Je suis finisher de l’UTMB

Un rêve un peu fou, une envie, une attirance… avant tout une mission.

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MA MISSION 2017

La voici :

Partir de Chamonix, et y revenir après avoir parcouru le tour du massif du Mont Blanc sur 170 kms et 10 000 mètres de dénivelé positif (et négatif, c’est à souligner car les descentes c’est encore plus dur pour l’organisme, j’insiste sur ce point !).

Objectif à atteindre en moins de 46 heures.

La récompense ?

Cette fameuse polaire avec cet insigne : « Finisher UTMB ». L’enjeu pour moi est de la ramener pour mes petits jumeaux Victoria et Sandro, nés le 8 août soit 3 semaines auparavant pour un terme qui était prévu le 31 août (veille du départ de cet UTMB 2017).

POURQUOI L’UTMB ?

On ne peut que reconnaître le fait suivant : l’UTMB est au monde des Ultra Trails ce que le marathon de New York est à l’univers des marathons : c’est « l’épreuve mythique » qu’il faut avoir courue. La renommée de l’UTMB a largement dépassé l’Europe. Une anecdote rapide. Juin 2015 : Je suis en plein cœur des USA, je discute avec un canadien de Toronto. Je lui dis que je fais un peu de course à pied et notamment des épreuves de trail sans être certain qu’il comprenne ce dont il s’agit. Il me répond du tac au tac : « Oh I see ! Have you ever run the UTMB ? ». Je suis coi…

MAIS C’EST LA QUE TOUT A COMMENCE :

Un jour de printemps 2010 au bureau. Cela fait quelques semaines, à l’âge de 37 ans, que je me suis mis à la course à pied. Un collègue hyper aguerri à l’exercice, qui court le marathon en moins de 3h, Jérôme S. (il se reconnaîtra) me parle d’un certain Kilian Jornet qui a une vitesse de pointe de 16 km/h sur des pentes ascendantes. Il a notamment gagné l’UTMB. « Le quoi tu dis ?, De quoi tu me parles ? » Je cherche quelques infos sur internet sur cet UTMB dont je ne comprends pas l’acronyme. On y parle de « trail ». Je ne sais pas de quoi il s’agit. Je lis un article sur cette épreuve étrange : faire le tour du Mont Blanc. Cela me laisse indifférent, je ne comprends pas bien le concept pour tout dire. Je zappe et termine mon inscription avec une grande fébrilité et l’index qui tremble pour ma première compétition officielle de course à pied : cela sera Paris Versailles prévu pour septembre 2010.

QUELQUES MILLIERS DE KILOMÈTRES PLUS TARD

Nous sommes le jeudi 31 août 2017 veille du départ de la quinzième édition de l’UTMB.

Fabrice mon frère, qui sera mon coach assistant, et moi-même arrivons à Chamonix en début d’après midi sous la pluie. Ce n’est pas une surprise cela fait plusieurs jours que les prévisions météorologiques sont mauvaises. Nous avons reçu un SMS de l’organisation de l’UTMB indiquant qu’une décision officielle allait être donnée le lendemain matin, jour du départ. Chamonix sous la pluie c’est plutôt tristoune comme ambiance. Après le retrait du dossard et le check du matériel obligatoire où la veste coupe vent a fait l’objet d’une attention particulière par les bénévoles, nous retournons à l’hôtel pour une sieste. Le soir même nous allons déguster un super plat de pâtes carbonara à « l’Impossible », très fin restaurant italien en bordure de Chamonix. Quand nous en sortons il pleut des trombes d’eau. Il fait froid. C’est la nuit et cela donne une bonne idée, déprimante, de ce qui attend tous les traileurs dans les prochaines 48 heures.

Nous sommes le vendredi 1er septembre 2017 : jour du départ.

Et puis la nouvelle tombe le matin : le parcours est modifié. Le col des pyramides calcaires est supprimé et on nous coupe la « tête aux vents » dernier obstacle du parcours pour un chemin « plus direct vers la Flégère ». Le départ est repoussé à 18h30. Je suis assez marri. Non, on ne veut pas un UTMB au rabais. On veut la totale ! Finalement il s’avère que ces ajustements sont assez mineurs et la longueur du parcours est la même à quelques miles près. Inutile de gamberger, place à la concentration. Au fait, il ne pleut plus sur Chamonix contrairement à ce qui était annoncé. Déjeuner pasta party et volaille d’un menu « spécial UTMB » d’un bistrot du coin. Puis j’ai besoin de faire une autre sieste durant l’après midi.

Il est 17 heures, je sens l’adrénaline monter tout doucement. Inutile de se presser, nous avons encore du temps. Je n’ai pas l’intention de quitter l’hôtel avant 18 heures. Je m’habille et arbore ma tenue de combat : Sur mon TShirt Falke bleu azur favori (je le porte sur tous mes trails) je mets d’ores et déjà mon coupe vent imperméabilisé « Gore » aux couleurs de la squadra azzura (clin d’œil à mes origines). Je ne quitterai plus cet excellent textile (qui demeure mon meilleur achat contre les intempéries ever) de toute l’épreuve.

18h00 : avec mon frère Fab on file vers la place du Triangle de l’Amitié. Quel monde ! Quel choc ! J’ai l’impression d’être comme un chien dans un jeu de quille, je suis totalement à la ramasse car la foule est compacte et blindée et je dois la fendre pour rejoindre les coureurs. Je me positionne tout au fond entre un espagnol et un japonais. Il est 18h20.

Et voilà enfin le moment tant attendu, le départ de l’UTMB se fait au son rituel de la fameuse musique Conquest Of Paradise de Vangelis. J’en fredonne les premiers accords et l’espagnol m’emboîte le pas. A force d’en rêver, de me projeter j’avais peur que le jour J je ne ressente plus rien. Je suis rassuré, le charme opère, la musique me donne des frissons. Lors du principal enchaînement de la mélodie, le départ est donné, l’élite peut s’élancer à 16 km/h et s’arracher de l’arche de départ. Parce que ça…c’est pour l’élite ! Quant à la masse principale des coureurs c’est plutôt en marchant que nous nous approchons de l’arche car la rue principale de Chamonix est étroite. Le goulet d’étranglement est tel que je ne franchis la ligne que 5 minutes après… et encore je continue à marcher longuement après l’avoir franchie. C’est à se demander quand est-ce que je vais me mettre à courir. J’arrive à voir Fabrice au sortir de Chamonix quelques secondes. L’ambiance côté public est juste exceptionnelle et elle le sera tout au long du parcours jusqu’aux Houches, et parfois même au-delà. Une ambiance qualifiée par beaucoup, et à juste titre, de celle du Tour de France. Incroyable le nombre de personnes qui jalonnent ce parcours de plus de 10 kms d’un sentier qui conduit à notre premier col, Le Déleveret. Les coureurs fusent pour la plupart comme s’ils étaient au départ d’un semi marathon,  mais souvent nous sommes au pas. Au moins pas de risque d’être dans le rouge.

Sur toutes les autres portions je vais quant à moi suivre ma stratégie de course. Elle est très simple, la voici en quelques lignes.

MA STRATÉGIE DE COURSE

Comme pour tous mes ultra trails je ne veux pas être dans le rouge. En d’autres termes, je cours avec une aisance respiratoire totale. Et aisance respiratoire totale signifie être capable de pouvoir respirer uniquement par les narines. Si je dois ouvrir la bouche pour absorber plus d’air cela signifie que je suis en léger surrégime, ce que je m’interdis. Les premiers kilomètres sont pour moi toujours poussifs, difficiles de ressentir des sensations. De plus je me fais doubler par quelques coureurs qui ont l’air frais comme des gardons, qui discutent avec leur compagnons de course avec une aisance qui me surprend. Je ne dois pas me laisser entraîner. Je dois faire MA course et suivre MON process… le résultat suivra je le sais. J’ai toujours procédé de cette manière sur mes ultras et cela s’est accompagné en général par une remontée graduelle au classement. C’est ce que je me répète mentalement.

PREMIER OBSTACLE : LE DELEVERET 

chamonix les houches

Il s’agit du premier col. Et j’avais tort de le sous estimer. On n’en parle jamais dans les récits sur l’UTMB de cette colinette. Moi je ne la trouve pas facile du tout pour deux raisons : d’une part c’est le premier col alors que je ne suis pas vraiment chaud, d’autre part on doit faire face à la tombée de la nuit. Cerise sur le gâteau cette année, il se met à pleuvoir et à faire froid. Et voici que le brouillard se mêle de la partie. La descente sur Saint Gervais est très dangereuse et pendant de longues minutes on ne voit juste rien. La lumière des frontales dans le brouillard forme un halo lumineux, mais cela ne permet pas de mieux voir le sentier hyper boueux. La déclivité de la descente est importante. C’est le premier moment de forte émotion de cet UTMB. Cela commence fort.

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SAINT GERVAIS / LES CONTAMINES

S Gervais les chapieux

Saint Gervais, enfin le premier ravito digne de ce nom pour faire une pause. J’enlève mes gants pour allumer mon portable et je remplis mes flasques. Toujours cette ambiance incroyable. Et puis et puis…je me rends compte que j’ai perdu un gant ! Gros coup de stress, impossible de le retrouver. Heureusement que j’ai mes gants de ski, prévus pour faire face aux « – 9 degrés ressentis » annoncés sur le haut des cols. Et j’attaque le léger faux plat montant en direction des Contamines (km 31). Ahh les Contamines c’est le ravito qui permet une zone d’assistance, c’est le premier rendez-vous avec Fabrice. Bon sang comme j’en ai besoin. C’est mon premier objectif.

LE PROCESS A SUIVRE SUR LES ZONES D’ASSISTANCE

Arrivé aux Contamines à 23:42 (après 5h 12min de course) je rejoins Fabrice. Nous avons un processus très précis à suivre qui est écrit sur une feuille de papier. Un peu comme celle des pilotes et co pilotes dans un cockpit d’avion. Fabrice me lit les instructions les unes après les autres : d’abord le retour au calme après des exercices de respiration, ensuite le point sur le classement (et là bizarre il zappe assez vite me disant « ce n’est pas là que cela se joue »). Étrange réponse mais nous passons à l’étape suivante qui est celle de la nutrition. Grosso modo je dois ingérer très précisément des parts de gâteaux salés, puis boire, puis prendre une part de cake au chocolat, puis boire, puis des financiers, puis boire. Ensuite on check le profil de la course. On se prend en photo (oui cela fait partie de la check liste). Puis on termine par le cri de guerre : « Victoria, Sandro, Greg…Go ! ». Et c’est reparti.

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EN DIRECTION DU DEUXIÈME OBSTACLE A FRANCHIR : COL DU BONHOMME

Je repars avec une super gnac ! Mais je ressasse et essaie d’interpréter la réponse alambiquée de mon frère sur mon classement. Bon j’ai bien compris en substance que mon classement doit faire peur… La réalité est la suivante : j’ai pointé dans les 200 derniers mais je ne le sais pas encore. Je le comprendrai beaucoup, beaucoup plus tard. Peut-être valait-il mieux que je ne le sache pas pour m’éviter de dérailler et de ne plus suivre mon plan de marche en prenant le risque d’accélérer bêtement… Donc, dans l’ignorance je continue à suivre strictement mon process qui est de courir en « aisance respiratoire totale, par le nez ».

Enfin je commence à ressentir de bonnes sensations dans la montée en direction de ce qui est le deuxième plus haut col de cet UTMB. Il fait de plus en plus froid mais je ne le ressens pas trop. Je ne suis doublé par aucun coureur jusqu’au sommet. Au ravito de la Balme je vois que de nombreux coureurs se sont arrêtés pour se restaurer. Cela est inutile pour moi, je file tout droit me disant avec satisfaction que je viens de faire un petit saut au classement.

On attaque une forte montée qui va laisser sur le carreau pas mal de coureurs si j’en crois leur respiration. Beaucoup se mettent – déjà ! – dans le rouge. Le chemin est très tortueux, très montagneux avec d’énormes rochers pour principaux obstacles. Ce n’est pas de la course à pied c’est du trekking. Il faut faire très attention où l’on met ses pieds. C’est dangereux car le terrain est hyper glissant, il pleut, il fait de plus en plus froid et surtout nous voguons dans un environnement très très sombre. Nous sommes à la queue leu leu, et laborieusement nous essayons d’avancer à la lueur de nos frontales. On voit très précisément le souffle de chaque coureur lors de son expiration. Cette condensation d’origine humaine contribue presque à la brume ambiante. J’ai l’impression que nous sommes une file de mineurs qui avançons laborieusement dans une galerie à la lueur de notre lampe anti grisou. Nous sommes des forçats.

Et on attaque la descente. Ce sont encore des conditions très difficiles qui nous attendent : pluie et un single track complètement boueux. Heureusement la brume a disparu. J’essaie à tout prix de ménager mes quadriceps qui sont mon maillon faible en Ultra. Surtout ne pas trop les solliciter, surtout pas maintenant. Il faut qu’ils soient encore opérationnels dans…100 bornes et pour les 30 heures à venir. Alors je fais attention, je me ménage dans cette descente hyper glissante. Puis j’arrive au ravito des Chapieux où je vais commettre une petite bêtise. C’est un ravito où il n’y a pas d’assistance de prévue, donc pas de présence de Fabrice, donc pas de suivi d’un processus rigoureux. Conclusion je fais n’importe quoi. Je prends par ci par là des barres, une banane, des gâteaux salés. Bref, n’ayant pas de processus, je suis dans l’inconnu et gère très mal mon ravito. Je repars l’estomac lourd et je me sens un peu nauséeux sur toute la montée du prochain col. C’est dommage car il s’agit du plus beau col de cet UTMB : le col de la Seigne !

EN DIRECTION DU TROISIÈME OBSTACLE A FRANCHIR : COL DE LA SEIGNE

Les Chapieux Courmayeur

Je remarque que sur cette portion je ne me fais jamais doubler mais que petit à petit je dépasse assez systématiquement des coureurs déjà à la peine. Je trouve cette montée très agréable. Cela fait un bien fou. La déclivité est parfaite pour moi, mes sensations sont très bonnes. La quasi totalité des coureurs court avec des bâtons et je les dépose les uns après les autres à la seule force de mes bras 😉 En fait je n’ai jamais ressenti le besoin de courir avec des bâtons que je trouve très encombrants. Je me sens tellement plus léger sans, ou tout du moins j’ai la conviction que cela me ralentirait. Cela me frappe d’autant plus lorsque je dépasse avec aisance les « coureur à bâtons » en faisant le constat personnel que loin de les avantager, les bâtons ont l’air de les freiner. Bref…

Je me rapproche du sommet du col de la Seigne et je remarque que l’aube commence à poindre le bout de son nez. Déjà ??? Cela me surprend de constater que je suis au bout de la première nuit blanche. Au fur et à mesure que je me rapproche du sommet un spectacle extraordinaire se présente à ma vue. Quelque chose d’incroyable, une de mes plus belles émotions de Trail. Oui je pèse mes mots. Non je n’ai pas été le témoin d’un OVNI à ce moment là ou d’une hallucination. C’est encore mieux : au levé du jour une chaîne montagneuse constituée de glaciers est en train d’apparaître. Nous gravissons un sentier qui est bordé de neige et nous voyons en face de nous un panorama majestueux en train de s’éclairer. C’est de toute beauté et je sais que nous sommes plusieurs coureurs à avoir le cœur serré d’émotion. Beaucoup s’arrêtent pour contempler, pour prendre des photos, pour méditer tout simplement devant ce spectacle qu’aucune photo ne saura vraiment rendre… Inutile de dire que c’est le plus beau moment de cet UTMB pour moi. Oui, on a fait tout ça pour ça et cela valait le coup de le faire.

Nous sommes au km 61 il est 6h 41min en haut du col après 12h 10min de course et je pointe 1394ième au classement général.

La suite du parcours se poursuit en Italie en direction du lac Combal. La traversée s’effectue sous une très belle lumière. Presque du soleil ? Le paysage est très montagneux comme je l’aime : de la pierre, de la neige, du froid sec, une perspective à couper le souffle. Que les choses soient dites, c’est esthétiquement – et de loin – la plus belle partie du parcours de l’UTMB, celle à laquelle on pense quand on rêve de parcourir en trail de beaux paysages. Dans la descente je me fais une petite frayeur en chutant comme d’habitude, et en ressentant dans le mollet une très forte crampe qui me fait hurler de douleur . Heureusement plus de peur que de mal, cela passe très vite. De toute façon il n’y a pas un seul Ultra où je ne chute pas au moins une fois. Je me dis donc à ce moment là : c’était prévu et au moins c’est fait !

Au ravito du lac Combal je remplis juste mes flasques et repars aussitôt. J’y croise un traileur originaire de Mayotte que j’ai l’habitude de voir sur la Trans Aubrac. On ne s’est jamais vraiment adressé la parole mais on se connaît de vue, on s’apprécie car on partage les mêmes trails donc les mêmes galères. Forcément cela rapproche.

EN DIRECTION DU QUATRIÈME OBSTACLE A FRANCHIR : COURMAYEUR

Le titre de ce paragraphe peut surprendre celui qui connaît bien le profil de la course. Courmayeur est au fond d’une cuvette et ne serait donc pas un obstacle ? Et bien si car la déclivité de la pente est juste terrible pour les cuisses, en tous cas les miennes. De plus le soleil est là pour nous chauffer. Cela est presque incommodant et j’ai l’impression de descendre dans une fournaise. Je ne suis pas un descendeur, je le sais et c’est ainsi. Je vois de nombreux traileurs qui galopent et tels des funambules franchissent les obstacles de ce sentier hyper raide dans le sous bois. C’est tellement raide que parfois des marches d’escalier ont été creusées dans la terre. C’est clairement pour moi un des moments les plus difficiles de ce trail. Cette descente sur Courmayeur m’use. Je suis las. Vivement le ravito assistance qui va me permettre de retrouver mon frère après cette longue nuit. J’ai besoin de me retaper pour attaquer cette nouvelle journée.

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Nous sommes au km 78 il est 10h du matin pile poil après 15h 30min de course et je pointe 1200ième au classement général.

Enfin, la ville est là. Le ravito est organisé dans un immense gymnase. Quel monde ! Mon frère Fab coach assistant est là pour me remonter. On applique le process à la lettre. Je me sens mieux. On termine par le cri de guerre. Il est temps de repartir après 33 minutes d’arrêt. Le soleil est éclatant, presque brûlant.

EN DIRECTION DU CINQUIÈME OBSTACLE A FRANCHIR : REFUGE BERTONE / GRAND COL FERRET

Courmayeur Arnouvaz

Sur les premiers mètres de bitume de Courmayeur je dépasse un coureur célèbre pour les vidéos qu’il produit, à savoir Bruno Poulenard qui est accroché à son téléphone portable, habillé de pied en cape comme un super héros.

Très vite le temps se gâte à la vitesse grand V. Des bourrasques de vent et de la pluie commencent à s’abattre à quelques encablures du Refuge Bertone et j’arrive juste à temps pour enfiler ce qui deviendra un accessoire absolument indispensable et que je ne quitterai plus, à savoir le « surpantalon imperméable ». Qu’est-ce que j’ai pesté contre l’organisation nous imposant ce textile que j’ai acheté à la dernière minute ! Et qu’est-ce que je vais remercier l’organisation de nous l’avoir imposé !!! Sans ce matériel il m’aurait été juste impossible de finir cet UTMB. Par ailleurs comme il fait tout d’un coup hyper froid je mets ma deuxième couche (qui est à manche longue). Cet arrêt un peu pénible dure plus de 10 minutes. Eh oui essayez d’enfiler un surpantalon imperméabilisé après avoir enlevé le sac, le goretex, la ceinture dossard sous des bourrasques de vent (avec la trouille de voir s’envoler son dossard !) et de devoir tout remettre en place ! C’est pénible et long.

Ce que j’adore c’est que 5 minutes après avoir mis la tenue « total waterproof », ce qui devait arriver, arriva : le retour du soleil et de la chaleur ! On en est à pester et à prier pour que la pluie et le vent reviennent vite !! J’irai même jusqu’à espérer que la neige retombe histoire de justifier tout l’équipement dont je viens de m’affubler. Zut alors ! Cela dit mes vœux seront bientôt exhaussés au-delà de toutes mes espérances…

Je passe le refuge Bonati sans m’y arrêter et hop je dépasse encore un petit groupe de coureurs. Puis le temps se gâte un peu dans la descente hyper boueuse en direction d’Arnouvaz. Un peu, beaucoup….On ne reverra plus le soleil de la journée. Bienvenue, pour très bientôt, en enfer. Je ne reste que quelques minutes au ravito d’Arnouvaz histoire de remplir mes flasques. Cela dit avec l’eau qui va nous tomber dessus j’aurais pu m’abstenir. Je ressors très vite de la tente pour affronter un géant, point culminant de cet UTMB : le Grand Col Ferret, frontière entre la Suisse et l’Italie.

Grand col ferret Champex

Au fur et à mesure de la montée les éléments se déchaînent : vent en tornade, pluie qui devient neige, température qui chute sensiblement, brouillard. J’en suis à me demander si la course ne va pas être annulée. Je ne veux pas lever la tête pour ne pas voir ce qu’il reste à grimper….de toute manière on ne voit plus à 20 mètres. Je m’attache à suivre le balisage, à mettre un pied devant l’autre, tout simplement. Malgré les gants de ski le bout de mes phalanges se raidit, le sang les irrigue de moins en moins. Il est impératif que l’on passe de l’autre côté du col. Dans ma tête des voyants passent au rouge. Il faut vite passer de l’autre côté (en Suisse) sous des cieux plus cléments, enfin j’espère…

Le bénévole qui nous attend au sommet est juste frigorifié. Je ne sais pas comment les places ont été attribuées mais sur ce coup là il a tiré le mauvais numéro. Je bascule du côté suisse. La brume nous empêche de voir à plus de 100 mètres. Au fur et à mesure de la descente en direction de La Fouly le bout de mes phalanges recommence à être irrigué. Je reprends confiance, je suis sain et sauf. Les voyants repassent au vert. Il s’arrête de pleuvoir. C’est vraiment chouette la Suisse ! Et puis j’arrive bientôt en terrain connu puisque c’est le parcours de la X-Alpine à rebours. J’aime bien La Fouly car en général un très bon ami d’enfance m’y attend 😉 Et cela ne manque pas. Double surprise, mon frère Fabrice y est également alors que ce n’est pas une zone d’assistance prévue au programme. Moment de bonheur, presque d’euphorie. Je leur dis que j’ai une super pêche. On plaisante, on se prend en photo. Mais il me revient en tête cette citation singulière qui a trait à l’univers du trail : « Tu te sens bien ? Ne t’inquiète pas, cela va pas durer ! ». Et bien les kilomètres qui vont suivre vont confirmer cette formule.

UN VRAI COUP DE MOINS BIEN

Je reprends la course sur cette portion de bitume qui selon moi ne devrait pas durer puisque je connais le sentier dans le sens « Orny / La Fouly » de la X-Alpine. Or curieusement, le parcours de l’UTMB continue à empreinter … la route !!! C’est juste atroce. Je n’arrive plus à courir. J’ai une baisse d’énergie. Mes jambes n’avancent plus. J’ai le moral qui flanche. Avec le moral qui flanche, mes jambes avancent encore moins et le moral flanche encore plus… Je suis maudit, cette portion pré ou post La Fouly (UTMB et X-Alpine réunis) est un calvaire. Je n’arrive pas à comprendre pourquoi on reste sur cette p…. de route alors qu’il existe un sentier à 100 mètres de là, en forêt. Comme il est loin le temps des paysages alpins avec glaciers en perspective ! Ici on croise des voitures qui pour certaines d’entre elles nous klaxonnent pour nous encourager : c’est trop le bonheur ! Finalement le calvaire bitumeux a une fin, on attaque une montée assez raide en sous bois. Très vite la lumière disparaît, la nuit tombe…et la pluie avec ! Et ce n’est pas une petite pluie qui m’accueille lors de mon entrée au ravito de Champex, ce sont des cordes ! Elles achèvent mon moral. Vite il faut que je m’en remette à mon frère coach assistant Fabrice. Sylvain est là aussi. C’est top, mais j’ai les traits tirés.

Nous sommes au km 123 il est 20h07 après 25h 36min de course et je pointe 732ième au classement général.

Dans l’immense tente où doit régner un taux d’humidité de 90% je fais part de mon inquiétude. Je ressens une vraie lassitude, une quasi déprime. Place au réconfort. Cela passe par plusieurs moyens : Fabrice arrive à trouver les mots. Il me remonte comme un coucou. C’est aussi à travers la nourriture: des financiers maison, des pom potes à la fraise. Bref de la nourriture régressive. Cela fait un bien fou. Le cri de guerre et c’est reparti.

Au sortir de la tente, dans Champex, après 30 minutes d’arrêt c’est quand même l’enfer. Il pleut des cordes, et je me suis refroidi sous la tente. Ambiance lugubre : masse sombre du lac sur notre gauche, pluie battante que l’on perçoit à travers les phares des voitures, bitume et balisage que je n’arrive pas à voir correctement. Je suis seul, bien seul et presque paumé, demandant mon chemin à des passants : « c’est par où le chemin ? ». « C’est tout droit et ensuite à droite « . Finalement après avoir continué tout droit puis tourné à gauche je quitte le bord de la route pour un vrai sentier avec le vrai balisage. J’ai besoin de réconfort et c’est la raison pour laquelle je tape la discussion avec un autre coureur : le dossard 8 moins 2 égale 6. Il se reconnaîtra 😉Il s’agit d’un ancien cycliste professionnel avec une Vo2 max de 76, qui a couru son premier marathon en 2h30. C’est très réconfortant de constater qu’il « en ch. comme moi » (c’est son expression mais je comprends qu’il n’y en ait pas d’autres qui viennent en tête à ce moment). Et puis au bout de quelques minutes il me largue et je le laisse voguer devant car on n’a manifestement pas la même cylindrée.

De fil en aiguille, avec la pluie cessante, je me remets tout doucement en selle. Je dirais même que je suis à nouveau en jambes en initiant l’ascension de La Giète, le sixième obstacle.

EN DIRECTION DU SIXIÈME OBSTACLE A FRANCHIR : LA GIETE

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Je monte comme un cabri. Les montées c’est vraiment mon truc. Et puis le climat devient beaucoup plus sec. On pourrait presque apercevoir la lune qui joue à cache cache avec les nuages. On reprend de l’altitude et mon moral avec. Arrivé au refuge de La Giète une grosse surprise m’y attend. Il y a une assiette de viande préparée par les bénévoles, quel bonheur ! J’en mange goulûment, avec les doigts. Il n’y en aura pas pour tout le monde car ce n’est en fait pas prévu pour les traileurs (ce sont juste les restes du dîner des bénévoles). C’est un délice. Pas de doute : je suis un carnassier et pas un mangeur de gels. Je repars gaiement dans la descente en direction de Trient. Cela sera l’avant dernier point de rendez vous avec mon frère. Au fond de moi je sens que cet UTMB arrive à son terme ou tout du moins que le plus dur est fait. Mais il faut se méfier de ce genre de sentiment…

Arrivée à Trient sans difficultés, sous une légère bruine. Il fait encore très humide sous la tente du ravito. Avec Fabrice on suit notre check liste. J’ai une grosse patate car il ne reste que deux obstacles et si c’est à l’image du précédent c’est juste « fingers in the nose ». Il reste cette montée de Catogne avec environ 550 mètres de déniv. + (à ne pas confondre avec la montagne du même nom côté Suisse sur la X-Alpine) puis le parcours direct vers La Flégère puisque l’on nous a coupé « Tête aux Vents ». Je me dis que c’est tout à fait dans mes cordes ! Youpiii cela sent l’écurie. Il faudrait vraiment à l’avenir que je fasse gaffe lorsque je ressens une telle excitation…c’est le signe que je sous estime grandement les épreuves à venir.

EN DIRECTION DU SEPTIÈME OBSTACLE : CATOGNE

Mes sensations sont très bonnes, je monte toujours de manière continue, sans grande difficulté, en suivant mon process : aisance respiratoire totale par le nez. On ne se grille pas, ne jamais être dans le rouge. Je continue gentiment à dépasser des coureurs. Je suis souvent seul dans la montée et la descente. A ce stade de la course on a rarement quelqu’un en visuel donc il faut faire très attention au balisage. J’arrive à Vallorcine pour le tout dernier point de rendez vous avec Fabrice avant … Chamonix ! Cela viendra vite, enfin c’est ce que je pense.

Au ravito on change un peu le processus sur la partie nutrition. Fabrice me conseille de mettre un peu plus la gomme sur les gels. J’applique. Il est vrai que j’en ai un peu marre du cake, des financiers (de toute façon y’en a plus) et des pom’ potes. Si on comprend bien les informations des bénévoles le nouveau parcours comprend une ligne directe vers la Flégère que j’interprète de la manière suivante, toute personnelle : « c’est plus facile et rapide que le parcours initial ». Et c’est tant mieux car on l’a pas volé étant donné les conditions atmosphériques difficiles. Voilà ma traduction du nouveau parcours. Mais dans une heure environ je vais faire face à la réalité des choses et autant le dire, je vais très vite déchanter. Cela dit Fabrice me dit quelque chose qui va énormément me marquer pour la suite : « Greg tu continues comme tu l’as fait jusqu’à maintenant sans prendre de risque,  tous les coureurs ici sous cette tente seront finishers, il faut juste assurer ». Je lui souris et lui dis que notre prochain rendez vous sera… Chamonix. Dernier cri de guerre : « Victoria Sandro Greg…Go ! »

EN DIRECTION DU HUITIÈME OBSTACLE : LA FLEGERE

Le sentier commence en pente hyper douce. On suit finalement une route départementale française. Cela sent bon le retour au bercail. Je comprends mieux ce que voulait dire « route plus directe en direction de La Flégère ». L’organisation nous fait prendre un sentier qui suit la route qui va vers la commune de La Flégère. C’est malin ça, et efficace ! Je commence déjà à rêver du passage sous l’arche à Chamonix. Et puis curieusement j’aperçois le long de la route une tente de l’organisation comme si c’était un ravito. Etrange. En fait il y a des bénévoles qui font la circulation permettant aux coureurs de traverser la route pour aller sur l’autre rive. Un bénévole me prend par l’épaule il me regarde dans le blanc des yeux et ce qu’il va me dévoiler va juste me crucifier. « Voilà tu vas tout droit, il reste 750 mètres de dénivelé sur 11 kms et ensuite une descente de 8 kms sur Chamonix ». Et moi de lui répondre, blanc comme un linge « Mais c’est énorme ! ». « Oui mais Grégory tu es un guerrier ! ». Au fond de moi j’ai plutôt l’impression d’avoir été une poire… d’avoir été trompé, de m’être trompé. Pu…. 750m de dénivelé après 33 heures de course à plus de 4 heures du matin (deuxième nuit blanche) c’est juste le plus difficile des trois derniers obstacles alors que je croyais mordicus qu’il ne restait quasiment plus rien après avoir coupé « la Tête au Vent ». Ce coup de bambou est juste atroce. Il va falloir faire face. Mettre un pied devant l’autre, serrer les dents. « Greg, tous les coureurs dans cette tente seront finishers » raisonne dans ma tête et me redonne du cœur. Alors à l’attaque ! Je mets un pied devant l’autre et finalement je monte assez bien. Très vite j’atteins un chemin en balcon. Déjà ? Evidemment non, je me doute que je ne viens pas de faire 750 mètres de dénivelés en 45 minutes. Et puis bizarrement le balisage se poursuit en descente. Et ce n’est pas une petite descente, non c’est presque une chute libre. Mais c’est quoi ce parcours qui redescend ?? On m’a dit une ascension de 750 mètres. Une angoisse m’étreint : suis-je sur le bon parcours ? Derrière moi des anglais à qui je demande s’ils ont pointé à la Flégère me répondent que oui ! Je me dis que j’ai dû me paumer et que je suis sur le chemin en direction de Chamonix sans être passé au dernier check point. C’est juste dramatique si je dois tout remonter pour retrouver le bon parcours. Je me prends un coup au moral qui pourrait m’achever. Un autre traileur déboule. Il est français et je lui demande si nous ne nous sommes pas plantés car il est étrange de redescendre. Celui-ci me dit avec affirmation que nous sommes sur le bon chemin et qu’il connaît très bien le parcours. Je lui fais à moitié confiance mais décide de le suivre. On poursuit une descente hyper casse gueule. On doit mettre les mains pour passer entre d’énormes rochers dans un sous bois lugubre où l’on ne voit rien. Ce traileur a au moins la soixantaine, il est grand et sec comme une trique. Il fait preuve d’une souplesse remarquable. On aborde un long chemin en balcon. C’est à peine si j’arrive à le suivre car il impose un sacré rythme. Derrière moi deux traileurs chinois sont dans ma trace. Je commence à m’impatienter et lui demande si l’on est bientôt arrivé à La Flégère. Il se met à se marrer « La Flégère ? Mais on a à peine commencé l’ascension ! ». A cette heure là de la nuit (lors de cette deuxième nuit blanche) et après 33 heures de course on perd un peu sa lucidité, on perd patience aussi. Car effectivement un gros morceau nous attend.

On attaque une montée hyper sèche. On sort enfin des sous bois pour aboutir sur une piste de ski le long d’un remonte pente. L’aube arrive. Les deux traileurs chinois derrière moi me déposent et me scotchent sur la piste de ski. Cela dit le paysage s’ouvre et commence à révéler sa beauté à mesure que la lumière se lève. J’aperçois tout en haut de la piste le ravito. La fin approche, la libération, le point culminant de ce dernier obstacle. Le spectacle offert sur la chaîne du Mont Blanc est spectaculaire à cette heure du jour (car il fait quasiment jour). Je pénètre dans la tente. Nous sommes trois ou quatre traileurs. Les bénévoles sont plus nombreux que les coureurs. Je me fais servir un café bien réconfortant. Un moment de bonheur partagé. Je prends mon temps, je ne veux pas prendre de risque. J’envoie un texto à mon frère pour lui dire qu’il ne reste que la descente d’ici Chamonix. Je discute avec les bénévoles. J’ai oublié tout chrono, toute idée de classement (je n’ai aucune information sur ce sujet depuis le début du trail). Seuls les plaisirs de discuter et d’être au chaud comptent : enjoy yourself ! Je sors de la tente pour profiter du panorama, je demande à une bénévole de me prendre en photo devant la chaîne de montagne du Mont Blanc. Puis j’attaque la descente.

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EN ROUTE VERS L’ARRIVÉE

Cette descente il faut la gérer et ne pas prendre de risque inutile. Cela serait trop bête de se blesser si près du but et de ne pas être capable de franchir la ligne. Cela dit je la franchirai maintenant même à 4 pattes en faisant des roulades avant s’il le fallait. J’ai quelques larmes qui coulent le long de mes joues. C’est assez fort et il faut parfois que je me reprenne pour me concentrer sur les obstacles du terrain: nids de poule, racines d’arbres. Cette descente me fait vraiment penser à celle, ultime, de la X-Alpine lorsqu’au petit matin j’arrive sur Verbier. C’est exactement la même configuration.

Me voilà aux portes de Chamonix, j’envoie un SMS à Fabrice : « Tiens toi prêt ». A 1 km de l’arrivée, je n’ai plus de jambes, j’ai des ailes ! J’arrive le long de l’Arve et là un collègue de travail qui a sa résidence secondaire à Chamonix (ultra traileur et multi finishers de l’UTMB) m’interpelle : quelle surprise à 7h du mat ! Il me suit sur quelques dizaines de mètres juste avant le grand virage de contournement qui me conduit sur la ligne droite de l’arrivée. Je vois Fabrice qui a également anticipé mon arrivée, il me dit qu’il va m’attendre sur la finish line.

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Et là je savoure chaque mètre, chaque centimètre qui me sépare de cette arche d’arrivée.

C’est un torrent d’émotion.

C’est fait.

Je suis finisher de l’UTMB.

Je ramène leur polaire.

La suite, personnelle et intime, m’appartient… 😉

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Crédit photo : Valmente pour cette superbe photo.

REMERCIEMENTS :

A mon frère sans qui jamais tout cela ne se serait déroulé tel que cela s’est déroulé. Et c’était fort.

A mon épouse qui m’a permis de m’entraîner jusqu’au bout malgré l’arrivée de deux petits lionceaux nécessitant beaucoup d’attention.

A mon pote fidèle d’enfance Sylvain, traileur lui aussi et dont le dernier article sur les 100 kms de Millau requiert d’être lu. Il donne une autre perspective sur ma stratégie de course.

A mon collègue PAD pour s’être levé à l’aube afin de me voir le long de l’Arve ainsi qu’à l’arrivée.

Et à tous les bénévoles un grand bravo pour avoir bravé le froid et m’avoir qualifié de guerrier 😉


DEUXIÈME PARTIE : les chiffres, les faits bruts.

  • Je termine cet UTMB en 37 heures 26 minutes à la 508 ième position (clt. V1 H : 192) parmi 2537 partants et 1688 arrivants (taux d’abandon de 33%).
  • Cela me classe dans le 20% des partants et 30% pile poil des finishers. Je ne suis pas first quartile mais first tiers tile 😃 des finishers.
  • A noter que cette année, tous les participants à l’UTMB avaient pour prérequis d’avoir été finishers d’au moins deux Ultra Trails de plus de 100 bornes avec un profil montagneux dans les 18 mois précédents l’inscription. Pas de touristes à l’inscription.
  • Fait singulier : mon premier pointage en haut du col Delevret est 2309 (je suis dans le dernier décile) et à chaque pointage, sans exception, je gagne des places au classement pour arriver 508. La remontée est de 1801 places.

Un prochain post abordera des points plus techniques comme le matériel, l’entraînement, des réflexions diverses. Cela n’était pas l’objet de ce présent article consacré exclusivement au récit, à mon histoire telle que je l’ai vécue avec mes tripes.

UTMB 2017 : le point final sur ma préparation

Pas de blabla, pas d’extrapolation ni d’interprétation =>> Des faits et uniquement des faits. Quels sont ils ?

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  • L’entraînement spécifique en course à pied sur l’année 2017 (arrêté au 27 août 2017) :

Ma préparation totalise 172 séances de course à pied matinales en endurance fondamentale dont 160 (90% du total) d’une durée supérieure à 1h50 aux Buttes Chaumont le matin à jeun.

Un cumul d’environ 3930 kms soit 115 kms par semaine ou encore 23 kms par séance.

cumul

Pas de séances de type VMA ou seuil, pas de coach.

Pas de blessure mais un œdème après la X-Alpine derrière l’articulation du genou résorbée en 10 jours.

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  • Ultra Trail de préparation courus en 2017 :

22 avril 2017 : UTA (Ultra Trans Aubrac) 2017: 105 kms / 3600 D+ : 14h 05min / Classement 25ième vs 234 finishers (soit dans les 11%) vs 321 coureurs au départ (taux d’abandon 27%) . (cote ITRA 577)

8 juillet 2017 : X-Alpine TVSB (Trail Verbier Saint-Bernard) 2017: 111kms / 8400 D+ 8400 D- : 26h 39min / Classement 75 vs 237 finishers (soit dans les 32%) vs 487 coureurs au départ (taux d’abandon 51%). (Cote ITRA 533)

  • PPG

Simple, routinier et efficace : 100 pompes au réveil, 100 pompes avant le coucher, tous les jours SANS exception. Comme pour le brossage des dents ou la douche, impossible de s’en passer.

Pas de salle de sport, pas d’appareil, pas de coach. Le poids du corps fait très bien l’affaire.

  • Métabolisme à J-7 :

61 kgs (pour 1m75), poids calculé sur la moyenne des pesées des 15 derniers jours au matin.

Body fat : 5% calculé sur balance Tanita 4 points (jambes et bras).

  • Nutrition solide :

Mon attitude vis à vis de la nourriture choisit la voie de la simplicité : elle doit être dictée uniquement par la satisfaction de mes centres du plaisir et de la satiété. Aucun dogme ni cadre alimentaire suivi. Aucun contrôle de type : « je ne mange pas ça, ça c’est pas bien etc… », « les 5 fruits et légumes » etc etc…

La nourriture est considérée comme une importante source de plaisir qui doit faire du bien aux neurones : Reward ! Reward ! Reward ! Si j’ai une envie de cookies, je prends, si je veux une pâtisserie bien dressée d’un grand chef, je prend aussi.

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Aucune culpabilité.

Autrement dit je n’ai aucun réserve vis à vis des aliments considérés par certains comme de la « comfort food » (aliments fortement chargés en calories si j’ai bien compris bien le concept ?).

Les expressions « Junk Food », « manger sainement » « les mauvaises graisses, les bonnes graisses » etc… ne revêtent aucun sens pour moi et ne dictent en rien mes choix alimentaires.

Je ne fréquente pas spécifiquement les magasins Bio dont le concept m’indiffère.

Donc après ce long préambule sur mon attitude vis à vis de la nourriture voici des données plus détaillées et probablement plus singulières (hors normes) sur ma préparation nutritionnelle qui n’en est pas une puisque je n’ai modifié en rien mes habitudes alimentaires sur l’année 2017 :

  1. 5 œufs absorbés par jour à minima, dont 3 systématiquement au petit déjeuner sous la forme d’un sabayon avec vinaigre balsamique blanc (émulsion).
  2. A minima 1 Entrecôte ou Côte de bœuf / semaine : 600 g par portion (j’ai faim !). Je les choisis très persillées (mon expression favorite en cuisine : « le gras c’est le goût ») et si possible très maturées. Je n’aime pas la viande maigre (tels que filet de bœuf ou rumstek) car ne présente pas d’intérêt gustatif pour moi.
  3. Bonbons de chocolat (ganache praliné ou noir) et/ou carrés de chocolat de dégustation : à minima 7 par jours.
  4. Pâtisseries (Entremets chocolat / Éclairs / Tartes etc…) : au moins 1 presque tous les jours, le WE jusqu’à deux par jours.
  • Nutrition liquide :

Exclusivement thés verts (Sencha etc…) ou fermentés (Pu Erh) / eau de la Seine toujours du dernier millésime / infusions

Zéro goutte d’alcool (depuis 10 ans) : je n’aime pas.

Zéro goutte de boissons sucrées : je n’aime pas. (à l’exceptions des compétitions – ravitos – de course à pied, soit 3 à 4 fois par an).

  • Période d’affûtage commencée aujourd’hui (dimanche 27 août 2017) avec une division par deux de la longueur de mes séances quotidiennes. Je continuerai à courir tous les jours jusqu’à jeudi matin (31 août 2017) départ pour Chamonix via Genêve par avion veille du grand jour. Et le matin du grand jour on restera tranquillement dans le lit si j’en ai la force…

Fin de ma préparation à l’UTMB 2017 : je suis prêt.

 

Question : Comment estimer sa performance future sur une épreuve de l’UTMB en utilisant la cote ITRA ?

Voici un moyen simple et assez fiable d’apprécier son niveau sur une épreuve de Trail en général et de l’UTMB en particulier.

question

Ceci est rendu possible grâce au scoring des coureurs effectué par l’ITRA (International Trail Running Association). Nous sommes tous fichés et scorés à partir du moment où nous avons été finisher d’une seule compétition de Trail affiliée à l’ITRA (c’est à dire à peu près toutes) ! Pourtant nous ne sommes pas réduits à « des numéros nous sommes des hommes liiiiiiiiiibres ». Ceci pour paraphraser ce que dit le personnage du Prisonnier par Patrick Mac Goohan.

En d’autres termes l’ITRA nous donne des notes (ou autrement dit « une cote ») qui sont fonction de nos chronos passés et uniquement les chronos (le classement relatif n’est pas pris en compte) sur les diverses compétitions de trail. En fait derrière un score global nous avons également 4 autres notes correspondant aux compétitions de trail classées par distances (voir tableau ci-dessous extrait de cette page correspondant à mon profil).

Trail Scores

Alors en quoi peut nous servir cette information pour estimer notre performance à venir sur l’UTMB ou toutes autres épreuves ? Et bien à partir des résultats des finishers qui nous ont précédé sur l’UTMB l’année dernière nous pouvons savoir quelle est la cote moyenne des coureurs qui ont terminé sur une certaine tranche horaire.

En l’espèce l’UTMB correspond à la catégorie Trail Ultra XL car de distance supérieure à 100 kms. En ce qui me concerne j’ai une cote de 558 sur ce type d’épreuve.

A quoi correspond une cote de 558 en terme de chrono sur l’UTMB ?

Pour le savoir je vais calculer la cote moyenne de la catégorie Trail Ultra XL (et non la catégorie générale qui est trop biaisée) des coureurs finishers de l’UTMB en 2016 correspondant à des tranches horaires d’une heure.

Voici le résultat que j’obtiens en axant l’analyse sur les coureurs qui avaient couru l’UTMB entre moins de 41 heures et plus de 34 heures :

Trail Scores

En conséquence pour reprendre mon cas personnel, ma cote XL qui est de 558 correspond à un chrono moyen situé entre 38 et 36 heures.

Quelle est la méthodologie pour calculer la cote moyenne des coureurs qui ont été finishers sur certaines plages de chronos et ceci quelle que soit l’épreuve de trail ? C’est simple, voilà comment j’ai procédé pour obtenir les chiffres ci-dessus sur l’épreuve spécifique de l’UTMB 2016.

METHODOLOGIE

1/ Aller sur la fiche des résultats des coureurs finishers d’une course donnée. En l’espèce les résultats hommes des finishers de l’UTMB 2016.

2/ Sélectionner 15 coureurs (moins de 15 coureurs est un échantillon trop restreint) par tranche horaire d’une heure et aller sur la fiche ITRA de chacun pour checker leur cote XL. En l’espèce sélectionnons les noms des coureurs qui ont été finishers entre 39 et 40 heures de manière assez répartie sur cette tranche horaire.

3/ Faire la moyenne de leur cote XL =>> et c’est terminé. En l’espèce j’obtiens une moyenne de cote ITRA à 524.

Ensuite il suffit de comparer votre propre cote ITRA sur les épreuves XL pour savoir quelle performance vous êtes en droit d’attendre et donc de viser toutes choses égales par ailleurs. J’ai bien dit « toutes choses égales par ailleurs » cela signifie que si votre entraînement vous semble avoir permis de sensiblement augmenter votre potentiel depuis vos derniers Ultra Trail et donc que votre cote ITRA actuelle ne reflète plus votre nouveau niveau vous pouvez donc réajuster votre chrono cible pour l’épreuve à venir.

Bonne chance à nous tous.

 

Les meilleurs conseils à propos de la préparation à l’UTMB : florilège

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J’ai essayé de rassembler quelques conseils glanés ici ou là. J’ai souhaité n’en conserver que quelques uns et donner mon avis tout à fait personnel qui n’engage que leur auteur bien sûr ! En revanche libre à vous de critiquer et commenter, c’est fait pour ça ! Secouons le cocotier.

« Il faut arriver très frais le jour du départ. Moi je ne cours plus ou très peu les semaines qui précèdent la course« 

Ce que j’en pense :

C’est la grande question de l’affûtage (ou tapering en anglais). Comment arriver frais et donc en baissant le rythme d’entraînement tout en ne perdant pas les capacités d’adaptations que notre organisme a mis en place avec difficulté et requérant beaucoup de temps ? Que les choses soient claires, certes on peut arriver hyper frais le jour du départ en n’ayant rien fait les 15 ou 30 jours qui précèdent…très frais nous sommes, mais très désentrainés nous sommes aussi ! Et à l’aune de cette règle il est claire que j’ai plutôt intérêt à donner mon dossard à mon voisin de pallier qui n’a pas couru depuis 6 mois et qui sera probablement plus en forme que moi sur la ligne de départ.

Mon avis sur le sujet : j’ai l’habitude de dire que le désentraînement commence à partir du moment où l’on prend sa douche. Si arrêt des sollicitations, si plus aucun stress adressé à son organisme = désentraînement. Le corps humain fonctionne selon le principe du « Use it or Loose it ».

Par ailleurs lorsque l’on est habitué à courir très régulièrement, le fait d’arrêter va créer une sorte de « bouleversement » au niveau du métabolisme ne serait-ce que parce que l’énergie consommée (via l’effort physique) va beaucoup baisser du jour au lendemain.

Les papiers sur le phénomène de la surcompensations sont très peu nombreux et ne me convainquent pas vraiment.

Et franchement si l’on n’est pas capable de se remettre d’un footing de 1 heure à la cool tous les jours de la semaine qui précèdent une épreuve où l’on prétend avaler 170 kms en 40 heures de course…je me fais du souci sur le niveau de préparation des prétendants à la polaire de finisher de l’UTMB….. enfin c’est vous qui voyez mais en ce qui me concerne je continuerai jusqu’à la semaine S de courir en endurance fondamentale avec aisance respiratoire totale une petite sortie matinale limitée à 1 heure / 1 heure 30.

« 80% des coureurs partent beaucoup trop vite ».

Ce que j’en pense :

C’est un peu comme sur toutes les courses. Sur la SaintéLyon les coureurs très confiants partent à la vitesse d’un semi marathon et s’effondrent en devant marcher après St Catherine sur tous les faux plats, sur la Trans Aubrac tout pareil et sur la X-Alpine les « runners fusées » qui sont dans le rouge sur la montée du Catogne…mettent en général le clignotant à La Fouly (j’en parle en connaissance de cause pour avoir été l’une de ces fusées ayant fait long feu à La Fouly en 2015).

« Il faut en garder sous le pied…La course commence vraiment à Courmayeur. »

Ce que j’en pense :

C’est en ligne avec le conseil précédent. Eviter cet effet d’entraînement du départ où l’on adopte le rythme du peloton qui n’est pas son propre rythme. A noter que nous avons une perception très biaisée selon moi de la fatigue que l’on risque de ressentir à terme sur un Ultra. J’entends par là que nous avons une bien trop forte propension à extrapoler « ses sensations du moment » sur tous les kilomètres à venir d’un Ultra. J’entends par là que nous avons un mal fou à percevoir, prendre conscience qu’à un moment donné nous allons ressentir beaucoup de souffrance, une très grosse fatigue. J’aime bien l’expression : « Je me sens super bien, j’ai de super sensation »…et de s’entendre répondre « Ne t’inquiète surtout pas, cela ne durera pas ! ».

« Je vous conseille de vous changer intégralement lors de la prise du sac de change…j’ai bien dit intégralement ».

Ce que j’en pense :

Je ne l’ai jamais fait. Il semblerait que l’on ressente un super bien être, une sorte de réinitialisation du corps. Cela dit, 30 minutes après on se retrouve aussi mouillé que lors de son entrée au ravito. A titre personnel je préfère rester dans mon jus de bout en bout…au moins je n’attirerai pas les bouquetins ni les ours sauvages des Alpes ni d’autres runners voulant rester collé à mes basques ! C’est aussi ça « l’esprit Trail ».

« L’UTMB, c’est roulant, très roulant même… »

Ce que j’en pense :

Et bien j’en sais rien puisque je ne l’ai jamais couru. Cela dit je fais le constat que le ratio dénivelé (10 000) sur distance (170 kms) n’est pas si important que cela, il est plus faible que dans beaucoup d’autres course (notamment la X-Alpine). Cela donne une idée de la déclivité globale des pentes, elle semble globalement assez douce. Donc effectivement les fibres musculaires des quadriceps peuvent être épargnées plus facilement que sur des pentes à 30% de la X-Alpine par exemple, où on n’a pas le choix de solliciter à mort dès la descente de Catogne les quadriceps en excentrique, ce que l’on paye ensuite très très cher 10 heures après. Sur l’UTMB il semblerait que l’on puisse « se retenir » dans les descentes assez facilement permettant de ménager aisément sa monture. Maintenant si vous voulez « envoyer » dès la descente sur St Gervais libre à vous. Mais j’ai compris que le peloton, très ramassé sur cette partie du parcours, empêchait les coureurs d’être conduit à fauter.

« Il faut en garder sous le pied…La course commence vraiment à Champex.« 

Ce que j’en pense :

Bon il va falloir vous mettre d’accord : Elle commence quand cette course? A Champex ? A Courmayeur ?

Bon et bien je vais mettre tout le monde d’accord. J’ai bien regardé le topo. La course commence bien à Chamonix !

Bonne course les amis.

Prépa UTMB 2017 : le point à J-31

C’est fini de compter à rebours en mois…maintenant il s’agit de jours : dans 31 jours exactement je serai à Chamonix avec mon frère Fabrice (mon assistant numéro 1 !) pour participer au « Sommet Mondial du Trail Running » comme se l’autoproclame l’organisation de l’UTMB (Ultra Trail du Mont Blanc).

BILAN DU MOIS DE JUILLET :

Le point d’orgue de ce mois de juillet était bien sûr ma participation à la X-Alpine (mon récit). J’ai donc été obligé de me ménager les jours qui ont suivi et d’augmenter le cumul de journées OFF de CAP car la reprise a été beaucoup plus difficile que prévue (récit de la reprise). J’ai cumulé 12 journées OFF consécutives pour ne reprendre que le 21 juillet et encore … en rythme progressif. Le 25 juillet j’ai enfin repris mon rythme classique de ma morning routine de 23 kms environs autour d’un parcours normalisé (toujours, oui toujours la même routine) qui me mène de mon domicile (quartier Les Halles Montorgueil) au parc des Buttes Chaumont autour duquel je fais des ronds et ronds « petit patapon ».

Et force est de constater que j’ai vraiment eu la sensation d’avoir des enclumes pendant les 9 premières séances consécutives enregistrant mon plus mauvais chrono jamais enregistré (soit 2h22) pour ma séance du 29 juillet. Épuisé j’étais…

Et puis et puis, sans que l’on ne comprenne vraiment pourquoi. Lors de ma séance d’hier matin ce fut le déclic ! Enfin les bonnes sensations sont étaient revenues !!!!!!!!!!!!

Incompréhensible. Je n’arrive pas identifier les facteurs explicatifs permettant de comprendre que tout d’un coup les sensations disparues depuis mon Ultra Trail puissent revenir après 9 séances consécutives et près de 200 bornes dans les jambes en cumul.

Aujourd’hui (31 juillet 2017) cela fut la confirmation de ces bonnes sensations. Je reviens enfin à mon niveau pré X-Alpine de début juillet.

prepa juillet 2017tab de synthses till juillet 2017

BILAN DE L’ANNÉE 2017 A 1 MOIS DE l’UTMB

En cumul j’en suis à 3450 kms environ avec deux Ultra Trail courus en avril (La Trans Aubrac) et la X-Alpine (ce mois-ci).

L’enjeu pour moi : arriver frais le 31 août à Chamonix.

Cela va être néanmoins compliqué car l’arrivée de cigognes est imminente et j’imagine que celle-ci va, certes me permettre d’être aguerri à vivre mes 2 nuits blanches prévues lors de l’UTMB, mais que cela est aussi susceptible de fortement perturber l’organisation de mes sorties matinales. J’entre donc dans une période d’incertitude…de 31 jours.

Vivement le 31 août que je me couche 😉

Récit X-Alpine 2017 : une épreuve diabolique.

« Cet Ultra Trail est diabolique. » auteur inconnu

… Il doit être entre 1 heure et 2 heures du matin dans la nuit du samedi au dimanche 9 juillet 2017. J’ai quitté la cabane de Mille et cela fait bientôt 24 heures que nous sommes partis de Verbier. Cette descente en direction de Lourtier je la redoute. Je suis vulnérable, j’ai une grosse douleur derrière le genou et bien entendu mes quadriceps en descente sont déjà courbaturés. Alors mon « Gouverneur Central » (le dispositif psychologique qui est là pour assurer votre intégrité physique selon le physiobiologiste Tim Noakes) en profite pour m’envoyer des signaux. Une grande lassitude est en train de m’étreindre ainsi qu’une angoisse à l’évocation du « Mur de la mort » de Lourtier-La Chaux qui se rapproche. Mais cela va encore plus loin, l’envie de continuer, l’envie de courir tous les matins comme je le fais depuis des mois, l’envie de courir l’UTMB : tout cela a tout simplement disparutout cela n’a plus aucun sens pour moi. Tous ces objectifs me sont totalement indifférents. Pire, je trouve cela tout à fait incongru. Et si je rendais mon dossard à Lourtier et m’accordais un break d’au moins 1 an et qui serait peut être définitif sur ces épreuves d’Ultra Trail de dingue ? Et une petite voix de me dire « Mais oui abandonne ! Abandonne Grégo ! Les gens autour de toi loueront même ton courage et ton caractère raisonnable d’avoir abandonné ! »…

En tous cas quelque part entre le Col de Mille et Lourtier, je me dis que cette X-Alpine 2017, j’en suis certain car c’est très net dans ma tête, sera ma dernière…

LE VENDREDI 7 JUILLET 2017, IL EST 17h45 AU CHABLES :

J’adore ce moment de briefing organisé par l’organisation. Il fait suite à la remise des dossards.

DÉPART DE VERBIER A 4 HEURES DU MATIN

Je suis super bien entraîné, je vais courir l’UTMB dans 7 semaines et je me suis fixé un objectif de moins de 25 heures pour cette X-Alpine qui est une épreuve qui m’est chère. Bref je suis sur les starting block. Couché à 21 heures le vendredi j’ai réussi à dormir quelques heures, même si une fringale m’a contraint à manger trois financiers à 23 heures. Je n’avais pas assez mangé manifestement et je le regrette. Mes stock de glyco ne sont pas au top ! Je risque de le payer.

C’est donc avec une cohorte d’environ 150 coureurs que je franchis l’arche. Nous sommes beaucoup moins nombreux que l’année dernière pour le « départ 4 heures ». La très grosse majorité des coureurs a pris la décision de partir à 1 heure du matin. Étrange quand l’on sait que désormais pour s’inscrire à la X-Alpine il faut un pré-requis de 4 points ITRA… Bref, il n’y a plus de néophytes et à priori seuls sont admis des coureurs aguerris aux épreuves de Trail.

J’aime bien le speaker avec qui j’ai échangé quelques mots la veille à la remise des dossards pour lui dire que sa citation « Ne craignez pas d’être lent, craignez d’être immobile » m’avait beaucoup marqué. En tous cas plus que celle « d’une douleur éphémère pour une fierté éternelle » qu’il nous a sortie l’année dernière. Cette année on nous cite quelques vers de « Si » de Rudyard Kipling qui dit en substance que si tu sais « accepter l’échec et la victoire avec le même aplomb et patati et patata … » et qui se conclue par « tu seras un homme mon fils ». OKaaaayy ! Bon et bien quant à moi je ne suis pas encore un homme car je n’ai toujours pas digéré mon abandon de 2015, et c’est probablement pour l’éternité. Comme quoi les belles lettres et antiennes peuvent être très émouvantes à entendre au départ d’une course, mais quant à leur application, et bien il y a encore du boulot !

DE VERBIER A SEMBRANCHER (Km 12 et 320 mètres de D+ et 1096 mètres de D- )

till sembrancher

C’est parti sur the « Final Countdown ». Nous traversons Verbier. Nous passons devant mon hôtel (Le Montpelier : top qualité classe au niveau de l’accueil et du service, je le souligne) et cette fois je ne peux pas hurler pour saluer Laetitia qui est restée à Paris. Beaucoup de coureurs me doublent alors que j’étais en deuxième ligne sur le départ. Je dois me retrouver dans le dernier quart du peloton. Dans la descente de Verbier je suis toujours impressionné par la vitesse à laquelle les traileurs attaquent cette X-Alpine. Et je me dis toujours à ce tout début de la course : « Statistiquement il y en aura plus d’1 sur 2 qui ne sera pas finisher. Qui sont-ils autour de moi ? » « Toi ? Toi ? Toi? ….ou peut être Moi ? » Nous attaquons rapidement une montée. Je sens très vite que je n’ai pas vraiment les jambes, non je ne suis pas en jambes. Mais c’est normal il me faut toujours au minimum 1 heure pour m’échauffer.

Bon sang cette première montée est quand même rude. Je ne me souvenais pas qu’elle était si dure. Mes jambes sont en bois.

On attaque une descente très technique. On l’oublie un peu et on ne la mentionne jamais mais cette première étape est loin d’être simple surtout à froid.

J’arrive à Sembrancher (km 12) après 1h 31min de course soit exactement dans les mêmes eaux que l’année dernière. Je prends mon temps pour refaire mon sac, m’hydrater et c’est reparti pour attaque le colosse de cet X-Alpine : Le Catogne.

DE SEMBRANCHER (Km 12 et 320 mètres de D+ et 1096 mètres de D- ) AU SOMMET DU CATOGNE (Km 21 et 2224 mètres de D+ et 1116 mètres de D- ) :

till sembrancher

Au ravito je range la lampe frontale et mets tout de suite mes lunettes de soleil car je sais que les rayons commenceront à pointer dès Catogne Alpage d’ici une heure.

On attaque cette montée sèche de 1900 mètres de D+ sur seulement 9 kms. Et bien je trouve qu’elle est plus sèche et longue que dans mon souvenir. Le peloton s’est fortement effiloché. J’ai une coureuse dans mon visuel à 20 mètres devant moi, et un coureur à 20 mètres derrière également. Je suis vraiment à la peine. Je me fais doubler trois ou quatre fois alors que lors des précédentes sessions j’avais plutôt le souvenir d’être passé devant quelques collègues. Je ne dépasserai jamais la traileuse qui prendra la poudre d’escampette.

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Je prends conscience très vite que je peux jeter aux orties mon objectif de performance. Ma primaire devient désormais : être finisher, ni plus ni moins.

Je vais gérer cette course avec ce seul objectif…et c’est tout.

J’arrive au sommet du Catogne à 8h24 après 4h 24min de course.

DU SOMMET DU CATOGNE (Km 21 et 2224 mètres de D+ et 1116 mètres de D- ) A CHAMPEX (Km 26 et 2354 mètres de D+ et 2374 mètres de D- ) :

till Champex

La descente hyper technique s’effectue comme lors des deux dernières éditions…à l’exception du fait que je vais chuter lourdement en avant lors de l’entrée dans la partie arborée. Je me rattrape sur le coude droit qui sera bien éraflé, je ressens une très forte douleur de crampe au niveau du mollet qui vient de se tendre comme un arc. La douleur s’estompe, je poursuis ma descente en essayant de préserver mes quadriceps sollicités en excentrique. Ce n’est pas le moment « d’envoyer » pour le payer dans 20 heures lors de la descente sur Verbier lorsque je serai complètement courbaturé et susceptible de descendre à 4 pattes ou en zigzaguant.

J’arrive à Champex à 9h46 après 5h 47min de course.

DE CHAMPEX (Km 26 et 2354 mètres de D+ et 2374 mètres de D- ) A ORNY (Km 34 et 3780 mètres de D+ et 2444 mètres de D- ) :

till Orny

Au ravito je suis mon plan de « je remplis mes flasque d’un mélange eau / coca, je prends un peu de salé, je me crème avec un écran total XXL ». C’est parti pour cette ascension dont la première étape est juste terrible en terme de déclivité.

Sur la portion de plat j’appelle Laetitia pour lui dire que tout va bien, et surtout lui donner le change. Voilà textuellement ce que je dis à mon épouse au téléphone : « Impeccable ! Je vais gérer cette course en adaptant mon allure. En endurance fondamentale… voilà tout va bien, ne t’inquiète pas ». En fait il faut plutôt traduire les choses de la manières suivante : « Chérie je suis totalement à la rue par rapport à mon objectif de chrono, j’ai des sensations très moyennes, donc je vais juste essayer d’arriver au bout. » Voilà voilà….

Les bonnes sensations ? C’est toujours pas ça…je mets un pied devant l’autre avec un train de sénateur. Je checke aussi mes messages SMS de mes supporters. Il y en a un qui me fait l’effet d’un super dopant. En effet il m’indique en substance qu’un de mes amis d’enfance (traileur et résident frontalier également) va m’attendre au ravito de La Fouly. Voilà qui me remets bien en selle.

Le paysage qui se déroule est juste magnifique puisqu’il vaut un vrai livre de géographie sur l’étagement de la végétation en montagne. On commence par une forêt, puis les alpages, puis très vite les pierriers avec une coulée de glace.

Après le col Breya on croise un certain nombre de randonneurs. La déclivité est un peu moins forte, il fait plus frais aussi. Et enfin j’atteins la cabane d’Orny à 2820 mètres d’altitude, point culminant du parcours.

J’arrive à Orny à 12h40 après 8h 41min de course.

Un coureur m’accoste et me dit « c’est toi qui écrit des articles sur un blog ? J’ai lu ton article sur la X-Alpine et j’étais surpris par ton entraînement dans Paris, car moi aussi j’habite une région où il n’y a pas de dénivelé, la Bretagne. » Evidemment être reconnu cela fait plaisir, une rencontre improbable à 2800 mètres d’altitude.

D’ORNY (Km 34 et 3780 mètres de D+ et 2444 mètres de D- ) A LA FOULY (Km 47 et 4190 mètres de D+ et 4080 mètres de D- ):

chemin de la mort

Je ne m’attarde pas trop car il fait un « peu frisquette ici ». J’attaque cette redoutable descente sur Saleinaz. Redoutable pour plusieurs raisons : elle est très technique sur la première portion en raison de nombreux pierriers, elle est lassante pour les quadriceps qui commencent à fortement déguster (ils avaient eu raison de ma volonté d’être finisher il y a deux ans)…mais la vraie menace a trait à cette augmentation de la température à laquelle l’organisme doit faire face car nous passons de 2800 mètres avec 12 degrés à 1400 mètres où il fait 22 degrés (probablement plus). On sent que le soleil tape sur le casque. Quand nous atteignons Saleinaz c’est presque le four. Heureusement les nuages commencent à nous protéger. Commence alors ce que j’appelle le « chemin de la mort », celui qui conduit à La Fouly. Ce chemin en soi n’est pas difficile mais c’est celui où, très entamé par la première partie du parcours (Le Catogne et Orny sont les DEUX très grosses difficultés de la X-Alpine que l’on nous sert d’entrée de jeu), on sent que l’on est déjà un peu au bout du roulot. Et cest comme cela qu’avec le soleil de plomb qui nous tape dessus on prend la décision de jeter l’éponge une fois arrivé à La Fouly. Les statistiques ne mentent pas : le gros du bataillon des abandons a lieu à La Fouly ! J’en ai fait l’amère expérience il y a deux ans et je le regrette encore.

Physiquement je suis dans le dur sur ce « sentier de la mort » mais l’expérience me permet d’y faire face psychologiquement car je sais que c’est normal de ressentir cet état à ce moment de la course. Mais au-delà de cela je suis heureux de savoir que je vais retrouver mon pote Sylvain à La Fouly ce que me donne un bon coup booster. Je ne me souvenais plus cependant que ce chemin était si long, je n’en vois pas la fin. J’essaie de trottiner, avec difficulté, dès qu’il y a un faux plat montant je suis contraint de réadopter le rythme de la marche rapide. Je n’ai plus de jus. C’est où La Fouly ? C’est encore loin ?

Et après avoir cru tant de fois tomber sur cette bifurcation à gauche qui mène au village… enfin la voilà ! Enfin voilà ma surprise 🙂

J’arrive à La Fouly à 15h25 après 11h 25min de course.

Et elle est belle. Sylvain armé de son reflex Nikon a fait l’incroyable effort de venir de loin (frontalier mais à 2 heures de route). Cela me touche beaucoup.

Je ne reste pas longtemps, c’est assez frustrant. On aimerait s’attabler, prendre un bon repas, terminer par un bon jeu cartes.

Mais il s’agit d’une course qui nécessite de la concentration et où l’on est dans un état second, dans sa bulle.  Je salue mon ami et je reprends la course. Sur le sentier de la Fouly j’avais projeté que l’on nous prenne en photo ensemble…et cela m’est complètement sorti de la tête. C’est un grand regret que je vais nourrir durant la portion suivante de la course.

 

DE LA FOULY (Km 47 et 4190 mètres de D+ et 4080 mètres de D- ) AU COL DU GRAND SAINT BERNARD (Km 61 et 5559 mètres de D+ et 4599 mètres de D- ) :

de Saleinaz à Bourg Saint Pierre

Cette fois je n’ai pas oublié de remplir à bloc mes flasques d’un mélange eau/coca qui me convient très bien. Je ne me souviens que trop bien de la catastrophe à côté de laquelle je suis passé l’année dernière en errant assoiffé et déshydraté, tel le capitaine Haddock dans le désert de l’album L’Or Noir sans une goutte de whisky. Donc tout va bien je peux boire tranquillement sans craintes sur cette montée légère jusqu’au col Fenêtre. Tout va bien, je déroule…. donc tout va bien. Donc je peux taper dans mes flasques sans craintes, donc tout va bien. Donc, donc… et bien je me rends compte que tout ne va pas très bien car elles se vident bien vite mes flasques. Et je suis encore très loin du col du Grand Saint Bernard (au moins à 3 heures). Il va falloir me rendre à l’évidence, je vais être en panne sèche et qu’il faut que je prévienne la sortie de route. Je vois des randonneurs qui redescendent. Allez je tente le coup. C’est toujours coûteux pour moi de demander, au risque de me prendre un soufflet. Hourraa !! Ils me permettent de me désaltérer et d’éviter de devoir trop solliciter mes réserves. Je suis remis en selle rasséréné.

Je dépasse un coureur qui m’interpelle : « Greg on the run ! Greg on the run ! ». Je me retourne un peu incrédule. Mais effectivement ce coureur m’a reconnu à la couleur du buff que je porte sur la tête et que je portais aussi sur les photos de la X-Alpine de l’année dernière. Il me dit qu’il s’est inscrit notamment après avoir lu mon récit et que c’est grâce à moi qu’il est ici. Je lui réponds que malheureusement c’est surtout à cause de moi qu’il est dans cette galère. Apparemment ce future et brillant finisher ne m’en voudra pas d’après ses commentaires laissés sur les réseaux sociaux que j’ai lus par la suite…

© 2017 Sylvain Adenot Photography

Nous quittons les paysages d’alpage pour la roche, la neige, et les lacs de montagne apparaissent à quelques encablures du col Fenêtre. C’est un des points les plus beaux du parcours. On se sent revigoré. La descente puis la légère remontée sur le col du Grand Saint Bernard sont à couper le souffle, d’autant qu’elles se font alors que les rayons du soleils sont plus rasants, donnant à la roche une teinte cuivrée. Cela dit au moment d’arriver au ravito de cette fameuse frontière Suisse / Italienne le ciel se fait tout d’un coup plus menaçant.

J’arrive au col du Grand St Bernard à 18h42 après 14h 42min de course.

Nous craignons l’orage. Certains coureurs quitteront le ravito avec le coupe vent. Pas moi…j’ai trop la flemme, j’attendrai qu’il pleuve vraiment. Au ravito j’ai une faim de loup je mange à peu près de tout, surtout du salé. La simple évocation du sucre m’écœure. Un responsable du SAMU « version Suisse » voit mon bras éraflé et me propose de le désinfecter. Je prends mon temps. Je gère ma course pour être finisher. Le chrono m’importe peu.

DU COL DU GRAND SAINT BERNARD (Km 61 et 5559 mètres de D+ et 4599 mètres de D- )  A BOURG SAINT PIERRE (Km 75 et 5993 mètres de D+ et 5863 mètres de D- ):

du Gd Saint BErnard A Borg Saint Pierre

Nous attaquons un nouveau col très alpin. Il commence à pleuvoir quelques gouttes. Je prends le parti de rester en T-Shirt. S’arrêter une nouvelle fois, ouvrir son sac, prendre son coupe vent etc… Cela prend trop de ressources. On préfère à ce moment là de la course rester concentré et conserver son rythme : mettre un pas devant l’autre. « Ne pas craindre d’être lent, mais craindre d’être immobile ». Au col des Chevaux il n’y a pas de pointage chrono mais il y a des bénévoles qui sont là pour nous accueillir. Je demande à l’un d’eux de me prendre en photo.

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Le ciel est très couvert, les rayons ont du mal à traverser, il y en a quelques uns mais ce seront les tous derniers. J’attaque la très longue descente en direction de Bourg Saint Pierre permettant encore une fois de traverser tel dans un livre de géographie tout « l’étagement de la végétation d’un paysage alpin ». Tout d’abord les pierriers, puis les alpages nus, puis enfin quelques arbres. Le décor est encore grandiose, j’aime beaucoup cette partie du parcours décrite par beaucoup comme sans intérêt. Je l’apprécie tout particulièrement car l’espace est très ouvert et dégagé. Comme il fait plus frais on se sent plus en jambe, on se remet enfin à courir…et à courir assez vite. Au niveau de l’altitude des alpages le terrain comporte beaucoup moins d’obstacles à franchir, on se sent libéré. On arrive le long d’une énorme réserve d’eau et pour cause le parcours longe la rive du barrage des Toules. C’est encore plus roulant, on peut courir à bonne allure car c’est désormais un parcours fait de sentiers pédestres. Le ciel est de plus en plus noir, l’obscurité s’abat sur ce paysage qui est cette fois dompté par l’homme. On entend au loin une route empruntée par des voitures. Le sentier s’enfonce dans la végétation et parfois longe de tous petits chalets de bois très accueillants ; la porte est grande ouverte et laisse entrevoir une demeure éclairée par quelques bougies (j’ai l’impression d’être dans un épisode d’Heidi), et l’hôte ne semble pas gêné par les coureurs passant devant sa porte. On aimerait s’y arrêter pour se reposer près de la cheminée.

J’arrive à Bourg St Pierre à 21h35 après 17h 35min de course.

Et voilà Bourg Saint Pierre qui est un magnifique village qui n’a rien à envier à Saint Veran (considéré comme un des plus mignons villages alpin français). J’entre dans ce gymnase qui …sent les pieds. Heureusement je n’ai pas de nausées. Beaucoup de coureurs sont attablés, certains dorment par terre sur le sac de change qui leur sert d’oreiller. C’est un peu la cour des miracles. Mon objectif est de très vite en sortir. Je prends mon sac de change dans lequel j’attrape mes 2 morceaux de cake salé (grosse envie !) et des gâteaux (beurk je suis écœuré par le sucre). Je prends ma lampe frontale, je vide mes poches… et pendant ces préparatifs je suis accosté par un coureur qui semble me connaître mais que je n’arrive pas à identifier (il faut dire que mes capacités cognitives sont très réduites à ce moment de la course et cela ne va pas aller en s’améliorant). Il me pose une question en souriant, je ne sais plus laquelle, et moi de lui grommeler un truc pas très agréable, en répondant dans le vide. Bref je lui manque totalement de respect en ne lui prêtant pas attention. On parle de « l’esprit trail » pour qualifier la bienveillance que se portent les coureurs entre eux, et bien autant dire que je ne l’incarne pas du tout à ce moment là et que je donne l’image de moi de quelqu’un de très rustre. Je le regrette. J’espère qu’il me pardonnera si jamais il lit ces lignes. Je dépose mon sac de change et file vite vers la sortie. Mon arrêt se sera limité à 10 minutes.

DE BOURG SAINT PIERRE (Km 75 et 5993 mètres de D+ et 5863 mètres de D- )A CABANE DE MILLE (Km 87 et 7043 mètres de D+ et 6053 mètres de D- ) :

Brg St Pierre a cabanne

Je dois allumer ma lampe frontale car nous sommes entre chien et loup. J’ignore quel est mon retard par rapport à l’année dernière car je n’ai pas mes temps en tête mais j’en conclus que je dois être en retard car l’année dernière j’avais allumé ma lampe beaucoup plus tard. J’appelle Laetitia pour lui donner de mes nouvelles et surtout avoir des siennes et être rassuré : pas d’arrivée de cigognes à l’horizon ? Je peux continuer ? Un autre traileur arrivé à mon niveau vient de s’arrêter de prendre des nouvelles de son épouse également…alors comme je me sens proche, je suis tout d’un coup épris de « l’esprit trail » qui revient. Je lui tape la conversation. On commence par aborder des sujets profonds (des sujets de traileurs quoi). « Tu es content de ta frontale ? » « C’est fou ça elle éclaire comme un phare ! ». Il est niçois et triathlète. Bon, il ne connaît pas mon blog manifestement ;-). Il est un super crack et a couru le très difficile Trail du Mercantour. Néanmoins il reconnaît que la X-Alpine est beaucoup plus difficile qu’il ne l’avait imaginée. Mais il pense qu’il sera récompensé de ses efforts « lorsqu’il arrivera ce soir à Verbier ». Ce soir ?!!… Comment te dire ? Je ne le lui dis pas mais la station de Verbier tu ne la verras pas avant demain et le levée du soleil. Je crois qu’il ne se rend pas bien compte de la difficulté de la tâche qu’il reste à accomplir. Bref il est dans l’hyper espace. Je lui dis que le plus dur reste à venir et qu’il reste notamment un MUR, le mur de la mort qui tue, le mur de Lourtier/Lachaux avec du 25% / 30% de pente pendant presque deux heures ! Cela dit il mène bon train, je lui dis que je ne peux suivre son rythme et que je préfère le laisser filer devant moi. J’ai du mal à marcher rapidement et à parler en même temps, je n’ai pas suffisamment de ressources.

On quitte la forêt pour les alpages dans le noir le plus complet. La pleine lune est planquée derrière les nuages (dommage). A peine si l’on devine au loin quelques coulées de neige, un glacier. Il va falloir se faire à l’obscurité et à faire attention aux obstacles sous ses pieds. Je commence à être vraiment « dans le dur », le moral n’est pas vraiment au beau fixe. Mon tableau de bord commence à s’illuminer de pleins de voyants rouges. Tiens… entre temps j’ai dépassé mon triathlète niçois qui a beaucoup ralenti et que je ne reverrai plus.

Et au détour d’un virage, youpii là-bas c’est la cabane de Mille, on aperçoit de la lumière ! Oui…sauf que pour y aller il faut…. longer un énorme cirque. Comment vous dire ? A vol d’oiseau c’est assez proche mais il y a juste le vide entre nous. En fait il faut longer une très très longue corniche dont on devine le dessin grâce aux lueurs des lampes frontales des coureurs qui nous précèdent. Et on devine alors (malheur) que cela va être interminable. L’année dernière j’étais dans l’ignorance en n’ayant pas vraiment perçu la cabane Mille au premier coup d’œil, je n’avais donc pas reçu ce choc. Parfois mieux vaut rester dans l’ignorance…

J’arrive à Cabane de Mille à 00h30 après 20h 30min de course.

Enfin la cabane de Mille. Elle est toute petite. Quelques coureurs sont assis sur un banc. Comment feront-ils pour se relever ? Je ne me suis jamais assis depuis le début de la course de peur justement de ne pouvoir me descotcher. Je refais mes lacets et un coureur voyant ma difficulté à délacer mon double nœud veut absolument me donner un cours de laçage : encore l’esprit trail ? Je lui réponds que c’est sympa de sa part, mais que c’est vain car j’ai des capacités intellectuelles très très réduites. Primo je n’ai pas les ressources pour avoir l’attention que requiert un cours sur quelque sujet que ce soit, deuxio je n’arriverai pas à retenir ce qu’il me dit. Donc il est inutile pour lui de se fatiguer. Bon il faut vite que je quitte cet endroit car j’ai reperdu « l’esprit trail », je suis dans ma bulle, et plus je reste au ravito plus il est difficile d’en sortir. Je sais qu’il fait assez froid dehors. La descente sur Lourtier suivie du Mur Lourtier-La Chaux me fait peur car l’année dernière j’avais beaucoup gambergé avec mon problème urinaire (noir de chez noir) me laissant croire que j’avais une hémorragie.

Il est temps d’aller me confronter à mes démons.

DE LA CABANE DE MILLE (Km 87 et 7043 mètres de D+ et 6053 mètres de D- ) A LOURTIER (Km 98 et 7093 mètres de D+ et 7509 mètres de D- ) :

de mille à Lourtier

J’avais un peu tout accumulé l’année dernière sur cette portion. Les envies d’abandon, la marche forcée, la perte de la signalétique, l’envie d’appeler les secours… Et bien pour cette année je vais également remplir quasiment toutes les cases. Et je commence par ne pas prendre le bon chemin dès la sortie. Je suis paumé. Elle est où la signalétique ? Je dois attendre qu’un traileur derrière moi sorte du ravito pour revenir dans le droit chemin. Je continue la descente seul. Et c’est assez chaud !  On ne voit vraiment rien. La qualité de la signalétique est assez faiblarde, il y a bien un petit panneau / sticker réfléchissant quand le faisceau de la frontale le touche….encore faut-il le croiser avec son faisceau ! Je manque de me perdre à plusieurs reprises. On traverse de nombreux ruisseaux, et je m’embourbe dans des tourbières jusqu’à la cheville. C’est juste l’enfer.

Au bout d’un certain temps au niveau des alpages et des premiers signes de végétation le parcours emprunte un sentier, plus simple à suivre. Cela dit je gamberge.

[…] J’entends les voix des sirènes. « Abandonne, abandonne, les gens te féliciteront pour ta bonne décision. Les gens te trouveront raisonnable, super smart d’avoir eu ce courage ! » […] Et là je pense à Sylvain qui a fait tout cet effort pour venir me voir, ma famille qui suit mon avancée sur LiveTrail, ma femme et l’arrivée d’une escadrille de cigognes. J’aurais fait tout ça pour ça ? C’est inimaginable. Je continue à mettre un pied devant l’autre et puis c’est tout. Je suis en mode pilote automatique. J’ai très mal en haut de l’insertion du mollet. En revanche mes quadriceps tiennent très bien la cadence qu’impose un groupe de coureurs que j’ai décidé de suivre dans la descente. Et cela devient hyper technique. J’ai tellement besoin d’être concentré que les sirènes semblent s’être éloignées, probablement lassées avant moi, tant mieux.

Enfin une route carrossable qui fait du bien aux jambes. On se met à marcher pour reprendre son souffle. On sent l’activité humaine toute proche. Quelques lumières urbaines au loin, Lourtier ? Non pas encore, Lourtier est encore loin et j’en ai plein les pattes. Heureusement la pente devient douce et peu technique, j’ai besoin de me reposer et donc de mettre le pied à terre (c’est à dire marcher). Je suis complètement dans le dur. Mes tentatives de trottinage ne durent pas plus de 100 mètres.

J’arrive à Lourtier à 2h50 après 22h 50min de course.

Et c’est donc en grand vainqueur marcheur que j’entre dans Lourtier, sympathique village, aux rues totalement vidées de ses habitants qui doivent confortablement dormir sous leur couette. Comme je les envie. Quant à moi j’ai un boulot de dans 10 minutes, un programme sympa dans le genre divertissement sportif ! A savoir : me faire « le MUR ».

DE LOURTIER (Km 98 et 7093 mètres de D+ et 7509 mètres de D- ) A LA CHAUX (Km 104 et 8305 mètres de D+ et 7529 mètres de D- )  :

The Mur

J’entre dans le ravito. Nous sommes 4 coureurs tout au plus. Ils sont toujours assis les coureurs au ravito. Comment font-ils pour se relever ? Je suis à la recherche du risotto promis. Il est où mon risotto ??? Je vois un coureur qui jette une assiette encore quasiment  pleine d’une sorte de bouillie blanche en disant « c’est bizarre ». Un bénévole me sert quelques louches d’une substance qui ressemble plus à du porridge qu’à du risotto mais c’est très bien ainsi. Je le déguste et je le trouve tout à fait à mon goût. C’est bien ce dont mon organisme a besoin. C’est facile à mâcher et assaisonné (c’est à dire salé) comme il faut à 3 heures du matin après 23 heures de course. Bon il faut y aller. Je plaisante un peu avec le personnel du ravito ainsi qu’avec des membres du SAMU suisse local semble-t-il. Une jeune femme me dit qu’il faut avoir du courage pour faire ce que l’on fait. Je leur réponds que je me demande pourquoi on le fait… et en plus on a payé pour. On se marre bien. Ce moment de détente fait du bien. Il est temps pour moi de prendre mon courage à deux mains (si j’ose dire). Je sors du ravito…. tiens ma lampe frontale clignote (signal de « plus de batterie bientôt »). Il faut que je la change. Je n’aime pas m’interrompre comme ça. Puis le mur commence par une petite portion de bitume, puis après un petit virage à droite il est devant moi : une grande allée bordée de deux belles rangées d’arbres comme sur certaines routes rectilignes du midi. Sauf que là la pente est à près de 30%. C’est parti, cela va faire mal aux cuissots. Au moins pas la peine de lever la tête (et il vaut mieux pas sinon on se prend un coup au moral) car c’est bien droit. Allez on y va. J’avance à mon rythme, concentré dans ma bulle, je suis complètement seul, pas une seule frontale à l’horizon. Mais il n’y a pas d’horizon, de toutes manières je ne vois rien et ce noir semble infini…. devant moi ma frontale éclaire un mur. J’avance tel un damné. Et puis au bout de 10 minutes (?) je trouve qu’il fait bien bien chaud et je touche une de mes flasque pour me rendre compte qu’elle est au trois quarts vide, la deuxième flasque ? Tout pareil… C’est une catastrophe. Je ressens un coup de chaud. Je me rends compte que j’ai oublié de remplir mes flasques au ravito. Mes pulsations viennent de monter d’un bon cran, je prends un vrai coup sur la nuque. L’émotion est intense. Je raisonne, j’essaie : « Ai-je suffisamment de carburant pour arriver au prochain ravito de La Chaux, tout là haut ? » « Qu’est-ce que je fais ? » « Non, non et non…. je ne peux me résigner à revenir en arrière c’est trop bête, je suis allé trop loin ! » Je continue mon ascension. Puis l’angoisse m’étreint à nouveau, j’ai une boule au ventre. Elle prend le dessus. « On s’en fiche du chrono, tu es dans les choux depuis longtemps. Ton objectif c’est de terminer, le reste c’est perdu. Il n’y a pas d’autre enjeu ». « Mais rajouter du dénivelé sur le Mur c’est rageant quand même !!!!! » Arghhh. Allez je n’ai pas d’autres choix que de revenir sur mes pas et de faire une partie de la pente en descente. Horreur. Je croise pas moins de 5 coureurs à qui je conte mes malheurs en leur disant à la volée avec l’aplomb de l’adulte hyper sûr de lui bombant le torse :  » Ouais j’ai pas d’eau, je redescends au ravito ». En fait j’ai envie de pleurer et de hurler mais je ne le montre pas…. Les mecs me regardent hagard et me répondent en acquiescent « ah oui effectivement ». Il y en a un qui est à deux doigts de me filer un peu d’eau. Mais je coupe court, je ne veux en aucun cas que quelqu’un supporte mon erreur. Je sentirais trop le poids de la culpabilité. C’est mon problème, à moi de l’assumer.

Bizarre de se retrouver à la case départ. Bon je me referais bien une plâtré de risotto tant qu’on y est, histoire d’avoir une compensation (reward !, reward ! reward ! me crie mon cerveau !!!) ? Je suis trop désespéré finalement. Je remplis mes flasques à raz bord, je prends des biscuits secs apéritifs suisses (des TUC mais en mieux je trouve). Et je m’en retourne pour recommencer. Je pense au poème de Rudyard Kipling dont quelques extraits nous ont été lus juste avant le départ dans l’indifférence générale car on n’entendait pas bien le speaker. « Si tu peux voir détruit l’ouvrage de toute une vie…et sans dire un mot te mettre à rebâtir ». Alors je reformulerais ces vers de la manière suivante : « si tu peux revenir sur tes pas après avoir monté une partie du mur…puis te mettre à tout remonter sans broncher » …tu seras un vrai Traileur mon Grégo ! Cela me fait marrer intérieurement. Finalement j’arrive à créer des vers de haut niveau à ce moment de la course. Comme quoi mes capacités intellectuelles ne sont pas si faibles.

Enfin rasséréné j’attaque « The Mur » pour plus de deux heures d’ascension qui sont pour moi un long voyage intérieur. Et curieusement, vous savez quoi ? Et bien le fait d’avoir pris la bonne décision, d’être hyper rassuré me donne un coup d’endorphine (oui oui !) tout à fait bienvenu. Convaincu d’avoir pris une excellente décision je déroule assez bien. C’est difficile, mais finalement pas aussi dur que l’année dernière où j’essayais de suivre un autre concurrent qui montait trop vite pour moi. J’ai un bon rythme et je monte ce mur d’une traite quasiment, m’arrêtant à trois ou quatre reprises uniquement le temps de tirer dans mes flasques le précieux liquide (mélange eau/coca). La pente est un peu moins forte lorsque l’on quitte le sous bois. Et l’on peut percevoir le paysage d’alpage car il fait moins sombre. Cela fait du bien au moral. Je croise une coureuse anglo saxonne de queue de peloton de « la Traversée » (course partie de La Fouly à 10 heures). Elle est bien courageuse. Il se met à pleuvoir quelques gouttes, pas suffisamment pour mettre le coupe vent, j’ai trop la flemme, trop long à sortir, puis à remettre dans le sac si c’est une fausse alerte…et il ne s’agit que de fausses alertes.

Enfin j’entrevois l’arrivée du télésiège de La Chaux tout là bas à gauche. C’est éclairé, comme un refuge bien confortable et chaud. Bon dans les faits c’est un self d’arrivée de remonte pente… mais néanmoins l’effet est le même que si j’arrivais dans un petit chalet avec du mobilier en bois et le bruit des bûches qui crépitent dans la cheminée. Le jour se lève assez vite. Ma lampe frontale ne sert plus à rien. C’est là que je m’aperçois qu’au niveau chrono je dois être complètement en l’air par rapport à l’année dernière car j’en avais encore besoin à ce stade de la course.

J’arrive à La Chaux à 5h29 après 25h 30min de course.

Entré dans le self, on est super bien accueilli par les deux bénévoles. Il y a un ou deux coureurs, assis (ai-je besoin de le mentionner ?). Je prends quelques bons verres d’eau (le coca ne passe vraiment plus) servis par une femme très très empathique qui a remarqué mes plaies au bras droit. Elle est très chaleureuse, et moi de lui raconter mes petits malheurs : « ben oui j’suis tombé », « ben oui cela commence à être bien difficile », « ben oui j’en peux plus mais vivement Verbier » « ben oui c’est de la descente maintenant mais la descente c’est dur pour mes cuisses ». Propos complètement banals qu’elle écoute religieusement comme si j’étais l’unique coureur de cet Ultra. Et franchement cela me réconforte. Et puis je prends le chemin de la sortie.

DE LA CHAUX A VERBIER :

Il fait un froid de canard quand on longe ce cours d’eau. Il fait jour désormais. Je n’ose pas trop regarder en bas dans la pente car on se prend un coup sur la tête quand l’on voit le dénivelé négatif qu’il va falloir avaler. Mes jambes n’en peuvent plus. Le travail en excentrique est difficile mais cela dit pas aussi difficile que dans ma mémoire. L’année dernière j’avais dû m’arrêter à de nombreuses reprises car mes quadriceps n’avaient plus d’endurance. Cette année j’arrive assez bien  à poursuivre malgré la douleur. Les portions dans le sous bois sont parfois très très techniques et je manque à plusieurs reprises à m’étaler en me prenant les pieds dans les racines des arbres qui affleurent : un dangereux piège pour tout traileur qui aime bien envoyer dans les sous bois, ce qui est ô combien risqué. Je me calme pour ralentir. C’est inutile et cela serait trop bête de chuter si près du but. Il n’y a pas d’enjeux autre que de terminer.

Mais c’est bizarre où est Verbier ? On doit remonter sur des sentiers carrossables. Je me mets à marcher sur les montées, je suis un peu à bout. Je reprends mon souffle sur les faux plats. Et puis et puis je reconnais enfin le terme de cette folle aventure !!! Il fait complètement jour désormais, je vois le télésiège, je sais que nous sommes à quelques encablures. On emprunte la fin d’une piste de ski. Je mets enfin le pied sur le bitume de Verbier. Je traverse la station endormie, j’ai l’impression d’arriver en vainqueur avec la foule en délire (en fait Verbier est complètement désertée !), deux finishers de la X-Alpine remontent la rue et me félicitent (ça c’est l’esprit Trail…On sait que l’on en a tellement bavé que l’on a de l’estime pour tous nos pairs !).

Je vois l’arche, je vais me délecter de ce moment. Je ne sais pas comment. Un éclair, un flash, une illumination, la foudre : tout me transperce au moment où je passe le tapis magnétique. C’est fait ! J’ai décroché l’étoile ou plutôt ce deuxième X !

Finisher de ma deuxième X-Alpine consécutive.

Nous serons moins de 50% des concurrents (taux d’abandon de 51.33%) à pouvoir goûter à ce moment.

Quel bonheur ! Et pour ça, cet instant incroyable, je me réinscrirai l’année prochaine pour en décrocher une troisième.

Je vous l’avais bien dit en préambule. Cette épreuve est diabolique !

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REMERCIEMENTS SPÉCIAUX :

Evidemment la primeur va à mon pote Sylvain traileur lui-même. Un grand grand coup de chapeau…et même plus.

Merci à mon frère ! Toujours présent et d’une fiabilité à toute épreuve, il sera mon super assistant sur l’UTMB.

Merci à ma famille proche pour leurs messages.

Merci à mes autres potes qui m’ont été d’un grand soutien par messages interposés :

  • Mon Grand
  • François M. (qui a couru à plusieurs reprises le TVSB sur ses différents formats et qui vient de terminer l’Eiger)

Et bien entendu mention hyper spéciale à mon épouse qui a fait preuve comme toujours d’un indéfectible et inconditionnel soutien. Elle m’a permis de me rendre à Verbier alors qu’elle avait légitimement toutes les bonnes raisons du monde de me demander de rester auprès d’elle pendant cette période de couvre feu dans l’attente du débarquement de cigognes.

MERCI A L’ORGANISATION SUISSE DU TVSB :

Les bénévoles de cette TVSB : vous êtes énormes !!!!!! Merci à vous. Sans vous nous ne pouvons pas réaliser nos rêves les plus dingues.

QUELQUES CHIFFRES / STATS :

Je suis le 75 ième finisher de l’épreuve après 26 heures et 39 minutes de course soit dans le gros premier tiers des finishers (32%) ou les 15% des partants.

24ième VH 1

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Nombre de partants : 487 VS Nombre de finishers : 237 soit un taux d’abandon de 51% (le plus faible taux des trois dernières éditions). A noter qu’il fallait justifier de 4 points ITRA pour pouvoir s’inscrire sur la X-Alpine, c’est la première fois que les concurrents devaient justifier de ce pré requis. En d’autres termes les impétrants devaient justifier d’avoir été finisher d’un trail d’au moins 70 kms dans les 18 mois précédents l’inscription. Cela peut justifier un taux d’abandon plus faible cette année (pas de touristes).

LES LIENS VERS D’AUTRES HISTOIRES DE X-ALPINE :

Mon récit 2015

Mon récit 2016

 

 

 

X-Alpine 2017 : quel objectif ? Temps de passage prévus et le suivi en direct.

111 kms et 8400 m de D+ courus l’année dernière en 26h et quelques minutes. Pour cette année je me fixe moins de 25 heures ce qui devrait me faire entrer dans le Top 50 de Marc Toesca.

Pourquoi ?

Cet objectif n’est pas tiré de mon chapeau il s’appuie sur le rationnel suivant :

  1. Mon niveau de forme (les anglais disent « fitness ») s’est amélioré de 5% par rapport à l’année dernière. Concrètement mon économie de foulée que je calcule en mesurant mon rythme cardiaque VS allure est plus faible de 5% par rapport à l’année dernière. Pour le même « chrono au tour des Buttes-Chaumont » mon rythme cardiaque est inférieur de 5% par rapport à 2016.
  2. Lors de mon expérience de l’année dernière j’avais connu un très gros passage à vide après le col du Grand Saint Bernard (cf. mon récit 2016). Je pense que si je n’ai pas de pépins de ce style je devrais pouvoir courir sur la descente de la cabane Mille jusqu’à Lourtier.

En conséquence 95% de mon chrono de l’année dernière me permet d’espérer un moins de 25 heures.

tableau synthèse TVSB 2017 (2)

Mes temps de passage prévus cette année pour atteindre mon objectif de « moins de 25 heures » aux points de contrôle sont les suivants avec comparaison avec les pointages de l’année dernière sur la première ligne.

Exemple : je suis passé à 8h27 au sommet de Catogne l’année dernière et j’ai pour objectif cette année d’y être à 8h09.

chrono tvsb 2017v2

A L’ATTENTION DE MES SUIVEURS ACCOMPAGNATEURS SUPPORTERS AMIS FANS FAMILLE FEMME PÈRE MÈRE BELLE MÈRE FRÈRE SŒUR…et même ceux que j’ai oubliés mais qui pensent à moi.

  • Voici le lien de Live Trail (mon dossard est le 102) : http://tvsb.livetrail.net/coureur.php

live trail