repartir rapidement avant de me transformer en bibendum et de devoir terminer la course en roulant plutôt qu’en courant. J’attaque la dernière partie, vers la descente.
Et il se met à pleuvoir des cordes une fois arrivé dans le sous bois. C’est juste terrible, le sous bois est déjà détrempé. Toujours cette partie qui ressemble aux rizières du Mékong. Je suis scotché et me mets à marcher, je me ferai déposer par plusieurs coureurs qui n’ont pas l’air d’être ennuyé par la pluie et l’humidité. Je déteste cette atmosphère, je préfère encore la grêle ou la neige.
Je mets ma lampe frontale juste avant la toute dernière descente vers St Geniez d’Olt…toujours cette fin de parcours (dernier km) ubuesque autour du camping dont les résidents nous regardent autour de leur barbecue avant que nous n’en finissions dans le gymnase.
Ça y est, je termine vite, vite… je prends le cadeau finisher qui est un bock de bière et son breuvage ; pas vraiment le cadeau idéal pour moi qui ne boit pas une goutte d’alcool depuis 15 ans. Ce gymnase est une ruche de plusieurs centaines de personnes et transformé en hammam… alors cette année je troque mon aligot saucisse offert aux finishers pour une crêpe aux gésiers de canard de chez Antoinette où nous sommes moins de 10 personnes. Comme quoi les traditions se perdent au fil des années.

Pas beau temps mais c’est beau.

Je termine cet UTA en 15h05 (cote ITRA 540) en 51 ième position soit 19% des finishers et 17% des V1H sur une course qui a enregistré un taux d’abandons de 32%. C’est mon deuxième meilleur chrono en 5 participations et mon plus faible volume d’entraînement. Comme quoi même la logique se perd. Tout fout l’camp.

Récit : La SaintéLyon 2018

Il s’agit bien de la plus difficile édition que j’ai faite. Ou tout du moins celle qui m’a demandé le plus d’effort. Je vous le dis finishers de cette SaintéLyon vous l’avez faite et vous avez fait preuve d’une volonté de fer pour franchir l’arche d’arrivée à la Halle Tony Garnier. Plus tard on fera référence à cette « édition 2018 de la SaintéLyon » comme d’une édition particulière, très éprouvante. Bref il s’agit d’un épisode que je qualifierais de dantesque.

C’est fini. Quel soulagement.

Je savais d’ores et déjà que j’étais moins préparé que les années précédentes pour cause d’une double infection contractée lors de mes 8 dernières semaines de prépa et pour cause de sommeil un peu haché par mes jumeaux de 15 mois très soucieux de m’apporter leur concours dans ma préparation à rester éveillé en pleine nuit. Je les en remercie.

Par ailleurs ce samedi matin sur les quais du Rhône après avoir retiré mon dossard en compagnie d’une grande star du Trail en la personne de Dawa Sherpa et alors que je m’apprête à aller chez Bernachon en voiture pour refaire mes réserves en tablettes et bonbons de chocolat / pralinés, je suis très contrarié par une cohorte de gilets jaunes me barrant la route sous mes yeux (cela s’est joué à 30 secondes). Je suis alors contraint d’annuler ma visite gourmande et de rebrousser définitivement chemin.

J’ai la chance de déjeuner au Sud invité par mon pote Sylvain. Bon je fais une petite erreur en choisissant un minestrone dont les haricots fermenteront dans mon tube digestif me causant une douleur / gêne jusqu’à Sainte Catherine. Je rentre chez ma belle mère à La Mulatière chez qui je loge dont la copro jouxte le parcours de la SaintéLyon (juste avant la descente vers l’escalier menant aux quais) si bien que l’on voit les coureurs passer devant les fenêtres à moins de 100 mètres à vol d’oiseau. 

Je ne me sens pas vraiment en forme. Je vais faire une sieste de près de 1h30 ce qui ne m’arrive jamais le jour d’une SaintéLyon. Le reste de la journée se déroule comme d’habitude : train pour Saint-Etienne et accueil par la famille à Villars pour une soirée hyper relaxante avec assoupissement de 21h à 22h. Cela dit, phénomène étrange, plus je m’assoupis plus je me sens crevé. Je me sens vraiment d’attaque pour … repasser sous la couette au plus vite courir une STL.

Avant le départ au chaud dans ma belle famille stéphanoise

C’est donc avec cette forme de titan, en carton, que j’intègre la première vague pour le départ à 23h30. Mon équipement est toujours très simple : un sac 1 L qui porte ma couverture de survie, mon gobelet et c’est tout. Mes flasques sont vides car je ne bois que lors des ravitos. Je porte une seule couche (maillot de corps) plus le Gore Tex impératif pour faire face à la pluie qui nous tombera sur la tête toute la nuit (ou presque). J’ai une batterie pour frontale car cette dernière est réglée sur 4 heures pour avoir une intensité de faisceau lumineux satisfaisant.

De Saint-Etienne à Saint-Christo en Jarez

Les sensations sont pourries. Je suis fatigué, mes jambes sont en coton et j’ai un estomac gonflé comme un ballon de baudruche (oui c’est de l’aérophagie). Je ne m’inquiète pas trop car je sais que mon temps de chauffe est d’au moins 2 à 3 heures sur tous mes trails et que bientôt j’aurai un ventre bien plat. C’est juste que je n’ai pas beaucoup de plaisir à arpenter cette première partie du parcours qui est pourtant belle. J’arrive enfin à Saint-Christo qui est un arrêt obligatoire pour moi pour boire et manger (car je n’ai pas de flasques ni de nourritures). A chaque ravito c’est très rodé je ne me pose aucune question existentielle ce sont deux gobelets de Coca et 3 tartelettes Diégo et vroum je continue mon chemin.

Arrêt de 1 minute 38 s au ravito de Saint Christo en Jarrez (km 19) après 1h58 de course à la 1047 ième position

De Saint Christo en Jarez à Sainte Catherine

Les sensations au niveau des jambes sont toujours aussi mauvaises. Il pleut un peu plus. Les chemins en descente où j’ai l’habitude « d’envoyer du lourd » habituellement sont hyper gras, et je ne brille pas vraiment par mon aisance. Je continue par me faire doubler alors qu’à ce stade de la course en général je dépose coureur après coureur. Cela ne va pas très très bien, le moral en prend un coup. Et toujours cette sensation d’avoir du coton à la place des muscles le long des jambes. Je me pose la question de savoir si je ramène ma capuche sur la tête qui est entourée d’un buff (foulard) pour me protéger de la pluie. Finalement je ne la mettrai jamais car je n’aime pas être isolé dans cette capuche dont le textile fait un bruit très irritant lorsqu’elle frotte contre mon foulard. Je préfère finalement conserver mon buff détrempé. Sainte Catherine se profile enfin. Enfin du réconfort ! 2 gobelets de Coca et 3 tartelettes diégo plus tard…ça repart.


Arrêt de 1 minute 55 s au ravito de Sainte Catherine (km 32) après 3h32 de course à la 869 ième position (gain de 178 places)

De Sainte Catherine à St Genou

Je me méfie énormément de la portion à venir car c’est là qu’est concentré le rallongement du parcours de cette SaintéLyon par rapport aux précédentes éditions (+9 kms). Et elle contient la montée du Rampeau qui est une côte à 20% sur 750 mètres de long. J’aime bien ces grosses montée car il y règne une ambiance monacale entre les coureurs. On monte en silence à la queue leu leu en partageant notre souffrance. Il ne faut surtout pas lever la tête pour ne pas voir combien il reste à arpenter. Non il faut regarder devant soi en mettant un pied devant l’autre et patienter. Et comme la montée se fait dans un sous bois au moins il pleut moins, c’est toujours ça de gagné. 

Nous traversons le magnifique village de Saint André La Côte pour initier la montée vers le Signal Saint André qui est le point culminant (934 mètres) de cette SaintéLyon. Et en chemin ma frontale envoie des flashs pour indiquer que la batterie doit être changée. C’était prévu pas de panique. Sauf que je vais devoir trouver un endroit éclairé pour ce faire ! Où vais je le trouver? Ici il n’y a pas de lampadaires. 

Finalement j’ai de la chance car juste avant le Signal on croise une route avec des voitures et des bénévoles. Youpiii. Sauf que j’ai les mains complètement gelées et détrempées. J’ai une très faible proprioception. Je m’approche d’une bénévole qui est équipée d’une lampe, je lui demande de m’éclairer, de m’ouvrir la fermeture éclaire de la poche ventrale de mon Gore Tex car je n’y arrive pas moi-même, mes phalanges sont pétrifiées.
Je lui demande de me prendre la batterie et je comprends qu’elle a l’instruction de ne pas me venir en aide (c’est le règlement). Cette opération de changement de batterie va me prendre au moins 4 minutes, j’ai l’impression d’être un petit vieux. Je rallume ma frontale et je ressens un bonheur immense de voir qu’elle se met à beaucoup mieux éclairer. Youpiiiiii !!! Je rejoins la cohorte ou chenille des coureurs en direction du Signal pour enfin basculer de l’autre côté. A partir de maintenant le parcours cumule plus de D- que de D+. Mais une grosse inquiétude m’étreint. Je commence à avoir hyper froid car je suis trempé, et le fait de m’être refroidi me glace le sang. Je m’explique : mon Gore Tex est super isolant face à la pluie…or il est également hyper isolant à  l’intérieur face à la transpiration qui détrempe complètement mon maillot de corps (1ère couche), transpiration qui ne peut pas être évacuée. Je commence à grelotter et à me demander si je ne suis pas en train de faire une hypothermie. Je me souviens avoir eu très froid l’année dernière sur cette même portion du parcours en raison d’un vent glacial (et je n’avais qu’une couche pour me protéger). Les choses s’étaient rétablies à la faveur d’un retour à une altitude plus basse et un parcours rejoignant les sous bois. C’est exactement ce qui va se renouveler. 

Et finalement je retrouve mes jambes. Les sensations sont revenues. Je regarde l’heure qu’il est à ma montre, elle indique 4h30. C’est justement l’heure à laquelle j’ai l’habitude de me réveiller naturellement pour courir tous les matins ! Est-ce une coïncidence ce « revival » correspondant à l’heure à laquelle mon organisme a l’habitude de se réveiller pour aller courir ? Existe-t-il un modèle chronobiologique, une mémoire de l’organisme qui a l’habitude de se mettre en mouvement tous les jours à la même heure ? Je n’ai pas la réponse, c’est juste une hypothèse. En tous cas je me mets à relancer même dans les faux plats montants !! J’ai vraiment du jus.

Et puis le brouillard s’invite à la partie comme si les seaux d’eau que nous recevons sur la tête depuis Sorbiers (km 6) ne suffisaient pas. C’est juste dingue. Brouillard plus sentiers boueux plus pluie =>> je crois que l’on touche le fond. La frontale loin d’éclairer crée un halo lumineux. Je ne vois même plus mes pieds. J’ai l’impression d’évoluer dans le nuage émis par un vaporisateur géant ! Je suis quasiment à l’arrêt, en panne sèche. Je suis dans une pente rendue dangereuse par ces conditions. Je ne vois juste rien. Ce qui me subjugue c’est qu’il y a quand même quelques coureurs dotés de super pouvoirs qui me déposent sur ma gauche comme si de rien n’était, ils filent à 10 à l’heure pas moins. Ils doivent avoir des émetteurs d’ultra sons à la place des orbites oculaires comme les chauve souris pour se diriger. Les hommes mutants existent j’en ai la preuve.

C’est décidé, je prendrai rendez vous chez un opthalmo à mon retour à Paris.

Et j’arrive au ravito de Chaussan Saint Genou et c’est juste la décadence. Le mouroir cette année s’est déplacé de Soucieu à Saint Genou. Le ravito est à découvert. La forte lumière des néons me permet de voir la mine des coureurs qui ne sont que le reflet de la mienne. On a tous des têtes de déterrés, les traits tirés, le visage et les imperméables ruisselants de flottes. De larges flaques d’eau parsèment le difficile accès aux tréteaux. Je prends mes deux verres de Coca et une madeleine bien dégueue en lieu et place des tartelettes diégo que je ne trouve pas. Normal, on le savait, il n’était pas prévu officiellement de fournir du solide sur ce ravito, c’est quand même une bonne surprise de voir quelques biscuits, chocolats, oléagineux de fortunes quand même…merci aux bénévoles. J’entends un coureur à côté de moi demander une navette de rapatriement, et il ne semble pas le seul à mettre le clignotant. Il en faut du courage pour repartir. Et je ne sais pas ce que je fais mais je vais et viens entre les « stands » comme si j’étais dans une foire ou marché de noël pour voir si je n’ai rien manqué. En fait je traîne à la recherche de gratification. « Reward ! Reward ! » me crie mon organisme/gouverneur central. J’ai besoin de réconfort. Mais je sais qu’il est vain de rester ici. Il faut se botter les fesses pour repartir d’autant plus que je commence à avoir froid. Je perds plus de 4 minutes à ne rien faire…

Arrêt de 4 minutes 10 s au ravito de Chaussan Saint Genou (km 47) après 5h31 de course à la 622 ième position (gain de 247 places)

De St Genou à Soucieu

De la boue et encore de la boue, des cailloux, des cailloux et des pierres et de la pluie.

Vivement le bitume en arrivant à Soucieu. Presque une délivrance. Et là c’est le juge de paix. Car la SaintéLyon commence là selon moi !

C’est le test  =>> Est-ce que j’ai assez de jus pour continuer en courant ou vais je rejoindre la cohorte des morts vivants des 20 derniers kms que j’ai l’habitude de nommer « la route des macchabées  » ?

Arrêt de 2 minutes 12 s au ravito de Soucieu (km 61) après 7h16 de course à la 502 ième position (gain de 120 places)

De Soucieu à l’arrivée en passant par Chaponost

J’avais indiqué dans mon précédent post qu’une SaintéLyon réussie pour moi signifiait de bien terminer les 20 derniers kilomètres. Et de les parcourir en 2h10 maximum.

Et bien je vais tuer le suspens. Je vais courir la portion restante en 2h10..et 36 secondes. 

Je tente tant bien que mal de mettre le turbo réacteur sur cette dernière partie. C’est une partie assez roulante avec une majorité de bitume mais dont les sentiers demeurent très boueux et assez compliqués au niveau du dénivelé notamment la montée des Lapins avec de grosses marches en bois qui retiennent la terre.

Le jour se lève juste avant que je ne rejoigne Chaponost. On peut éteindre les frontales. J’entends le chant du coq, c’est mieux que celui du cygne. J’ai encore du jus même si mécaniquement les jambes ont du mal dans les flaques et la gadoue qui transforment quelques portions en véritables patinoires.

Enfin voilà que se profilent Beaunant et son aqueduc…mais c’est quoi ce contournement vers la gauche devant une barre d’HLM ? Le tracé est contraint pour cause de travaux de dessiner une épingle à nourrice au pied de la toute dernière difficulté. Je ne déteste pas cette montée car elle permet de souffler, de monter en silence, de réfléchir au terme de cette épreuve. On sait que c’est fini, que le grand moment approche. On revoit toutes ces heures d’entraînement défiler dans sa tête, tous ces sacrifices. On pense à tous ceux qui nous ont permis d’arriver jusque là. Merci Laetitia, merci ma famille et belle famille pour m’avoir apporté le support voulu.

Et puis le parc aventure, le chemin qui longe le parc de la copro de Belle Maman où je réside le temps de ce WE singulier. Je regarde les fenêtres de l’appartement, aucune lumière. Belle Maman m’attends à Tony Garnier. « Dès que je pointe à Chaponost tu as une heure devant toi avant de me retrouver à Tony Garnier », telle était ma consigne. J’aurai mis 1h15…

Les escaliers du chemin Grapillon que je connais par cœur, les quais de Saône, Pont de La Mulatière, Raymond Barre et la voie est toute tracée. Les 2 photographes postés de part et d’autre du parcours sont en train, tous les 2, de nettoyer leurs téléobjectifs au moment où je passe devant eux : pas de bol je n’aurai pas de photo en train de courir avant mon entrée dans la Halle.

C’est terminé, c’est fini en 9h26 minutes à la 328 ième place.

Oui c’est ma SaintéLyon la plus éprouvante.

SaintéLyon 2018 : la stratégie de course, et espérances…

Ce matin j’ai terminé la plus importante séance de l’année ! C’est la toute dernière séance de tapering, la der des der, celle des tous derniers réglages qui aboutit à la conclusion : « j’suis bien crevé vivement que cela se termine ».

Je vois Paris s’éveiller tous les matins ou presque.

Je ne vais pas y aller par quatre chemins à cette SaintéLyon. J’annonce la couleur (qui est peut être une couleuvre mais on ne le saura qu’après) : l’objectif pour moi est de courir la portion Soucieu / Lyon en 2h10 maximum.

Je m’explique : la plus grande satisfaction pour moi serait d’avoir réussi la gestion de ma course de manière à pouvoir continuer à envoyer sur les 20 derniers kilomètres.

Oui, pour moi « la SaintéLyon commence à Soucieu »

Voilà qui est dit. Je ne souhaite pas à l’instar de mes quatre premières participations « exploser en vol » après Sainte Catherine et participer à la cohorte des morts vivants incapables de relancer à partir de Soucieu où il reste 20 bornes !

Une stratégie très claire et implacable

Je pars doucement aux sensations en laissant les héros se cramer sur le bitume stéphanois et les récupérer un par un à partir de Sainte Catherine et mettre les gaz à partir de Soucieu et laisser les morts vivants marcher à partir de ce mouroir.

Les spécificités de ce parcours 2018 : cela va faire très mal

Autant le dire je crois que cela va faire très mal. Tout d’abord le rallongement de 9 kilomètres va énormément pénaliser ceux qui connaissent le parcours initial comme moi justement ! Pourquoi ? Et bien parce que justement on risque de trouver le temps extrêmement long à partir de St Christo en ne voyant pas Sainte Catherine arriver aussi vite que d’habitude. Même chose, mais en pire, partir de Sainte Catherine ! Par ailleurs comme la pluie est annoncée cette STL va ressembler à la MudDay ou à un parcours du combattant. Donc vraiment je pense que cette STL va être très difficile pour les connaisseurs et leur moral et moins pour les néophytes qui seront de toutes manières dans la découverte n’ayant pas de points de repères.

Le matos : on ne change pas une équipe qui fonctionne bien…même sous la pluie

Pour les chaussures : toujours et encore mes Hoka One One Speed Goat que j’utilise depuis presque 4 ans et qui m’ont accompagné sur 3 X-Alpine, 1 UTMB, 3 STL ainsi que sur toutes mes sorties Paris Intra-muros matinales aux Buttes-Chaumont.

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Maintenant venons en aux textiles :

  • 1 seule couche sous le Gore Tex imperméable : maillot noir manche longue Falke qui fait maillot de « juste au corps » 95% Polyamide et 5% Elasthane. Je pourrais m’en servir de haut de pyjama tellement j’y suis bien. Maillot identique à celui de l’année dernière.
  • Le Gore Tex pour faire face à la pluie et la boue. Non cela ne m’enchante pas mais il ne faudra pas y couper. C’est mon textile préféré de l’UTA ou de l’UTMB…
  • Collant noir Falke pour les jambes: identique à celui utilisé pour toutes mes STL.
  • Chaussettes courtes noires de runnings Falke : je n’utilise plus de paires soit disantes « pour l’hiver ». C’est exactement la même paire de chaussettes utilisée pour les semi / marathon / Ultra quelle que soit la saison, été ou hiver.
  • 2 buffs flaggés TVSB (nostalgie) de Compressport : un textile absolument génial made in Swiss. L’un pour le cou (le noir) et l’autre pour la tête (en jaune). Je les utilise été comme hiver et c’est juste incroyable : l’été c’est pour me protéger du soleil et l’hiver pour me protéger du froid. C’est magique.
  • 1 paire de gants flaggée SaintéLyon : en soie.
  • Frontale Petzl Reaktik + avec réglage via application Petzl sur 4 heures et une batterie que je changerai à St Genou.
  • Montre Polar VantageV : elle est bien lourde et je me demande encore à quoi cela sert d’avoir la puissance, le tracé GPS et le fait qu’elle te dise que tu as mal dormi alors que tu le sais déjà. Je pense que je rendrai l’accessoire à l’issue de la STL pour revenir à ma bonne vieille RCX5 qui m’a toujours donné entière satisfaction et qui contrairement à la VantageV a la fonction chronomètre.
  • Un « porte gobelet/couverture de survie/flasque »‘ de marque Salomon à contenance de 1L. Il n’y a que 3 poches à tout casser et pas de poche dans le dos mais comme je l’indique c’est juste pour porter 4 accessoires.
  • 4 accessoires :
    • La courverture de survie
    • 1 gobelet SaintéLyon pour prendre du Coca sur les ravitos
    • 1 flasque … que je ne suis pas sûr d’emporter puisque les ravitos sont suffisamment proches pour moi.

Et pour ceux qui ne connaissent pas mon niveau d’expérience sur la SaintéLyon : un cours de rattrapage s’impose ci-dessous

  • La SaintéLyon tous mes récits de course :

SaintéLyon 2010 : 1585 ièm au scratch (cote ITRA 459)

SaintéLyon 2011 : 820 ièm au scratch (SaintéLyon de Bronze) (cote ITRA 528)

SaintéLyon 2012 : 958 ièm au scratch (cote ITRA 469)

SaintéLyon 2013 : 625 ièm au scratch (SaintéLyon d’Argent) (cote ITRA 523)

SaintéLyon 2014 : 243 ièm au scratch (SaintéLyon d’Or)  (cote ITRA 587)

SaintéLyon 2015 : 157 ièm au scratch (SaintéLyon d’Or) (cote ITRA 633)

SaintéLyon 2016 : 101 ièm au scratch (SaintéLyon d’Or) (cote ITRA 638)

SaintéLyon 2017 : 182 ièm au scratch (SaintéLyon d’Or) (cote ITRA 612)