Récit de course : L’Ultra de la Trans Aubrac 2019. Les surprises ne sont pas forcément là où on les attend.

C’est avec un entraînement minimaliste que j’envisage de prendre le départ de cet Ultra Trans Aubrac de 105 kms et 3400 mètres de dénivelés.Il s’agit de ma cinquième participation consécutive et quand j’aime, je ne compte pas et je prends un abonnement. Et puis en tant que mascotte de la course l’année dernière (c’est moi sur les affiches !) je ne peux pas me permettre d’y déroger ni de changer ma tenue de Schtroumpf bleue (un bleu squadra azzura pour les tifosis) qui m’accompagne sur tous mes trails. Lire mes récits 2015 / 2016 / 2017 et 2018 parce que c’est sûr, vous n’avez rien d’autres à faire.

C’est bien Schtroumpf bleu, votre serviteur, sur la photo !

En ce qui concerne mon niveau de préparation pour l’édition 2019 je cumule un volume d’entraînement qui est le plus faible de ces 5 dernières années. On peut néanmoins arguer le fait que je ne suis pas fatigué puisque mes muscles sont reposés, ça c’est sûr ! Il était inutile d’initier une semaine de tapering comme j’en ai l’habitude. Je rappelle pour les nouveaux que la période de tapering ou d’affûtage désigne les jours précédents l’épreuve où le sportif baisse fortement la charge ou volume de kilo(mètres) d’entraînement permettant au corps de surcompenser  pour se retrouver à un niveau d’état de forme supérieur à celui du pré entraînement. Or dans mon cas très spécifique de papa de jumeaux de 20 mois on va dire que je suis une période d’affûtage quasi ininterrompue depuis le début de l’année c’est à dire une absence certaine de séances de CAP ! Alors quelle performance attendre sur cette Trans Aubrac ? Il va sans dire qu’en terme d’espérance de chrono la fameuse citation « sur un malentendu tout est possible » ne fonctionne généralement pas dans le domaine sportif.

Alors ce n’est non pas en rêvant de chrono mais plutôt en songeant à la dégustation des bonnes spécialités du Café Bras ou des chocolats d’Agnès et Pierre que je me rends en Aveyron le vendredi 19 avril 2019 veille de la course. Je suis donc mon rituel : déjeuner au Café Bras, dégustation de chocolats, retour au Café Bras pour des pâtisseries et un thé à 15 heures. A noter que je fais une sieste (digestive ?) dans la voiture de loc. devant la cathédrale après le déjeuner ce qui ne m’était jamais arrivé. Je quitte Rodez en fin d’AM pour me retrouver à Saint Geniez d’Olt pour poser mes bagages et retirer mon dossard au gymnase. Que c’est beau St Geniez, un des « plus beaux village de France » comme l’indique la pancarte à l’entrée de la commune. Oui je confirme. Ce n’est pas tout mais après toutes ces pérégrinations j’ai faim et je m’attable dans la crêperie Antoinette (d’accord je ne suis pas en Bretagne mais ici on sait faire de la pâte à farçou ou pascade c’est pareil mais en mieux). Et puis après c’est dodo car il faut se réveiller à 3h30 du matin pour prendre la navette à 4h30 pour prendre le départ à 6 heures au château de Bertholène. Je connais tellement bien le programme que je n’ai plus besoin de le lire. Et cette fois je n’oublierai pas mon dossard (cf. X-Alpine 2018). 
Il est 6 heures dans l’attente du top départ. La température est idéale (mais je me caille grave !) et je me positionne derrière les élites dans l’espoir d’être aspiré dans leur sillage : comme c’est bon de rire parfois ! Quand on est désentrainé on essaie de mettre toutes les chances de son côté. La température est idéale, ciel limpide qui laisse entrevoir l’aube…limite on n’a pas envie de sortir la frontale. Erreur que je ne commets pas. Je pars assez rapidement et curieusement je ressens d’assez bonnes sensations. C’est fou, je cours même dans les petits faux plats montants alors que d’habitude je me repose déjà. Dans un single track bien boueux qui longe un barbelé je sens que je suis accroché mais je m’arrache sans prêter attention. Sans me rendre compte que je viens d’y laisser mon dossard. C’est environ 20 minutes plus tard qu’un concurrent arrive à mon niveau en me disant que j’ai oublié sur le chemin quelque chose d’important qu’il tient en main à savoir mon dossard sur lequel est attaché la puce de chronométrage. C’est ça l’esprit Trail : on trouve un dossard d’un concurrent attaché à un barbelé et on le fait remonter de coureur en coureur courant plus vite que soi pour rattraper le malheureux Grégo qui ne s’est rendu compte de rien. Merci à tous ces traileurs que je ne connais pas qui m’ont donné ce coup de main.
Et j’arrive à St Come d’Olt en un temps record pour moi en 5 participations. Je me rends à l’évidence, je suis parti trop vite ce qui n’est pas du tout dans mes habitudes. La remontada sera enrayée à un moment donné. J’en profite pour prendre une petite photo avec une gilet jaune histoire de brouiller les pistes quant à mon image sur les réseaux sociaux.

Une gilet jaune avec un bonnet jaune.


Et puis il est temps de repartir après environ 10/15 minutes d’arrêt : remplissage des flasques au coca aveyronnais (je suis parti flasques vides), projet de tartinage de crème solaire sur toutes les parties de peau qui dépassent, badgeage de mon dossard en prenant grand soin de noter la mention suivante sur ma « to do liste » : « Impérativement vérifier qu’il reste de la crème solaire dans le tube quand on prépare son sac de trail ». C’est donc bien apprêté pour me faire griller au soleil que je quitte St Côme d’Olt.
C’est la partie la plus difficile de cet Ultra : des sous bois, des montées, beaucoup de faux plats casse pattes. C’est pire selon moi qu’une bonne montée de 1500 mètres de dénivelés one shot dans les Alpes. Avis perso. Et très grosse contrariété je m’aperçois sur l’appli Livetrail que mon pointage à St Côme n’a pas été enregistré !! Bref en l’état je suis toujours selon les radars entre le départ et St Côme. Antant le dire je suis rouge colère ! Je suis furieux si bien que cela me mets un coup de boost pour arriver au pointage suivant et réapparaître sur les écrans.
A Laguiole au ravito / gymnase alors que je suis en train de refaire mon sac poubelle contenant les affaires de rechanges (pour moi réduit à un tupperware de biscuits fait maison) je me fais accoster par une jeune femme qui me reconnaît dans ma panoplie et me dit qu’elle aime bien mes articles et que c’est grâce à moi qu’elle est ici ! Et quant à moi dans ma tenue bleue toujours aussi seyante (mais c’est à cela qu’elle m’a reconnu), la bouche pleine de sucrerie et le corps en sueur je la remercie pour sa gentillesse.
Départ pour la plus belle portion de cet Ultra : les plateaux de l’Aubrac. Le ciel est couvert nous ne verrons aucun rayon de soleil mais tant mieux pour les coureurs que nous sommes. Nous ne souffrons pas trop. En revanche le parcours est sensiblement modifié. On ne passe plus au point culminant traditionnel où j’ai l’habitude de jouer au goêland bleu. C’est triste. Etrange ce parcours qui longe une ligne électrique dans un champs de bruyères, très difficile cette montée sous une remontée mécanique pour arriver au pylône des antennes télé ou GSM de l’Aubrac. Bon c’est un peu moins beau que d’habitude mais on s’y fera pour les prochaines éditions et puis le reste du parcours vaut toujours le coup…et notamment le ravito du Buron des Bouals. C’est le ravito 3 étoiles au sens propre car préparé par un ancien chef pâtissier du restaurant de la famille Bras. C’est toujours énormément bon et beau. Certes on a toujours l’estomac un peu brassé après 75 kms et on ne peut pas en profiter à sa juste valeur mais quand même quel plaisir ! Merci à vous tous les bénévoles et autres chefs cuistots du buron des Bouals.
Je décide de repartir rapidement avant de me transformer en bibendum et de devoir terminer la course en roulant plutôt qu’en courant. J’attaque la dernière partie, vers la descente.
Et il se met à pleuvoir des cordes une fois arrivé dans le sous bois. C’est juste terrible, le sous bois est déjà détrempé. Toujours cette partie qui ressemble aux rizières du Mékong. Je suis scotché et me mets à marcher, je me ferai déposer par plusieurs coureurs qui n’ont pas l’air d’être ennuyé par la pluie et l’humidité. Je déteste cette atmosphère, je préfère encore la grêle ou la neige.
Je mets ma lampe frontale juste avant la toute dernière descente vers St Geniez d’Olt…toujours cette fin de parcours (dernier km) ubuesque autour du camping dont les résidents nous regardent autour de leur barbecue avant que nous n’en finissions dans le gymnase.
Ça y est, je termine vite, vite… je prends le cadeau finisher qui est un bock de bière et son breuvage ; pas vraiment le cadeau idéal pour moi qui ne boit pas une goutte d’alcool depuis 15 ans. Ce gymnase est une ruche de plusieurs centaines de personnes et transformé en hammam… alors cette année je troque mon aligot saucisse offert aux finishers pour une crêpe aux gésiers de canard de chez Antoinette où nous sommes moins de 10 personnes. Comme quoi les traditions se perdent au fil des années.

Pas beau temps mais c’est beau.

Je termine cet UTA en 15h05 (cote ITRA 540) en 51 ième position soit 19% des finishers et 17% des V1H sur une course qui a enregistré un taux d’abandons de 32%. C’est mon deuxième meilleur chrono en 5 participations et mon plus faible volume d’entraînement. Comme quoi même la logique se perd. Tout fout l’camp.

7 réflexions sur “Récit de course : L’Ultra de la Trans Aubrac 2019. Les surprises ne sont pas forcément là où on les attend.

  1. Elodie

    Qu’il doit en falloir de la motivation pour partir gambader pendant 15h avec peu de sommeil en stock…à moins que ce soit un échappatoire 😉 Dans tous les cas, bravo, ça me fait rêver !!
    Qu’est ce qui selon vous à jouer en votre faveur malgré le peu d’entraînement ? Niveau ravito, est-ce que vous avez évolué dans votre façon de vous alimenter au fur et à mesure de l’expérience (vous ne semblez pas trop fragile du côté digestif) ?

  2. Excellentes questions que je souhaitais aborder dans le corps du texte et que j’ai finalement omis. Mais vous tapez juste :
    Pour moi cette expérience d’Ultra a été une révélation sur un point fondamentale et que j’ai jusqu’alors complètement négligé. Rien ne sert de s’entraîner comme un dingue et d’accumuler des bornes si c’est pour arriver complètement claqué ou en partie fatigué le jour de la compétition. Arriver frais et reposé le jour J est juste FONDAMENTAL et requiert que l’on y apporte un réel soin sinon… tout ce qui a été fourni en effort d’entraînement est mis à la poubelle. Oui mais comment ? Il faut vraiment lever le pied non pas une semaine avant mais au moins 10 jours avant un Ultra, s’accorder même des jours OFF, et je pense qu’à minima 2 Jours complètement OFF avant l’épreuve est un MINIMUM. Deuxio : dormir suffisamment est juste fondamental. La sieste est obligatoire le jour J pour un départ le soir ou le lendemain tôt. Je ne m’étais jamais senti aussi bien au réveil lors de ce samedi matin pour cet Ultra que cette année. Je me sentais dans un vrai bon jour. Clairement si on ressent encore un peu de fatigue la veille ou si l’on arrive le jour même pour un départ le soir : très clairement c’est fichu, on a perdu des plumes et la dernière nuit n’y fera rien (pour un départ le matin).
    Au niveau ravito. J’ai peur de faire peur. Mon objectif est de courir l’estomac toujours léger. J’ai l’impression que les coureurs ont des problèmes parce qu’ils boivent et mangent beaucoup trop. J’en suis convaincu ! Je pars le … ventre vide (ou avec seulement un biscuit ou 1 tranche de pain), flasques vides (!), je remplis mes flasques qu’après 2h30 de course, je ne bois que quelques gorgées pour mieux faire passer ma barre (faite maison) que je mange 1 fois par heure. Donc je prévois 1 barre pour chaque heure de cours (je précise non achetées dans le commerce). Au ravito c’est 2 gobelets d’un mélange eau/coca c’est tout…et quelques morceaux de biscuits ou de pain. Je n’ai jamais été malade et je ne l’attribue pas du tout à un système digestif aux propriétés supérieures à celui de mes congénères ; il est le même que tout le monde. Et évidemment quand chez moi je bouffe comme un goinfre, j’ai mal au ventre comme tout le monde. En Ultra ou en course à pied je pense que les coureurs mangent et boivent beaucoup beaucoup trop….

    1. Elodie

      Super éclairage ! Merci pour toutes ces précisions. Ce n’est jamais facile de ralentir par peur de trop ralentir mais c’est clair que c’est à tester. Niveau ravito, c’est vrai que peu s’alimenter demande moins de boulot à notre tube digestif. Je suis moins adepte, par contre, de l’idée de boire aussi peu. Bien sur ça dépend de son niveau de transpiration, des conditions météo et de l’état d’hydratation d’avant course 😉 En tous cas, vous avez l’air d’avoir trouvé une stratégie qui vous réussit !

  3. Toujours aussi fort, même non entrainé tu finis avec une super temps, j’ai bien aimé ton explication sur le repos, la petite sieste est très importante, même si le départ est plus difficile après. Encore bravo pour ta perf, par contre la bonne « bouffe » en Aubrac va finir par me tenter, le ravitaillement N°3 me tenterait bien … il faut que j’aille voir cela, surement 2021 … mais je n’ai pas de bonnet jaune !?!?!

    1. T’inquiète pour le bonnet, d’ici 2021 on aura peut être changé de couleur : vert peut-être ? ;-))
      Concernant mon entraînement pour la Lavaredo je ne prends quand même pas le risque de ne rien faire d’ici là, je reprends le quoti même si j’en ai raccourci la distance … pour l’instant environ 1h30 la sortie matinale. J’en avais besoin…cela fait du bien aussi.

  4. MANU29

    Félicitation pour ta course. Je partage complètement ton analyse sur la nécessité d’arriver frais et reposé le jour J surtout pour les courses avec un départ de nuit. J’en ai fait l’amère expérience sur la X-Alpine en 2017, j’y retourne cette année mais j’arriverai sur place le jeudi.
    Encore bravo et bonne chance pour ton prochain challenge qui d’après ce que j’ai compris ne sera pas sur la X-Alpine.
    Peux-tu donner la recette de tes barres maison

    1. Hello Manu, Pour l’X-Alpine cela me semble quasiment impossible d’initier la course sans avoir dormi à minima un cycle de sommeil avant le départ. En ce qui me concerne cela avait probablement contribué à mon abandon (je n’avais pas fermé l’œil avant le départ de 3h du mat) lors de ma première participation. Pour les barres maison je ne peux que te conseiller le petit opuscule de Marc Grossman : « Un goûter à New York » qui coûte 4 euros sur amazon. Tout y est top des cookies aux brownies…mon investissement le plus rentable !
      Bonne chance.

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