X-Alpine 2021 : trois ans après

Enfin un UltraTrail dans le viseur. C’est dans 1 mois après 2 années blanches de Trail et 3 ans depuis ma dernière participation. Elle m’a manqué celle-là.

  • Mes 4 récits d’ancien combattant

X-Alpine TVSB (Trail Verbier Saint-Bernard) 2015 : 111kms / 8400 D+ 8400 D- : Abandon au km 47 après 12 heures de course et 4400 D+

X-Alpine TVSB (Trail Verbier Saint-Bernard) 2016 : 111kms / 8400 D+ 8400 D- : 26h 17min / Place 62 vs 206 finishers vs 476 coureurs au départs (taux d’abandon 57%). (Cote ITRA 545)

X-Alpine TVSB (Trail Verbier Saint-Bernard) 2017: 111kms / 8400 D+ 8400 D- : 26h 39min / Place 75 vs 237 finishers vs 487 coureurs au départs (taux d’abandon 51%). (Cote ITRA 533)

X-Alpine TVSB (Trail Verbier Saint-Bernard) 2018: 111kms / 8400 D+ 8400 D- : 25h 46min / Place 82 vs 270 finishers vs 494 coureurs au départs (taux d’abandon 45%). (Cote ITRA 528)

L’X-Alpine 2018 : le récit d’un coureur d’un UltraTrail en quête d’une troisième étoile

Il doit être minuit, je suis dans une forte montée en direction de la cabane de Mille. Je décide d’éteindre la frontale et de m’arrêter, peu importe le chrono. Je lève les yeux vers les étoiles. Le ciel est impressionnant. Tel qu’on ne le voit jamais proche des grandes villes. Un ciel limpide, constellé d’étoiles. Certaines ont des couleurs : est-ce Vénus qui est presque jaune orangée ? Tiens je reconnais la grande casserole et la constellation d’Orion avec cet alignement presque parfait de trois étoiles (enfin je crois ?). Je reste là, planté comme un piquet pendant au moins une minute, à admirer. Et j’ai une pensé pour ma plus belle étoile qui a 11 mois bientôt ;-). Je remets ma frontale…et je me dis que c’est bien pour ces moments de grâce que je pratique le trail.

Vendredi 6 juillet 2018

Je passe vite sur l’épisode du TGV Paris Lausanne annulé pour cause de grève et le stress pour trouver à J-2 une solution de secours qui coûtera le triple du billet initial. Mais avec François, mon ami finisher de la Eiger en 2017 et de la Mozart 100 trois semaines avant, on arrive à se débrouiller comme des champions. Nous sommes finalement à 16 heures au Châbles pour le retrait des dossards. Je retire également au stand Compressport ma nouvelle panoplie de Traileur flanqué des couleurs de cette dixième édition du TVSB. Avertissement au lecteur : je paye intégralement mon équipement et ne bénéficie d’aucune ristourne de la part de « partenaires » (terme qui veut dire : un fournisseur d’équipement ou de service qui file des avantages et/ou du matos à des bloggers pour que ceux-ci parlent – en toute indépendance – de leurs produits sur les réseaux … si possible en bien). Grégo n’est pas un vendu mais un « homme liiiiiiiiibre » comme le dit si bien Patrick Mac Goohan dans le générique de la série du Prisonnier ! 😉 Mais qui a dit que mon blog n’était pas culturel ?

Petite déception sur ce Tshirt de traileur Compressport spéciale édition 10ièm anniversaire du TVSB (Trail Verbier Saint Bernard), je pensais qu’il était de couleur noir ce qui me plaisait (en référence à la classe et au style d’un certain Lev Yachine gardien de but soviétique volant dans les airs). Or je m’aperçois qu’il est de couleur vert kaki foncé qui m’évoque plutôt la tenue d’un soldat de l’armée de terre. Comme quoi il faut toujours se méfier du calibrage de ses écrans.

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Au retrait des dossards je tombe sur Ryan Baumann qui a terminé sur le podium chaque fois qu’il a participé à l’X-Alpine. Alors je m’empresse de lui demander quels sont ses secrets ? Et notamment sur la nutrition. Il me dit qu’il boit 0.5 litre par heure, qu’il mange ses propres barres, qu’il aime bien le Rivella (c’est quoi ce truc ?). Bon et bien je reste sur ma faim (admirez comme j’ai le sens de la formule !), je m’attendais à des révélations. Mais peut être que « Rivella » est LA « Révélation » (assonance magnifique non ?) ? Qui sait…

Avec François le soir nous allons près du départ pour participer à la Pasta Party organisée par un restaurant. Je prends un bon plat de pâtes et puis retour à l’hôtel Montpelier qui est sur le parcours. Je croise un traileur qui m’accoste et me dit : « c’est toi Grégo qui écrit des articles ? » Et moi un peu gêné, et un peu flatté à la fois… en fait je ne sais pas dans quel état je suis pour être franc. Parce que « être gêné » et « être flatté » à la fois, et bien ce sont deux émotions un peu contradictoires à gérer. Je souris et le remercie. Et franchement je tombe dans l’embarra quand il me dit qu’il s’est inscrit à l’X-Alpine grâce à moi et qu’en plus il a choisi l’hôtel Montpelier auquel je faisais référence. Ouh là là et je sens le poids de la responsabilité peser des tonnes sur mes épaules !!!! Grâce à moi ou à cause de moi… Et là devant le comptoir de l’hôtel je tombe de mon arbre lorsque l’on nous annonce qu’il n’est pas prévu de petit déjeuner pour les coureurs à 4 heures du matin ! Aïe. Et je m’en émeus auprès du personnel. Bref je fais mon « bon français » aimable à souhait en me plaignant que les années précédentes « il y avait bien un petit déjeuner de prévu », « si on a choisi cet hôtel c’est parce que… » avec ma tête des mauvais jours. Je me calme, fais amende honorable d’avoir été si désagréable. Je m’en retourne dans ma chambre. Je suis claqué de toutes manières. Je vais m’endormir dès 21 heures pour me réveiller à 2h50 d’un coup d’un seul. C’est énorme pour moi. Dormir d’une traite comme ça, cela ne m’est pas arrivé depuis…depuis presqu’un an ? Le fait d’avoir des lionceaux à demeure qui vont avoir 11 mois m’a plutôt habitué à des micro cycles de sommeil de 2 heures à tout casser, entrecoupés d’exercices physiques de type « pauses biberons », « remettage de tétines », « portages de poids de 2.5 kgs à 8 kgs » (avec le temps cela va dans un sens croissant, phénomène étrange).

Je suis en pleine forme à mon réveil et franchement c’est de très bon augure pour la suite. Pompes et douche froide : la morning routine sauf que tous les matin c’est pour courir 20 bornes en 2 heures alors que ce matin c’est pour 111 kms et 8400 de dénivelés + et -. J’arbore ma nouvelle panoplie « vert kaki treillis » à la place de ma traditionnelle tenue bleue Schtroumpf. Finalement je la regrette déjà ma tenue de Schtroumpf bleue.

Surprise à l’accueil de l’hôtel : un employé est bien présent pour nous servir un petit déjeuner ! Énorme. J’abuse de sa gentillesse pour qu’il me prenne en photo. Et regardez bien ci-dessous il me manque un accessoire qui aurait pu me mettre en grande difficulté durant la course. Quelques secondes d’attention, regardez bien. J’allais me rendre au départ en oubliant ……. devinez quoi ?

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…. en oubliant mon dossard que j’avais laissé soigneusement sur le bureau de ma chambre. Il s’en est fallu de peu. Voilà un nouveau chapitre à ajouter au recueil Grégo fait du trail après le chapitre « j’oublie de remplir mes flasques d’eau à Lourtier » le nouveau chapitre s’intitule « J’oublie d’accrocher mon dossard (et sa puce) avant de me rendre au départ de l’X-Alpine ». Je vous conseille de ranger l’ouvrage Grégo fait du trail sur votre étagère entre les BD de Frankin et les DVD de films de Jacques Tati pour les personnages burlesques au comportement un peu décalé et incohérents que ces auteurs dépeignent avec un talent certain. Mais qui a dit que mon blog n’était pas culturel ?

Avertissement aux lecteurs : Je ne touche aucune rétrocessions sur le chiffre d’affaire qui serait généré par la vente des ouvrages de Frankin ou les DVD de Jacques Tati suite à la lecture de mon article car comme vous le savez, je veux rester un « homme liiiiiiiiiiiiibre ». Même remarque suite à la vente des DVD de la série du Prisonnier dont j’emprunte, certes gratuitement, la citation pré citée.

En fait c’est en voyant un autre coureur prendre son petit déjeuner que je me rends compte de ma bourde.

Et on file au sas de départ. Il est 3h45.

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Ouhaaa superbe le podium !

Le départ est organisé comme à l’accoutumé. Nous avons droit à la récitation du poème Si Tu seras un homme mon fils de Rudyard Kipling. « Mais qui a dit que le trail n’était pas une activité culturelle ? » , promis j’arrête ! On nous passe « The final countdown » d’Europe et c’est parti ! Il est 4 heure du matin, je sais que je franchirai une nouvelle fois cette arche dans au moins 26 heures, mais dans l’autre sens. Après 111 kms et 8400 mètres de dénivelés positifs et négatifs.

X alpine profil

On attaque une première montée qui franchement n’est pas des plus simples surtout que j’ai toujours des jambes en bois quand j’attaque une course. Dans la montée quelqu’un m’interpelle : « Grégo comment tu vas ? ». Il s’agit d’un de mes lecteurs. Je lui demande comment il a fait pour me reconnaître moi qui pensais avancer masqué ? Il me dit que pour lui c’était assez simple. Il m’a reconnu « comme ça ». Je le remercie et suis assez surpris qu’il m’ait reconnu de nuit alors que je ne porte pas le costume bleu habituel.  Il est peut être temps que j’arrête d’être surpris que l’on me reconnaisse. Car finalement c’est assez rassurant de constater que l’on ressemble à … soi-même.

La descente sur Sembrancher est franchement compliquée pour moi. Je la trouve assez technique si on trébuche sur les racines des arbres qui affleurent c’est bien simple on tombe dans le contrebas qui ressemble à un ravin…au moins on descend plus vite. Cela dit je n’ai pas la dextérité suffisante pour vraiment me relâcher. Je trouve que c’est assez « risky » cette partie surtout qu’avec la frontale je vois assez mal. J’arrive après 1h30 de course comme d’habitude à Sembrancher il est donc 5h30 du matin, je range la frontale et m’hydrate d’un mélange de coca et d’eau comme j’en ai l’habitude sur tous mes trails.

Et j’attaque le « steak » de cet X-Alpine qui est servi dès l’apéro : Les 1900 mètres de dénivelé de ce Gulliver que l’on nomme Le Catogne et les traileurs des Lilliputs. Schtroumpf bleu, Lilliputs, manifestement je cultive le même thème. Il va falloir que je travaille dessus.

J’apprécie cette montée car la déclivité n’est pas redoutable, c’est long et c’est beau. Les rayons du soleil commencent à percer au dessus des cimes des massifs qui nous environnent. Et puis vient la partie minérale, le chemin de crête très alpin. Et enfin le sommet. J’arrive au faîte du Catogne sans difficulté particulière alors que l’année dernière je me sentais un peu en souffrance.

Arrivé au sommet j’exulte, je crie « on l’a fait ce Catogne » ! Or personne ne me répond ou plutôt je me sens regardé comme une bête curieuse. Mes autres collègues traileurs lèvent à peine la tête. C’est donc tout penaud, comme si j’avais fait une bourde, que je continue mon chemin en me faisant plus discret cette fois. « L’esprit Trail » c’est aussi se faire rabaisser son caquet sans en prendre ombrage.

On attaque la descente sur Champex lac qui est assez technique sur sa première partie  … mais également sur la deuxième il ne faut pas croire. Sur la première ce sont les rochers aiguisés comme des lames de rasoirs qui n’attendent que vous pour vous trancher tel une scie sauteuse (d’ailleurs on entend un hélicoptère au loin, c’est peut être pour le SAV) et sur la deuxième partie en sous bois ce sont toujours ces foutues racines d’arbres qui affleurent et qui sont là pour que vous vous crochetiez le pied. Franchement la nature est vraiment hostile.

Mais la descente sur Champex Lac (ici on prononce « Champey ») est splendide.

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J’arrive à Champex dans le même chrono que les deux années précédentes à quelques minutes près, ce qui fera dire à mon pote Sylvain (un 100 bonard et tri athlète dont voici le blog) que je suis réglé comme une pendule suisse.

Et après le magnifique terrain bucolique qui suit la ravito j’attaque cette montée que je trouve surtout extrêmement éprouvante dans sa première partie dans les sous bois. Des marches énormes où l’on est contraint de mettre les mains pour grimper ces énormes rochers, talus de terre. Ensuite le chemin est beaucoup plus minéral puisque que l’on traverse un pierrier et là encore je croise un lecteur : « c’est toi Grégo ? ». « Euh oui… « bon cette fois je vais arrêter de faire mon étonné. Je le remercie et lui dis qu’il est sur la bonne voie et qu’il faut continuer à mettre un pied devant et ne pas se poser de question tant que l’on peut avancer. Et là il me dit : « oui mais on est quand même partie à 1 heure du matin ». Cela dit je n’ai pas la capacité d’analyser l’information n’ayant jamais checké les niveaux des barrières horaires. En d’autres termes veut il me dire qu’à leur rythme bien qu’avançant, ils se verront rattrapés par le couperet d’une barrière à un ravito ?

Je continue et passe le col Breya où je demande au pointeur de me prendre en photo. Franchement c’est assez sympa de sa part. Il n’a pas que cela à faire mais accepte cordialement.

Et j’atteins la cabane d’Orny sans trop de difficulté. Et là je ne sais pas ce qu’il me prend, une envie, un désir. Mon cerveau me dit de boire du Rivella que les bénévoles me proposent. Et bien voilà la potion magique des suisses. Rivella qui contient du lactosérum et qui est vendu partout dans toute la suisse mais à l’exception de tous les autres endroits du monde : Rivella est devenu ma boisson énergétique favorite de ce trail.

Avertissement encore : bien entendu je ne touche aucun émolument de quelque nature que ce soit de la part du producteur de Rivella. Cela dit s’il avait quelques palettes à m’envoyer à Paris je ne dirais pas non.

J’attaque la descente assez vite d’autant que le temps se couvre et que l’on perçoit quelques fumerolles. La descente est relativement aisée même si sur la première partie qui se déverse en direction de Saleinaz je suis assez crispé sur mes appuis, j’ai assez peur de la chute. Statistiquement j’ai toujours chuté au moins une fois lors de TOUS mes trails. Cette perspective me rend extrêmement peureux prudent 🙂 C’est là où je me rends compte qu’à 45 ans les années qui passent ont un impact sur nos capacités. Très clairement j’ai perdu en adresse et réflexe. C’est assez net. Je ne peux plus me permettre d’envoyer dans la descente comme j’ai pu le faire…euh j’ai réellement pu le faire un jour ? Je ne m’en souviens pas puisque finalement j’ai commencé les Ultra en montagne que récemment. Ce qui est certain c’est que je ressens une appréhension dans les descentes que je n’ai jamais ressentie et je pense que cette peur ne me quittera plus dans les années à venir. Il faut être clair à partir d’un âge certain on ne peut plus jouer les cabris en descentes à 10 km/h sur des degrés de 20% avec pierres et cailloux qui affleurent.

La température est très clémente malgré le soleil qui revient. J’arrive au « ravito off » de Saleinaz et je bois correctement. Je me retrouve sur le chemin de la mort en direction de La Fouly. Et contrairement aux autres années je n’ai pas l’impression que cela soit si mortel que cela. Il faut dire que l’amplitude de température entre Orny et La Fouly n’est pas aussi sensible que lors des années précédentes. Donc non je n’ai pas d’angoisse de devoir abandonner. Je vais croiser avec grande peine François qui m’annonce qu’il abandonne. Cela me donne un coup sur la tête. D’ailleurs j’ai l’esprit ailleurs et je vais connaître ma première chute : et vlan je trébuche du pied gauche du côté de la pente et m’étale de tout mon long. Rien de grave mais il va falloir quand même que je m’y remette sérieusement. Alors j’ai une ritournelle en tête c’est un titre de Depeche Mode : Going Backwards. Oui je sais c’est très bizarre ce titre et paroles de chanson mais on ne choisit pas ce qui vous vient spontanément à l’esprit. C’est complètement ubuesque lorsque l’on doit aller de l’avant d’avoir une ritournelle qui s’intitule Going Backwards j’ai même la crainte que cela ne m’influence à « l’insu de mon plein gré » comme dirait l’autre. Alors je change les paroles en « Going Forward » comme ça c’est plus cohérent !

Sur le terrain j’arrêterai de poser la question de savoir combien il y a de kms d’ici La Fouly aux piétons. On m’annonce 4 kms… alors que manifestement il en reste au moins le double ! J’ai hâte d’arriver pour rencontrer mon meilleur supporter sur cet X-Alpine, toujours mon fidèle supporter à La Fouly, et à qui je dois les photos ci-après.

Super moment de détente avec Sylvain qui m’a mis de côté deux petites bouteilles d’eau pour pallier tout risque de déshydratation auquel je suis habituellement confronté sur la montée du col Fenêtre.

C’est parti pour l’ascension qui, il faut le dire, est plutôt reposante en direction du col Fenêtre. A noter que le parcours emprunte la route à un moment (on bifurque sur la droite en passant devant la terrasse d’un chalet) ce qui n’est pas le tracé habituel : clairement c’est moins beau.

Je ne souffre pas de déshydratation. J’arrive au col Fenêtre non sans m’être arrêté de multiples fois pour contempler les lacs d’altitude. Il faudrait que j’arrête ce mode « randonnée touristes en montagne » durant mes trails, cela éviterait non seulement de perdre du temps mais également de casser mon rythme. Je perds ma concentration après chaque arrêt et il me faut un temps certain avant de me remettre dans la course.

J’arrive au col du Grand Saint Bernard avec cette fois un retard sur tous mes derniers chronos. Je décide d’arrêter ce rythme de « Stop n Go ». Go Grégo, on va se fouetter pour aller au col des Chevaux en mettant le turbo (« et les chevaux »… non elle est nulle celle là).

Et effectivement je met la quatrième. C’est probablement mon ascension la plus rapide. Et de l’autre côté on va attaquer la descente sur Bourg Saint Pierre avec une lumière qui va devenir de plus en plus faible. J’aime beaucoup cette descente, elle est assez facile une fois le grand pierrier traversé. Et on longe une retenue d’eau que je trouve assez fascinante à ce moment de la journée, à savoir le Barrage des Toules.

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Après le calme, le bruit de la civilisation ou de la nature domptée par l’homme : le barrage et le tunnel pour voitures dont on entend le bruit des moteurs.

Finalement j’arrive à Bourg Saint Pierre dans les même temps que les années précédentes. Mais je me sens bien plus frais et n’ai pas l’envie d’y perdre du temps. J’ouvre mon sac de change pour prendre ma quiche lorraine, je bois encore du Rivella coupée avec de l’eau. Et hop, arrêt total de 10 minutes. On n’est pas là pour jouer à la belote même si je vois pas mal de coureurs affalés sur les tables pour une sieste. Quant à moi si je m’assied et bien je ne repars plus.

Je mets la frontale, la nuit est quasiment là. Et elle sera longue puisque je sais que je n’arriverai qu’au petit matin. Il reste deux cols : celui qui mène à la cabane de Mille et… The Mur (Lourtier / La Chaux).

Comme dit en préambule je contemple durant une minute notre voûte étoilée. Mes connaissances en terme d’astronomie se limitent à la reconnaissance de la grande casserole et d’Orion (et encore je ne suis pas certain que cela soit vraiment Orion). Là j’atteins mes limites en terme de culture astronomique. Je le reconnais, Grego On The Run est un blog culturellement limité en terme de reconnaissance de constellations.

En fait on ressent de la lassitude sur ce col. Lorsque l’on perçoit la lumière de la cabane de Mille on pense que l’on est bientôt arrivé alors que le chemin qui y parvient emprunte une corniche qui est très très longue. Je m’explique : à vol d’oiseau en fixant un treuil la cabane est presque à portée de main, or pour y accéder le chemin de corniche est très long car vous avez juste un énorme vide à contourner. Maintenant rien ne vous empêche de venir avec votre delta plane pour tirer un trait bien rectiligne : en moins de 3 minutes c’est plié. A pied… compter 1 heure au moins.

A la cabane de Mille, j’entends un traileur qui me dit « Grégo tu n’oublieras pas de remplir tes flasque cette fois à Lourtier ! ». C’est assez sympa, je me suis encore fait reconnaître. Il est de nationalité suisse. Impossible de me souvenir de son nom. Je demande aux bénévoles qui est le vainqueur de l’X-Alpine. Ils me répondent qu’ils ne connaissent que le résultat du match de foot de la coupe du monde. Et moi de répondre :  quel match ? Ah Angleterre …Danemark ?? Ne m’en voulez pas mais les capacités cognitives après presque 24 heures de courses sont assez limitées. Vous allez vous dire qu’en plus de mon inculture en astronomie je suis nul en culture footballistique. Et vous aurez raison…à l’exception de l’AS Saint-Etienne ! Et encore des années Larqué et Platini.

Bon c’est pas tout mais il faut attaquer cette descente sur Lourtier et se chauffer pour attaquer « The Mur » qui lui succède.

Dans la descente il commence à faire chaud. Alors toujours cette interrogation, je m’arrête, je m’arrête pas pour enlever mon coupe vent que j’ai mis au col de Grand Saint Bernard et jamais quitté depuis ? C’est toujours pénible de devoir s’arrêter pour se changer, cela casse le rythme et puis on n’a plus d’énergie pour le faire. Alors je préfère supporter la chaleur et l’étuve de mon Gore Tex. J’arrive à continuer à courir sur le contrebas en arrivant presque en vainqueur à Lourtier. J’ai vraiment la pêche. Et puis nous attend un risotto qui va me remonter assez vite. J’ai besoin de salé. J’en profite pour enlever mon Gore Tex. Je ne traine pas non plus. Aussi vite avalé mon plat de risotto très compacte tel une plâtrée de porridge j’attaque The Mur non sans m’être bien hydraté en Rivella et remplie une flasque entièrement. Je sais qu’il fait beaucoup moins chaud que l’année dernière.

Je vais battre mon record de l’ascension de Lourtier La Chaux et ses 1200 mètres de D+ en 2 heures pile. C’est dur mais finalement moins que dans mon souvenir…enfin le chemin de corniche après la forêt est quand même assez costaud, on pense être arrivé et finalement cette corniche à ciel ouvert est assez pentue si bien que de nombreux coureurs sont assis sur le bas côtés, il y en a même qui dorment. J’entre dans le ravito de La Chaux pour n’y rester qu’une minute, je ne suis pas là pour prendre un demi. Je ne suis jamais arrivé aussi tôt à La Chaux. Je ne quitte pas la frontale alors que d’habitude je pouvais me le permettre, l’aube était déjà là.

Je sais que je suis sur le rythme de mon meilleur chrono et que je peux assurer sur la descente sur Verbier. Yes ! Bon je vais tout faire pour éviter le drame de me prendre les pieds dans les racines d’un arbre et de se blesser si près du but !

Le chemin remonte sur la droite, c’est tout bon. J’arrive et je vais pleinement profiter de ces derniers moments de bonheur d’être bientôt finisher, qui plus est en signant mon meilleur chrono.

Done !

Nous étions 494 coureurs au départ. Il reste 270 finishers (taux d’abandon de 45%).

Je termine en 25h46 à la 82 ième position au scratch soit dans les 30% des finishers et 18% des partants.

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Je ramène une belle troisième étoile à ma plus belle étoile. Et quant à mon fils il s’est bien accroché au maillot de finisher. Il a déjà bien compris ce qui avait de la valeur ! C’est bien mon fils, c’est bien. ;-))

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X-Alpine 2018 : espoir de performance, temps de passage, équipement et tutti quanti

L’objectif numéro 1 :

ETRE FINISHER et de retour à Verbier après 111 kms et 8400 mètres de dénivelé plus et surtout 8400 de dénivelés en négatif.

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NB : les dénivelés négatifs dont les descentes à 30% sur Le Catogne par exemple sont très traumatisants, on le paye 24 heures après. Je ne le répéterai jamais assez : dans les Ultra Trail à fort dénivelé le plus difficile à gérer ce sont les descentes et non les montées (certes fatigantes). Les descentes sont « traumatisantes » pour les fibres musculaires et source de multiples inflammations qui enverront de méchants signaux à votre Gouverneur Central qui en retour voudra vous faire arrêter en mettant votre tableau de bord au rouge.

L’objectif numéro 2 : La secondaire

Se faire plaisir et profiter du paysage.

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L’objectif numéro 3 : La subsidiaire, la cerise sur le gâteau

Éventuellement faire un chrono. si les jambes sont bien présentes.

Voici mes chronos sur les deux dernières éditions.

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Je tenterai d’égaler les chronos de 2016 et de terminer en moins de 26h30 (soit une arrivée à moins de 6h30 du matin dimanche).

Le matos le plus important :

  • Les lunettes de soleil
  • La crème solaire écran total XXL
  • Le buff de protection tête et cou

La stratégie de course :

  • Partir très tranquillement et monter Le Catogne et Orny en sous régime.
  • Ne pas craindre d’être complètement entamé sur la « route de la mort » en direction de La Fouly qui est le mouroir de l’X-Alpine. Résistez à la tentation d’abandonner. Mettez un pied devant l’autre et faites le point au col du Grand Saint Bernard. Vous changerez alors d’avis.

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  • Impérativement bien boire à La Fouly et partir avec les flasques pleines + 2 bouteilles. Relisez mes deux dernières récits, je suis à chaque fois mort de soif avant d’atteindre le Col Fenêtre malgré des flasques pleines au ravito de La Fouly.

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Les citations de l’X-Alpine :

  • Avoir en tête la citation suivante : « Ne pas craindre d’être lent, mais craindre d’être immobile ».
  • Citation numéro deux qui me fait bien marrer mais que vous êtes susceptible d’entendre au départ : « Une douleur éphémère pour une fierté éternelle »

Ma citation toute personnelle : « Depuis mon abandon en 2015, j’ai depuis lors une X-Alpine en travers de la gorge. Je suis condamné à devenir finisher jusqu’à ce que je n’en puisse plus pour la faire définitivement passer ». J’espère juste que mon fils ne portera pas la croix à son tour… :-))

Bonne course les amis. Rendez-vous à Verbier…dimanche matin pour le plus grand nombre.

Pour me suivre :

https://tvsb.livetrail.net/coureur.php

Dossard 108

X-Alpine 2018 : le point sur ma préparation.

En quête d’une troisième étoile pour ma plus belle étoile 😉 pour ce #TVSB 2018

Photo de l’obtention de la deuxième étoile en 2017

© 2017 Sylvain Adenot Photography
Finisher du Trail Verbier Saint-Bernard , à Verbier (Valais Suisse, Suisse, CH). © 2017 Sylvain Adenot Photography

Ai-je beaucoup couru lors de ces 9 dernières semaines de préparation ?

720 kms c’est … moins que l’année dernière c’est sûr…mais je n’arriverai plus jamais à courir autant qu’en 2017 (1160 kms en 9 semaines). J’ai couru un peu moins qu’en 2016 (860 kms) année importante où j’avais réalisé mon meilleur chrono sur l’épreuve mais je ne pense pas que la différence soit statistiquement vraiment significative.

X-Alpine synthèse

No Jet Lag !

Autre élément important à mentionner. C’est la première année où je courrai l’X-Alpine sans m’être pris un décalage horaire le WE précédent revenant des USA. Et ça cela compte. Et très clairement le très fort volume d’entraînement hyper costaud de l’année dernière pour cause de prépa UTMB fait que je suis arrivé un peu entamé à Verbier.

Aujourd’hui je me sens bien, j’ai mon « poids de forme X-Alpine » et composition corporelle que j’atteins toutes les années avec la régularité d’une horloge suisse : soit 61 kgs et 5% de masse grasse (je mesure toujours 175 cms…cela ne bouge pas ça !!!)

Quand on s’aligne sur l’X-Alpine, l’objectif numéro 1 c’est avant tout … de revenir à Verbier.

Avertissement : le graphique ci-dessous ne correspond pas au profil d’une course ! Celui de l’X-Alpine est beaucoup plus impressionnant.

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L’X-Alpine : pourquoi cet Ultra Trail est terrible…ment beau ? (Part 3)

Après les deux premiers post (part 1 et part 2) on continue la série de l’été à propos de l’X-Alpine qui se déroulera à l’heure où j’écris ces lignes dans 15 jours. Les dés sont presque jetés maintenant pour nous tous. Il est désormais important de gérer l’atterrissage. Je fais référence à la phase d’affûtage, autrement appelée « tapering » chez nos amis anglo-saxons. Il s’agit en gros de baisser le volume d’entraînement pour que l’organisme surcompense, c’est à dire mette en place un processus d’adaptation vous apportant un état de forme (fitness) plus élevé que celui que vous aviez avant de vous entraîner. Ben oui….quand on s’entraîne beaucoup et bien on est crevé tout le temps ! Vivement la phase d’affûtage pour qu’enfin on ressente le bien être ou bénéfice de cette sollicitation permanente que vous avez infligé à votre corps (ben oui cela sert à ça l’entraînement !).

Mais je m’écarte du sujet qui est celui des pièges que peut nous tendre cet Ultra si particulier.

Le premier piège : se prendre une bonne gamelle dans la descente vers Sembrancher.

Partir trop vite et … trébucher sur une racine d’arbre dans la descente vers Sembrancher.  C’est trop bête !!!!! Vous êtes en pleine forme (ce que vous croyez) à 4 heures ou 1 heure du matin. Et l’euphorie aidant vous vous mettez le turbo dans cette descente. Cela dit il fait nuit, il y a de la poussière causée par les passages des coureurs, votre vigilance est amoindrie (oui entre 1 h et 4 h vous êtes très vulnérable…en principe votre gouverneur central est en mode off). Le seul avantage que je perçois c’est que vous pouvez revenir sur vos pas et remonter à Verbier pour abandonner si vous vous êtes blessé.

Le deuxième piège : grimper comme une fusée Le Catogne et Orny.

Il fait frais, les sensations sont bonnes, le paysage est superbe alors forcément on se sent pousser des ailes. Sauf que l’on est en train de se griller pour la suite…le chemin de la mort va nous rappeler à l’ordre. Je l’ai évoqué dans mon précédent post. Le gros danger de passer d’Orny à La Fouly c’est de ressentir une élévation de température d’au moins 15 degrés mettant à mal ton organisme. Tu vas ressentir un vrai coup de barre. Tous les traileurs se regardent en chien de faïence sur ce sentier avec … un regard de chien battu. Regardez comme je donne le change sur la photo ci-dessous prise sur le chemin de la mort. En fait j’en mène pas large… et je marche.

2016_07_014_01

Le troisième piège : renoncer à continuer sur le chemin de la mort et abandonner à La Fouly.

DON’T STOP A LA FOULY !!!!!!!!!!!!!!!!!!

RÉSISTE A LA TENTATION DE RENDRE TON DOSSARD

La parade ? Tu demandes à quelqu’un de se poster à La Fouly et de t’interdire de rendre ton dossard. Cela peut être quelqu’un de ta famille, super pote et à défaut tu payes quelqu’un pour faire ce job.

Après avoir passé le mur du son de La Fouly, tu ne peux plus arrêter, tu es attiré par la ligne d’arrivée. Et tu traverses les plus beaux paysages de cet X-Alpine et là tu te dis que cela valait le coup de continuer. Nan ! Je ne mettrai pas de photos des beaux paysages. Comme ça tu es encore plus motivé de les découvrir en direct live.

Le quatrième piège : ne pas suffisamment boire au ravito de La Fouly et ne pas remplir à fond ses flasque.

Je me suis fait piéger lors de mes deux dernières participations 2016 et 2017. Sur la montée du col Fenêtre on se déshydrate incroyablement vite. Et franchement je vous déconseille de boire dans les citernes de flotte pour bovins que vous allez croiser sur cette montée. Vous devrez alors faire un choix entre la déshydratation ou la dysenterie.

Le cinquième piège : Maudire le traceur de l’X-Alpine lors de l’ascension de « The Mur » de Lourtier / La Chaux.

Là je n’ai rien à vous conseiller. Oui c’est difficile, oui c’est vraiment terrible. Mais le traceur de l’X-Alpine est là pour vous pousser dans vos derniers retranchements pour que vous soyez fier d’être arrivé jusqu’au bout. Allez courage, c’est le dernier col ! Mais put… quel col !

The Mur

 

 

L’X-Alpine : pourquoi cet Ultra Trail est terrible…ment beau ? (Part 2)

Deuxième post sur l’X-Alpine après l’article introductif pour vous faire découvrir un Ultra Trail singulier qui envoûte ceux qui y goûtent. En tous cas c’est un Ultra qui ne laisse personne indifférent.

Rappel du taux d’abandon des trois dernières années (les années durant lesquelles Le Catogne a été ajouté au programme du profil)

2015 : taux d’abandon de 64%

2016 : taux d’abandon de 57%

2017 : taux d’abandon de 51%

Un taux en baisse qui traduit une meilleure préparation ou une auto sélection des candidats qui ont lu mes récits de 2015 puis de 2016 ? ;-))

Néanmoins on peut être surpris par le taux d’abandon qui est un des plus élevés qui soit (juste pour mémoire l’UTMB connaît bon an mal an 35% de taux d’abandon seulement).

X alpine profil

Alors on va jouer au jeu des « questions réponses » pour essayer de répondre à la question : Pourquoi cet Ultra est il considéré comme très difficile alors que… ce n’est que 111 kms !

Effectivement l’UTMB c’est 170 kilomètres alors on pourrait vite en conclure que l’X-Alpine à côté « c’est du gâteau ». Et si l’on a été finisher de l’UTMB alors l’X-Alpine on va en faire une seule bouchée ?

Bon alors on va tout de suite recadrer les choses. Je connais quelques cas de finishers de l’UTMB qui ont abandonné sur l’X-Alpine, qui ont été surpris de sa technicité et qui ont été beaucoup plus éprouvés que sur l’épreuve mythique. Mais pourquoi ?

1/ Un rapport « dénivelé sur distance «  important :

8400 m de D+/- sur « seulement » 111 kms c’est juste énorme. Franchir 8400 m de D+/- « étalés » sur 170 kms justement serait d’une certaine manière plus aisé. Ce rapport traduit un profil où les montées « one shot » et descentes peuvent paraître non seulement interminables mais surtout très techniques (avec un degré de déclivité ou d’ascension qui fait mal).

2/ Une distribution des cols le long de la course qui est redoutable :

Qu’est-ce que j’entends par là ? En fait on vient d’aborder le « rapport dénivelé sur distance » mais un autre paramètre est également important à prendre en compte. Il s’agit de la manière dont est réparti ce dénivelé le long de la course. Il est probable que de faire de manière continu un parcours au dénivelé + de 8400 mètres suivi de sa descente est probablement moins exigeant (car la pente est la plus douce possible) que de le faire via des à-coups qui sont autant de décharges violentes à encaisser.

Et concernant cette distribution de dénivelé, L’X-Alpine compte 5 obstacles majeurs dont les deux plus difficiles positionnés dès le premier quart du parcours.

On attaque par le col le plus difficile long qui est à savoir le Catogne : une ascension de 1900 mètres « one shot ». C’est un peu comme si lors d’un dîner auquel vous êtes conviés on vous servait la côte de bœuf dès l’apéritif avant de passer à table…avec en ligne de mire l’objectif de bien tenir jusqu’au digestif post dessert, parce que sinon vous ne serez plus réinvité !

Le(s) risque(s) ?

C’est le petit matin, on se sent tellement bien, c’est tellement beau ce chemin de crête du Catogne après toute cette montée (cf. photo de mon précédent post) … que l’on risque d’y perdre de nombreuses plumes parce que l’on est parti trop vite. Une côte de bœuf cela se déguste lentement ! La descente qui suit en direction du lac de Champex est juste terrible pour les cuisses sur les premiers mètres : descente sur quelques mètres parfois avec l’aide de chaînes fixés le long de la parois.

Ensuite on attaque le deuxième plus long col qui est l’ascension vers la cabane d’Orny. Les premiers 400 mètres d’ascension jusqu’au col Breya sont très pentus d’autant que le soleil commence à taper fort. Et justement parlons en du soleil et de la chaleur… car il s’agit de la troisième difficulté de l’X-Alpine.

3/ Un soleil au zénith qui vous embrase au plus mauvais moment :

J’évoquais dans le paragraphe précédent le concept de « distribution ou encore de répartition du dénivelé » sur une course. Sur l’X-Alpine les coureurs « tout venant » comme moi passent de 2800 mètres d’altitude (Orny) à 1000 mètres d’altitudes (Saleinaz) en début d’après midi, quand le soleil est à son zénith. A 2800 mètres d’altitude la température dépasse rarement 10 degrés et à Saleinaz elle a pu être, selon les années, supérieure à 25 degrés. L’organisme qui vient d’encaisser plus de 4000 mètres de dénivelés depuis le départ de la course encaisse en moins de 2 heures un choc thermique de plus de 15 degrés.

Et maintenant vous comprenez mieux pourquoi ce sentier légèrement montant vers La Fouly mène directement vers ce purgatoire où se concentre la majorité des abandons dont le mien lors de ma première participation.

chemin de la mort

Je l’ai nommé le chemin de la mort non seulement à cause de son terme à La Fouly pour beaucoup mais aussi en raison de notre attitude de macchabées incapables de vraiment relancer. Personnellement je ne fais que marcher.

Bon là je crois que j’en ai effrayé plus d’un ;-))

Cela dit on peut faire face et devenir finisher quand même…

J’arrête pour aujourd’hui.

A suivre…

 

 

 

 

 

L’X-Alpine : pourquoi cet Ultra Trail est terrible…ment beau ? (Part 1)

L’X-Alpine est l’épreuve reine des épreuves du TVSB (Trail Verbier Saint Bernard). Elle compte 111 kms et 8400 de dénivelés positifs et négatifs. Et moins de 50% des coureurs au départ arrivent à rallier l’arrivée.

Je suis inscrit pour la quatrième année consécutive et il me tarde d’être le 7 juillet 2018.

Alors j’ai tellement d’éléments à partager que ce post est le premier d’une longue série. Cela dit futurs « I am X-Alpine » j’essaierai de vous donner quelques clefs mais surtout l’envie d’aller au bout…surtout lorsque vous serez en train de gamberger quelque part entre Saleinaz et La Fouly.

Avertissement : ce présent post et ceux qui suivront ne s’adressent pas aux 50 premiers finishers de l’X-Alpine et encore moins à l’élite… mais plutôt à tous les autres coureurs tout-venant comme moi qui veulent prendre part à une épreuve un peu surdimensionnée pour eux. Mais c’est bien ce qui constitue l’intérêt et le piquant de la démarche.

L’X-Alpine est très certainement l’épreuve de Trail qui m’a le plus marqué dans tous les sens du terme. Car au-delà de ses spécificités hors normes il est vrai que j’en ai gardé un certains nombre de stigmates. L’X-Alpine est une épreuve qui secoue tous ses participants. Elle ne laisse personne indifférent non seulement parce qu’elle est difficile mais aussi parce qu’elle est caractérisée par une beauté et variété de paysages qui sont à couper le souffle. Par ailleurs elle est tellement éprouvante qu’elle laisse chez celui qui est finisher une émotion très particulière mêlée de fierté bien sûr (comme pour tout accomplissement) mais aussi d’autres sensations très singulières. Car franchir la ligne d’arrivée c’est avoir réussi à vivre une expérience surréaliste car empreintes de multiples émotions aussi opposées que l’enthousiasme et l’extase mais également la souffrance extrême et la lassitude. J’essaierai d’en décrire les mécanismes.

Un petit teaser de l’organisation du TVSB pour commencer ?

 

En attendant liens vers mes trois récits de course :

X-Alpine TVSB (Trail Verbier Saint-Bernard) 2015

X-Alpine TVSB (Trail Verbier Saint-Bernard) 2016

X-Alpine TVSB (Trail Verbier Saint-Bernard) 2017

Récit de l’X-Alpine 2017 : une épreuve diabolique.

« Cet Ultra Trail est diabolique. » auteur inconnu

… Il doit être entre 1 heure et 2 heures du matin dans la nuit du samedi au dimanche 9 juillet 2017. J’ai quitté la cabane de Mille et cela fait bientôt 24 heures que nous sommes partis de Verbier. Cette descente en direction de Lourtier je la redoute. Je suis vulnérable, j’ai une grosse douleur derrière le genou et bien entendu mes quadriceps en descente sont déjà courbaturés. Alors mon « Gouverneur Central » (le dispositif psychologique qui est là pour assurer votre intégrité physique selon le physiobiologiste Tim Noakes) en profite pour m’envoyer des signaux. Une grande lassitude est en train de m’étreindre ainsi qu’une angoisse à l’évocation du « Mur de la mort » de Lourtier-La Chaux qui se rapproche. Mais cela va encore plus loin, l’envie de continuer, l’envie de courir tous les matins comme je le fais depuis des mois, l’envie de courir l’UTMB : tout cela a tout simplement disparutout cela n’a plus aucun sens pour moi. Tous ces objectifs me sont totalement indifférents. Pire, je trouve cela tout à fait incongru. Et si je rendais mon dossard à Lourtier et m’accordais un break d’au moins 1 an et qui serait peut être définitif sur ces épreuves d’Ultra Trail de dingue ? Et une petite voix de me dire « Mais oui abandonne ! Abandonne Grégo ! Les gens autour de toi loueront même ton courage et ton caractère raisonnable d’avoir abandonné ! »…

En tous cas quelque part entre le Col de Mille et Lourtier, je me dis que cette X-Alpine 2017, j’en suis certain car c’est très net dans ma tête, sera ma dernière…

LE VENDREDI 7 JUILLET 2017, IL EST 17h45 AU CHABLES :

J’adore ce moment de briefing organisé par l’organisation. Il fait suite à la remise des dossards.

DÉPART DE VERBIER A 4 HEURES DU MATIN

Je suis super bien entraîné, je vais courir l’UTMB dans 7 semaines et je me suis fixé un objectif de moins de 25 heures pour cette X-Alpine qui est une épreuve qui m’est chère. Bref je suis sur les starting block. Couché à 21 heures le vendredi j’ai réussi à dormir quelques heures, même si une fringale m’a contraint à manger trois financiers à 23 heures. Je n’avais pas assez mangé manifestement et je le regrette. Mes stock de glyco ne sont pas au top ! Je risque de le payer.

C’est donc avec une cohorte d’environ 150 coureurs que je franchis l’arche. Nous sommes beaucoup moins nombreux que l’année dernière pour le « départ 4 heures ». La très grosse majorité des coureurs a pris la décision de partir à 1 heure du matin. Étrange quand l’on sait que désormais pour s’inscrire à l’X-Alpine il faut un pré-requis de 4 points ITRA… Bref, il n’y a plus de néophytes et à priori seuls sont admis des coureurs aguerris aux épreuves de Trail.

J’aime bien le speaker avec qui j’ai échangé quelques mots la veille à la remise des dossards pour lui dire que sa citation « Ne craignez pas d’être lent, craignez d’être immobile » m’avait beaucoup marqué. En tous cas plus que celle « d’une douleur éphémère pour une fierté éternelle » qu’il nous a sortie l’année dernière. Cette année on nous cite quelques vers de « Si » de Rudyard Kipling qui dit en substance que si tu sais « accepter l’échec et la victoire avec le même aplomb et patati et patata … » et qui se conclue par « tu seras un homme mon fils ». OKaaaayy ! Bon et bien quant à moi je ne suis pas encore un homme car je n’ai toujours pas digéré mon abandon de 2015, et c’est probablement pour l’éternité. Comme quoi les belles lettres et antiennes peuvent être très émouvantes à entendre au départ d’une course, mais quant à leur application, et bien il y a encore du boulot !

DE VERBIER A SEMBRANCHER (Km 12 et 320 mètres de D+ et 1096 mètres de D- )

till sembrancher

C’est parti sur the « Final Countdown ». Nous traversons Verbier. Nous passons devant mon hôtel (Le Montpelier : top qualité classe au niveau de l’accueil et du service, je le souligne) et cette fois je ne peux pas hurler pour saluer Laetitia qui est restée à Paris. Beaucoup de coureurs me doublent alors que j’étais en deuxième ligne sur le départ. Je dois me retrouver dans le dernier quart du peloton. Dans la descente de Verbier je suis toujours impressionné par la vitesse à laquelle les traileurs attaquent cette X-Alpine. Et je me dis toujours à ce tout début de la course : « Statistiquement il y en aura plus d’1 sur 2 qui ne sera pas finisher. Qui sont-ils autour de moi ? » « Toi ? Toi ? Toi? ….ou peut être Moi ? » Nous attaquons rapidement une montée. Je sens très vite que je n’ai pas vraiment les jambes, non je ne suis pas en jambes. Mais c’est normal il me faut toujours au minimum 1 heure pour m’échauffer.

Bon sang cette première montée est quand même rude. Je ne me souvenais pas qu’elle était si dure. Mes jambes sont en bois.

On attaque une descente très technique. On l’oublie un peu et on ne la mentionne jamais mais cette première étape est loin d’être simple surtout à froid.

J’arrive à Sembrancher (km 12) après 1h 31min de course soit exactement dans les mêmes eaux que l’année dernière. Je prends mon temps pour refaire mon sac, m’hydrater et c’est reparti pour attaque le colosse de cette X-Alpine : Le Catogne.

DE SEMBRANCHER (Km 12 et 320 mètres de D+ et 1096 mètres de D- ) AU SOMMET DU CATOGNE (Km 21 et 2224 mètres de D+ et 1116 mètres de D- ) :

till sembrancher

Au ravito je range la lampe frontale et mets tout de suite mes lunettes de soleil car je sais que les rayons commenceront à pointer dès Catogne Alpage d’ici une heure.

On attaque cette montée sèche de 1900 mètres de D+ sur seulement 9 kms. Et bien je trouve qu’elle est plus sèche et longue que dans mon souvenir. Le peloton s’est fortement effiloché. J’ai une coureuse dans mon visuel à 20 mètres devant moi, et un coureur à 20 mètres derrière également. Je suis vraiment à la peine. Je me fais doubler trois ou quatre fois alors que lors des précédentes sessions j’avais plutôt le souvenir d’être passé devant quelques collègues. Je ne dépasserai jamais la traileuse qui prendra la poudre d’escampette.

TV102_CRI4156_FINAL

Je prends conscience très vite que je peux jeter aux orties mon objectif de performance. Ma primaire devient désormais : être finisher, ni plus ni moins.

Je vais gérer cette course avec ce seul objectif…et c’est tout.

J’arrive au sommet du Catogne à 8h24 après 4h 24min de course.

DU SOMMET DU CATOGNE (Km 21 et 2224 mètres de D+ et 1116 mètres de D- ) A CHAMPEX (Km 26 et 2354 mètres de D+ et 2374 mètres de D- ) :

till Champex

La descente hyper technique s’effectue comme lors des deux dernières éditions…à l’exception du fait que je vais chuter lourdement en avant lors de l’entrée dans la partie arborée. Je me rattrape sur le coude droit qui sera bien éraflé, je ressens une très forte douleur de crampe au niveau du mollet qui vient de se tendre comme un arc. La douleur s’estompe, je poursuis ma descente en essayant de préserver mes quadriceps sollicités en excentrique. Ce n’est pas le moment « d’envoyer » pour le payer dans 20 heures lors de la descente sur Verbier lorsque je serai complètement courbaturé et susceptible de descendre à 4 pattes ou en zigzaguant.

J’arrive à Champex à 9h46 après 5h 47min de course.

DE CHAMPEX (Km 26 et 2354 mètres de D+ et 2374 mètres de D- ) A ORNY (Km 34 et 3780 mètres de D+ et 2444 mètres de D- ) :

till Orny

Au ravito je suis mon plan de « je remplis mes flasque d’un mélange eau / coca, je prends un peu de salé, je me crème avec un écran total XXL ». C’est parti pour cette ascension dont la première étape est juste terrible en terme de déclivité.

Sur la portion de plat j’appelle Laetitia pour lui dire que tout va bien, et surtout lui donner le change. Voilà textuellement ce que je dis à mon épouse au téléphone : « Impeccable ! Je vais gérer cette course en adaptant mon allure. En endurance fondamentale… voilà tout va bien, ne t’inquiète pas ». En fait il faut plutôt traduire les choses de la manières suivante : « Chérie je suis totalement à la rue par rapport à mon objectif de chrono, j’ai des sensations très moyennes, donc je vais juste essayer d’arriver au bout. » Voilà voilà….

Les bonnes sensations ? C’est toujours pas ça…je mets un pied devant l’autre avec un train de sénateur. Je checke aussi mes messages SMS de mes supporters. Il y en a un qui me fait l’effet d’un super dopant. En effet il m’indique en substance qu’un de mes amis d’enfance (traileur et résident frontalier également) va m’attendre au ravito de La Fouly. Voilà qui me remets bien en selle.

Le paysage qui se déroule est juste magnifique puisqu’il vaut un vrai livre de géographie sur l’étagement de la végétation en montagne. On commence par une forêt, puis les alpages, puis très vite les pierriers avec une coulée de glace.

Après le col Breya on croise un certain nombre de randonneurs. La déclivité est un peu moins forte, il fait plus frais aussi. Et enfin j’atteins la cabane d’Orny à 2820 mètres d’altitude, point culminant du parcours.

J’arrive à Orny à 12h40 après 8h 41min de course.

Un coureur m’accoste et me dit « c’est toi qui écrit des articles sur un blog ? J’ai lu ton article sur l’X-Alpine et j’étais surpris par ton entraînement dans Paris, car moi aussi j’habite une région où il n’y a pas de dénivelé, la Bretagne. » Evidemment être reconnu cela fait plaisir, une rencontre improbable à 2800 mètres d’altitude.

D’ORNY (Km 34 et 3780 mètres de D+ et 2444 mètres de D- ) A LA FOULY (Km 47 et 4190 mètres de D+ et 4080 mètres de D- ):

chemin de la mort

Je ne m’attarde pas trop car il fait un « peu frisquette ici ». J’attaque cette redoutable descente sur Saleinaz. Redoutable pour plusieurs raisons : elle est très technique sur la première portion en raison de nombreux pierriers, elle est lassante pour les quadriceps qui commencent à fortement déguster (ils avaient eu raison de ma volonté d’être finisher il y a deux ans)…mais la vraie menace a trait à cette augmentation de la température à laquelle l’organisme doit faire face car nous passons de 2800 mètres avec 12 degrés à 1400 mètres où il fait 22 degrés (probablement plus). On sent que le soleil tape sur le casque. Quand nous atteignons Saleinaz c’est presque le four. Heureusement les nuages commencent à nous protéger. Commence alors ce que j’appelle le « chemin de la mort », celui qui conduit à La Fouly. Ce chemin en soi n’est pas difficile mais c’est celui où, très entamé par la première partie du parcours (Le Catogne et Orny sont les DEUX très grosses difficultés de l’X-Alpine que l’on nous sert d’entrée de jeu), on sent que l’on est déjà un peu au bout du roulot. Et cest comme cela qu’avec le soleil de plomb qui nous tape dessus on prend la décision de jeter l’éponge une fois arrivé à La Fouly. Les statistiques ne mentent pas : le gros du bataillon des abandons a lieu à La Fouly ! J’en ai fait l’amère expérience il y a deux ans et je le regrette encore.

Physiquement je suis dans le dur sur ce « sentier de la mort » mais l’expérience me permet d’y faire face psychologiquement car je sais que c’est normal de ressentir cet état à ce moment de la course. Mais au-delà de cela je suis heureux de savoir que je vais retrouver mon pote Sylvain à La Fouly ce que me donne un bon coup booster. Je ne me souvenais plus cependant que ce chemin était si long, je n’en vois pas la fin. J’essaie de trottiner, avec difficulté, dès qu’il y a un faux plat montant je suis contraint de réadopter le rythme de la marche rapide. Je n’ai plus de jus. C’est où La Fouly ? C’est encore loin ?

Et après avoir cru tant de fois tomber sur cette bifurcation à gauche qui mène au village… enfin la voilà ! Enfin voilà ma surprise 🙂

J’arrive à La Fouly à 15h25 après 11h 25min de course.

Et elle est belle. Sylvain armé de son reflex Nikon a fait l’incroyable effort de venir de loin (frontalier mais à 2 heures de route). Cela me touche beaucoup.

Je ne reste pas longtemps, c’est assez frustrant. On aimerait s’attabler, prendre un bon repas, terminer par un bon jeu cartes.

Mais il s’agit d’une course qui nécessite de la concentration et où l’on est dans un état second, dans sa bulle.  Je salue mon ami et je reprends la course. Sur le sentier de la Fouly j’avais projeté que l’on nous prenne en photo ensemble…et cela m’est complètement sorti de la tête. C’est un grand regret que je vais nourrir durant la portion suivante de la course.

 

DE LA FOULY (Km 47 et 4190 mètres de D+ et 4080 mètres de D- ) AU COL DU GRAND SAINT BERNARD (Km 61 et 5559 mètres de D+ et 4599 mètres de D- ) :

de Saleinaz à Bourg Saint Pierre

Cette fois je n’ai pas oublié de remplir à bloc mes flasques d’un mélange eau/coca qui me convient très bien. Je ne me souviens que trop bien de la catastrophe à côté de laquelle je suis passé l’année dernière en errant assoiffé et déshydraté, tel le capitaine Haddock dans le désert de l’album L’Or Noir sans une goutte de whisky. Donc tout va bien je peux boire tranquillement sans craintes sur cette montée légère jusqu’au col Fenêtre. Tout va bien, je déroule…. donc tout va bien. Donc je peux taper dans mes flasques sans craintes, donc tout va bien. Donc, donc… et bien je me rends compte que tout ne va pas très bien car elles se vident bien vite mes flasques. Et je suis encore très loin du col du Grand Saint Bernard (au moins à 3 heures). Il va falloir me rendre à l’évidence, je vais être en panne sèche et qu’il faut que je prévienne la sortie de route. Je vois des randonneurs qui redescendent. Allez je tente le coup. C’est toujours coûteux pour moi de demander, au risque de me prendre un soufflet. Hourraa !! Ils me permettent de me désaltérer et d’éviter de devoir trop solliciter mes réserves. Je suis remis en selle rasséréné.

Je dépasse un coureur qui m’interpelle : « Greg on the run ! Greg on the run ! ». Je me retourne un peu incrédule. Mais effectivement ce coureur m’a reconnu à la couleur du buff que je porte sur la tête et que je portais aussi sur les photos de l’X-Alpine de l’année dernière. Il me dit qu’il s’est inscrit notamment après avoir lu mon récit et que c’est grâce à moi qu’il est ici. Je lui réponds que malheureusement c’est surtout à cause de moi qu’il est dans cette galère. Apparemment ce future et brillant finisher ne m’en voudra pas d’après ses commentaires laissés sur les réseaux sociaux que j’ai lus par la suite…

© 2017 Sylvain Adenot Photography

Nous quittons les paysages d’alpage pour la roche, la neige, et les lacs de montagne apparaissent à quelques encablures du col Fenêtre. C’est un des points les plus beaux du parcours. On se sent revigoré. La descente puis la légère remontée sur le col du Grand Saint Bernard sont à couper le souffle, d’autant qu’elles se font alors que les rayons du soleils sont plus rasants, donnant à la roche une teinte cuivrée. Cela dit au moment d’arriver au ravito de cette fameuse frontière Suisse / Italienne le ciel se fait tout d’un coup plus menaçant.

J’arrive au col du Grand St Bernard à 18h42 après 14h 42min de course.

Nous craignons l’orage. Certains coureurs quitteront le ravito avec le coupe vent. Pas moi…j’ai trop la flemme, j’attendrai qu’il pleuve vraiment. Au ravito j’ai une faim de loup je mange à peu près de tout, surtout du salé. La simple évocation du sucre m’écœure. Un responsable du SAMU « version Suisse » voit mon bras éraflé et me propose de le désinfecter. Je prends mon temps. Je gère ma course pour être finisher. Le chrono m’importe peu.

DU COL DU GRAND SAINT BERNARD (Km 61 et 5559 mètres de D+ et 4599 mètres de D- )  A BOURG SAINT PIERRE (Km 75 et 5993 mètres de D+ et 5863 mètres de D- ):

du Gd Saint BErnard A Borg Saint Pierre

Nous attaquons un nouveau col très alpin. Il commence à pleuvoir quelques gouttes. Je prends le parti de rester en T-Shirt. S’arrêter une nouvelle fois, ouvrir son sac, prendre son coupe vent etc… Cela prend trop de ressources. On préfère à ce moment là de la course rester concentré et conserver son rythme : mettre un pas devant l’autre. « Ne pas craindre d’être lent, mais craindre d’être immobile ». Au col des Chevaux il n’y a pas de pointage chrono mais il y a des bénévoles qui sont là pour nous accueillir. Je demande à l’un d’eux de me prendre en photo.

20170708_193700

Le ciel est très couvert, les rayons ont du mal à traverser, il y en a quelques uns mais ce seront les tous derniers. J’attaque la très longue descente en direction de Bourg Saint Pierre permettant encore une fois de traverser tel dans un livre de géographie tout « l’étagement de la végétation d’un paysage alpin ». Tout d’abord les pierriers, puis les alpages nus, puis enfin quelques arbres. Le décor est encore grandiose, j’aime beaucoup cette partie du parcours décrite par beaucoup comme sans intérêt. Je l’apprécie tout particulièrement car l’espace est très ouvert et dégagé. Comme il fait plus frais on se sent plus en jambe, on se remet enfin à courir…et à courir assez vite. Au niveau de l’altitude des alpages le terrain comporte beaucoup moins d’obstacles à franchir, on se sent libéré. On arrive le long d’une énorme réserve d’eau et pour cause le parcours longe la rive du barrage des Toules. C’est encore plus roulant, on peut courir à bonne allure car c’est désormais un parcours fait de sentiers pédestres. Le ciel est de plus en plus noir, l’obscurité s’abat sur ce paysage qui est cette fois dompté par l’homme. On entend au loin une route empruntée par des voitures. Le sentier s’enfonce dans la végétation et parfois longe de tous petits chalets de bois très accueillants ; la porte est grande ouverte et laisse entrevoir une demeure éclairée par quelques bougies (j’ai l’impression d’être dans un épisode d’Heidi), et l’hôte ne semble pas gêné par les coureurs passant devant sa porte. On aimerait s’y arrêter pour se reposer près de la cheminée.

J’arrive à Bourg St Pierre à 21h35 après 17h 35min de course.

Et voilà Bourg Saint Pierre qui est un magnifique village qui n’a rien à envier à Saint Veran (considéré comme un des plus mignons villages alpin français). J’entre dans ce gymnase qui …sent les pieds. Heureusement je n’ai pas de nausées. Beaucoup de coureurs sont attablés, certains dorment par terre sur le sac de change qui leur sert d’oreiller. C’est un peu la cour des miracles. Mon objectif est de très vite en sortir. Je prends mon sac de change dans lequel j’attrape mes 2 morceaux de cake salé (grosse envie !) et des gâteaux (beurk je suis écœuré par le sucre). Je prends ma lampe frontale, je vide mes poches… et pendant ces préparatifs je suis accosté par un coureur qui semble me connaître mais que je n’arrive pas à identifier (il faut dire que mes capacités cognitives sont très réduites à ce moment de la course et cela ne va pas aller en s’améliorant). Il me pose une question en souriant, je ne sais plus laquelle, et moi de lui grommeler un truc pas très agréable, en répondant dans le vide. Bref je lui manque totalement de respect en ne lui prêtant pas attention. On parle de « l’esprit trail » pour qualifier la bienveillance que se portent les coureurs entre eux, et bien autant dire que je ne l’incarne pas du tout à ce moment là et que je donne l’image de moi de quelqu’un de très rustre. Je le regrette. J’espère qu’il me pardonnera si jamais il lit ces lignes. Je dépose mon sac de change et file vite vers la sortie. Mon arrêt se sera limité à 10 minutes.

DE BOURG SAINT PIERRE (Km 75 et 5993 mètres de D+ et 5863 mètres de D- )A CABANE DE MILLE (Km 87 et 7043 mètres de D+ et 6053 mètres de D- ) :

Brg St Pierre a cabanne

Je dois allumer ma lampe frontale car nous sommes entre chien et loup. J’ignore quel est mon retard par rapport à l’année dernière car je n’ai pas mes temps en tête mais j’en conclus que je dois être en retard car l’année dernière j’avais allumé ma lampe beaucoup plus tard. J’appelle Laetitia pour lui donner de mes nouvelles et surtout avoir des siennes et être rassuré : pas d’arrivée de cigognes à l’horizon ? Je peux continuer ? Un autre traileur arrivé à mon niveau vient de s’arrêter de prendre des nouvelles de son épouse également…alors comme je me sens proche, je suis tout d’un coup épris de « l’esprit trail » qui revient. Je lui tape la conversation. On commence par aborder des sujets profonds (des sujets de traileurs quoi). « Tu es content de ta frontale ? » « C’est fou ça elle éclaire comme un phare ! ». Il est niçois et triathlète. Bon, il ne connaît pas mon blog manifestement ;-). Il est un super crack et a couru le très difficile Trail du Mercantour. Néanmoins il reconnaît que l’X-Alpine est beaucoup plus difficile qu’il ne l’avait imaginée. Mais il pense qu’il sera récompensé de ses efforts « lorsqu’il arrivera ce soir à Verbier ». Ce soir ?!!… Comment te dire ? Je ne le lui dis pas mais la station de Verbier tu ne la verras pas avant demain et le levée du soleil. Je crois qu’il ne se rend pas bien compte de la difficulté de la tâche qu’il reste à accomplir. Bref il est dans l’hyper espace. Je lui dis que le plus dur reste à venir et qu’il reste notamment un MUR, le mur de la mort qui tue, le mur de Lourtier/Lachaux avec du 25% / 30% de pente pendant presque deux heures ! Cela dit il mène bon train, je lui dis que je ne peux suivre son rythme et que je préfère le laisser filer devant moi. J’ai du mal à marcher rapidement et à parler en même temps, je n’ai pas suffisamment de ressources.

On quitte la forêt pour les alpages dans le noir le plus complet. La pleine lune est planquée derrière les nuages (dommage). A peine si l’on devine au loin quelques coulées de neige, un glacier. Il va falloir se faire à l’obscurité et à faire attention aux obstacles sous ses pieds. Je commence à être vraiment « dans le dur », le moral n’est pas vraiment au beau fixe. Mon tableau de bord commence à s’illuminer de pleins de voyants rouges. Tiens… entre temps j’ai dépassé mon triathlète niçois qui a beaucoup ralenti et que je ne reverrai plus.

Et au détour d’un virage, youpii là-bas c’est la cabane de Mille, on aperçoit de la lumière ! Oui…sauf que pour y aller il faut…. longer un énorme cirque. Comment vous dire ? A vol d’oiseau c’est assez proche mais il y a juste le vide entre nous. En fait il faut longer une très très longue corniche dont on devine le dessin grâce aux lueurs des lampes frontales des coureurs qui nous précèdent. Et on devine alors (malheur) que cela va être interminable. L’année dernière j’étais dans l’ignorance en n’ayant pas vraiment perçu la cabane Mille au premier coup d’œil, je n’avais donc pas reçu ce choc. Parfois mieux vaut rester dans l’ignorance…

J’arrive à Cabane de Mille à 00h30 après 20h 30min de course.

Enfin la cabane de Mille. Elle est toute petite. Quelques coureurs sont assis sur un banc. Comment feront-ils pour se relever ? Je ne me suis jamais assis depuis le début de la course de peur justement de ne pouvoir me descotcher. Je refais mes lacets et un coureur voyant ma difficulté à délacer mon double nœud veut absolument me donner un cours de laçage : encore l’esprit trail ? Je lui réponds que c’est sympa de sa part, mais que c’est vain car j’ai des capacités intellectuelles très très réduites. Primo je n’ai pas les ressources pour avoir l’attention que requiert un cours sur quelque sujet que ce soit, deuxio je n’arriverai pas à retenir ce qu’il me dit. Donc il est inutile pour lui de se fatiguer. Bon il faut vite que je quitte cet endroit car j’ai reperdu « l’esprit trail », je suis dans ma bulle, et plus je reste au ravito plus il est difficile d’en sortir. Je sais qu’il fait assez froid dehors. La descente sur Lourtier suivie du Mur Lourtier-La Chaux me fait peur car l’année dernière j’avais beaucoup gambergé avec mon problème urinaire (noir de chez noir) me laissant croire que j’avais une hémorragie.

Il est temps d’aller me confronter à mes démons.

DE LA CABANE DE MILLE (Km 87 et 7043 mètres de D+ et 6053 mètres de D- ) A LOURTIER (Km 98 et 7093 mètres de D+ et 7509 mètres de D- ) :

de mille à Lourtier

J’avais un peu tout accumulé l’année dernière sur cette portion. Les envies d’abandon, la marche forcée, la perte de la signalétique, l’envie d’appeler les secours… Et bien pour cette année je vais également remplir quasiment toutes les cases. Et je commence par ne pas prendre le bon chemin dès la sortie. Je suis paumé. Elle est où la signalétique ? Je dois attendre qu’un traileur derrière moi sorte du ravito pour revenir dans le droit chemin. Je continue la descente seul. Et c’est assez chaud !  On ne voit vraiment rien. La qualité de la signalétique est assez faiblarde, il y a bien un petit panneau / sticker réfléchissant quand le faisceau de la frontale le touche….encore faut-il le croiser avec son faisceau ! Je manque de me perdre à plusieurs reprises. On traverse de nombreux ruisseaux, et je m’embourbe dans des tourbières jusqu’à la cheville. C’est juste l’enfer.

Au bout d’un certain temps au niveau des alpages et des premiers signes de végétation le parcours emprunte un sentier, plus simple à suivre. Cela dit je gamberge.

[…] J’entends les voix des sirènes. « Abandonne, abandonne, les gens te féliciteront pour ta bonne décision. Les gens te trouveront raisonnable, super smart d’avoir eu ce courage ! » […] Et là je pense à Sylvain qui a fait tout cet effort pour venir me voir, ma famille qui suit mon avancée sur LiveTrail, ma femme et l’arrivée d’une escadrille de cigognes. J’aurais fait tout ça pour ça ? C’est inimaginable. Je continue à mettre un pied devant l’autre et puis c’est tout. Je suis en mode pilote automatique. J’ai très mal en haut de l’insertion du mollet. En revanche mes quadriceps tiennent très bien la cadence qu’impose un groupe de coureurs que j’ai décidé de suivre dans la descente. Et cela devient hyper technique. J’ai tellement besoin d’être concentré que les sirènes semblent s’être éloignées, probablement lassées avant moi, tant mieux.

Enfin une route carrossable qui fait du bien aux jambes. On se met à marcher pour reprendre son souffle. On sent l’activité humaine toute proche. Quelques lumières urbaines au loin, Lourtier ? Non pas encore, Lourtier est encore loin et j’en ai plein les pattes. Heureusement la pente devient douce et peu technique, j’ai besoin de me reposer et donc de mettre le pied à terre (c’est à dire marcher). Je suis complètement dans le dur. Mes tentatives de trottinage ne durent pas plus de 100 mètres.

J’arrive à Lourtier à 2h50 après 22h 50min de course.

Et c’est donc en grand vainqueur marcheur que j’entre dans Lourtier, sympathique village, aux rues totalement vidées de ses habitants qui doivent confortablement dormir sous leur couette. Comme je les envie. Quant à moi j’ai un boulot de dans 10 minutes, un programme sympa dans le genre divertissement sportif ! A savoir : me faire « le MUR ».

DE LOURTIER (Km 98 et 7093 mètres de D+ et 7509 mètres de D- ) A LA CHAUX (Km 104 et 8305 mètres de D+ et 7529 mètres de D- )  :

The Mur

J’entre dans le ravito. Nous sommes 4 coureurs tout au plus. Ils sont toujours assis les coureurs au ravito. Comment font-ils pour se relever ? Je suis à la recherche du risotto promis. Il est où mon risotto ??? Je vois un coureur qui jette une assiette encore quasiment  pleine d’une sorte de bouillie blanche en disant « c’est bizarre ». Un bénévole me sert quelques louches d’une substance qui ressemble plus à du porridge qu’à du risotto mais c’est très bien ainsi. Je le déguste et je le trouve tout à fait à mon goût. C’est bien ce dont mon organisme a besoin. C’est facile à mâcher et assaisonné (c’est à dire salé) comme il faut à 3 heures du matin après 23 heures de course. Bon il faut y aller. Je plaisante un peu avec le personnel du ravito ainsi qu’avec des membres du SAMU suisse local semble-t-il. Une jeune femme me dit qu’il faut avoir du courage pour faire ce que l’on fait. Je leur réponds que je me demande pourquoi on le fait… et en plus on a payé pour. On se marre bien. Ce moment de détente fait du bien. Il est temps pour moi de prendre mon courage à deux mains (si j’ose dire). Je sors du ravito…. tiens ma lampe frontale clignote (signal de « plus de batterie bientôt »). Il faut que je la change. Je n’aime pas m’interrompre comme ça. Puis le mur commence par une petite portion de bitume, puis après un petit virage à droite il est devant moi : une grande allée bordée de deux belles rangées d’arbres comme sur certaines routes rectilignes du midi. Sauf que là la pente est à près de 30%. C’est parti, cela va faire mal aux cuissots. Au moins pas la peine de lever la tête (et il vaut mieux pas sinon on se prend un coup au moral) car c’est bien droit. Allez on y va. J’avance à mon rythme, concentré dans ma bulle, je suis complètement seul, pas une seule frontale à l’horizon. Mais il n’y a pas d’horizon, de toutes manières je ne vois rien et ce noir semble infini…. devant moi ma frontale éclaire un mur. J’avance tel un damné. Et puis au bout de 10 minutes (?) je trouve qu’il fait bien bien chaud et je touche une de mes flasque pour me rendre compte qu’elle est au trois quarts vide, la deuxième flasque ? Tout pareil… C’est une catastrophe. Je ressens un coup de chaud. Je me rends compte que j’ai oublié de remplir mes flasques au ravito. Mes pulsations viennent de monter d’un bon cran, je prends un vrai coup sur la nuque. L’émotion est intense. Je raisonne, j’essaie : « Ai-je suffisamment de carburant pour arriver au prochain ravito de La Chaux, tout là haut ? » « Qu’est-ce que je fais ? » « Non, non et non…. je ne peux me résigner à revenir en arrière c’est trop bête, je suis allé trop loin ! » Je continue mon ascension. Puis l’angoisse m’étreint à nouveau, j’ai une boule au ventre. Elle prend le dessus. « On s’en fiche du chrono, tu es dans les choux depuis longtemps. Ton objectif c’est de terminer, le reste c’est perdu. Il n’y a pas d’autre enjeu ». « Mais rajouter du dénivelé sur le Mur c’est rageant quand même !!!!! » Arghhh. Allez je n’ai pas d’autres choix que de revenir sur mes pas et de faire une partie de la pente en descente. Horreur. Je croise pas moins de 5 coureurs à qui je conte mes malheurs en leur disant à la volée avec l’aplomb de l’adulte hyper sûr de lui bombant le torse :  » Ouais j’ai pas d’eau, je redescends au ravito ». En fait j’ai envie de pleurer et de hurler mais je ne le montre pas…. Les mecs me regardent hagard et me répondent en acquiescent « ah oui effectivement ». Il y en a un qui est à deux doigts de me filer un peu d’eau. Mais je coupe court, je ne veux en aucun cas que quelqu’un supporte mon erreur. Je sentirais trop le poids de la culpabilité. C’est mon problème, à moi de l’assumer.

Bizarre de se retrouver à la case départ. Bon je me referais bien une plâtré de risotto tant qu’on y est, histoire d’avoir une compensation (reward !, reward ! reward ! me crie mon cerveau !!!) ? Je suis trop désespéré finalement. Je remplis mes flasques à raz bord, je prends des biscuits secs apéritifs suisses (des TUC mais en mieux je trouve). Et je m’en retourne pour recommencer. Je pense au poème de Rudyard Kipling dont quelques extraits nous ont été lus juste avant le départ dans l’indifférence générale car on n’entendait pas bien le speaker. « Si tu peux voir détruit l’ouvrage de toute une vie…et sans dire un mot te mettre à rebâtir ». Alors je reformulerais ces vers de la manière suivante : « si tu peux revenir sur tes pas après avoir monté une partie du mur…puis te mettre à tout remonter sans broncher » …tu seras un vrai Traileur mon Grégo ! Cela me fait marrer intérieurement. Finalement j’arrive à créer des vers de haut niveau à ce moment de la course. Comme quoi mes capacités intellectuelles ne sont pas si faibles.

Enfin rasséréné j’attaque « The Mur » pour plus de deux heures d’ascension qui sont pour moi un long voyage intérieur. Et curieusement, vous savez quoi ? Et bien le fait d’avoir pris la bonne décision, d’être hyper rassuré me donne un coup d’endorphine (oui oui !) tout à fait bienvenu. Convaincu d’avoir pris une excellente décision je déroule assez bien. C’est difficile, mais finalement pas aussi dur que l’année dernière où j’essayais de suivre un autre concurrent qui montait trop vite pour moi. J’ai un bon rythme et je monte ce mur d’une traite quasiment, m’arrêtant à trois ou quatre reprises uniquement le temps de tirer dans mes flasques le précieux liquide (mélange eau/coca). La pente est un peu moins forte lorsque l’on quitte le sous bois. Et l’on peut percevoir le paysage d’alpage car il fait moins sombre. Cela fait du bien au moral. Je croise une coureuse anglo saxonne de queue de peloton de « la Traversée » (course partie de La Fouly à 10 heures). Elle est bien courageuse. Il se met à pleuvoir quelques gouttes, pas suffisamment pour mettre le coupe vent, j’ai trop la flemme, trop long à sortir, puis à remettre dans le sac si c’est une fausse alerte…et il ne s’agit que de fausses alertes.

Enfin j’entrevois l’arrivée du télésiège de La Chaux tout là bas à gauche. C’est éclairé, comme un refuge bien confortable et chaud. Bon dans les faits c’est un self d’arrivée de remonte pente… mais néanmoins l’effet est le même que si j’arrivais dans un petit chalet avec du mobilier en bois et le bruit des bûches qui crépitent dans la cheminée. Le jour se lève assez vite. Ma lampe frontale ne sert plus à rien. C’est là que je m’aperçois qu’au niveau chrono je dois être complètement en l’air par rapport à l’année dernière car j’en avais encore besoin à ce stade de la course.

J’arrive à La Chaux à 5h29 après 25h 30min de course.

Entré dans le self, on est super bien accueilli par les deux bénévoles. Il y a un ou deux coureurs, assis (ai-je besoin de le mentionner ?). Je prends quelques bons verres d’eau (le coca ne passe vraiment plus) servis par une femme très très empathique qui a remarqué mes plaies au bras droit. Elle est très chaleureuse, et moi de lui raconter mes petits malheurs : « ben oui j’suis tombé », « ben oui cela commence à être bien difficile », « ben oui j’en peux plus mais vivement Verbier » « ben oui c’est de la descente maintenant mais la descente c’est dur pour mes cuisses ». Propos complètement banals qu’elle écoute religieusement comme si j’étais l’unique coureur de cet Ultra. Et franchement cela me réconforte. Et puis je prends le chemin de la sortie.

DE LA CHAUX A VERBIER :

Il fait un froid de canard quand on longe ce cours d’eau. Il fait jour désormais. Je n’ose pas trop regarder en bas dans la pente car on se prend un coup sur la tête quand l’on voit le dénivelé négatif qu’il va falloir avaler. Mes jambes n’en peuvent plus. Le travail en excentrique est difficile mais cela dit pas aussi difficile que dans ma mémoire. L’année dernière j’avais dû m’arrêter à de nombreuses reprises car mes quadriceps n’avaient plus d’endurance. Cette année j’arrive assez bien  à poursuivre malgré la douleur. Les portions dans le sous bois sont parfois très très techniques et je manque à plusieurs reprises à m’étaler en me prenant les pieds dans les racines des arbres qui affleurent : un dangereux piège pour tout traileur qui aime bien envoyer dans les sous bois, ce qui est ô combien risqué. Je me calme pour ralentir. C’est inutile et cela serait trop bête de chuter si près du but. Il n’y a pas d’enjeux autre que de terminer.

Mais c’est bizarre où est Verbier ? On doit remonter sur des sentiers carrossables. Je me mets à marcher sur les montées, je suis un peu à bout. Je reprends mon souffle sur les faux plats. Et puis et puis je reconnais enfin le terme de cette folle aventure !!! Il fait complètement jour désormais, je vois le télésiège, je sais que nous sommes à quelques encablures. On emprunte la fin d’une piste de ski. Je mets enfin le pied sur le bitume de Verbier. Je traverse la station endormie, j’ai l’impression d’arriver en vainqueur avec la foule en délire (en fait Verbier est complètement désertée !), deux finishers de l’X-Alpine remontent la rue et me félicitent (ça c’est l’esprit Trail…On sait que l’on en a tellement bavé que l’on a de l’estime pour tous nos pairs !).

Je vois l’arche, je vais me délecter de ce moment. Je ne sais pas comment. Un éclair, un flash, une illumination, la foudre : tout me transperce au moment où je passe le tapis magnétique. C’est fait ! J’ai décroché l’étoile ou plutôt ce deuxième X !

Finisher de ma deuxième X-Alpine consécutive.

Nous serons moins de 50% des concurrents (taux d’abandon de 51.33%) à pouvoir goûter à ce moment.

Quel bonheur ! Et pour ça, cet instant incroyable, je me réinscrirai l’année prochaine pour en décrocher une troisième.

Je vous l’avais bien dit en préambule. Cette épreuve est diabolique !

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REMERCIEMENTS SPÉCIAUX :

Evidemment la primeur va à mon pote Sylvain traileur lui-même. Un grand grand coup de chapeau…et même plus.

Merci à mon frère ! Toujours présent et d’une fiabilité à toute épreuve, il sera mon super assistant sur l’UTMB.

Merci à ma famille proche pour leurs messages.

Merci à mes autres potes qui m’ont été d’un grand soutien par messages interposés :

  • Mon Grand
  • François M. (qui a couru à plusieurs reprises le TVSB sur ses différents formats et qui vient de terminer l’Eiger)

Et bien entendu mention hyper spéciale à mon épouse qui a fait preuve comme toujours d’un indéfectible et inconditionnel soutien. Elle m’a permis de me rendre à Verbier alors qu’elle avait légitimement toutes les bonnes raisons du monde de me demander de rester auprès d’elle pendant cette période de couvre feu dans l’attente du débarquement de cigognes.

MERCI A L’ORGANISATION SUISSE DU TVSB :

Les bénévoles de cette TVSB : vous êtes énormes !!!!!! Merci à vous. Sans vous nous ne pouvons pas réaliser nos rêves les plus dingues.

QUELQUES CHIFFRES / STATS :

Je suis le 75 ième finisher de l’épreuve après 26 heures et 39 minutes de course soit dans le gros premier tiers des finishers (32%) ou les 15% des partants.

24ième VH 1

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Nombre de partants : 487 VS Nombre de finishers : 237 soit un taux d’abandon de 51% (le plus faible taux des trois dernières éditions). A noter qu’il fallait justifier de 4 points ITRA pour pouvoir s’inscrire sur l’X-Alpine, c’est la première fois que les concurrents devaient justifier de ce pré requis. En d’autres termes les impétrants devaient justifier d’avoir été finisher d’un trail d’au moins 70 kms dans les 18 mois précédents l’inscription. Cela peut justifier un taux d’abandon plus faible cette année (pas de touristes).

LES LIENS VERS D’AUTRES HISTOIRES DE l’X-ALPINE :

Mon récit 2015

Mon récit 2016

 

 

 

L’X-Alpine 2017 : quel objectif ? Temps de passage prévus et le suivi en direct.

111 kms et 8400 m de D+ courus l’année dernière en 26h et quelques minutes. Pour cette année je me fixe moins de 25 heures ce qui devrait me faire entrer dans le Top 50 de Marc Toesca.

Pourquoi ?

Cet objectif n’est pas tiré de mon chapeau il s’appuie sur le rationnel suivant :

  1. Mon niveau de forme (les anglais disent « fitness ») s’est amélioré de 5% par rapport à l’année dernière. Concrètement mon économie de foulée que je calcule en mesurant mon rythme cardiaque VS allure est plus faible de 5% par rapport à l’année dernière. Pour le même « chrono au tour des Buttes-Chaumont » mon rythme cardiaque est inférieur de 5% par rapport à 2016.
  2. Lors de mon expérience de l’année dernière j’avais connu un très gros passage à vide après le col du Grand Saint Bernard (cf. mon récit 2016). Je pense que si je n’ai pas de pépins de ce style je devrais pouvoir courir sur la descente de la cabane Mille jusqu’à Lourtier.

En conséquence 95% de mon chrono de l’année dernière me permet d’espérer un moins de 25 heures.

tableau synthèse TVSB 2017 (2)

Mes temps de passage prévus cette année pour atteindre mon objectif de « moins de 25 heures » aux points de contrôle sont les suivants avec comparaison avec les pointages de l’année dernière sur la première ligne.

Exemple : je suis passé à 8h27 au sommet de Catogne l’année dernière et j’ai pour objectif cette année d’y être à 8h09.

chrono tvsb 2017v2

A L’ATTENTION DE MES SUIVEURS ACCOMPAGNATEURS SUPPORTERS AMIS FANS FAMILLE FEMME PÈRE MÈRE BELLE MÈRE FRÈRE SŒUR…et même ceux que j’ai oubliés mais qui pensent à moi.

  • Voici le lien de Live Trail (mon dossard est le 102) : http://tvsb.livetrail.net/coureur.php

live trail

 

L’X-Alpine 2017 : Pour se préparer à l’UTMB et pour le plaisir

111 kms / 8400 m de D+ mais surtout … un panorama à couper le souffle ! Voilà pourquoi je me devais de retourner courir l’X-Alpine pour la troisième année consécutive. Cette course est d’autant bien placée puisqu’elle figure à 8 semaines de l’UTMB.

Cette épreuve m’a laissé tellement d’émotion que depuis la Trans Aubrac je n’ai d’yeux que pour elle, course qui fait même de l’ombre à mon projet UTMB.

C’est une épreuve qui conjugue difficulté technique et beauté des paysages. Un parcours très alpin qui culmine à 2800 mètres d’altitude.

Rappel : L’X-Alpine : 111 kms pour 8400 m D+/-

Score ITRA Endurance : 6 sur une échelle de 0 à 6

Score ITRA Montagne : 12 sur une échelle de 0 à 14

X Alpine profile

Le topo guide propose normalement d’effectuer ce parcours en 5 jours. Les coureurs de l’X-Alpine ont pour objectif d’arriver à Verbier en moins de 36 heures.

LES POINTS SAILLANTS DE L’X-Alpine :

Incontestablement les deux premiers cols cumulent la technicité et la beauté du paysage.

  • Le Catogne et sa crête vertigineuse et aérienne que l’on atteint après une montée sèche de 1900 mètres de D+ sur moins de 10 kms. (NB : à ne pas confondre avec Catogne de l’UTMB qui est une « colinette » à côté).
  • La montée sur la cabane d’Orny via le col Breya. C’est une montée de 1300 mètres de D+ sur 7.5 kms.
  • ……… ensuite c’est la « montée de la mort » car elle se situe en fin de parcours, à effectuer durant la nuit où l’on ne voit vraiment rien du tout, il s’agit de la montée « droit dans le mur » de Lourtiers / La Chaux avec des portions à 30% (globalement 1200 mètres de D+ sur 5.5 kms).

Mais la beauté globale du parcours est juste époustouflante. J’ai plein d’images en tête : crête de Catogne / le glacier d’Orny / les lacs du Col Fenêtre / La descente sur le col du Grand Saint Bernard / La descente de l’autre côte du col des Chevaux …

Bref, courir l’X-Alpine c’est d’évoluer en chair et en os dans un album d’images de voyages en 3D en moins de 35 heures.

LE POINT SUR MA PRÉPARATION A L’X-ALPINE 2017

Pour faire le point sur ma préparation c’est ICI. Mais je peux faire un copie colle du billet de l’année dernière avec le résumé ci-dessous :

  • Séances d’endurance fondamentale quotidiennes, courues aux sensations avec l’objectif d’être en totale aisance respiratoire.
  • A quelle allure ? : Je n’en sais strictement rien, « je cours sans montre ! » … pas tout à fait vrai. Avec la RCX5 Polar et l’accéléromètre je dois être en moyenne à du 6 min / km.
  • Principe de fréquence et de régularité : courir le plus souvent possible pour que cela devienne une seconde nature : tous les jours.
  • Le matin à jeun : en semaine à partir de 5h30 jusqu’à 7h30 environ.
  • Durée : environ 2 heures.
  • Lieu ? De mon domicile en direction du trottoir de ceinture du Parc des Buttes-Chaumont : « quelques petits tours et puis s’en retourne ».

Cette semaine j’ai appliqué ma méthode de tapering (affûtage ou encore baisse de la charge d’entrainement) pour atterrir tout doucement vers ce samedi 8 juillet 2017 à 4 heures du matin pour le départ.

En quoi consiste le tapering pour moi ?

Le tapering pour moi consiste à raccourcir ma séance normale quotidienne et matinale d’ordinaire d’une durée de 2h 10min de 15 minutes chaque jour depuis dimanche (J-6). Je n’inclus aucune « journée off ».

Fréquence et régularité sont pour moi la clef.

Il faut veiller à dormir en ne laissant pas passer le train de 23h30, que j’ai malheureusement loupé toute la semaine ayant du mal à me remettre du jet lag (je suis revenu des USA samedi à J-7 de la course) pour arriver ce matin (J-3) à ma pire séance de l’année.

En bref, à l’instar de l’année dernière à J-3 de l’X-Alpine … je suis crevé. 😉