Saintélyon 2013 : le récit d’une aventure nocturne.

Et c’est parti pour ce récit concernant mon quatrième raid individuel consécutif de la Saintélyon. Le premier date de 2010, année où je m’étais mis à la course à pied en avril. Depuis lors j’ai pris rendez-vous avec cette épreuve que je ne manquerais plus sous aucun prétexte 😉

Les saintélyon se suivent et ne se ressemblent pas, en revanche ce qui ne change pas est la satisfaction personnelle que j’en retire tellement je trouve cette épreuve – ou plutôt cette aventure – magique.

Cette année sur le papier, je n’avais jamais été aussi bien préparé pour une Saintélyon. Mon volume de kilomètres sur les 5 semaines précédentes n’avait jamais été aussi élevé, j’avais fait mon meilleur chrono sur marathon 5 semaines avant (et sur le parcours de New York réputé difficile qui plus est) en 3h33 contre 3h41 en 2011. Donc, c’était l’année ou jamais pour enregistrer mon meilleur classement relatif. Je parle de classement relatif pour apprécier la performance et non de chrono absolu car cette année le parcours avait été rallongé de 5 kilomètres avec 200 mètres de dénivelé supplémentaires à l’occasion du 60 ième anniversaire de la Saintélyon portant le kilométrage total à 75 kms.

LES PRÉPARATIFS DU SAMEDI 7 DECEMBRE :

Je commence à prendre mes petites habitudes de précourse chez ma belle famille à La Mulatière qui est la dernière commune traversée par la Saintélyon juste avant d’aboutir sur les quais de Saône. L’immeuble est à quelques encablures des escaliers (environ 200 marches) du chemin de Grapillon que le nouveau tracé de la course emprunte pour la première fois (à un peu plus de 2 kms de l’arrivée).

Le samedi de la course, j’’ai toujours pour habitude de m’économiser et de me mettre en “mode larvesque” (cela veut qu’il ne faut rien me demander ce jour là, prenant le parti du moindre effort). Après m’être levé et pris mon bol de thé devant la baie vitrée du salon avec vue imprenable sur la confluence Rhône et Saône ainsi que sur le palais des sports de Gerland (lieu d’arrivée de la course) tout là bas au loin, je décide de me mettre en mode action, c’est à dire de … faire les 5 minutes de voiture pour aller retirer le dossard sur les coups de 11 heures. Au retrait des dossards il n’y a presque personne, je déambule avec mon ami d’enfance stéphanois Sylvain qui courra la Saintexpress pour la première fois, je croise Raphaël au stand Lafuma. De retour à l’appartement déjeuner léger, poulet et haricots verts. L’après midi j’essaie de faire une sieste, j’arrive plus ou moins à m’endormir (plutôt moins que plus) malgré l’adrénaline qui commence déjà à monter.

17h30, je prends le train à Perrache pour Saint-Etienne. Arrivé à 19h30, je constate que l’on a dû perdre quelques degrés depuis Lyon, car sur le quai de la gare je suis déjà frigorifié. Yves m’accueille, et direction sa maison où toute la famille m’attend. La soirée est très très agréable. Quel confort de larver une nouvelle fois sur le canapé devant la cheminée après avoir pris un bon plat de pâte al dente (j’ai veillé à la cuisson).

Il est 22h30, je commence à ressentir de la tension, l’adrénaline monte encore. Je me change pour revêtir la tenue de combat qui est toujours la même depuis 3 ans :

Une première couche FALKE manche courte qui est le textile que j’ai mis pour mes deux marathons cette année.

Une deuxième couche manche longue FALKE (MIKA)

Cette année la troisième couche Gore est restée à la maison car il n’est pas prévu de précipitations. La seule innovation ce sont mes chaussure Saucony Peregrine beaucoup plus légères que les Asics Trabucco GTX. Les chaînes resteront également à la maison…tout comme la poche à eau, inutile selon moi.

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Photo prise par Yves et Fred à leur domicile

DÉPART

Yves et Anne-Cécile me conduisent à Parc Expo à 23h15, ils se placeront juste après la ligne de départ pour le dernier encouragement. Quant à moi je me place tout juste derrière le sas des moins de 7 heures, je suis en première ligne de mon sas, il est 23h30. La demi heure passe assez vite, et je commence à avoir très froid.

C’est parti pour le départ sur la traditionnelle musique de U2. C’est désormais gravé dans le marbre on ne peut plus y couper ce “Light my way” (et oui de circonstance) de U2 qui raisonne dans les enceintes au moment où nous allumons tous nos frontales est au départ de la Sainté ce que “les chariots de feu” (j’imagine) sont à l’UTMB et ce que Sinatra est au départ du marathon de New York : INDISPENSABLE pour faire monter l’adrénaline des coureurs à son summum lors du franchissement de la ligne de départ.

Je suis toujours fébrile lors des 7 premiers kilomètres de la traversée des faubourgs stéphanois car je veux arriver suffisamment tôt au premier sentier qui risque d’être encombré étant donné les conditions climatiques. Je trouve que cela part quand même assez vite. Et zut, je suis contraint de faire une pause malgré la précaution de ne pas avoir bu de thé cette fois après mon dîner ! Sur le trajet un panneau lumineux indique la température “moins 5 degrés” (ah quand même !). Et c’est parti pour le premier dénivelé sérieux en montant sur Sorbiers. Je me sens relativement bien en jambe, mes Saucony Peregrine sont légères et je n’ai pas cette sensation d’avoir chaussé des chaussures de ski comme cela pouvait être le cas avec les Asics Trabucco GTX. Cela dit j’ai une petite inquiétude, toujours cette fichue douleur à l’insertion du talon d’Achille qui se rappelle à mon souvenir, surtout ne pas lui dire qu’il reste encore 70 bornes à courir, il pourrait se rebeller.

Enfin la grimpette dans les sentiers de GR, le rythme n’est plus le même, on alterne des portions où l’on marche, où l’on trottine, où l’on court (sur les plats) : un trail quoi ! Je suis très concentré sur ma course si bien que j’en oublie de regarder toute la file de serpentin de lumières. Mon objectif est d’arriver à Saint-Christo à 1h30 comme l’année dernière. Cela dit je trouve le temps long, j’ai l’impression qu’une montée a été rajoutée juste avant le ravito, à ma montre les 1h30 sont écoulées et je suis encore en train de crapahuter sur un sentier en sous bois dont je n’ai pas le souvenir. C’est étrange car je n’ai pas l’impression de m’être économisé.

RAVITO DE SAINT-CHRISTO : passage à 1h35 / classement 765

Finalement j’arrive au ravito et je vois le panneau Km 17, je comprends mieux mon chrono étant donné le changement de parcours cette année.

Cette fois je fais une pause et prend un demi verre d’eau. Je n’ai pas de poche à eau, accessoire trop lourd et inutile selon moi. Cette année j’ai décidé de me désaltérer uniquement aux ravitos. Dans mon sac il y a plusieurs morceaux de cornbread (gâteau de semoule de maïs) faits maison ainsi que des boulette de riz (avec riz à sushis) faits maison également. Cette nourriture a été produite par mes soins le matin,  conditionnée en parts individuelles et enroulée dans du papier aluminium.

Je ne traîne pas car il ne faut pas se refroidir. A partir de cette partie le sol ressemble à une vraie patinoire. Cela demande de vrais efforts pour ne pas tomber. Il faut impérativement suivre les pas du coureur qui nous précède pour anticiper les plaques de verglas. Les appuis sont fuyants, c’est dangereux. Et boom, premier carton je me retrouve par terre en un dixième de seconde. Je chuterai environ 3 fois durant cette course à chaque fois sans bobos mais en y laissant du jus. J’ai l’impression de me retrouver dans un cartoon de Tex Avery, autour de moi les coureurs chutent, sont déséquilibrés, se raccrochent à ce qu’ils peuvent. Cela demande une vigilance énorme qui pompe beaucoup d’énergie. Les appuis sont fuyants et à chaque fois que je manque de tomber je me raidis en même temps que je ressens une montée d’adrénaline. A un moment donné suite à une glissade je ressens une très forte contraction musculaire à la base du cou comme un torticolis. En fait le meilleur moyen de ne pas tomber est de trouver appuis sur les portions de neige tassées permettant à la semelle d’adhérer sans trop de problème.

Certes, c’est très sportif (et dangereux) dans les descentes mais sur les faux plats je prends un réel plaisir à courir. Le paysage enneigé est superbe. Et enfin nous arrivons à l’un de mes endroits préférés de la Saintélyon celui qui est culminant (plus de 850 mètre d’altitude). Comme le veut la tradition sur ce “chemin de crête” il y a toujours des supporters qui ont installé une caravane, des lampions et un feu de bois. C’est un point remarquable de cette épreuve et cela fait un grand bien de le retrouver chaque année. On se dit aussi qu’après il y aura plus de descentes que de montées (mêmes si ces dernières seront terribles pour les pattes).

C’est ensuite la descente sur Sainte Catherine. Elle est très périlleuse car nous retrouvons les plaques de verglas et un parcours un peu inédit et donc méconnaissable. Je regarde ma montre, le chrono passe assez vite, l’année dernière j’étais arrivé en moins de 3h…cela sera impossible à tenir cette année. Chaque fois que je vois au loin la lumière d’un bourg je me dis c’est Sainte Catherine ! Et en fait non…Sainte Catherine se fait désirer. Le temps passe et puis quand on ne l’attend plus…

Km 30 : RAVITO DE SAINTE-CATHERINE : passage à 3h14 / classement 773 (perte de 8 places)

OK je comprends mieux pourquoi j’ai mis autant de temps. Par rapport aux précédentes éditions Sainte-Catherine se trouve désormais au Km 30 (contre Km 27 habituellement). Je reprends quelques victuailles « home made » et un demi verre d’eau. Et puis il faut repartir, surtout ne pas perdre de temps. Cela dit, dès que je sors de la tente je suis frigorifié, la légère brise me glace le sang étant donné l’humidité de la transpiration. Il faut au moins 5 minutes de course pour se réchauffer. Bon il faut faire le bilan de mon état de forme. Et autant se l’avouer, je me sens bien entamé à l’instar de l’année dernière. Logiquement étant donné ma préparation j’avais prévu d’être en meilleur état à ce stade de la course. Et le constat d’être déjà « dans le dur » fait mal, beaucoup de mal au moral. Je n’ose pas calculer le nombre de kms qui restent à parcourir….mais un panneau juste après Sainte Catherine sur le parcours fera le job à ma place, il y est mentionné : “Arrivée 45 kms” ! Et voilà qui est dit, je suis déjà physiquement amorti et il reste plus que la distance marathon à parcourir avec du dénivelé positif qui plus est (avec du verglas en veux tu en voilà). Et peu de temps après Sainte-Catherine on attaque une montée qui fait mal, ce n’est pas la plus difficile. Le plat de résistance, le point d’orgue de cette “Saintélyon nouvelle formule” c’est le Bois d’Arfeuil dans le sens de la montée alors que traditionnellement nous le parcourons dans le sens de la descente ! Cela dit cette montée est magnifique, le sous bois est illuminé de nos frontales. Personne ne dit rien, un silence de mort. La file indienne de coureurs avance le long de cette pente avec des portions à plus de 15% en marchant en silence telle une colonne de zombies. Cela me fait penser au silence monacale de la traversée du Queensboro Bridge sur le marathon de New York après le 23ième kms. Nous souffrons tous isolément et j’ai néanmoins la sensation que nous avons tous conscience de faire partie du même groupe faisant corps face à ce très difficile obstacle. Arrivé au terme de la pente un groupe de spectateurs nous acclame, et cela sent la saucisse frites (je ne sais pas pourquoi je me souviens de cette sensation). Nous aboutissons sur une route en bitume. Je suis éreinté car malgré la route goudronnée en léger faux plat, je n’ai plus aucune ressource pour reprendre la rythme du trot. J’ai besoin de continuer à marcher pour récupérer…et je suis inquiet.

Et là coup de fil de Laetitia, il doit être près de 4 heures du matin. Manifestement j’arrive à lui donner le change pour ne pas l’inquiéter. Elle me dit : “oh je sens au son de ta voix que cela a l’air d’aller bien, tu ne souffres pas comme les autres années, c’est bien !” Et moi de lui mentir tel un arracheur de dent : “oui oui, je me sens pas mal, bon ben … tu peux aller te recoucher sans te faire du souci, et puis aucun risque de me manquer vers l’arrivée… je ne serai pas à Sainte-Foy-lès-Lyon avant 9h ”. Je raccroche et me dis qu’elle peut s’en faire du souci car je suis au fond du trou… Je continue ma marche et fais quelques tentatives de trot et petit à petit cela va un petit peu mieux. Je n’arrête pas de me faire doubler par pleins de coureurs, je ne dépasse plus personne. On traverse un magnifique village Saint André la Côte, c’est beau je m’arrêterais bien là pour visiter un peu plus. Il faut dire que c’est comme si, puisque je suis à une allure d’escargot j’ai le temps d’admirer les façades.

Ça y est c’est dit, je suis en plein coeur de la Saintélyon dans tous les sens du termes : panneau “Arrivée 40 kms”. Et je suis « dans le dur », il va falloir puiser au fond de moi des ressources que je ne perçois pas encore…

A la fatigue, je cumule des problèmes d’ordre gastrique cette fois. Je ne sais pas trop quoi faire mais mes intestins commencent à me brûler. J’ai également mal à la hanche gauche, et ça c’est tout nouveau. Je prends la décision d’arrêter de me checker sinon je n’avancerai plus. J’ai hâte d’arriver au prochain ravito.

Km 42 : RAVITO DE SAINT-GENOU : passage à 4h56 / classement 865 (perte de 92 places)

Toujours mon petit rituel : un demi verre d’eau mais je n’ai plus envie de manger ce que je me suis préparé. Je suis lassé. En revanche j’ai besoin de réconfort. Et là comportement étrange, je me rue sur l’étal du ravito. Je trouve des tartelettes à la fraises qui me font penser aux “tartelettes Diego” bien chimiques et industrielles de mon enfance (c’est chimique à un point tel que l’on sent presque un pschiiit sur la langue tellement c’est bourré de produits dont il vaut mieux ne pas prendre conscience). J’en engloutis (y’a pas d’autre mots) une bonne demi douzaine en l’espace de 1 minute. Et puis je trouve des madeleines aussi chimiques que les tartelettes et j’en gloutonne 3 à la volée. Et en repartant je me reprends trois ou quatre tartelettes alors que je suis repu, comme si j’étais dans un magasin soviétique après trois heures de file d’attente. Bienvenue dans le monde du “ behavioral eating disorder”. C’est bien chez moi le symptôme d’un passage à vide, limite névrotique ;-). Pas très bien physiquement, pas au top psychiquement, et avecj cela je dois gérer le poids de la culpabilité d’avoir dévoré de la junk food : je ne peux pas être plus au fond du trou à ce moment là de la course !

Et il va falloir se remettre en selle. Et curieusement je sens un petit coup de « mieux être » quelques centaines de mètres après avoir quitté Saint Genoux. La nourriture réconfortante semble avoir un impact positif sur mon métabolisme ! Youpiiiii !

Panneau : “Arrivée 30 kms”

On attaque de bonnes descentes. Il n’y a plus de verglas ou très peu. Maintenant on se prend de la bonne boue. Impossible d’éviter des marres de boue à moins de faire comme Bob Beamon aux JO de Mexico. Mes chaussures ne sont pas en Gore Tex et SPLASH je mouille bien mes pieds : c’est trop le bonheur il ne manquait plus que cela ! Par ailleurs comme si cela ne suffisait pas, je commence à franchement avoir mal à la plante des pieds. Mes chaussures sont certes légères mais en contrepartie elles n’ont aucun renfort pour me protéger des gros cailloux qui ponctuent le parcours dans les descentes. Chaque impact me fait mal. C’est là que je regrette mes Asics Trabucco (rigides comme des chaussures de ski). On ne peut pas tout avoir : à la fois la légèreté et des renforts au niveau de la semelle ! Cette fois j’avais opté pour l’option légèreté. Le revers de la médaille je le paye maintenant.

Je suis à nouveau en quête du nouvel objectif à savoir le …  ravito de Soucieu. Surtout ne pas penser à l’arrivée, elle est trop loin. Le moindre faux plat est une excuse pour se mettre à marcher. J’en suis à attendre la moindre remontée pour récupérer. Et il n’y en a pas beaucoup car la plus grande partie de ce parcours est en descente. Mais j’ai mal dans les descentes. Je suis contraint d’amortir le poids de mon corps à chaque appui pour soulager mes pieds, mes deux gros orteils qui buttent contre le bout de la chaussure : oui je sais déjà que je peux dire adieu aux deux ongles qui les recouvrent étant donné le traumatisme que je leur fais subir (comme chaque année). Et nous entendons le chant du coq. C’est bien la seule occasion de l’année où j’entends le coq chanter et il faut bien une saintélyon pour l’entendre. J’ai bien pour habitude de courir à l’aube, mais sur mes trois terrains d’entraînement : le jardin des Tuileries, autour de la Pyramide du Louvres ou aux Buttes-Chaumont, il n’y a pas de volatiles me permettant d’être informé de l’arrivée du jour.

“Soucieu n’est plus très loin” dit un coureur à mon niveau. Cela sera mon oasis et j’ai un petit regain de vigueur. Je me mets à faire du 6min/km. “Il reste 500 mètres” nous crie un supporter sur le parcours. Cela dit je les trouve interminables ces 500 mètres…au bout du bitume un gymnase, mieux qu’une oasis c’est surtout … mon paradis des tartelettes !

Km 55 : SOUCIEU-EN-JARREST : passage à 6h37 / classement 847 (gain de 18 places)

“UN COCA ET ÇA REPART”

Soucieu et son énorme gymnase. Je me jette encore vers quelques” tartelettes Diégo” à la fraise…et puis je ne sais pas ce qui me prend ? Un moment d’égarement? En effet je me mets à demander un verre de coca-cola (c’est dingue les choses étranges que l’on fait lors d’une nuit blanche après 55 kms de course à pied).

Allez ne nous attardons pas, encore 5 minutes de plus et à ce rythme là je risquerais presque de demander un ‘tit cognac ! Hips !

Et je repars….et là c’est le miracle ! Je tombe sur le panneau : “Arrivée 20 kms”, je jette un coup d’oeil à ma montre et me rends compte que les “moins de 9 heures” sont possibles. Et tout d’un coup je ressens un réel regain d’énergie. Incroyable ! Alors que d’habitude à partir de Soucieu je commence ma “marche du mort vivant” je vais courir cette avant-dernière portion du parcours (jusqu’à Beaunant) à mon allure la plus rapide jamais courue toutes éditions de mes 4 Saintélyon confondues.

Sur le parcours je me joins à un autre coureur et dans un grand élan de sociabilité  je me mets … à lui parler. Comme quoi au petit matin à 6 heures du mat je suis méconnaissable ! Je lui lance : “Tu sais que si on continue sur ce rythme c’est tout bon pour la Sainté d’argent?” Il me répond “je sais bien !”. Et là comme dans les films dans un élan lyrique je lui dis “Allez on va le faire ensemble !” “Gotcha !” Ou un truc de ce style mais vous m’avez compris. Je lui demande comment il se sent : “Plutôt pas mal” et moi de lui répondre “Moi j’ai mal partout !”. On continue au moins 5 bornes à un bon rythme et lors du premier faux plat, je sens qu’il flanche un peu. Je me retourne : “ça va?”. Il me répond : “Je te rejoindrai sur le plat”. Je me dis que la prochaine fois qu’il me rejoint il faut absolument que je demande le prénom de mon nouveau compagnon. En fait, je ne le saurai jamais…

Je continue cavalier seul avec une super pêche, je suis extrêmement surpris de constater que depuis Soucieu mes pulsations cardiaques remontent enfin à plus de 80% alors qu’elles étaient capées à 70% depuis Sainte Catherine. Je n’arrête pas de dépasser des coureurs et cela fait un bien fou au moral. Et puis j’assiste à un magnifique spectacle que seuls des trails nocturnes sont susceptibles d’offrir : des levers de soleils surréalistes. Et nous avons la chance cette fois d’avoir un ciel totalement limpide. Nous pouvons éteindre la frontale. Je me retrouve sur un sentier qui traverse un champ immaculé totalement recouvert de givre, il y a une “lumière rosée / violette” à l’horizon là où le soleil se fraye un chemin. Je profite, je profite, je m’en mets plein les yeux, plein les sens, car c’est pour ces moments de bonheur fugitifs, suspendus, hors du temps, que l’on court la Saintélyon.

Je continue toujours avec un bon rythme, le petit parc de Chaponost avec son cours d’eau presque gelé est superbe lui aussi. Beaunant n’est pas loin mais il se fait attendre.

Panneau : « Arrivée 10 Kms »

Il est presque 8 heures. Cela va quand même être assez compliqué d’être à Gerland avant 9 heures. Mais quand est-ce que l’on arrive à Sainte-Foy-lès-Lyon? Est-ce que je me suis trompé dans mon timing?

Encore du bitume, des sentiers, des circonvolutions et puis…une dernière pente très rude sur une route, j’ai mal à chaque amortissement, les spectateurs doivent avoir l’impression que je marche sur des oeufs. Et c’est le dernier ravito !

Km 68 : BEAUNANT : passage à 8h12 / classement 677 (gain de 170 places)

Je ne m’attarde pas, mais je prends ma boisson magique ; un verre entier cette fois de coca. Pas envie de manger de solide. C’est parti pour le tout dernier obstacle mais de taille celui-là, la montée de 18% le long des aqueducs de Beaunant pour 1 km et un peu plus. Je m’appuie courbé, avec mes mains sur les genoux pour avancer dans un style très simiesque mais c’est comme ça que c’est le plus efficace. Je me dis que l’élite ne peut pas courir sur cette portion à 15% et plus, impossible ! Une fois franchi l’obstacle dans le sens de la montée il faut repartir de l’avant de l’autre côté, pour une descente cette fois. J’ai mon rendez vous avec mon épouse et belle-maman qui n’auront pas eu besoin de prendre la voiture cette fois puisque le parcours passe juste derrière la copropriété, les vitres de la cuisine ayant une vue imprenable sur le serpentin de lumière quelques heures plus tôt de l’élite du 75 kms ou des coureurs de la Saintexpress ou Saintesprint. Je les vois au point de rendez vous et je demande immédiatement à Laetitia de vider mon sac (la puce étant attachée à mon sac je ne peux pas le laisser) de tout son contenu (la Gopro dont je ne me suis pas servi et le restant de mes victuailles). Et c’est reparti pour 2 ou 3 kms.

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Je connais le chemin restant par coeur et notamment les marches du chemin de Grapillon pour les emprunter lors de mon footing dominical quand je réside chez belle-maman, je les descend deux à deux. Cette fois je sens des ailes me pousser, j’ai les moins de 9 heures dans le collimateur. Je double encore de nombreux coureurs. C’est tout bon ça ! L’épingle à cheveu sur les quais de Saône, le pont en métal de La Mulatière, puis je me retrouve sur le Pont Pasteur, j’entends un klaxon, cela provient de la voiture de Danielle et Laetitia qui sont en route pour aller se garer près du Palais des Sports de Gerland. Me voici désormais dans le parc de Gerland, je jette un dernier coup d’oeil à mon chrono (un peu plus de 8h50), il reste 1 km à courir j’ai de la marge pour passer en dessous des 9 heures, il faudrait une blessure ou un accident pour m’empêcher d’avoir la Sainté d’argent. Je décide de savourer les derniers 1000 mètres. Il fait beau, je souris, j’exulte, tout va bien. Je suis dans la dernière ligne droite. “Yes, la Sainté d’Argent c’est dans la poche” : c’est ce que je crie à ma femme et ma belle mère que je vois juste avant l’entrée dans le Palais des Sports de Gerland.

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J’y suis, je franchis la ligne en 8h 57min 37s, je suis bouleversé comme à chaque franchissement de ligne d’arrivée de la Sainté. Il y a le commentateur avec son micro qui me choppe  : “Vous avez l’air d’être heureux vous?”. “Et comment ! Oui l’année dernière j’avais manqué la Sainté de Bronze pour 22 secondes et cette année c’est l’argent”. Il me repose une autre question : “Et Sainte Catherine? c’était comment?” Je lui répond un truc du style “Cette année Catherine elle s’est offerte difficilement”. La réponse débile qui sort de mon cerveau embrumé le fait marrer.

Je me dirige en direction des maillots de finishers.

Et comme d’habitude après la ligne d’arrivée de la Saintélyon … je pleure.

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BILAN :

Arrivée en 8 heures 57 minutes 37 secondes

Sainté d’Argent

Classement général : 625 sur 5089 arrivants (soit dans les 12%, donc mon meilleur classement relatif)

Classement VH1 : 246 sur 2002 arrivants (soit dans les 12% de ma nouvelle catégorie des VH1) Ils sont forts ces vétérans quand même ! Je n’améliore pas mon classement relatif parmi cette nouvelle catégorie. Est-ce le signe aussi que les SH sont moins valeureux que leurs aïeuls sur ce type d’épreuve?

QUELQUES COMMENTAIRES PÈLE MÊLE POUR CEUX QUE CELA INTÉRESSE

Le trail une question de cœur? :

Dans un précédent post j’avais fait référence au fait que les pulsations cardiaques baissaient irrémédiablement durant un trail. Je m’étais appuyé sur les constats de Cyrille Gindre (Volodalen). Force est de constater que cette Saintélyon n’a pas fait exception. En revanche il est à noter l’effet coup de fouet de mon arrêt au ravito de Soucieu où la prise de sucre rapide ou plutôt de caféine (Coca-Cola) m’a permis de débrider la machine cardiaque qui était jusqu’à ce moment de la course le principal facteur limitant ou le symptôme d’une fatigue excessive ?

Fréquences Cardiaques STL 2013

La Sainté d’Argent était plus accessible cette année :

En effet, la barrière horaire avait été décalée d’une heure par rapport à l’édition précédente. 1 heure pour 5 kms de plus c’est quand même très généreux, une demi heure ou 45 minutes auraient été plus « fair ».

Mon sac :

Pas de poche à eau, selon moi c’est inutile, les ravitos sont suffisamment proches pour ne pas mourir assoiffé, la STL ne réunit pas les conditions difficiles d’aridité du marathon des sables. L’important est d’être léger. L’année prochaine je ne prendrai même rien à manger sur moi…Et maintenant que j’ai redécouvert les tartelettes Diégo et le Coca je me ferai un « cheat day » par an à l’occasion de la STL 🙂 Et quant à la GoPro cette année elle n’a été utile que pour alourdir mon sac mais cela dit, si j’avais pris la décision de m’en servir, combien de précieuses minutes aurais-je perdues ?

RAVITO : du temps perdu?

Total temps passé aux ravitos : 20 minutes en cumul. Dans la mesure où je dois prendre de l’eau et manger je ne pense pas faire plus rapide. Cela dit si j’évite à l’avenir de devoir ouvrir mon sac je peux peut être diviser par deux le temps passé aux ravitos.

QUELQUES LIENS :

Récit de ma Saintélyon 2010

Récit de ma Saintélyon 2011

Récit de ma Saintélyon 2012

LIENS DES AMIS RUNNOSPHERIENS QUI L’ONT FAITES :

Noostromo

LoloTrail

RunReporterRun

Mangeur de Cailloux

GregRunner

Kejaj

Jahom

15 réflexions sur “Saintélyon 2013 : le récit d’une aventure nocturne.

  1. bblmr

    Enfin ! Il s’est fait attendre ce récit ! Mais bon, narrer 75km, ça prend du temps.
    Pour avoir participé cette année à la toute petite soeur, qui vient de voire le jour (la saintésprint), je comprend un peu la magie de l’épreuve.
    Un tout petit peu car le fait de partir à 23h pour 21 (en fait 22,7) km avec un dénivelé plutôt favorable rend la course nettement plus accessible… mais on n’a droit ni au chant du coq, ni au lever du soleil. Par contre, nous avons couru avec 2 chevaux blancs qui remontaient et redescendaient la fil de coureurs (j’avoue que nous n’étions pas très rassurés !).
    D’ailleurs, j’ai eu l’impression que beaucoup de participants avaient une préparation un peu légère. Certes, ce n’est pas la saintélyon, certes, ce ,n’est pas la saintexpress… mais c’est tout de même un trail nocturne.
    Et puis les 1,7km en plus par rapport au contrat ont fait du mal à beaucoup j’ai l’impression…

    Toutefois, j’ai trouvé le parcours agréable car très marié : du chemin, de la boue, du bitume, certains moments de solitude, des descentes, des petites montées, des escaliers. Bref, alors que certaines courses sont oubliées dès la ligne d’arrivée passée, là, les images reviennent te hanter encore plusieurs semaines après. Tu ne penses qu’à une chose : l’an prochain, la saintexpress ou la saintélyon ?

    Bon je m’arrête là car ce n’est pas mon blog… mais je conseillerais cette épreuve à ceux qui veulent goûter à la saintélyon, mais qui sont des couche-tôt (ou des semi-marathonniens).

    PS : tu n’as pas fait de remarques quant-à cette nouvelle arrivée : d’aucuns critiquaient l’ancien chemin de croix. J’ai pour ma part trouvé que cette arrivée en arrivant directement sur le pont Pasteur était agréable…

  2. Merci pour ton retour sur la Saintesprint. Nous avons bien vu les chevaux sur le parcours mais ils étaient paisibles dans la mesure où vous les aviez probablement suffisamment fatigués (et lassés). Je te souhaite de passer à nouveau format l’année prochaine, les images n’en seront que plus belles.
    Quant à la nouvelle arrivée, c’est franchement très très bien comme ça, même si dans un premier temps j’avais regretté de ne plus aller tout au bout de la Confluence pour ce paysage de bout du monde « entre deux eaux ».
    Et tu as tout loisir de t’exprimer ici, la tribune est libre.

  3. Tu es devenu un vrai spécialiste de l’épreuve 😉 Et bravo pour tes déclarations à l’arrivée, j’aurais été incapable d’être aussi drôle après ce calvaire de la fin de course si le speaker m’avait tendu son micro 🙂

  4. Sylvain

    Bravo pour ton récit toujours aussi détaillé et précis, mais surtout encore bravo la Sainté d’Argent !!
    J’ai bien aimé le passage sur les marches de la rue du Grapillon, tu m’en avais parlé le samedi en allant chercher les dossards, mais je m’en suis très très bien rappelé pendant la SaintExpress quand mes jambes ne voulaient plus avancer 😉
    Une chose est sur, je serai sur le départ de la SaintExpress l’année prochaine !!!

    1. Yes !!! Content que cette épreuve t’ai plu. Et l’année prochaine avec l’expérience acquise tu vas, non pas descendre, mais gravir un nombre certain de marches !

  5. Superbe CR, vraiment bien détaillé !! On vit vraiment la course avec toi.
    Tu étais vraiment lucide durant ta course.
    Les photos de l’arrivée font vraiment plaisir à voir.

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