Récit : La SaintéLyon 2018

Il s’agit bien de la plus difficile édition que j’ai faite. Ou tout du moins celle qui m’a demandé le plus d’effort. Je vous le dis finishers de cette SaintéLyon vous l’avez faite et vous avez fait preuve d’une volonté de fer pour franchir l’arche d’arrivée à la Halle Tony Garnier. Plus tard on fera référence à cette « édition 2018 de la SaintéLyon » comme d’une édition particulière, très éprouvante. Bref il s’agit d’un épisode que je qualifierais de dantesque.

C’est fini. Quel soulagement.

Je savais d’ores et déjà que j’étais moins préparé que les années précédentes pour cause d’une double infection contractée lors de mes 8 dernières semaines de prépa et pour cause de sommeil un peu haché par mes jumeaux de 15 mois très soucieux de m’apporter leur concours dans ma préparation à rester éveillé en pleine nuit. Je les en remercie.

Par ailleurs ce samedi matin sur les quais du Rhône après avoir retiré mon dossard en compagnie d’une grande star du Trail en la personne de Dawa Sherpa et alors que je m’apprête à aller chez Bernachon en voiture pour refaire mes réserves en tablettes et bonbons de chocolat / pralinés, je suis très contrarié par une cohorte de gilets jaunes me barrant la route sous mes yeux (cela s’est joué à 30 secondes). Je suis alors contraint d’annuler ma visite gourmande et de rebrousser définitivement chemin.

J’ai la chance de déjeuner au Sud invité par mon pote Sylvain. Bon je fais une petite erreur en choisissant un minestrone dont les haricots fermenteront dans mon tube digestif me causant une douleur / gêne jusqu’à Sainte Catherine. Je rentre chez ma belle mère à La Mulatière chez qui je loge dont la copro jouxte le parcours de la SaintéLyon (juste avant la descente vers l’escalier menant aux quais) si bien que l’on voit les coureurs passer devant les fenêtres à moins de 100 mètres à vol d’oiseau. 

Je ne me sens pas vraiment en forme. Je vais faire une sieste de près de 1h30 ce qui ne m’arrive jamais le jour d’une SaintéLyon. Le reste de la journée se déroule comme d’habitude : train pour Saint-Etienne et accueil par la famille à Villars pour une soirée hyper relaxante avec assoupissement de 21h à 22h. Cela dit, phénomène étrange, plus je m’assoupis plus je me sens crevé. Je me sens vraiment d’attaque pour … repasser sous la couette au plus vite courir une STL.

Avant le départ au chaud dans ma belle famille stéphanoise

C’est donc avec cette forme de titan, en carton, que j’intègre la première vague pour le départ à 23h30. Mon équipement est toujours très simple : un sac 1 L qui porte ma couverture de survie, mon gobelet et c’est tout. Mes flasques sont vides car je ne bois que lors des ravitos. Je porte une seule couche (maillot de corps) plus le Gore Tex impératif pour faire face à la pluie qui nous tombera sur la tête toute la nuit (ou presque). J’ai une batterie pour frontale car cette dernière est réglée sur 4 heures pour avoir une intensité de faisceau lumineux satisfaisant.

De Saint-Etienne à Saint-Christo en Jarez

Les sensations sont pourries. Je suis fatigué, mes jambes sont en coton et j’ai un estomac gonflé comme un ballon de baudruche (oui c’est de l’aérophagie). Je ne m’inquiète pas trop car je sais que mon temps de chauffe est d’au moins 2 à 3 heures sur tous mes trails et que bientôt j’aurai un ventre bien plat. C’est juste que je n’ai pas beaucoup de plaisir à arpenter cette première partie du parcours qui est pourtant belle. J’arrive enfin à Saint-Christo qui est un arrêt obligatoire pour moi pour boire et manger (car je n’ai pas de flasques ni de nourritures). A chaque ravito c’est très rodé je ne me pose aucune question existentielle ce sont deux gobelets de Coca et 3 tartelettes Diégo et vroum je continue mon chemin.

Arrêt de 1 minute 38 s au ravito de Saint Christo en Jarrez (km 19) après 1h58 de course à la 1047 ième position

De Saint Christo en Jarez à Sainte Catherine

Les sensations au niveau des jambes sont toujours aussi mauvaises. Il pleut un peu plus. Les chemins en descente où j’ai l’habitude « d’envoyer du lourd » habituellement sont hyper gras, et je ne brille pas vraiment par mon aisance. Je continue par me faire doubler alors qu’à ce stade de la course en général je dépose coureur après coureur. Cela ne va pas très très bien, le moral en prend un coup. Et toujours cette sensation d’avoir du coton à la place des muscles le long des jambes. Je me pose la question de savoir si je ramène ma capuche sur la tête qui est entourée d’un buff (foulard) pour me protéger de la pluie. Finalement je ne la mettrai jamais car je n’aime pas être isolé dans cette capuche dont le textile fait un bruit très irritant lorsqu’elle frotte contre mon foulard. Je préfère finalement conserver mon buff détrempé. Sainte Catherine se profile enfin. Enfin du réconfort ! 2 gobelets de Coca et 3 tartelettes diégo plus tard…ça repart.


Arrêt de 1 minute 55 s au ravito de Sainte Catherine (km 32) après 3h32 de course à la 869 ième position (gain de 178 places)

De Sainte Catherine à St Genou

Je me méfie énormément de la portion à venir car c’est là qu’est concentré le rallongement du parcours de cette SaintéLyon par rapport aux précédentes éditions (+9 kms). Et elle contient la montée du Rampeau qui est une côte à 20% sur 750 mètres de long. J’aime bien ces grosses montée car il y règne une ambiance monacale entre les coureurs. On monte en silence à la queue leu leu en partageant notre souffrance. Il ne faut surtout pas lever la tête pour ne pas voir combien il reste à arpenter. Non il faut regarder devant soi en mettant un pied devant l’autre et patienter. Et comme la montée se fait dans un sous bois au moins il pleut moins, c’est toujours ça de gagné. 

Nous traversons le magnifique village de Saint André La Côte pour initier la montée vers le Signal Saint André qui est le point culminant (934 mètres) de cette SaintéLyon. Et en chemin ma frontale envoie des flashs pour indiquer que la batterie doit être changée. C’était prévu pas de panique. Sauf que je vais devoir trouver un endroit éclairé pour ce faire ! Où vais je le trouver? Ici il n’y a pas de lampadaires. 

Finalement j’ai de la chance car juste avant le Signal on croise une route avec des voitures et des bénévoles. Youpiii. Sauf que j’ai les mains complètement gelées et détrempées. J’ai une très faible proprioception. Je m’approche d’une bénévole qui est équipée d’une lampe, je lui demande de m’éclairer, de m’ouvrir la fermeture éclaire de la poche ventrale de mon Gore Tex car je n’y arrive pas moi-même, mes phalanges sont pétrifiées.
Je lui demande de me prendre la batterie et je comprends qu’elle a l’instruction de ne pas me venir en aide (c’est le règlement). Cette opération de changement de batterie va me prendre au moins 4 minutes, j’ai l’impression d’être un petit vieux. Je rallume ma frontale et je ressens un bonheur immense de voir qu’elle se met à beaucoup mieux éclairer. Youpiiiiii !!! Je rejoins la cohorte ou chenille des coureurs en direction du Signal pour enfin basculer de l’autre côté. A partir de maintenant le parcours cumule plus de D- que de D+. Mais une grosse inquiétude m’étreint. Je commence à avoir hyper froid car je suis trempé, et le fait de m’être refroidi me glace le sang. Je m’explique : mon Gore Tex est super isolant face à la pluie…or il est également hyper isolant à  l’intérieur face à la transpiration qui détrempe complètement mon maillot de corps (1ère couche), transpiration qui ne peut pas être évacuée. Je commence à grelotter et à me demander si je ne suis pas en train de faire une hypothermie. Je me souviens avoir eu très froid l’année dernière sur cette même portion du parcours en raison d’un vent glacial (et je n’avais qu’une couche pour me protéger). Les choses s’étaient rétablies à la faveur d’un retour à une altitude plus basse et un parcours rejoignant les sous bois. C’est exactement ce qui va se renouveler. 

Et finalement je retrouve mes jambes. Les sensations sont revenues. Je regarde l’heure qu’il est à ma montre, elle indique 4h30. C’est justement l’heure à laquelle j’ai l’habitude de me réveiller naturellement pour courir tous les matins ! Est-ce une coïncidence ce « revival » correspondant à l’heure à laquelle mon organisme a l’habitude de se réveiller pour aller courir ? Existe-t-il un modèle chronobiologique, une mémoire de l’organisme qui a l’habitude de se mettre en mouvement tous les jours à la même heure ? Je n’ai pas la réponse, c’est juste une hypothèse. En tous cas je me mets à relancer même dans les faux plats montants !! J’ai vraiment du jus.

Et puis le brouillard s’invite à la partie comme si les seaux d’eau que nous recevons sur la tête depuis Sorbiers (km 6) ne suffisaient pas. C’est juste dingue. Brouillard plus sentiers boueux plus pluie =>> je crois que l’on touche le fond. La frontale loin d’éclairer crée un halo lumineux. Je ne vois même plus mes pieds. J’ai l’impression d’évoluer dans le nuage émis par un vaporisateur géant ! Je suis quasiment à l’arrêt, en panne sèche. Je suis dans une pente rendue dangereuse par ces conditions. Je ne vois juste rien. Ce qui me subjugue c’est qu’il y a quand même quelques coureurs dotés de super pouvoirs qui me déposent sur ma gauche comme si de rien n’était, ils filent à 10 à l’heure pas moins. Ils doivent avoir des émetteurs d’ultra sons à la place des orbites oculaires comme les chauve souris pour se diriger. Les hommes mutants existent j’en ai la preuve.

C’est décidé, je prendrai rendez vous chez un opthalmo à mon retour à Paris.

Et j’arrive au ravito de Chaussan Saint Genou et c’est juste la décadence. Le mouroir cette année s’est déplacé de Soucieu à Saint Genou. Le ravito est à découvert. La forte lumière des néons me permet de voir la mine des coureurs qui ne sont que le reflet de la mienne. On a tous des têtes de déterrés, les traits tirés, le visage et les imperméables ruisselants de flottes. De larges flaques d’eau parsèment le difficile accès aux tréteaux. Je prends mes deux verres de Coca et une madeleine bien dégueue en lieu et place des tartelettes diégo que je ne trouve pas. Normal, on le savait, il n’était pas prévu officiellement de fournir du solide sur ce ravito, c’est quand même une bonne surprise de voir quelques biscuits, chocolats, oléagineux de fortunes quand même…merci aux bénévoles. J’entends un coureur à côté de moi demander une navette de rapatriement, et il ne semble pas le seul à mettre le clignotant. Il en faut du courage pour repartir. Et je ne sais pas ce que je fais mais je vais et viens entre les « stands » comme si j’étais dans une foire ou marché de noël pour voir si je n’ai rien manqué. En fait je traîne à la recherche de gratification. « Reward ! Reward ! » me crie mon organisme/gouverneur central. J’ai besoin de réconfort. Mais je sais qu’il est vain de rester ici. Il faut se botter les fesses pour repartir d’autant plus que je commence à avoir froid. Je perds plus de 4 minutes à ne rien faire…

Arrêt de 4 minutes 10 s au ravito de Chaussan Saint Genou (km 47) après 5h31 de course à la 622 ième position (gain de 247 places)

De St Genou à Soucieu

De la boue et encore de la boue, des cailloux, des cailloux et des pierres et de la pluie.

Vivement le bitume en arrivant à Soucieu. Presque une délivrance. Et là c’est le juge de paix. Car la SaintéLyon commence là selon moi !

C’est le test  =>> Est-ce que j’ai assez de jus pour continuer en courant ou vais je rejoindre la cohorte des morts vivants des 20 derniers kms que j’ai l’habitude de nommer « la route des macchabées  » ?

Arrêt de 2 minutes 12 s au ravito de Soucieu (km 61) après 7h16 de course à la 502 ième position (gain de 120 places)

De Soucieu à l’arrivée en passant par Chaponost

J’avais indiqué dans mon précédent post qu’une SaintéLyon réussie pour moi signifiait de bien terminer les 20 derniers kilomètres. Et de les parcourir en 2h10 maximum.

Et bien je vais tuer le suspens. Je vais courir la portion restante en 2h10..et 36 secondes. 

Je tente tant bien que mal de mettre le turbo réacteur sur cette dernière partie. C’est une partie assez roulante avec une majorité de bitume mais dont les sentiers demeurent très boueux et assez compliqués au niveau du dénivelé notamment la montée des Lapins avec de grosses marches en bois qui retiennent la terre.

Le jour se lève juste avant que je ne rejoigne Chaponost. On peut éteindre les frontales. J’entends le chant du coq, c’est mieux que celui du cygne. J’ai encore du jus même si mécaniquement les jambes ont du mal dans les flaques et la gadoue qui transforment quelques portions en véritables patinoires.

Enfin voilà que se profilent Beaunant et son aqueduc…mais c’est quoi ce contournement vers la gauche devant une barre d’HLM ? Le tracé est contraint pour cause de travaux de dessiner une épingle à nourrice au pied de la toute dernière difficulté. Je ne déteste pas cette montée car elle permet de souffler, de monter en silence, de réfléchir au terme de cette épreuve. On sait que c’est fini, que le grand moment approche. On revoit toutes ces heures d’entraînement défiler dans sa tête, tous ces sacrifices. On pense à tous ceux qui nous ont permis d’arriver jusque là. Merci Laetitia, merci ma famille et belle famille pour m’avoir apporté le support voulu.

Et puis le parc aventure, le chemin qui longe le parc de la copro de Belle Maman où je réside le temps de ce WE singulier. Je regarde les fenêtres de l’appartement, aucune lumière. Belle Maman m’attends à Tony Garnier. « Dès que je pointe à Chaponost tu as une heure devant toi avant de me retrouver à Tony Garnier », telle était ma consigne. J’aurai mis 1h15…

Les escaliers du chemin Grapillon que je connais par cœur, les quais de Saône, Pont de La Mulatière, Raymond Barre et la voie est toute tracée. Les 2 photographes postés de part et d’autre du parcours sont en train, tous les 2, de nettoyer leurs téléobjectifs au moment où je passe devant eux : pas de bol je n’aurai pas de photo en train de courir avant mon entrée dans la Halle.

C’est terminé, c’est fini en 9h26 minutes à la 328 ième place.

Oui c’est ma SaintéLyon la plus éprouvante.

7 réflexions sur “Récit : La SaintéLyon 2018

  1. aziz meziane

    Bonjour Gego, je l’attendais avec impatience ce compte rendu. Félicitations pour ta course et on CR. Je n’ai pas couru cette année mais j’ai été à Soucieux pour voir le massacre….. Des coureurs en nombre qui boitaient, trainaient leurs shoes remplies de boue!!!!
    C’est la que j’ai compris que cette édition était un peu spéciale!! Puis je te suivait via le livetrail.

    Encore bravo et merci pour ce récit de course!!

    au plaisir

    Aziz

    1. Merci Aziz, Très sympa ton message et très surpris que tu prennes la peine de suivre des coureurs au moment où l’on préfère rester bien au chaud sous la couette à rompchitter.

  2. Elodie

    Bravo pour cet incroyable périple et merci pour le compte rend ! Est-ce que le fait de connaître le parcours ne rend pas la course encore plus difficile ? Je débute en trail / running et lire vos récits m’aide beaucoup à me préparer aux difficultés potentielles de mes futures courses. Je crois que je vais profiter de cet hiver pour me faire des sorties sous la pluie histoire de m’habituer aux mauvaises conditions 😉

    1. Merci pour ton message. En fait c’est le rallongement auquel on n’est pas habitué qui peut donner un coup au moral car on trouve le temps plus long que d’habitude. S’habituer au mauvais temps ? En fait il est surtout utile pour dès lors tester son équipement anti pluie ou anti froid pour ne pas que cela soit une découverte le jour J. Bon courage.

      1. Grégo fait la Saintélyon trop souvent pour arriver à se rappeler de chaque passages 🙂
        J’ai apprécier reconnaître des points du parcours en passant devant. J’étais chez moi, en terrain connu.

        Et pour ce qui est des conditions, je pense aussi qu’il faut en profiter pour tester son matos, mais ne pas en abuser. C’est usant, pénible et on peut vite arriver à l’overdose de boue avant le départ…

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