Récit de La Lavaredo Ultra Trail 2019

Je ne m’attendais pas à cela. On m’avait dit que les paysages étaient beaux, en fait ils sont plus que splendides et font partie des paysages de montagne les plus beaux que j’ai jamais vus. On m’avait dit que cet Ultra était roulant, en fait La Lavaredo est l’Ultra le plus difficile que j’ai couru. Finalement cette course cumule selon moi les superlatifs.

Prologue

Samedi 1er juin 2019. Il est 7 heures du matin, j’ai repris la course à pied après un mois d’arrêt complet suite à ma participation au Trail de la Trans Aubrac. Je suis exténué. Le dés-entrainement de ces 4 semaines d’arrêt est très sensible. Je souffre le martyr, avec une envie de rentrer très vite à la maison. J’ai l’impression de peser le poids d’un tank ou d’un Caterpillar. C’est ma séance la plus terrible depuis le début de l’année. C’est complètement idiot d’arrêter l’entraînement aussi nettement et aussi longtemps alors que j’ai la Lavaredo et ses 120 kms / 5800 mètres de D+/D- en ligne de mire dans 4 semaines. Je sais au fond de moi que c’est la séance la plus difficile que j’aurai réalisé durant ce mois de juin. C’est le prix à payer. Je note dans mes tablettes à mon retour à la maison : « Toujours faire des sorties, même de courtes durées, entre les épreuves entretenir sa forme physique, ne jamais arrêter ! ». Dégringoler de plusieurs barreaux d’échelle est beaucoup plus rapide que les remonter… Rien à dire d’autre que « l’entraînement en course à pied ; c’est ingrat. »

4 semaines plus tard, veille du départ

Arrivé à Cortina d’Ampezzo le jeudi 27 juin au soir après avoir essuyé de multiples épreuves notamment lors de la récupération de la voiture de location : 1 heure de temps d’attente au comptoir Europcar de l’aéroport de Venise / difficulté à trouver la sortie du parking / difficulté à payer le péage qui n’acceptait que des billets de banques et non la carte de crédit / 2 heures de routes dont 1 heure derrière un camion transporteur de marchandise sur une route nationale… Bref, je devais être à Cortina au faît de ma forme pour courir un Ultra Trail, or j’arrive à l’hôtel déjà épuisé psychiquement. Je passe rapidement sur mon dîner dont le plat de pâtes n’a aucune saveur car j’ai un rhume et les sinus un peu bouchés. Cela m’a valu des douleurs terribles aux tympans lors de la préparation de l’atterrissage de l’avion. Seul moment agréable de la journée : une petite ballade sur les lieux du crime à 24 heures du départ. Le sponsor de la course n’est plus The North Face mais la marque italienne La Sportiva inconnue en France.

Toute la station de Cortina (ville des JO d’hiver 1956) va battre au rythme des traileurs durant l’espace d’un week-end. Ce ne sont pas moins de 5000 coureurs qui sont présents et se répartissent à travers 4 épreuves différentes : tout d’abord la fameuse Lavaredo Ultra Trail de 120 kms (et 5800 D+/D-) à laquelle je participe, la Cortina Skyrace de 20 bornes en passant par la Cortina Trail (48 kms) et l’Ultra Dolomite (87 kms)…et puis les enfants ne sont pas oubliés puisqu’il y a une kids race (400 et 800 mètres). Bref, en tout ce sont près de 8000 visiteurs (les coureurs viennent aussi accompagnés) qui investissent les lieux le temps de ces épreuves. Dans les rues tout le monde arbore son maillot de finisher préféré à condition que cela soit une épreuve prestigieuse connue de tous : l’UTMB étant l’épreuve qui recueille le plus de suffrages manifestement. Et quant à moi j’ai une chemise bleue sous un coupe vent Gore car je dois me protéger du soleil qui me brûle. J’ai quand même le buff autour de la tête aux couleurs de l’X-Alpine … mais il semblerait que l’on me dévisage pour une raison que je n’ai à ce jour toujours pas comprise (cf. photo ci-dessous).

En tenue discrète qui ne passe pas inaperçue

Cortina d’Ampezzo est un petit village magnifique où l’on se sent bien. Il y a ce petit centre ville autour de son campanile dont toutes les rues sont piétonnes. Tout autour le panorama est grandiose avec des massifs de montagnes qui ne ressemblent en rien aux Alpes françaises ni à celles du Valais (Suisse).

C’est le jour J. Je me réveille sur les coups de 6h30, difficile de faire plus tard. Moi le matin j’ai la pêche. Je prends un petit déjeuner limité à 2 œufs durs et une tranche de pain de mie toasté : je fais de vraies folies ! Il est trop tard pour prendre des fruits et légumes. J’ai besoin d’avoir un système digestif allégé et non encombré. A 9 heures je vais voir le départ de la Cortina Trail (48 kms).

Je voulais assister à la Kids Race à 10 heures mais le départ est reculé de 30 minutes. Tant pis je prends la décision d’aller retirer mon dossard au Ice Stadium non loin de là. Je ne veux pas trop traîner. Or, le retrait me prends 1 heure. Fil d’attente de dingue le long de la piste de Curling … C’est incroyable, seulement 4 personnes pour le contrôle de nos sacs avec matos obligatoire et 2 autres seulement derrières pour la remise des dossards ! Je n’ai jamais vu cela même pour une petite course de 10 bornes dans un arrondissement parisien. C’est même grotesque. Au niveau de l’évaluation les traileurs ne les louperont pas, en tous cas pas moi. Zut alors ! J’entends dans la file d’attente des propos du style « c’est l’Italie »! Cela m’écorche les oreilles moi qui suis d’origine transalpine mais ne puis que faire le constat que … cela est parfois justifié.

Passons. Il est l’heure d’aller déjeuner. Je vais me remettre en allant me prendre une énorme glace italienne d’un artisan chocolatier qui les turbine sous vos yeux. Je prends un truc énorme, le tarif est au poids. Il correspond au volume d’un très gros gobelet (30 cl ?) en plastique complètement rempli car cela est très crémeux comme je les aime. C’est à mille lieux des quantités mesquines de trois petites boules qui se courent après dans les petits pots en carton que l’on vous sert habituellement dans les glaciers à Paris. C’est donc réconcilié avec les italiens que je retourne à l’hôtel pour une sieste.

J’arrive à somnoler dans la chambre jusqu’à 18 heures tout en écoutant un podcast sur la nutrition de l’Ultra Traileur. Fort de ces enseignements je ressors affronter la chaleur pour retourner chez mon glacier qui a les yeux médusés lorsque je lui demande de me resservir la même quantité de glace café et fiore di sambuco ainsi qu’un gobelet de chocolat chaud à la pistache surmontée d’une chantilly. REWARD / Rhaaa Lovely !!!!!!!!!

Comme ça je suis paré. Mes réserves de glycogène sont au top sans avoir encombré mon système digestif de fibres ou autre aliments solides ! Je sais que cela peut choquer ceux qui considèrent que les pâtes sont plus appropriées. Mais regardons de quoi est composé une glace : de sucre, de lait, du gras avec une densité calorique très importante tout cela dans un substrat liquide hyper facile à métaboliser par le corps, en tous cas le mien. J’ai déjà éprouvé avec succès ce type de menu avant une compétition et notamment mes trois derniers marathons.

Il est 18h30 et cela sera mon dernier repas de la journée. Je sais ce que vous vous dites en lisant ces lignes. Mais franchement vous pensez que c’est moins bien que des pâtes dont votre système digestif va devoir casser les molécules d’amidon pour que cela traverse la paroi intestinale ? A quelques heures du départ en ce qui me concerne cela me fait gonfler l’estomac.

Maintenant retour dans ma chambre où je vais essayer de dormir. Je n’y arrive pas mais reste allongé les yeux clos dans un état végétatif jusqu’à 22 heures.

Je me prépare et me retrouve à 22h30 dans le sas qui vient de s’ouvrir. Je dois être dans le premier tiers.

Ambiance de folie soutenue par le thème d’Ennio Morricone

A l’instar de l’UTMB qui a son hymne joué par Vangelis, Le départ de la Lavaredo a également sa musique traditionnelle sonnant le démarrage du chrono (à 23 heures tapante). The « ecstasy of gold » d’Ennio Morricone (BO du film Le bon la brute et le truand) raisonne dans tout Cortina. C’est énorme !

Une ambiance de folie qui me donne littéralement la chaire de poule. Le public est amassé le long du couloir de la course délimité par des barrières. Nous recevons une énergie énorme. Sur plusieurs kms mon cerveau va boucler sur l’air de « The ecstasy of gold » comme il l’a déjà bouclé certaines nuits depuis que je prépare cet Ultra. Ce compositeur me transporte !

Ces tous premiers kms de la course ne sont pas sans me laisser penser à la SaintéLyon. La ligne de frontale, ce bitume parfois, ces chemins très larges. Mais très vite on sent que l’on évolue dans un endroit très très particulier. On quitte un espace domestiqué vers quelque chose de beaucoup plus sauvage, parfois lunaire. Pendant près de 4 heures nous évoluons en file indienne ou parfois en pack. Lors du premier pointage (km 17) je suis en 457 ième position.

A partir de cet instant sur le col à venir je décide de rester concentré et de compter les dépassements comme pacman. Arrivé à Valbona et deux cols plus loin (km 34) après 4h21 minutes de course je pointe en 307 ième position.

En fait je me retrouve désormais avec un pack de coureurs qui n’ont pas l’air d’être des rigolos et qui arrivent super bien à relancer. Là je comprends que je vais devoir arrêter de vouloir gagner des places au risque de courir au dessus de mes capacités et de brûler mes réserves énergétiques jusqu’à l’explosion. Celle de laquelle on ne revient pas.

Il est 4h30 du matin et déjà on perçoit l’aube qui semble pointer dans le ciel à l’est. La nuit semble être passée à la vitesse de l’éclair…surtout quand on est habitué aux SaintéLyon qui ont lieu en décembre lors d’une des nuits les plus longues de l’année. Et c’est tant mieux, car le paysage qui se découvre devient juste un vrai cadeau pour ceux qui ont eu la patience de courir jusque là.

La beauté des paysages se dévoile dès 4 heures du matin

Nous voilà à l’aube le long du lac Misurina (km 42). Il est exactement 4h47 et je pointe en 296 ième position.

Nous attaquons le col qui conduit à l’un des points les plus remarquables de cet Ultra, ce qui en constitue le symbole et logo de la course à savoir le Tre Cime. Avant d’y parvenir nous nous arrêtons au refuge Auronzo (km 49) après une montée sèche qui en assèche plus d’un. L’intérieur du refuge ressemble à une coure des miracle. Certains sont complètement à la ramasse, on entends les râles d’un coureur en train de vomir…bref on n’a pas trop envie d’y rester longtemps. Comme à mon habitude j’ai ma routine ravito que je vous décris une fois pour toutes : Je bois à minima deux gobelets d’un mélange eau/coca et je prends deux croquettes pour chien (ce sont des biscuits secs italiens en vente partout et rien qu’en Italie conçus pour éprouver la solidité de vos dents). Je repars toujours avec mes 2 flasques remplies à raz bord d’un mélange eau/coca (soit 1 total de 150 cl).

Il Tre Cime : symbole de cet Ultra

Je sors de ce refuge pour profiter de ce moment exceptionnel de découverte d’un panorama tel que je n’en ai jamais vus. C’est juste splendide et me voilà transformé en photographe/touriste.

Je passe beaucoup de temps à prendre des photos. C’est quand même pour voir cela que je me suis inscrit. Or « plus on s’arrête … et plus on s’arrête » et moins on a l’énergie pour repartir. Je me fais déposer par deux bonnes douzaines de coureurs. Par ailleurs on a une grosse descente plutôt technique dans sa première partie qui me pousse à conserver le mode de touriste randonneur. D’ailleurs cela me donne un petit coup au moral. Le paysage change très vite, nous quittons le monde minéral et enneigé pour une vallée très surprenante. On se croirait en Amérique du Nord car le parcours emprunte un sentier le long d’un lac, le chemin traverse une forêt de résineux mais dont les arbres sont suffisamment espacés pour apercevoir ces falaises qui sont propres aux Dolomites et nulle part ailleurs dans les Alpes. Il ne manque que le garde forestier sur son cheval, des trappeurs et des kayakistes sur le lac pour croire que nous sommes au Canada. Le soleil commence à chauffer … à peine finalement.

J’arrive à la base vie de Cimabanche où nous récupérons le sac de change. Nous sommes à mi parcours à ma montre il est 9:04 soit 10 heures de course (km 67 et 3000 mètres de D+ derrière nous, 334 ième au classement). Je déchire mon sac en l’ouvrant alors que j’y ai inséré tout un change que je ne mettrai pas. Je n’exploite que mes blondies (gros sablés fait maison = bombes caloriques supérieures aux cookies) dont j’avale deux morceaux car je ne peux lutter contre le signal de la récompense émis par mon cerveau qui me dit « RE WARD » « RE WARD » après la première bouchée. Je me tartine de crème « anti-soleil non je ne t’aime pas moi non plus » avec un indice XXL sur toutes les parties qui dépassent.

Nous allons attaquer un nouveau col qui nous mène au refuge de Malga Ra Stua, je regrette de ne pas avoir pris des photos de la falaise / demi cirque que nous longeons sur notre droite, une partie de la roche est même colorée, c’est magnifique. A Malga Ra Stua j’ai été prévenu qu’il fallait impérativement non seulement remplir ses flasques mais aussi veiller à en remplir une de réserve car le manque d’eau peut être un gros sujet. En fait le manque d’eau ne sera pas juste un problème, cela sera un point crucial pour les … 4h 40 minutes qui vont me séparer d’ici le prochain ravito. En fait Ennio Morricone aurait pu nommer l’oeuvre qui nous a été diffusée lors du départ : « A la ruée vers l’EAU »

La ruée vers l’eau

Nous commençons par grimper le long d’une paroi, la pente est très douce et c’est à partir de ce moment que nous tous, coureurs, crevons de soif, et c’est une soif inextinguible. Il y a de nombreux cours d’eau où nous nous arrêtons tous, soit pour remplir nos flasques soit, comme moi, pour remplir son gobelet d’eau beaucoup trop froide pour mon estomac. C’est incroyable de se sentir rassasié en eau après deux gobelets remplis à raz bord…pour ressentir une soif de malade seulement 15 minutes après ! J’ai l’impression que l’eau s’évapore par tous les pores de la peau dans la minute qui suit son ingestion. Pourtant non, je ne peux pas dire que je ressens la chaleur. L’atmosphère est juste très très sèche. D’ailleurs je ne transpire pas une goutte ! Nous traversons une plaine d’altitude jonchée de petit cailloux tellement blanc qu’ils renvoient une lumière quasi aveuglante. C’est ce que je nomme la « Vallée de la mort ». C’est plat ou en très léger dévers mais on ne peut pas courir, impossible. Cela devait être le lit d’un glacier puis d’un fleuve puis aujourd’hui il ne reste qu’un tout petit filet de rivière qui, heureusement, nous permet encore et encore de nous abreuver. Ce décors de Far West est impressionnant, il est jonché de branches de bois morts complètement secs qui me font penser aux têtes de squelettes de bovins que l’on peut voir dans les BD de Lucky Lucke, il ne manque que les vautours au dessus de nos têtes…et bien sûr les Daltons ! On s’y croirait. Une énorme cascade d’au moins 50 mètres longe la falaise tout au fond sur notre gauche. Quant à nous, coureurs de la Lavaredo nous avançons clopin clopant comme des macchabées. Nous n’inspirons pas la grande vivacité. En tous cas il faut avancer, et surtout boire, pour ne pas offrir notre carcasse aux prédateurs. Et puis le paysage change encore, la végétation reprend ses droits sur la caillasse blanche. Je pointe à Travenanzes (km 90 et 4300 D+) en 293 ième position. C’est bizarre je ne double plus personne depuis Cimabanche et je gagne quand même des places. Comme quoi le plan que nous venons de traverser mérite bien son qualificatif de Vallée de la Mort.

Le plus dur, c’est maintenant !

Or ce que je ne sais toujours pas à ce moment de la course c’est que le plus dur commence seulement maintenant. Et cela va faire très très mal.

On continue sur 400 mètres de D+ qui sont à un pourcentage encore jamais vu sur la course, c’est « droit dans le pentu » comme on dit sur la SaintéLyon. Sauf que là c’est en bien pire. Le paysage est devenu minéral alpin, complètement nu. Je sers les dents, et je bois : ouais pas simple de faire cela en même temps. Et ce que je ne sais pas encore c’est que des « montées de la mort qui tue » comme celles-ci il y en a encore au menu ! Je regarde le profil de la course qui est affiché sur mon dossard et je constate avec horreur que le mur que nous venons de passer est représenté en « tout petit » sur le profil par une ligne à la quasi verticale et que des lignes comme celle-ci il en reste… c’est bien simple j’en suis déprimé à l’idée de les compter.

Je descends en direction du refuge de la Gallina. Mais le fait de le voir si bas me fait déjà mal aux quadriceps. C’est terrible, rien ne me convient, je crains désormais aussi bien les montées que les descentes. C’est à se demander quel profil de terrain me convient le mieux à cet instant de la course. Peut être la station arrêt ?

J’arrive au refuge Gallina (après 97 kms et 4765 D+, 256ième au classement) après 15 heures 37 minutes de course c’est le premier ravito rencontré depuis près de 3 heures. Comme quoi la traversée de cours d’eau était impérative pour survivre durant ce laps de temps.

Après le pointage je m’amuse à lire les messages de mes supporters à distance que sont ceux de Sylvain, Fab mon frère coach UTMB et ma sœur. En effet ils traduisent mon gain de places au classement par une fraîcheur (que je n’ai pas) ou par le fait que je suis allé plus vite que de nombreux concurrents (or je n’ai doublé personne depuis 3 heures !). En fait le gain de place ne s’explique que par le jeu des abandons de coureurs mieux classés que moi ainsi que par le temps passé aux ravitos (je passe moins de temps que certains autres coureurs et les double malgré moi).

Attention, on attaque un deuxième mur. Il est très sec celui-là et surtout assez traître car on pense se rapprocher de la crête pour finalement découvrir que nous ne sommes pas du tout arrivés et qu’il y a un deuxième mur que l’on ne percevait pas au pied de l’ascension. Donc j’applique ma stratégie de gestion de course, très simple, qui est de ne jamais se mettre dans le rouge. Donc je m’astreins à toujours être en aisance respiratoire. Je ralentis, je ralentis… ah ça y est je suis en aisance respiratoire sauf que … je suis à l’arrêt, planté comme un piquet ! En fait j’ai le choix entre grimper et être inévitablement dans le rouge (anaérobie) ou être à l’arrêt pour pouvoir demeurer en aisance respiratoire totale. Dans une pente à un degré de plus de 20% : je n’ai pas le choix. On se met dans le rouge et on sert les dents en mettant un pied devant l’autre.

Nous avons même les pieds dans la neige.

On arrive au refuge Averau où un bénévole nous attend avec un jet d’eau mais j’ai surtout envie de boire et non d’être mouillé. Je ne comprends pas ce qu’il me dit je m’apprête à sortir mes flasques…et me voilà arrosé de la tête aux pieds de même que les lunettes de soleil comme cela je n’y vois plus rien. Alors je dis merci (dans mon italien à l’accent français) en souriant jaune, de très mauvaise grâce car le cœur n’y est pas. On arrive au refuge du Passo Giau où nous attends un vrai ravito avec croquettes pour chiens… non je ne suis pas sympa. En fait depuis la mi course les bénévoles ont la très bonne idée de faire des tartines de pain (pas bon) agrémentées d’huile d’olive et recouvertes de tomates ; et franchement ce n’est pas mal du tout. Enfin du salé qui fait du bien. Plus on reste scotché à un ravito, plus on reste scotché…donc il faut se faire violence pour sortir…et aller se faire un nouveau et dernier « mur de la mort qui tue ». Je crois que celui-ci est vraiment le pire des trois : là carrément on n’est pas loin de l’alpinisme. Heureusement j’ai des gants. C’est dans ce mur que je me dis que Le Tor des Géants ce n’est pas pour moi. Que les Lavaredo Ultra Trails, ce n’est pas pour moi. Que les Ultras, ce n’est pas pour moi. Que la course à pied, ce n’est pas pour moi. Moi ce qui me conviendrait mieux à cet instant c’est une bonne entrecôte de bœuf bien maturée dégustée chez moi à Paris. Pourquoi m’infliger de telles souffrances ?

Néanmoins le paysage de l’autre côté de cette crête est juste magnifique, le soleil radieux : finalement cela valait le coup. Quelle gratification !

En bas dans la vallée : Cortina d’Ampezzo…comme une libération.

Et le fait d’apercevoir Cortina redonne des ailes. On a l’impression que l’on va y arriver dans l’heure alors qu’en fait cela me prendra un peu moins de 2 heures.

J’assure mes appuis dans la descente, j’ai toujours la peur de me blesser à quelques kms de la fin. Un finisher claudiquant c’est dommage mais un abandon pour blessure à quelques encablures de la fin c’est un drame dont on ne se remet probablement pas. Mais arrivé sur le bitume de Cortina à 2 kms de la fin j’explose littéralement, comme une crise d’hypoglycémie : des frissons dans tout le corps, impossibilité de relancer, le souffle court. Je connais bien cet état pour l’avoir ressenti pas plus tard que 15 jours lors d’une de mes séances matinales de 2 heures. On est foudroyé et seule l’alimentation permet de se remettre en jambe. Je demande à un autochtone de me prendre une des barres maison (blondies) dans mon sac car je n’ai pas la force de l’enlever. Je l’engloutie et j’en ressens les effets immédiats. Quelques mètres plus loin un autre habitant a dressé une table avec des tranches de pastèques : quel bonheur ! Et je déroule pour les 1500 mètres restants dans Cortina. Et là c’est juste un bonheur immense.

J’arrive après 19 heures et 57 minutes en 229 ième position parmi 1815 coureurs au départ et 1297 finishers (taux d’abandon de 29%).

Mention spéciale à Loic J. qui m’a beaucoup aidé : c’était mon benchmark !

Je remercie avant tout ma femme pour m’avoir permis de vivre tout ça…

Mon score ITRA sur cette course est de 569 soit mon plus gros score sur ce format de course dit XL.

Chapeau à tous les finishers, ils sont tous des héros.

8 réflexions sur “Récit de La Lavaredo Ultra Trail 2019

  1. Toujours aussi passionnant et des paysages magnifiques, tu as dû te régaler.
    Les Ultras c’est pas pour toi? Et bien je plains ceux qui t’ont suivi ou que tu as dépassé au départ, tu es un sacré coureur et très endurant.
    Les Trails spaghettis semblent aussi prometteurs que les Western Spaghettis.
    Mais tu sembles flotter dans ton short sur la dernière photo, les croquettes italiennes n’étaient pas très nourrissantes 😉
    Encore Bravo pour cet exploit

    1. Yes sir ! Je n’ai plus l’envie de ne pas la refaire !! ça y est, mon gouverneur central a oublié à quel point j’ai souffert. Youpiii on va remettre ça … dans 2 ans pour inscrire mes enfants à la Kids Race 😉

    2. Magnifique épopée avec la musique de Morricone en prime c’est génial on s’y croirait ! Même pour une « non sportive à ce point « mais connaissant un peu la compétition natation ou cross , je trouve que tu as bien retranscrit tous tes ressentis en y apportant des détails techniques , qu’on y comprend tes récompenses visuelles car on te suit dans ce paysage grandiose . Bravo d’avoir pris le temps de faire des photos , ça en est que plus vivant et spectaculaire !!! Il n’est pas impossible que j’ai envie d’y venir un de ces jours !!!! Qui vivra verra ! Bravissimo frère ;)! 🐸

  2. Cela fait plusieurs fois que je vois passer les 3 cimes et des belles choses sur cette course, le parcours. Ton récit ne fait que donner encore plus envie.
    Bravo pour cet effort, le partage de l’aventure. Tu as bien fait de prendre des photos 😉

    PS : le glacier sait-il que tu compares ses produits surement fabriqués avec amour avec un vulgaire substrat liquide hyper facile à métaboliser ?
    PS 2 : mafate speed ou challenger aux pieds ? (je me tâte pour les challenger pour ma CCC. Elles m’inspirent… (je les avait cette année sur la sainté et c’était parfait) mais il faut que ce soit sec (sinon j’ai des vielles speedgoat v1 assez instables, et des mafate speed V1 aussi, bcp trop raides)

    1. Sans hésiter les Challenger : aucun problème sur la CCC. Je ne cours plus en Mafate dont je trouve la semelle beaucoup trop épaisse.
      Pour les glaces à noter également que je me suis régalé !! Et quand on peut conjuguer diététique et plaisir gustatif c’est tant mieux. Cela dit je suis drivé avant tout par le plaisir gustatif 99% de l’année. Ce n’est qu’à J-1 d’une épreuve (j’en cours 3 dans l’année) que je suis contraint de faire attention à ne pas alourdir mon estomac par les fibres / végétaux et Pâtes.
      Si pour toi courir un Ultra c’est avant tout être transporté par les paysages alors la Lavaredo est tout simplement incontournable et je me demande si on peut trouver mieux (ou aussi bien). En revanche concernant la CCC je peux te dire que c’est surtout la monotonie du paysage qui va te frapper. Le parcours n’est pas ce que je considère comme particulièrement attractif, tout comme le parcours autour du Mont Blanc d’ailleurs exceptions faites du col de la Seigne et de la descente sur le Lac Combal au levée du soleil (première partie de l’UTMB…avant Courmayeur).

  3. Samuel

    Bravo pour ta course et merci pour les superbes photos !
    PS: la sportiva est une marque très connue en France par les pratiquants de l’alpinisme (et tout particulièrement pour les chaussures)

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