Mon récit des 105 kms de l’Ultra Trans Aubrac 2016

105 kms de l’Ultra Trans Aubrac, après validation des checks points, mon classement officiel est désormais tombé. Je suis le 33 ième finisher au général de cet Ultra Trans Aubrac parmi 180 coureurs (et coureuses) qui sont allés jusqu’au bout du bout…de la boue ! Oui trop facile celle-là.
Mon chrono est de 15h 35min. Celui du vainqueur de 11h 42min.
257 coureurs courageux étaient au départ, 180 à l’arrivée, soit un taux d’abandon de 30% (22% l’année dernière)
Dans ma catégorie qui me donne un coup de vieux (les VH1), je termine 10 ième sur 71 finishers quadragénaires aux cheveux blancs.
C’est ma deuxième participation consécutive à cet Ultra. Pour le récit de l’année dernière c’est là.
Voilà c’était pour les chiffres et tuer le suspens. Maintenant place à l’histoire, au récit, avant que tout cela ne s’efface, avant que mon cerveau ne fasse son travail d’érosion me donnant l’impression que c’était finalement facile alors que c’était une « sacrée aventure galérienne » (c’est un néologisme perso, ne cherchez pas dans le dictionnaire). Pour ceux qui n’aime pas la (mauvaise) littérature et qui sont plus intéressés par des concepts / idées / chiffres sur cet Ultra ils peuvent directement passer au dernier paragraphe pour la synthèse. Pour les autres qui vont lire ma prose je leur promets du sang, de la sueur, des larmes…mais surtout beaucoup de boue.
Vendredi 22 avril, la veille de la course : j’ai 43 ans ce jour-là !
Cette année, contrairement à l’année dernière, je suis accompagné de ma plus fidèle supportrice : mon épouse. En fait j’ai réussi à la convaincre de venir en lui disant que nous passerions la nuit du dimanche au lundi au restaurant hôtel de Bras, Le Suquet (célèbre table 3 macarons Michelin) à Laguiole. Youpiiii ! Mais c’est aussi pour moi l’occasion d’avoir en ligne de mire une formidable récompense si je termine cet Ultra. Après l’effort…etc. Bref je vous fais l’économie de la formule.
La veille de la course nous arrivons à Rodez en avion, puis location de voiture, puis visite du centre-ville, puis déjeuner au Café Bras (essaimage à Rodez dans un format brasserie – plus accessible – du restaurant de Laguiole), visite du Musée Soulages, thé pâtisseries au café Bras (Encore ! Mais le lieu est tellement beau et bon, et puis vous me connaissez je suis un pilier de salon de thé), 18h00 retrait du dossard à Bertholène, arrivés à Saint Geniez d’Olt à 19 heures, puis crêperie pour le dîner, puis au lit à 22h30…et j’arrive à m’endormir immédiatement, VICTOIRE !!!! Oui c’est une victoire car les veilles de course où l’on doit se réveiller à 4 heure du matin, j’ai habituellement des insomnies. Et là je me réveille comme une fleur à 3h50, sans réveil, après avoir engrangé 2 à 3 cycles de sommeil bien positionnés (les plus réparateurs). J’ai la pèche il faut bien le dire, et cela fait du bien pour son capital confiance.
Je me rends à pied au gymnase (lieu de l’arrivée de la course) pour aller prendre la navette qui conduira les coureurs sur le lieu du départ (Château de Bertholène). Il pleut, je dois me vêtir de mon textile Gore Tex bleu qui sera le meilleur investissement de mon année 2016 à n’en pas douter… Dans la navette je discute avec un jeune originaire de Pau qui va courir son premier Ultra de +100 kms et qui me parle de son précédent abandon au raid du Morbihan (pensée pour Sylvain), j’ai un peu de craintes pour lui car aujourd’hui il faudra faire face à d’autres éléments que les embruns de l’océan.
Et c’est donc sous une pluie, battante cette fois, que nous arrivons à Bertholène, les vitres du bus sont plein de buées, et mon estomac me dit qu’il est à deux doigts de faire une vidange.
Dans le gymnase je prends un bol de thé et une tranche de Fouace (brioche locale excellente) servis par les bénévoles d’une sympathie et amabilité rare. Contrôle rapide de nos sacs pour checker le matos obligatoire, puis nous sommes invités à monter (déjà une montée, non compté dans le km de la course) sur la butte du Château de Bertholène de laquelle sera donné le départ à 6 heures. Finalement le top sera donné avec un retard de presque 15 minutes pour des raisons que j’ignore.
Et c’est parti. Je n’ai pas allumé ma frontale. Celles de mes camarades me suffisent et on sent que l’aube pointe son nez.  Il s’est arrêté de pleuvoir. Le sol est humide. La première partie est très roulante même si on peut très vite comprendre que le terrain sera gras, donc technique, et que cela consommera beaucoup plus d’énergie que l’année précédente.
Ma stratégie de course :
Ma stratégie de course est très claire et précise. Je cours au cardio. Il n’est pas question pour moi de dépasser un niveau d’effort qui serait supérieur à 70% de ma FCMax (Fréquence Cardiaque Maximale). J’ai les yeux rivés sur ma montre. L’idée est d’appliquer cette stratégie au moins jusqu’au km 75…et ensuite de lâcher les chevaux (s’il reste des chevaux à lâcher…). Donc au moindre faux plat montant je regarde ma montre pour être sûr de ne pas dépasser ce seuil, le cas échéant je ralentis, je trotte, je marche dans les montées un peu raides. J’attends que ma FC revienne sous le seuil avant de me remettre à courir. Cette stratégie, on arrive à la suivre scrupuleusement tant que l’on est lucide. Cela dit, au fil des heures qui passeront je serai de moins en moins discipliné jusqu’à ne plus être capable de checker les pulses.
Tout se passe bien je suis dans ma bulle assez concentré comme on peut l’être au début d’un trail. Les choses se gâtent bien plus tard.
Il y a une descente en mur hyper technique à cause de la boue juste avant d’arriver sur Saint Côme d’Olt. C’est la première fois que je fais chauffer à ce point les quadriceps en excentrique pour lutter contre la gravité. C’est mon point faible. Cela glisse, il y a des pierres bien coupantes qui n’attendent que de vous faire trébucher ou vous trancher si jamais vous vous affalez sur elles. Premières frayeurs lors des moments d’instabilité / glissades qui vous font monter le niveau d’adrénaline et le palpitant, et ce n’est que le début…
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1er ravito : Arrivé à Saint Côme d’Olt au km 23 après un peu plus de 3 heures de course.
J’arrive en retard sur le chrono de l’année dernière mais en ayant finalement consommé moins de carburant puisque mon niveau d’effort (mesuré par mon cardio) est de 10 pulses en moins / minute sur cette même portion.
Je prends mon temps au ravito. Je bois pour la première fois depuis le départ (car parti avec les gourdes vides) du coca aveyronnais, je mange des bananes, je mange du cake… jamais autant mangé lors d’un premier ravito. J’ai toujours la trouille de trop manger et de devoir recourir avec un estomac trop lesté. Il est temps de partir après avoir rempli d’environ 20 cl une gourde de coca (cela me suffira jusqu’à Laguiole au km 55).
Je repars, il s’est écoulé 3h 20min depuis le début de la course. Je suis en retard de 20 minutes par rapport à l’année précédente.
La partie à venir est celle où je vais prendre le moins de plaisir. Le paysage n’est pas celui que je préfère. Ce sont des sentiers en sous bois. Globalement c’est assez difficile il y a pas mal de montées sans pour autant que cela soit des murs. Je n’ai pas de très bonnes sensations. Le temps passe assez lentement. L’objectif que j’ai en tête est de retrouver Laetitia lors du croisement d’une route de bitume au lieu dit de « La Vitarelle », sauf que je n’ai aucun repère (je n’ai pas de GPS) et ignore donc le kilométrage couru. Je prends en chasse un duo composé d’une femme (qui a un sacré rythme !) qui manifestement a couru l’UTMB si j’en crois son sac à dos estampillé du fameux logo ainsi qu’un jeune homme, un crack au vue de sa technique et son allure, vêtu d’un haut blanc immaculé (comment il fait pour que son TShirt reste propre lui ?) et qui a le look d’une star avec ses lunettes de soleil (superfétatoires puisque le ciel est plombé et qu’il n’y a aucun rayon). Ce duo court ensemble et je me dis que le jeune homme est le coach de la jeune femme à moins que cela ne soit l’inverse ? Bref ils jouent le rôle de lièvre. Je les dépasse, ils me dépassent… plusieurs fois.
Et c’est enfin la rencontre avec Laetitia. J’ai faim ! Sauf que…Laetitia a juste oublié de prendre mes boîtes à victuailles.
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Mais elle peut encore me voir à 10 kms de Laguiole soit d’ici 30 minutes environ. Cette fois le parcours comprend des sentiers plats complètement détrempés et recouverts de mares de boue. Et c’est parti pour les bains de pieds. La boue peut monter jusqu’à mi mollet. Et à partir de maintenant on aura les pieds mouillés pour le restant de la course. En fait à ce moment là j’ai mon premier « sérieux coup de moins bien ». En dehors des mares de boue où évidemment on n’a pas le choix, je me mets à marcher même sur des portions plates sur bitume. Je connais une vraie baisse d’énergie mais qui sont des situations que je commence à dompter et connaître sur ce type d’épreuve. Le moral et la forme physique suivent une courbe sinusoïdale sur les trails longs et il ne faut pas y attacher trop d’importance, il faut attendre que cela revienne.
Nouveau stop avec Laetitia, elle voit à ma mine que cela ne va pas trop bien. Je lui donne le change en lui disant que « cela va pas trop mal »…euh « enfin pas hyper bien ». Je mange des greenies (comme des brownies mais au thé matcha) et financiers, évidemment pour ceux qui me connaissent, ce sont des douceurs « faites maison » ! Vivement Laguiole qui est à 8 kms environ. La portion qui reste sera infernale. Elle est majoritairement composée de sentier complètement boueux, les pieds ont un peu froid. Il est inutile de vouloir contourner les mares : parfois c’est impossible, parfois dangereux car on frôle les barbelés qui clôturent les champs adjacents, et on perd beaucoup d’influx nerveux à vouloir jouer au contorsionniste. C’est inutile, allons tout droit comme dans un bain en Thalasso et floc floc floc…
2ièm ravito : Arrivé à Laguiole au km 55 après environ 8h de courses.
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C’est très drôle Laetitia est venu me rejoindre en amont du ravito de Laguiole juste à la sortie du sentier boueux. On fait la traversée de Laguiole ensemble, on marche, on trottine, on passe devant la statue du bœuf avec ses testicules « bene pendentes » (oui c’est du latin et c’est une expression consacrée…pour les Papes et pas que pour les bœufs). Au ravito je vais prendre mon temps, Je bavarde avec Laetitia la bouche pleine.
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Ravito de Laguiole : une joie indescriptible se lit sur mon visage.
Je me restaure : toasts de pâtés, soupe, mes greenies, mes financiers. Je boulotte et d’ailleurs je culpabilise de boulotter autant mais c’est plus fort que moi, mon corps, mon cerveau primaire réclament. Je sais qu’il y a une grosse montée à la sortie de Laguiole en direction de la station de ski et mon cortex cérébral quant à lui craint d’avoir l’estomac trop lesté pour l’affronter.
Point négatif pour le moral en regardant ma montre, je prends conscience que pour cette année il me sera impossible d’améliorer sensiblement mon chrono. Je me dis qu’il sera même impossible de faire comme l’année dernière ! Je demande au représentant du check point quel est mon classement actuel, le bénévole me dit qu’il y a devant moi environ 60 solos. De mémoire l’année dernière j’étais dans les 70 premiers à ce niveau de la course, donc finalement ce n’est pas si mal.
Il est temps de partir en laissant mes illusions de bonne performance à Laguiole. Next rendez vous avec Laetitia à la station de ski et place à la plus belle partie du parcours, celle pour laquelle je me suis réinscrit cette année. L’Aubrac et ses plateaux, ses alpages, c’est maintenant !
Je repars, il s’est écoulé 8h 20min depuis le début de la course. Je suis en retard de 10 minutes par rapport à l’année précédente.
C’est très dur de reprendre la course sur du bitume dans les faubourgs de Laguiole. On traverse la forge / magasin d’usine des fameux couteaux. Et puis très vite on ré-attaque le sentier qui nous monte vers la station de ski.
Je commence à reprendre du plaisir car c’est beau, le temps est assez sec. On sent que cela se lève.
Et c’est la plus belle partie du parcours qui commence, qui plus est sous le soleil. La végétation change, ce sont les alpages, une brève escapade sur des sentiers souples, secs (mais oui, mais cela ne va pas durer très longtemps). On a l’impression de courir sur des plans de billard. Un coureur que j’avais croisé sur cette même course l’année précédente, Olivier, me reconnaît et se souvient même de la conversation que nous avions eue à cet endroit même de la course, c’est incroyable. Nous courrons exactement à la même allure. Sans pour autant être toujours l’un à côté de l’autre nous nous verrons / croiserons quasiment jusqu’à la fin de l’épreuve.
Il fait chaud, cela tape. J’ai dû ranger mon imperméable Gore Tex pour ne laisser que ma première couche à manche courte. Et je retrouve Laetitia qui est venue à ma rencontre quelques hectomètres avant la station de ski de Laguiole.
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C’est le bonheur, l’euphorie quoi ! Quand je vous disais que le moral lors d’un trail suivait une sinusoïdale, et bien à ce moment la courbe est au plafond. Au croisement de la route je laisse Laetitia. On se croirait dans un film à l’eau de rose avec une voix off qui dirait « Ils s’embrassèrent, ils se quittèrent et se jurèrent de »…se retrouver au prochain point de rendez vous une demi heure plus tard !
Je retrouve ma petite femme rapidement au prochain point de rendez vous sur route pour marcher avec elle en direction du point culminant de ce trail. Point à partir duquel nous avons une vue à 360 degrés sur l’Aubrac. On prend notre temps pour prendre des photos.
Je n’ai plus l’impression d’être sur un trail mais plutôt sur une randonnée estivale. Mais pourquoi pas ? C’est une belle parenthèse de 15 / 20 minutes. Je laisse Laetitia au point culminant pour initier la descente en direction du Buron des Bouals (prochain ravito officiel).
Il s’écoule 1 heure / 2 heures ? je ne sais plus. J’aperçois un enclos de prés aux vaches. La signalétique nous pousse à l’emprunter, il y a deux tentes. En fait il s’agit d’un ravito surprise. Et quel ravito ! Il y a un barbecue avec des saucisses grillées, des tranches de pain avec de la terrine. 5 ou 6 bénévoles tiennent le camp. C’est juste surréaliste. Et cela fait un bien fou, on nous offre un gobelet de thé vert sucré qui fait du bien. Je mange de tout mais je me restreins dans le boulottage désormais car je sais que lors du prochain ravito (à 8 kms) du Buron au-dessus du village Aubrac, le ravito est chaque année exceptionnel.
A partir de maintenant le climat va commencer à se gâter. Le soleil se fait la malle. Les nuages menaçants refont surface. Le terrain va également changer. Les tourbières vont commencer à faire leur apparition. J’arrive près d’une cascade et la grêle se met à tomber. Je m’abrite sous des arbres pour remettre mon Gore Tex de couleur bleue que je ne quitterai plus jusqu’à la fin de l’épreuve.
Et au loin à travers la brume qui commence à se lever j’aperçois sur la droite de l’horizon une masse imposante, une église énorme, massive, austère il s’agit de l’église du village Aubrac. Le balisage nous fait tourner à gauche pour nous engouffrer dans un buron : le Buron des Bouals : notre dernier ravito officiel.
3ièm ravito : Arrivée au Buron des Bouals (près du village Aubrac) km 75.
Et quel ravito ! C’est un festival. Il s’agit en fait d’une tablée énorme sur laquelle figurent canapés, verrines de grands chefs pâtissier. Et quel chef ! En effet le pâtissier qui nous a concocté les verrines n’est autre qu’un ancien pâtissier formé chez Bras (le triple étoilé). Et je ne puis m’empêcher de tout déguster, verrine après verrine, canapé sucré après canapé sucré. Il y a également de la Fouace et du gâteau cuit à la broche (spécialités aveyronnaises). Bref, les sirènes sont là pour me faire trébucher et je ne suis attaché à aucun mât. Sauvez moi ! Il faut à un moment donné se faire violence pour s’extirper de ce lieu de plaisirs gustatifs et veiller à ne pas se tirer une balle dans le pied (enfin plutôt dans l’estomac en l’occurrence). Il reste 25 kilomètres (le plus difficile est à venir) et trop engloutir à se rendre malade peut être un piège.
Juste après le buron je retrouve Laetitia sur le GR à Aubrac : changement de gants express (je prends mes gants oranges fluo qui sont du plus bel effet) prises de quelques photos, quelques encouragements et c’est reparti. On se donne rendez vous vers le km 87.
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Le Schtroumpf bleu au fond c’est moi.
Je repars, il s’est écoulé 11h 37min depuis le début de la course. J’accuse un retard de 32 minutes par rapport à l’année précédente. Le retard s’est donc accru j’ai vraiment pris mon temps sur cette portion.
« L’Ultra Trans Aubrac commence maintenant ! »
C’est ce que j’avais dit la veille au soir à un compagnon de trail dans la crêperie. Il faut arriver relativement bien au Buron des Bouals car le plus dur est à venir.
Et à partir de maintenant l’Ultra Trans Aubrac commence réellement pour moi. Je sais que je vais entrer dans ce qui avait été un tunnel l’année dernière : je n’avais pas mis moins de 4h30 de course à partir d’Aubrac pour rejoindre la Finish Line de Saint Geniez d’Olt. Le physique peut lâcher et on doit compter sur sa volonté pour tenir le coup. A partir de maintenant il y a de gros risques que la sinusoïdale du baromètre de l’état psychique tutoie le plancher et y demeure scotchée.
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La première heure se déroule et les difficultés s’accumulent : chemins parfois rocailleux, boueux et glissants, quand le chemin emprunte les alpages il s’agit en fait de tourbières. Je perds l’équilibre, chute arrière : les fesses dans la boue, mes gants orange fluo ne seront pas restés secs très longtemps (30 minutes). C’est le bonheur ! Puis j’ai le souvenir d’une très longue descente qui nous fait quitter les paysages d’alpage. Nous retournons dans un paysage forestier que nous ne quitterons plus jusqu’à Saint Geniez d’Olt : au revoir les beaux plateaux pelés de l’Aubrac. Désormais on s’enfonce dans la jungle, humide, hostile. Et le ciel restera couvert, le fond de l’air va demeurer menaçant. Il y a aura souvent de la bruine, de la pluie fine. Sale temps pour ceux qui souffrent d’arthrite !
Après cette longue descente, l’itinéraire suit un long cours d’eau. Ma panoplie de Schtroumpf aux gants orange n’est pas vraiment adaptée à la situation. Des troncs d’arbres bloquent le passage, on doit traverser des cours d’eau sans autre moyen que de prendre des bains, parfois on traverse des champs de rizière (c’est une image). Je troquerais bien ma panoplie de Schtroumpfs pour celle de Sylvester Stallone dans Rambo avec le couteau entre les dents : bien plus adaptée à la situation. Et je me mets à courir (faut être fou) et je me prends un sérieux carton : jolie vol plané, chute avant, je me retrouve plaqué au sol…Outch !! Rien de cassé, mais cela calme. Heureusement que mon buste à la Sylvester Stallone me permet de protéger mes côtes. Il va falloir veiller à lever les pieds désormais. Je me souviens que d’ici l’arrivée il va falloir grimper encore quatre montées face au mur et dont le premier est juste une horreur. Il faut entendre par là que le premier mur nécessite parfois d’être à quatre pattes et que l’on n’a pas le droit de dévisser sinon on ne remonte plus. Le chemin est comme il se doit bien boueux. Le cardio monte très haut. Ah au fait le cardio, cela fait un bail que j’ai oublié de le checker celui-là ! De toutes manières la ceinture commence à tomber, je n’arriverais pas à la remettre en place : je suis trop cuit. Et puis à ce stade de la course toute contrainte d’ordre logistique (sortir un vêtement, sortir un gel etc…) nécessite de fournir un effort colossal. Même le fait de sortir le téléphone de la poche pour mettre au point le rendez vous avec Laetitia me demande un effort surhumain.
Arrivé au point de passage du km 87 : il y a une tente avec des bénévoles dont l’objet sera d’arrêter les coureurs qui seront en dépassement de la barrière horaire…mais Laetitia n’est pas là. Pas de réseau sur mon mobile. J’attends 2 / 3 minutes puis décide de continuer. Tant pis, rendez vous manqué. Je poursuis, très concentré. J’ai le souvenir de l’année dernière où mes quadriceps me faisaient terriblement souffrir. Je ne pouvais plus descendre, mes muscles ne me retenaient plus. Et tout d’un coup une angoisse m’étreint. Je me rends compte que je vais devoir terminer ce trail dans le noir ce qui requiert d’utiliser ma frontale. Or, je n’ai plus le souvenir de l’avoir rechargée : c’est bête de ne pas avoir vérifié ce détail !!!!! Je me souviens surtout de l’avoir déchargée cette semaine lors de mes sorties aux Buttes Chaumont mais comme l’éclairage urbain est suffisant et que le soleil se lève plus tôt je n’ai plus le réflexe de plugger ma frontale dès mon retour à l’appartement. Arghhh ! Angoisse quand tu me tiens. J’ai la boule au ventre. On est bientôt entre chien et loup. La brume vient de s’installer. Le sentier est devenu terriblement dangereux, aucune stabilité, une vraie patinoire sur plusieurs centaines de mètres. On est en descente. Un vrai enfer ce trail. Personne en visuel devant moi, personne derrière, je me sens bien seul. Cela fait des heures que je cours totalement isolé.
Le portable sonne. Laetitia m’attends sur une route goudronnée que je suis censé croiser. La descente dans laquelle je suis continue à être infernale parce que très dangereuse et sans aucun appuis. J’arriverai 30 minutes plus tard au point de rendez vous. On marche ensemble quelques centaines de mètres. Il y a un village en contrebas.
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Je lui demande de sortir ma frontale de mon sac car je n’ai plus l’énergie de le faire. Je mords dans mes greenies au thé vert matcha : qu’est ce que cela fait du bien ! Un vrai dopant ce truc, j’envoie la recette (de Grossman dans Un petit déjeuner à New York) sur demande. Je mets ma frontale et continue à courir, il reste une dernière bosse. On commence à ne plus rien voir du tout. J’attendrai la toute, mais vraiment la toute dernière minute (jusqu’à vraiment ne rien voir du tout) avant d’allumer ma frontale pour savoir… Alors elle est chargée cette frontale ???
Oui il semblerait qu’elle ait encore du jus.
Hourra ! Mais pour combien de temps ? Euh cela dit je vois à peine mieux. En effet il y a de la brume. Et vous avez vu le rendu d’un faisceau lumineux dans la brume ? Et bien on ne voit rien du tout, c’est le brouillard, un brouillard que l’on éclaire. En fait le brouillard joue un rôle de réfraction qui rétrécit le champs de vision. J’arrive tout juste à percevoir la signalétique du parcours. En fait mon faisceau est très étroit, soit je checke la signalétique et je ne vois plus du tout où je mets mes pieds, soit j’ai le nez collé au sol mais je ne peux plus voir la signalétique. Cela me bouffe une énergie énorme. Après cette dernière bosse il y a une longue portion de plat avant de redescendre sur Saint Geniez d’Olt. Je me mets à courir à vive allure (9 … 10 km/h ?). En face de moi je double quelqu’un. Cela fait bien deux heures que je n’ai pas croisé qui que ce soit. Et puis quelque minutes après on attaque la descente et là ! Pan ! C’est mon troisième carton de la journée. Je me retrouve à terre : probablement un joli vol plané. Je me relève avec quelques égratignures. Rien de cassé, tout va bien. Je vais mettre un peu le frein.
En descendant dans la forêt en direction de Saint Geniez d’Olt nous quittons le brouillard, nous longeons un cours d’eau. Je sais à ce moment là, connaissant le parcours, que la fin est très proche (3 kms ?). Je vais doubler deux concurrents à la peine. J’appelle Laetitia pour lui dire que je ne suis pas loin de l’arrivée et qu’elle doit m’attendre au gymnase. Ça y est, c’est la première grande et belle bâtisse du village, on peut y percevoir l’occupant affalé sur son canapé bien au chaud en train semble-t-il de regarder la télé. Je suis à 1.5 km tout au plus de l’arrivée. Traversée du village, la route qui mène au gymnase d’arrivée, le parking et j’entends au loin Laetitia qui sort de la voiture. Je m’attendais à la voir 300 mètres plus loin à l’entrée du gymnase. En fait elle a décidé de me suivre en courant, l’appareil photo à la main. Quelle drôle d’idée alors que je mets le turbo pour en finir au plus vite. Arghhh. Après le remake du film Rambo quelques heures plus tôt me voici dans le remake d’un film burlesque à la De Funès. Ma femme court après un schtroumpf aux gants oranges fluo (c’est moi) sur un sentier détrempé en simples baskets et appareil au point. Et comme dans tout film comique qui se respecte cela se termine par une glissage. Cela ne manque pas. Je lui cris « retourne au gymnase par l’entrée principale !! ». Mais non, elle est têtue. A 50 mètres de l’arrivée la voilà qui se mets à glisser sur le talus boueux en descente menant à un terrain de sport. Elle n’a rien, je lui rappelle de retourner à l’entrée principale du gymnase comme l’ont fait TOUS les autres supporters. Je continue, j’entre dans le gymnase noir de monde en direction du podium et je coupe cette finish line. Petite interview avec l’organisateur, récupération du TShirt de finisher….moments dont Laetitia ne sera pas témoin, le temps qu’elle trouve l’entrée du gymnase. Je quitte le podium…
Enfin, la voilà !
ÉPILOGUE
Le lendemain soir (dimanche 24 avril) nous passons la nuit au Suquet, le restaurant des Bras. Sébastien qui a pris le relais de son père Michel me fait l’honneur de poser avec moi et le TShirt de Finisher dans sa cuisine. Il me dit qu’il a déjà couru le marathon de New York et également l’Ultra Trans Aubrac il y a quelques années dans une équipe de relais ! Un grand chef triplement étoilé qui est également runner (comme un certain Thierry Marx). Chapeau bas. Le diner était juste sublime.
Avec Sébastien Bras
Avec le chef trois étoiles : Sébastien Bras. Coureur de trail également !
1/ ANALYSE DU CHRONO ET DE LA PERFORMANCE :
Mon chrono est de 15h 35min soit une avance de 2 minutes par rapport à l’année précédente. 2 petites minutes de mieux au final alors que j’accusais encore un retard de 32 minutes au km 75.
J’ai donc repris sur cette dernière partie (depuis le Buron des Bouals) 34 minutes par rapport à l’UTA 2015.
 
Mon classement est 33ième (dans les 18% vs all finishers) contre 48ième (dans les 28% vs all finishers) l’année dernière. Le progrès est assez significatif en terme relatif ce qui prouve à quel point les conditions étaient plus difficiles cette année. D’ailleurs le vainqueur termine cette année en 11h 42min (un extra terrestre) contre 10h 59min l’année précédente soit 42 minutes de plus !
Le taux d’abandon grimpe cette année à 30% contre 22% l’année dernière.
Chez les VH1 (les vieux quoi !) je suis 10 ième vs 72 VH1 finishers soit dans les 14% (l’année dernière j’étais dans les 27%).
  • Tableau de comparaison des deux UTA courus (2015 vs 2016)

tableau bilan des 2 UTA

2/ PENSÉES / RÉFLEXIONS PÈLE MÊLES
  • Grand coup de chapeau aux organisateurs / bénévoles
Autant le dire, mais franchement j’ai plutôt envie de le garder pour moi, je ne veux pas que ce trail soit victime de son succès. Mais ce Trail est juste géant. L’organisation est extraordinaire. Les bénévoles font preuve d’une amabilité rare. On a envie d’y retourner sans se poser de questions. J’ai pris mon abonnement.
  • La psychologie
Connaître le parcours et l’avoir déjà couru procure un avantage psychologique indéniable. En effet on n’est plus surpris, comme j’ai pu être l’année dernière, par des portions qui semblent interminables. Quand on recourt une course on connaît le story board et le cerveau n’est pas surpris.
Mes lecteurs assidus le savent je fonctionne toujours en ayant un ou deux titres (mélodies) en tête. Mon cerveau joue le rôle d’un Juke Box. Je n’ai jamais couru avec un casque, je déteste ça. En revanche j’ai toujours une ritournelle dans la tête : une mélodie bien entêtante qui m’aide à courir. Sur cet Ultra Trans Aubrac mon cerveau m’avait sélectionné et m’a fait tourner en boucle : Ghostmother de Moderat et Walkway Blues de M83. Je ne les choisis pas consciemment, c’est bien mon esprit qui en début de Trail se cale sur une ritournelle qu’il fait tourner en boucle de manière incessante. Parfois cela me gonfle car la boucle qui tourne dans ma tête doit durer 10 secondes et je repasse dessus des centaines (milliers ?) de fois comme un disque rayé…
  • L’équipement
Mes chaussures Hoka One One Rapa Nui sont le meilleur investissements chaussures de trail que j’ai jamais fait. Utilisées pour mes deux dernières SaintéLyon avec succès, ce sont MES chaussures de trail que Hoka One One malheureusement ne commercialise plus. J’ai fait tous les stocks et impossible de remettre la main sur une paire neuve. Et ce ne sont certainement pas les Speed Goat, ni les Mafate Speed qui les remplaceront. Ces deux derniers modèles ne me conviennent pas du tout.
Le blouson Gore Tex imperméabilisé bleu : isolant du vent, de la pluie, du froid. Une vraie bombe ce textile. Certes il peut y faire un peu chaud pour l’épiderme mais il ne faut pas croire à la magie non plus : on ne peut avoir un textile super isolant qui en plus respire. Cela n’existe pas.
  • La nutrition
Je n’ai pas arrêté de bouffer !! Il faut le dire d’autant plus que Laetitia était présente avec mes boîtes de greenies et de financiers homemade. Si l’on compte en plus le ravito surprise de saucisses / pâté vers le 75 ième. Le ravito pâtisseries verrines de l’ex Bras. J’ai bien dû ingurgiter le double de calories de l’année dernière c’est très certain ! Et je suis surpris de m’apercevoir que cela s’est déroulé sans problème digestifs. Finalement le fait d’étaler la prise alimentaire est une bonne chose et fonctionne pour moi. A noter « un vrai coup de bien mieux » après avoir mangé mes greenies à La Vitarelle (km 45 ?) et au km 97 alors que je me trouvais dans les deux cas dans une traversée du désert.
  • La forme physique
Au vue de l’amélioration de ma performance oui j’étais mieux préparé cette année et je me suis senti bien mieux d’où mon très bon finish.
Autre symptôme de ce meilleur état de forme. J’ai couru avec un coût énergétique moins élevé qu’en 2015 (pulses moyennes à 69% contre 75% de la FC Max l’année dernière) d’où ces bonnes sensations sur la fin du parcours.
  • Ma femme
Elle a été formidable et je l’embrasse fort. Que serais-je sans elle?
C’est bon vous pouvez sortir les mouchoirs et refermer votre tablette !

11 réflexions sur “Mon récit des 105 kms de l’Ultra Trans Aubrac 2016

  1. Oui un grand BRAVO à toi pour ce merveilleux Ultra et ce récit passionnant. Mais aussi un grand BRAVO à ta femme qui t’as suivi et a ramené de très jolies photos de la balade du Schtroumph coureur en Aubrac 😉
    Merci pour le clin d’œil sur le Trail du Morbihan, je suis en train de commencer mon entrainement spécial Jura et je pense qu’il ne sera pas facile.
    Petite question je cherche un sac de Trail, tu as quel sac sur les photos ???

    1. Merci à toi. Bon courage à toi pour l’entraînement spécifique pour le Morbihan effectivement il semble assez compliqué. Je crois que le fait qu’il soit assez plat doit le rendre justement assez usant. Pour le sac c’est le Salomon le plus banal, je crois que c’est le sac de trail le plus commun et le plus partagé par tous les coureurs, je l’ai reconnu chez énormément de monde.
      Bon entraînement !

  2. Fab

    Bravo ! Belle course !!
    Il ne te restera plus qu à avoir un sac un peu plus gros pour emporter ton ravito perso…. 😉

    1. Merci mon frère !!! C’est quand même pas mal les ravitos sur le pouce avec une supportrice, cela apporte du réconfort aussi et même s’il y a un oubli sur un stop, on court plus vite pour rejoindre le suivant !

  3. PhilippeG-521

    Bravo à toi Greg, un très chouette récit, comme les autres, agréables à lire et qui fait bien sourire par moment.
    Félicitations pour ta progression malgré les difficultés plus importantes sur cette édition, l’X-Alpine est dans la poche, du moins je l’espère 😉
    Sinon, convaincu qu’il ne faut pas tourner uniquement au coca ? (référence au récit de verbier…)
    Bonne récup et là t’es d’attaque pour Juillet !! 🙂

    1. Pour le X-Alpine réussir l’UTA est bon pour le moral…Maintenant pour le dénivelé il va quand falloir trouver une solution pour casser de la fibre quelque semaines avant. Et pour la nutrition très clairement je valide : manger de tout et notamment du solide me convient bien contrairement à ce que je pensais au préalable.

  4. Happy birthday, big up, c’est juste dingue! Je veux absolument savoir ce que tu mets dans tes greenies!!! Et vive la schtroumpfette! Dîner chez Bras bien mérité pour tous les deux, j’espère que vous vous êtes régalés et j’attends le compte rendu! Le musee Soulages me fait rêver.

    1. On s’est RE GA LE et figure toi que j’ai choisi le menu légumes, moi qui ne jure que par la viande habituellement. Et pour les greenies je vais t’envoyer la recette via Evernote. Il s’agit de celle de Grossman (Petit déjeuner à New York =>> une vraie mine ce petit livre chez Marabout).

  5. Ping : Les chiffres que je retiens de l’année 2016 … en course à pied. – Grégo On The Run

  6. Ping : Prépa UTMB 2017 : le point à la fin du mois de mars – Grégo On The Run

  7. Ping : Ultra Trans Aubrac 2017 : J-4 – Grégo On The Run

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