Saintélyon 2012 : mon récit

Avant d’aborder le récit à proprement parlé voici quelques chiffres sur les précédentes éditions courues pour mettre la STL 2012 en perspective.

Saintélyon 2010
Parcours de 68 kms (1300 dénivelé + / 1700 dénivelé -)
Météo : neige sur tout le parcours (40 centimètres sur hauteurs) / températures très négatives
Nombre de Finishers : 3891
Mon chrono : 9h11 / Allure au km : 8min 06s

Mon classement Scratch : 1584 (39%) / Mon classement SH : 962 sur 1812 (45%)

Saintélyon 2011
Parcours de 68 kms (1300 dénivelé + / 1700 dénivelé -)
Météo : départ sous la pluie, sentiers très boueux / températures supérieures à zéro
Nombre de Finishers : 4093
Mon chrono : 7h59 (Sainté de Bronze) / Allure au km : 7min 02s

Mon classement Scratch : 820 (20%) / Mon classement SH : 438 sur 1751 (25%)

Ainsi il s’agissait de ma troisième participation consécutive à ce raid nocturne qui pour l’année 2012 se transforme en raid de 70 kms (soit plus 2 kms et portant le dénivelé + à 1500 mètres et le dénivelé – à 1900 mètres). Je l’aborde avec une grande excitation même si je sais que je ne pourrai certainement pas la courir à la même allure que l’année dernière étant donné mon manque de préparation (arrêt de 5 semaines en octobre en raison de ma fracture de fatigue).
Néanmoins j’ai l’espoir d’y faire bonne figure car cette épreuve me fait vraiment vibrer,  elle a lieu en effet sur mon terrain de chasse familiale. Forfait à deux courses parisiennes,  au semi de Lyon, et hors jeu pour le marathon de NY pour les raisons que l’on sait, la STL était la seule et dernière occasion de l’année pour courir contre un chrono. C’est donc avec seulement 180 kms dans les jambes concentrés sur 3 semaines de prépa et une sortie longue… de 16 kms que j’aborde ce samedi 1er décembre.

Arrivé le vendredi soir à 23 heures à Perrache direction la belle famille et direction le lit. Levé à 9 heures, je décide de ne pas bouger de l’appartement qui a une vue imprenable sur la confluence et le palais des sports de Gerland tout là bas au loin, et de me mettre en mode larve. Je passe sous la couette à de nombreuses reprises pour essayer de faire des siestes qui ressemblent plus à des états de veille semi comateux. En fait je sens l’adrénaline qui commence à monter et qui m’empêche de réellement sombrer dans le sommeil.
18 heures : direction Saint-Etienne et son Parc expo. Ma belle mère me tend les clés pour conduire… “il n’en est pas question !”, conduire la nuit nécessite une concentration et de la vigilance. Je ne souhaite pas perdre de l’influx nerveux non mais ! 😉 Je préfère rester à l’arrière de la voiture.
19 heures : arrivé au Parc Expo. J’ai la chance d’avoir un dossier complet et de pouvoir aller directement retirer mon dossard sans faire la queue.

SaintéLyon_2012_05[1]
20h : direction la belle famille, chez Fred. et Yves à Saint-Etienne pour un dîner qui se résumera en ce qui me concerne en une patate douce et une cuisse de poulet. J’évite de manger des pâtes avant une course désormais, car leur impact sur l’insuline est trop élevé selon moi (trop long à expliquer cela fera l’objet d’un autre post plus général sur la nutrition). J’essaie de me mettre en mode larve encore une fois mais l’échéance est trop proche, je suis trop excité, impossible de me détendre.

22h30 : Il est temps de mettre sa panoplie de combat.
Il est donc prévu des températures négatives sur tout le parcours. Plus de la neige et du verglas à partir de Sorbiers (Km 6) et ceci quasiment jusqu’à Lyon.
Et pour cette STL, on ne change pas une panoplie qui a déjà fait ses preuves lors des deux précédentes éditions. Je reprend les mêmes à l’exception de la troisième couche en Gore Tex que je laisserai car il n’est pas prévu d’intempéries. Donc deux couches suffiront (marque FALKE). Le même pantalon FALKE. Les mêmes chaussettes Winter Running de XSocks. Les températures négatives plus la neige font que pour le choix des chaussures il n’y a plus d’hésitation à avoir si on veut garder les pieds au sec : ce seront mes fameuses Asics Trabuco 13 GTX (Gore Tex) qui pèsent 400 grammes (oui c’est lourd je sais, d’autant que je suis habitué à courir avec mes Saucony Kinvara de 215 grammes). L’année dernière j’avais conservé les pieds totalement au sec grâce à ces chaussures. Par ailleurs je mets des guêtres Raidlight (les mêmes que pour la STL 2010) et je n’oublie pas mes chaînes Yaktrax Pro que je range dans mon sac Lafuma Ultra.


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23h15 nous quittons la maison

23h30 Nous arrivons à Parc Expo. Je laisse mes hôtes et me dirige directement vers le sas de départ et je suis surpris de voir assez peu de monde, une estrade (pour animateurs) déserte…euh le départ est bien prévu à minuit?
23h40 Je me retrouve en première ligne de mon “sas 7h – 9 heures”. Le temps passe très vite et je ne souffre pas trop du froid.

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Minuit : les fauves sont lâchés. Enfin, la délivrance !

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Passage de la ligne de départ en 784ème position


St Christo

Et c’est parti pour environ 6 kilomètres de bitumes dans les faubourgs stéphanois. Je n’aime pas particulièrement cette partie. Je la trouve cette fois particulièrement longue et ennuyeuse…et beaucoup plus longue que dans ma mémoire. Encore un rond-point…et un autre rond-point. J’attends avec impatience la première grimpette. Je ne me sens pas du tout en jambe mais alors pas du tout ! Mes Asics Trabuco GTX sont lourdes telles des chaussures de ski sur le bitume. Je ressens des douleurs aux jambiers comme des contractures. Vivement le changement de rythme, vivement la fin du bitume…

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Enfin nous commençons à emprunter une bonne montée … et les premières plaques de verglas font leur apparition, les premières glissades déjà ! Puis c’est le sentier avec une pente pas loin de 8-9%, on se met à marcher. Il s’est écoulé presqu’une heure et il est temps pour moi d’ouvrir ma première barre MuleBar (au goût Liquorice). C’est la première fois que je goûte ce truc, et je déteste le goût : buzzzeeerr !!!! “On ne doit jamais rien tester d’inédit le jour J !” Je suis le premier à le dire et le premier…à ne pas suivre cette consigne. Tant pis cela passe quand même … blurps ! J’essaie de boire de l’eau dans laquelle j’ai mis un complément alimentaire dans ma poche à eau…horreur, impossible d’aspirer une seule gorgée, la canule semble bouchée ! J’ai un petit coup de stress car cela signifie que je dois attendre le prochain ravito dans moins de 10 bornes pour enfin boire. Buzzzeeerrr !!! Bis repetita : “On ne doit jamais rien tester d’inédit le jour J !” Oui oui je sais…

On aborde des sentiers de plus en plus pentus et derrière moi j’entends une voix…et c’est celle de Julien accompagné de Franck. Quelle incroyable coïncidence de se retrouver parmi 10 000 coureurs déguisés jusqu’au sommet du crâne. Je les laisse filer à leur rythme alors que j’ai maille à partir avec ma barre Liquorice MuleBar qui me brasse l’estomac.
Cette fois la neige et le glace recouvriront complètement tout le parcours jusqu’au 40ieme kilomètre, il faudra faire avec. Les passages se suivent mais ne se ressemblent pas. Parfois c’est de la neige complètement tassée et gelée qui occasionne de nombreuses chutes…parfois cela sera de la bonne poudreuse d’au moins 20 à 30 centimètres d’épaisseur. Le paysage est magnifique, je lève ma tête pour admirer le serpentin de lumière des lampes frontales.

Néanmoins, je suis un peu inquiet car j’attends toujours Saint Christo qui ne vient pas… je suis surpris de la longueur avec laquelle le temps défile alors que sur mes deux précédentes STL le temps s’écoulait très très vite. Aujourd’hui je n’arrête pas de checker ma montre Polar.
Et puis c’est la descente sur Saint-Christo enfin !

  • Ravito de Saint-Christo-en-Jarrez Km 16

Temps de Passage 1h32m en 922 ième position (perte de 138 places)
Allure de course au km sur cette portion : 5min 48s

Grosse surprise finalement, j’arrive à ce ravito plus rapidement que l’année dernière alors que j’ai eu l’impression de m’être traîné ! J’ai finalement couru à une allure supérieure de 30 secondes au km par rapport à 2011.

J’avais pour habitude de zapper ce ravito lors des deux dernières éditions. Là je ne peux pas me le permettre, direction la boisson ! Je bois trois verres d’eau et repousse à plus tard la “réparation de ma poche à eau”. Je ne veux pas traîner. Je m’engage vers la sortie.

Temps passé à ce ravito : 4min 58s

Sainte Catherine

Et c’est reparti pour l’ascension et nous allons pénétrer dans la plus belle partie de la Saintélyon, celle que je préfère. Il n’y a pratiquement plus aucun arbre depuis quelque temps déjà, un paysage de quasi alpage (étrange pour des monts du lyonnais qui ne culminent qu’à 800 mètres d’altitudes). Tout est immaculé. Nous courrons en file indienne, parfois nous devons marcher, il y a un ou deux bouchons nous obligeant à faire une halte de quelque secondes…en effet des single tracks sont tracés au milieu de la poudreuse parfois aussi hautes que les genoux, il y a des congères. C’est surréaliste mais qu’est ce que j’aime ça. Sur un chemin de crête le vent souffle assez fort, la température ne doit pas être loin des moins 10 degrés mais mes deux couches sont parfaitement adaptées. Etant donné l’effort fourni on brûle beaucoup d’énergie.
Nous passons le point culminant que je reconnais parfaitement bien il est toujours précédé de quelques supporters assis sur des transat bière à la main au milieu de nul part et qui ont allumé des feux à des lanternes.
Puis nous abordons quelques descentes, mais je suis un peu déçu par rapport à l’édition 2010 où j’avais pu m’en donner à coeur joie telle Marie Ingalls courant dans une pente sur le générique de la Petite Maison dans la Prairie, en direction de St Catherine. En effet, dans le cas présent on ne peut pas “envoyer” car les coureurs sont trop proches les uns des autres, il faut faire attention car on peut craindre que certains nous entraînent dans leur chute, il faut garder ses distances. J’ai en mémoire une photo de carte postale sur cette STL où l’on voit quelques sapins recouverts de presque 10 centimètres de neiges le long de la piste..euh oui on se croirait presque aux sport d’hiver.
Puis arrive la descente sur Sainte-Catherine et là je me prends un carton dans un petit sentier verglacé. Je fais une chute arrière et me retiens des deux mains, plus de peur que de mal…malheureusement ce ne sera pas la dernière. En termes de sensation physique je ne peux pas dire que je ressente une grande aisance, c’est assez difficile, assez technique, je perds pas mal de jus, je le sens…

  • Ravito de Sainte Catherine Km 28

Temps de Passage 3h00m en 835 ième position (gain de 87 places)
Allure de course au km sur cette portion : 7min 17

Je sens déjà que je suis pas mal entamé…euh oui déjà. En tout cas je ne suis pas du tout euphorique comme les deux dernières années à ce même stade de la course. Et cela se voit sur mon allure de course qui est plus lente de … 30 secondes au Km par rapport à l’année dernière sur cette même partie.

C’est juste une sensation physique, j’ai beaucoup apprécié le parcours, la neige, l’ambiance et j’en ai profité. En revanche je sens bien que physiquement il me manque quelque chose. Je m’assieds à ce ravito et ceci pour la première fois en trois éditions de STL…et cela sera presque systématique lors des ravitos à venir. Tout d’abord il faut que je répare ma poche à eau, j’ai la chance d’avoir une bénévole qui me donne un coup de main et qui prend ma canule à pleine dent pour souffler dedans et la déboucher (ceux qui me connaissent vont se marrer en lisant ces lignes je sens…). Bon finalement on n’arrivera à rien, c’est mort pour la pipette. Je décide d’ouvrir ma poche à eau et de me servir dans un gobelet. C’est ce que je ferai jusqu’à la fin. Bon il est temps de mettre les chaîne YakTrax et ce n’est pas simple car j’ai les mains gelées…Au final je me retrouve avec 500 grammes à chaque pied (400 g d’Asics Trabucco + 100 g pour les chaînes). Cela va être payant car je vais courir avec beaucoup plus d’assurance…mais je le paierai aussi en terme d’énergie, les muscles de mes quadriceps et ischio me le feront savoir bientôt.

Temps passé à ce ravito : 12min 56s

bois d'arfeuille

Quand on quitte Sainte-Catherine on sait que le plus dur en terme de dénivelé est derrière soit…ou presque.  Au sortir de ce village on attaque fort une montée qui est assez raide.
J’ai encore un peu d’énergie, je me souviens que l’année dernière sur cette portion j’avais connu une vraie hypoglycémie, et là cela passe. Je sais que le prochain ravito de Saint-Genoux n’est pas si loin…mais avant cela il va falloir s’éclater dans la dangereuse et excitante descente du Bois d’Arfeuille. C’est donc avec confiance, paré de mes chaînes, que j’aborde ce sentier de sous bois très glissant et verglacé. Et c’est parti pour un “roller coaster”, je zigzag entre les coureurs. Mes appuis sont solides, tout se passe bien même si je sens que je ne vais pas aussi vite que l’année précédente, je suis moins dans le rythme, je m’éclate moins. Mais j’ai cette sensation de sécurité alors que beaucoup de coureurs dérapent, glissent, se font mal…certains attendent les secours dans une couverture de survie. Après le bois d’Arfeuille vient une montée que je trouve interminable…et je me mets de plus en plus à marcher. C’est le réel point d’inflexion de cette Saintelyon pour moi, le moment où l’on a besoin de se mettre à marcher (déjà !). De manière systématique dès qu’il y a une petite montée, je suis contraint de mettre le pied à terre. Mais le pire est à venir, il est psychologique. Là je prends un coup sur la tête en tombant sur le panneau indiquant : Km 35 !!!! Seulement 35 bornes de parcourus….signifie qu’il en reste autant devant.

Saint Genoux priez pour nous !

  • Ravito de Saint Genoux Km 36

Temps de Passage 4h19m en 865 ième position (perte de 35 places)
Allure de course au km sur cette portion : 9min 55s

C’est en consultant mon allure ex-post que je constate à quel point j’étais déjà cramé à ce stade de la course puisque j’ai couru cette portion à une allure plus lente de près de 2 minutes au Km par rapport à la STL 2011 ! J’ai clairement “moins envoyé” dans la descente du Bois d’Arfeuille, ça c’est sûr…et me suis mis en mode escargot dans la remontée. Le constat est clair.

Vite il faut que je trouve un banc…y’en a pas. Bon il faut que je trouve un petit coin de table pour refaire mon cinéma : “enlever le sac, enlever la poche à eau, l’ouvrir puis en verser le contenu dans mon gobelet”. Et il faut repartir. Il ne faut pas trop trainer aux ravito car on se refroidit très vite et dès que l’on sort de la tente, on se prend un coup de froid, c’est le choc thermique. Il faut 3 à 5 minutes pour remonter en température.

Temps passé à ce ravito : 5min 32s

soucieu

Je décide de conserver mes chaînes car il va y avoir pas mal de descente…et nous attend la portion inédite de plus 2 bornes (et + 200 mètres de deniv. +/-) que l’on appelle le Bois de la nana, la fille, de la Madame, non de la Dâme…bref je sais plus mais je sens qu’elle va bien nous “emm…” celle-là !
Mais avant cela je tombe sur le “panneau Km 40”, seulement ! Encore un coup de barre psychologique…on n’a pas encore couru une distance marathon et pourtant j’ai la sensation d’en avoir déjà couru deux pour le prix d’un. Je n’ai pas la force mentale de faire la soustraction nécessaire pour savoir combien il reste de kms.

Et nous voilà dans la portion inédite, c’est une descente extrêmement pentue sur de la terre gelée avec de gros rochers qui affleurent. Il n’y a plus de neige c’est juste de la terre gelée. La pente ne doit pas être loin des 20%. Je tiens bien sur mes appuis sauf que sauf que… je commence à ressentir des ampoule sur les gros orteils qui butent sur le bout de la chaussure. Des ampoules au Km 41, franchement ce n’est pas le moment. J’ai bien des compeed dans mon sac mais je n’ai pas de ciseaux. Je ferai avec… Et puis vient la montée de cette portion et c’est tellement pentu que l’on se demande si on ne va pas la monter à 4 pattes, on se met à crapahuter. Et cette montée n’en finit plus.
Enfin c’est la descente en pente douce en direction de Soucieu-en-Jarrez. Ce ravito se fait attendre aussi. Je cours en petites foulées mais je sens que mon organisme est fatigué je ne monte plus en terme de fréquence cardiaque, impossible de monter dans les tours, j’ai l’impression que mes seuils ventilatoires se sont effondrés (ce n’est pas qu’une impression). J’entends par là que l’allure de footing me fait respirer comme si je faisais du fractionné.
Je suis à quelques encablures du site, coup de fil de ma femme, cela tombe bien cela va me permettre de marcher. Elle me dit que mes résultats n’apparaissent pas sur le site internet. Elle m’encourage mais je suis au fond du trou moralement…comme c’est le cas pour toutes mes STL à ce moment du parcours. A Soucieu-en-Jarrez commence pour moi la vraie Saintélyon, celle où j’ai besoin de réellement puiser au fond de moi des ressources que je ne trouve je ne sais où… pour continuer à avancer, à mettre un pied devant l’autre.

  • Ravito de Soucieu-en-Jarrez Km 47

Temps de Passage 5h50m en 808 ième position (gain de 54 places)
Allure de course au km sur cette portion : 8min 14s

C’est en marchant depuis 500 mètres que je pénètre dans la grande salle de gymnase de Soucieu-en-Jarrez. Je recherche un banc pour m’asseoir “priorité au ‘tit vieux SVP !”. Il y a beaucoup de monde dans cette salle, c’est là que je m’aperçois que je suis à la rue en terme de chrono car il y a un an cette salle était alors pratiquement vide. Je me verse tout ce qui reste de ma poche à eau  dans un gobelet et j’enlève mes chaînes non sans difficulté car mes doigts me font mal. Il est près de 6 heures du mat, je prend un gel Mulebar à la cafféine même si je ne ressens pas le sommeil m’envahir mais comme c’est ce que j’avais prévu sur mon plan de nutrition, au moins ai-je bonne conscience de faire ce qui est prévu. Je prends mon temps. J’entends autour de moi des coureuses super fières d’avoir couru en moins de trois heures leur 18 bornes de relais. Je comprends qu’elles soient soulagées d’avoir terminé, quant à moi il m’en reste encore un peu plus…

Temps passé au ravito de Soucieu-en-Jarrez : 10min 30s

soucieu beaunant

Après avoir ôté mes 100 grammes de chaînes à chaque pied je me sens plus léger. En revanche le parcours n’est pas vraiment très attractif…il est loin le moment où nous étions sur des chemins de crêtes enneigés. Ici c’est plutôt le décor de lotissements désertés, même pas quelques locaux pour nous encourager, c’est mort…et bien déprimant. Heureusement cela ne dure pas longtemps.
Et là c’est le drame ! 😉 Je ne sens plus du tout mes doigts, la circulation est arrêtée. J’ai pourtant deux couches de gants (une première en soie et une autre de running en polyamide). Je m’inquiète, je n’arrive pas à les réchauffer, j’enlève mes gants mais n’arrive plus à les remettre n’ayant plus aucune sensation. Je suis à l’arrêt pendant 5 minutes. Je tape dans les mains sur les cuisses, pendant quelques secondes je commence à paniquer car je ne sais pas quoi faire pour les réchauffer. Je décide de me remettre à courir et de jouer au pingouin qui n’arrête pas d’applaudir…et puis la situation se décante, je suis rassuré. Je continue mon jeu de pingouin encore pendant 5 minutes.
J’entre dans une phase de succession de marche sur le plat et les montées et de petits trots dans les descentes. Je tombe sur le panneau : Km50
C’est assez réconfortant de savoir qu’il reste la distance d’un semi d’autant plus que pour moi cela signifie qu’il ne me reste plus que 10 bornes avant de voir ma famille à Sainte-Foy-lès-Lyon. Cela dit ces 10 bornes je ne vais pas les faire en une heure…il me faudra près d’1h 40 pour les parcourir.
Le temps passe… lentement. Mes pulsations cardiaques n’arrivent pas à passer au dessus de 75%, j’ai beau essayer d’appuyer sur le champignon, je n’ai plus beaucoup de jus. J’essaie de forcer ma respiration pour apporter du fuel. Rien n’y fait. Courir me demande un effort surhumain que je ne peux maintenir que quelques centaines de mètres. J’attends les montées avec impatience pour avoir une bonne raison – et sans culpabilité – d’être en mode marche.
Le rythme est lent, c’est très très calme, mais on ne se sent pas seul, toujours un coureur 10 à 20 mètres devant, toujours un coureur (souvent un relayeur) 😉 pour vous doubler toutes les 5 minutes.

Il est 7h30, on sent l’aube arriver. On sent que l’on va bientôt pouvoir éteindre nos frontales. Il commence à neiger, pas grand chose, juste quelques flocons pour embellir le décor bucolique. On traverse des chemins communaux à travers champs. Et alors que j’admire un magnifique champs recouvert de neige et que l’aurore apparaît, j’entends le chant du coq ! Je me croirais dans un film. J’ai presque envie de me marrer tellement je trouve cela “très cliché”. Pourtant c’est beau, il me fallait bien une Saintélyon pour entendre le coq à l’aurore dans la campagne lyonnaise enneigée.

Le jour s’est levé au moment où j’arrive au dernier ravito celui de Beaunant. Mais je ne m’y arrêterai pas car mon vrai ravito a lieu tout en haut de la côte du même nom, c’est le rendez vous avec ma femme Laetitia et ma belle mère.

  • Ravito de Beaunant Km 59

Temps de Passage 7h39m en 957 ième position (perte de 149 places)
Allure de course au km sur cette portion : 9min 00s

final STL

Et j’attaque la côte qui tue. Impossible de courir la pente qui est à 25% (et peut être un peu plus), et franchement même l’élite ne peut pas la courir. Et là je discute avec un coureur. On s’échange nos points de vue sur la course dans le mode ancien combattant “oh oui c’est la plus difficile, ça c’est sûr, les autres étaient plus faciles, c’est sûr, et patati et patata”. Et là je fais une erreur de jugement je lui dis qu’il est 7h48 (ce qui est vrai) et que pour avoir la Sainté de Bronze il faudrait être à Gerland d’ici 12 minutes (ce qui est faux) et que c’est râpé. Donc il n’est pas important de se mettre la pression et la rate au court bouillon pour un titre qu’il est impossible d’avoir. Donc ne nous pressons pas, et profitons ! Sauf que je fais une grosse erreur de jugement, j’ai l’esprit complètement embrumé. Obtenir la “Sainté de Bronze” c’est pour un chrono en moins de 9 heures et non en moins de 8 heures (Sainté d’argent dans ce cas).
En fait je ne prendrai conscience bien après l’arrivée, de retour à l’appartement, que j’ai raté la Sainté de Bronze pour 22 secondes (mais peu importe).

J’arrive en haut de Sainte-Foy-lès-Lyon, petit ravitaillement d’une minute : un peu d’eau plus un gel mais surtout je laisse mon sac à dos. Finalement je décide de ne pas changer de chaussures. Et c’est reparti car j’ai rendez vous avec mon beau-père chemin de Fontanières 1 km plus loin.

SaintéLyon_2012_55[1]

Et on attaque la descente sur Lyon. Et ce sont les interminables quais. J’ai beaucoup de mal à maintenir un rythme je n’ai qu’une envie : marcher. Et je vois la succession des panneaux kilométriques : Km 67. Le Km 68 : bon sang avec l’ancien traçé cela signifie que l’on aurait déjà fini ! Et c’est la confluence du Rhône et de la Saone, paysage de fin du monde après avoir longé le chantier qui n’en finit pas non plus, celui du Musée des confluences. On rebrousse chemin pour les quais du Rhône cette fois en direction du Pont Pasteur, cela sent la fin…fin de mon énergie disponible, car en dessous du Pont Pasteur je craque… je me mets à marcher, pas longtemps, je dirai 20 secondes à peine. Coup de fil de ma femme, “on vient de passer sur le Pont Pasteur en voiture, tu es où?” “Et bien juste en dessous” “Allez tu peux terminer en moins de 9 heures !”
Et puis ce petit escalier qui remonte sur le Pont Pasteur, je n’ai pas encore vu le panneau « Km 69 », mais il ne doit pas être loin.

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Et puis c’est l’INTERMINABLE parc de Gerland. Km 69 : je checke ma montre, il faudrait que je cours le dernier Km en 3min30 pour passer en dessous des 9 heures. Je sais que c’est foutu, et d’un autre côté cela me fait du bien, je n’ai plus la pression car j’ai conscience qu’avec la meilleure volonté du monde c’est juste impossible.
Je dois me faire violence pour ne pas arrêter de courir trottiner. Puis je vois au loin l’arche et les panneaux 100 mètres / 75 mètres / 25 mètres. Je vois ma femme, je la salue.
Enfin c’est l’entrée dans le Palais des Sports… la délivrance !

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Que c’est bon d’avoir terminé. A peine la ligne franchie je laisse les larmes couler, un vrai flot pour être honnête. La personne qui m’enlève la puce me demande si je vais bien.

Bien sûr que je vais bien ! J’ai rarement été aussi bien durant toute cette nuit, cette longue nuit…

Saintélyon 2012
Raid individuel de 70 kms / 1500 mètres de dénivelé positif pour 1900 mètres de dénivelés négatif

6040 dossards vendus pour le raid / 4029 concurrents à l’arrivée

Chrono : 9h 00min 22s / Allure au Km : 7min 43s
Classement Scratch : 958 (soit 24%)…soit tout juste le “first quartile” 😉
Classement SH : 537 sur 1829 (soit 29%)

19 réflexions sur “Saintélyon 2012 : mon récit

  1. boblemar

    Visiblement, tu es encore sous le choc car ce n’est pas 80km, mais seulement 70 petits km !
    En tout cas, super ce récit. Ca donne vraiment envie de la faire, mais bon, je ne pense pas que ce sera pour l’année prochaine pour moi, même la saintexpress…
    Tu pourrais nous faire un petit post comparatif de tes courbes allures / fréquence cardiaque ? L’idéal serait aussi d’avoir le profil du parcours en relation, mais pas évident sans GPS…

    bblmr

    1. Rien ne t’échappe. Voilà qui est corrigé. Je vais écrire un petit billet avec analyse « technique » de la course. Il y aura seulement les pulses cardiaques mais on en tire des choses intéressantes.

  2. Ping : Runnosphere.org - Saintélyon: ils l’ont faite!

  3. ltnptn

    Excellent!
    Cette course de folie, si elle me fait envie, ne sera surement jamais dans mes capacités.
    Bravo a toi, ton récit est très impressionnant.

    1. Un grand merci à toi pour ton suivi et tes messages. Rien n’est impossible, je suis certain que cela est dans tes cordes, il suffit de le vouloir, et de faire la préparation nécessaire.

  4. Ping : SaintéLyon 2012 : récit - Mangeur de CaillouxMangeur de Cailloux

  5. Ping : DENIV' PLUS – La Saintélyon, une histoire de mental

  6. Ping : SaintéLyon 2012 – une nuit ultra blanche | Noostromo Running Blog

  7. Ping : Saintélyon 2012 : une histoire de coeur. Analyse des pulsations durant un raid nocturne. « First Quartile Runners

  8. Ping : BILAN DE L’ANNEE 2012 « First Quartile Runners

  9. Ping : Semi-marathon de Paris 2013 : le récit | First Quartile Runners

  10. Ping : Saintélyon 2013 : en ligne de mire | Grégo On The Run

  11. Ping : Saintélyon 2013 : le récit d’une aventure nocturne. | Grégo On The Run

  12. Ping : Prépa SaintéLyon 2015 : le BILAN | Grégo On The Run

  13. Ping : SaintéLyon 2015 : le récit | Grégo On The Run

  14. Ping : La SaintéLyon 2016 : objectifs pour cette septième participation – Grégo On The Run

  15. Ping : SaintéLyon 2016 le récit : 101 – Grégo On The Run

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