L’X-Alpine : pourquoi cet Ultra Trail est terrible…ment beau ? (Part 3)

Après les deux premiers post (part 1 et part 2) on continue la série de l’été à propos de l’X-Alpine qui se déroulera à l’heure où j’écris ces lignes dans 15 jours. Les dés sont presque jetés maintenant pour nous tous. Il est désormais important de gérer l’atterrissage. Je fais référence à la phase d’affûtage, autrement appelée « tapering » chez nos amis anglo-saxons. Il s’agit en gros de baisser le volume d’entraînement pour que l’organisme surcompense, c’est à dire mette en place un processus d’adaptation vous apportant un état de forme (fitness) plus élevé que celui que vous aviez avant de vous entraîner. Ben oui….quand on s’entraîne beaucoup et bien on est crevé tout le temps ! Vivement la phase d’affûtage pour qu’enfin on ressente le bien être ou bénéfice de cette sollicitation permanente que vous avez infligé à votre corps (ben oui cela sert à ça l’entraînement !).

Mais je m’écarte du sujet qui est celui des pièges que peut nous tendre cet Ultra si particulier.

Le premier piège : se prendre une bonne gamelle dans la descente vers Sembrancher.

Partir trop vite et … trébucher sur une racine d’arbre dans la descente vers Sembrancher.  C’est trop bête !!!!! Vous êtes en pleine forme (ce que vous croyez) à 4 heures ou 1 heure du matin. Et l’euphorie aidant vous vous mettez le turbo dans cette descente. Cela dit il fait nuit, il y a de la poussière causée par les passages des coureurs, votre vigilance est amoindrie (oui entre 1 h et 4 h vous êtes très vulnérable…en principe votre gouverneur central est en mode off). Le seul avantage que je perçois c’est que vous pouvez revenir sur vos pas et remonter à Verbier pour abandonner si vous vous êtes blessé.

Le deuxième piège : grimper comme une fusée Le Catogne et Orny.

Il fait frais, les sensations sont bonnes, le paysage est superbe alors forcément on se sent pousser des ailes. Sauf que l’on est en train de se griller pour la suite…le chemin de la mort va nous rappeler à l’ordre. Je l’ai évoqué dans mon précédent post. Le gros danger de passer d’Orny à La Fouly c’est de ressentir une élévation de température d’au moins 15 degrés mettant à mal ton organisme. Tu vas ressentir un vrai coup de barre. Tous les traileurs se regardent en chien de faïence sur ce sentier avec … un regard de chien battu. Regardez comme je donne le change sur la photo ci-dessous prise sur le chemin de la mort. En fait j’en mène pas large… et je marche.

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Le troisième piège : renoncer à continuer sur le chemin de la mort et abandonner à La Fouly.

DON’T STOP A LA FOULY !!!!!!!!!!!!!!!!!!

RÉSISTE A LA TENTATION DE RENDRE TON DOSSARD

La parade ? Tu demandes à quelqu’un de se poster à La Fouly et de t’interdire de rendre ton dossard. Cela peut être quelqu’un de ta famille, super pote et à défaut tu payes quelqu’un pour faire ce job.

Après avoir passé le mur du son de La Fouly, tu ne peux plus arrêter, tu es attiré par la ligne d’arrivée. Et tu traverses les plus beaux paysages de cet X-Alpine et là tu te dis que cela valait le coup de continuer. Nan ! Je ne mettrai pas de photos des beaux paysages. Comme ça tu es encore plus motivé de les découvrir en direct live.

Le quatrième piège : ne pas suffisamment boire au ravito de La Fouly et ne pas remplir à fond ses flasque.

Je me suis fait piéger lors de mes deux dernières participations 2016 et 2017. Sur la montée du col Fenêtre on se déshydrate incroyablement vite. Et franchement je vous déconseille de boire dans les citernes de flotte pour bovins que vous allez croiser sur cette montée. Vous devrez alors faire un choix entre la déshydratation ou la dysenterie.

Le cinquième piège : Maudire le traceur de l’X-Alpine lors de l’ascension de « The Mur » de Lourtier / La Chaux.

Là je n’ai rien à vous conseiller. Oui c’est difficile, oui c’est vraiment terrible. Mais le traceur de l’X-Alpine est là pour vous pousser dans vos derniers retranchements pour que vous soyez fier d’être arrivé jusqu’au bout. Allez courage, c’est le dernier col ! Mais put… quel col !

The Mur

 

 

L’X-Alpine : pourquoi cet Ultra Trail est terrible…ment beau ? (Part 1)

L’X-Alpine est l’épreuve reine des épreuves du TVSB (Trail Verbier Saint Bernard). Elle compte 111 kms et 8400 de dénivelés positifs et négatifs. Et moins de 50% des coureurs au départ arrivent à rallier l’arrivée.

Je suis inscrit pour la quatrième année consécutive et il me tarde d’être le 7 juillet 2018.

Alors j’ai tellement d’éléments à partager que ce post est le premier d’une longue série. Cela dit futurs « I am X-Alpine » j’essaierai de vous donner quelques clefs mais surtout l’envie d’aller au bout…surtout lorsque vous serez en train de gamberger quelque part entre Saleinaz et La Fouly.

Avertissement : ce présent post et ceux qui suivront ne s’adressent pas aux 50 premiers finishers de l’X-Alpine et encore moins à l’élite… mais plutôt à tous les autres coureurs tout-venant comme moi qui veulent prendre part à une épreuve un peu surdimensionnée pour eux. Mais c’est bien ce qui constitue l’intérêt et le piquant de la démarche.

L’X-Alpine est très certainement l’épreuve de Trail qui m’a le plus marqué dans tous les sens du terme. Car au-delà de ses spécificités hors normes il est vrai que j’en ai gardé un certains nombre de stigmates. L’X-Alpine est une épreuve qui secoue tous ses participants. Elle ne laisse personne indifférent non seulement parce qu’elle est difficile mais aussi parce qu’elle est caractérisée par une beauté et variété de paysages qui sont à couper le souffle. Par ailleurs elle est tellement éprouvante qu’elle laisse chez celui qui est finisher une émotion très particulière mêlée de fierté bien sûr (comme pour tout accomplissement) mais aussi d’autres sensations très singulières. Car franchir la ligne d’arrivée c’est avoir réussi à vivre une expérience surréaliste car empreintes de multiples émotions aussi opposées que l’enthousiasme et l’extase mais également la souffrance extrême et la lassitude. J’essaierai d’en décrire les mécanismes.

Un petit teaser de l’organisation du TVSB pour commencer ?

 

En attendant liens vers mes trois récits de course :

X-Alpine TVSB (Trail Verbier Saint-Bernard) 2015

X-Alpine TVSB (Trail Verbier Saint-Bernard) 2016

X-Alpine TVSB (Trail Verbier Saint-Bernard) 2017

Récit : les 105 kms de l’Ultra Trans Aubrac 2018

Le récit le voilà, pour une épreuve que j’apprécie tout particulièrement car se déroulant au cœur d’un paysage hors norme et probablement un des plus beaux de France : les plateaux de l’Aubrac.

C’est mon quatrième périple consécutif en Aveyron, et comme je suis un homme qui apprécie les processus qui marchent, j’applique à la lettre exactement le même modus operandi que les trois années précédentes (récits 2015  2016 et 2017).

Vendredi 20 avril 2018 : une belle journée à Rodez

Arrivée par avion, puis voiture de location en direction de Rodez pour une petite ballade matinale, histoire de passer le temps, flâner et attendre 12h30 pour aller passer un GRAND moment au Café Bras qui jouxte le musée Soulages.  Un déjeuner juste exceptionnel dans un endroit qui ne l’est pas moins…pour un prix incroyable. C’est un vrai OVNI cet établissement. Oui le café Bras fait bien parti de l’univers de la famille Bras dont le restaurant triple étoilé (qui a rendu ses étoiles cette année) est situé à Laguiole, plus au nord.

Après le déjeuner je file sur la place de la Cité pour aller déguster des bonbons de chocolat chez un chocolatier incroyable (encore une fois un OVNI !) : Agnès et Pierre. Je suis bluffé par la qualité de leurs pralinés. J’en déguste pas loin de 10 dont la moitié d’une barre praliné noisette à tomber à la renverse. Et je suis désolé de dire que je trouve ce chocolatier meilleur qu’Yves Thuriès (MOF pourtant) situé à quelques encablures de là…

Et à 15h30, je retourne à Café Bras, cette fois pour le tea time. Ben oui ! Je suis quelqu’un d’endurant et je n’ai pas fini de reconstituer mes réserves de glycogène. Pour le tea time je prends un chocolat chaud à base de chocolat Weiss (le grand chocolatier stéphanois) et une pascade sucrée à la fraise gariguette (youpiiii).

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Bon et puis quand faut y aller, faut y aller. Direction Saint Geniez d’Olt pour poser mes valises et chaussures de runnings. Dans la voiture de location je me prends la tête à régler la voix du GPS qui couvre celle de la radio lorsque la voix synthétique m’annonce un croisement. C’est pénible ! Et justement en parlant de voix synthétique je tombe sur une émission du magazine La méthode scientifique sur France Culture, à propos des 50 ans du film de Kubrick 2001 l’Odyssée de l’Espace. Débat génial d’un grand film qui abordait déjà le thème de l’Intelligence Artificielle (la voix de Hal c’est autre chose que la voix de ce p…. de GPS) qui se conclut sur l’interprétation de ce fameux monolithe que l’on retrouve à plusieurs reprises dans le film. Alors ce monolithe il est le symbole de quoi ? Pas de réponse unique… allez voir et revoir ce film qui figure dans mon Top Ten ever.

De fil en aiguille j’arrive à Saint Geniez d’Olt à la résidence vacances du château Ricard sinon rien. Je me rends au gymnase d’arrivée de la course pour récupérer le dossard, sans passer par la case « remise de la dotation » (une bouteille de bière et je ne bois pas une goutte d’alcool depuis plus de 10 ans).

Au retour, en traversant le pont, j’ai l’heureuse surprise de croiser un ami guatémaltèque Gabriel B. qui s’est inscrit à la Trans Aubrac en lisant mes récits sur le blog. Aïe aïe aïe je suis embarrassé, de même qu’il est déconseillé de faire des affaires avec des amis, je crains que mon ami ne se mette à me maudire dès le lendemain, quelque part entre Laguiole et Aubrac lorsqu’il aura les pieds englués dans les tourbières !

Des sensations pas terribles 

Bon autant se l’avouer, je me sens fatigué (depuis une semaine) depuis la matinée. Une sensation d’avoir la tête lourde comme si elle était prise dans un étau. Une envie omniprésente durant toute la journée d’aller faire une bonne sieste, mais une envie contrariée par un chronogramme chargé et le besoin de profiter de tout. Je rate malgré cela l’expo temporaire sur Le Corbusier au musée Soulages, mon estomac ayant eu raison de mes envies de me cultiver. Cela sera remis à dimanche.

Pasta Party carbonara pour une carbo loading :

J’ai l’habitude désormais d’aller me restaurer à La Louve et de me charger d’un bon plat de tagliatelles (svp arrêtez de prononcer le « g » qui est muet en italien), carbonara à la française (svp arrêtez de mettre de la crème fraîche, y’en a pas dans la vraie carbo en Italie !). Mais il faut dire qu’elle atteint très bien son objectif cette carbo française et le restau est bien sympa avec une terrasse agréable. Je me lève difficilement de table vers 21 heures, cette fois avec non seulement cette sensation d’étau autour de la tête mais aussi la sensation d’un estomac tendu comme une corde de guitare.  Je ressens comme une légère déprime à l’idée que manifestement rien n’aura changé d’ici 6 heures du matin. Et c’est tel le dépressif qui a besoin de se réfugier dans quelque chose qui le réconforte que je me mets à boulotter 5 financiers home made que j’ingurgite dégustés à la va-vite en guise de dessert dans ma chambre. Je me dis que la digestion va être difficile et que je viens un peu de me tirer une balle dans le pied. L’idée que grâce à cette journée « gastro » mes réserves de glycogène devraient être au top est insuffisante pour réellement me redonner le moral. Je me couche, m’endors très vite (je suis claqué je vous dis !) et me réveille à 3h15.

Un matin chagrin :

Bon et bien c’est l’heure de vérité. Le baromètre de mon état de forme de la journée est de faire mon exercice (mon WOD) de 100 pompes au réveil. Résultat du jour ? Et bien ce n’est pas la cata, mais ce n’est pas terrible. Je l’exécute en 40/20/20/10/10 là où l’année dernière à la même heure, même lieu et même carbonara, je l’avais exécuté en 60/30/10. Je prends ma douche froide, enfile ma panoplie de Schtroumpf et me rends au gymnase pour prendre la navette qui doit partir à 4h15. Il fait un peu frisquette en attendant la navette qui n’est toujours pas là à … 4h30 ! Bon finalement on arrive à Bertholène environ 45 minutes avant le départ. J’y retrouve Gabriel B., production de selfies et tout et tout. Mais je le perds de vue avant l’ascension vers la ligne de départ.

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Top départ :

C’est parti à 6h10 lors du déclenchement du feu d’artifice qui embrase le château. Je suis parti dans le ventre mou avec le ventre vide (je n’ai rien mangé depuis la veille). Le ciel est magnifiquement étoilé et l’on sent que l’aube n’est pas loin. Cette première partie est toujours très roulante. Je ne me sens pas terrible, la fatigue est omniprésente, je rêve même de faire une petite sieste ! Je mets un pied devant l’autre et profite du paysage qui est éclairé au fur et à mesure de l’ascension du soleil à l’horizon. Bon il faut se faire à l’idée : il s’agit de ce que l’on appelle un « jour sans », il n’y a pas eu de miracle : les sensations de ma semaine de tapering très inférieures à celle de l’année dernière sont confirmées aujourd’hui. Et c’est ainsi que j’arrive à Saint Côme d’Olt en mode touriste qui prend des photos.

 

Ravito Saint Côme d’Olt =>> pointage à la sortie après 3h05 (soit 1 minute de mieux qu’en 2017)

Au ravito je ne perds pas de temps, je remplis les flasques d’un mélange coca aveyronnais / eau, et je me mets de l’écran total sur tous les bouts de peau qui dépassent. C’est reparti pour la partie la plus ingrate de cette Trans Aubrac : la partie St Côme / Laguiole. Ingrate car le paysage n’est pas le plus beau, il y a beaucoup de bitume et l’organisme encaisse les rayons d’un soleil assez cuisant, si bien qu’en général on arrive au gymnase de Laguiole transformé en cour des miracles car c’est là qu’est concentré le plus grand nombre d’abandons.

Alors il faut trouver des stratégies pour permettre de passer cette partie St Côme / Laguiole de la manière la plus agréable possible.

Les miennes :

1ère stratégie :  Discuter avec des traileurs : je partage quelques minutes avec la mascotte de cet UTA qui a couru 10 éditions sur les 11 que compte cette épreuve. Ce coureur tout le monde le connaît (non ce n’est pas Raffion ! Il ne la courait pas cette année) car il a un physique très reconnaissable : un traileur de très grande taille avec un petit short et surtout de très longs cheveux en coupe rasta.

2ième stratégie : Des musiques dans la tête : je précise que je ne cours jamais avec un casque ou des oreillettes. Mais dans ma tête il y a un vrai juke box, qui de manière aléatoire me diffuse des ritournelles de quelques secondes en boucles. Oui je sais au bout d’un moment on a envie d’éteindre le cerveau sauf qu’il n’existe aucun bouton, à moins de se jeter la tête la première contre un mur. A éviter.

3ième stratégie : Des pensées / réflexions (forcément profondes) me traversent l’esprit : Et me revient cette question existentielle qui me taraude depuis le débat entendu sur France Culture la veille : « Quelle est la signification de ce monolithe dans 2001 l’Odyssée de l’Espace » ?

(Mais qui a dit que mon blog n’était pas un blog culturel ?)

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Abbaye de Bonneval

Et puis au bout d’un moment mon estomac me rappelle à l’ordre. J’ai faim ! Il est l’heure, environ midi, de passer à table et j’ai prévu d’avoir sur moi des barres faites maison conçues avec du riz soufflé / sarrasin / gingembre / confit d’orange / pignons de pins torréfiés le tout enrobé de caramel glucosé etc… Pour la recette dont je me suis inspiré c’est là. C’est la première fois que je mange ce type de barres et c’est une bombe. Je vais faire breveter.

Cela cogne très très dur à l’approche de Laguiole mais voilà enfin le village qui se profile. Il est aux alentours de 13h40. Là je m’aperçois que j’ai 20 minutes de retard par rapport à l’année dernière.

Au ravito je suis très efficace : je prends mon sac, ouvre ma boîte de financiers, j’engloutis les 5 gros financiers qui s’y trouvent toujours « home made of course » (dont l’un au thé vert matcha génial). Je me pommade d’écran total sur toute la peau qui dépasse. Puis je me tourne vers le buffet du ravito pour remplir mes flasques et boire trois gobelets de coca aveyronnais coupé d’eau. Et il est temps d’y aller : Go !

Ravito Laguiole au km 55 =>> pointage à la sortie après 7h56 de course (soit 17 minutes de retard vs 2017). Il est 13h56.

Et voici que commence la plus belle partie de cette Trans Aubrac. La montée vers les plateaux de l’Aubrac. Cela ne tape pas trop car un petit vent frais nous rafraîchit. Cela me fait presque regretter mon manque de condition physique car franchement non, je ne peux pas dire que la chaleur soit un obstacle ! En revanche je ressens toujours ce casque sur la tête, cette sensation de fatigue et l’envie d’aller faire une petite sieste : cela ne m’a pas quitté depuis 24 heures. Je me souviens l’année dernière avoir couru dans cette légère montée alors qu’aujourd’hui je suis scotché au sol marchant rapidement certes, mais avec le style d’un randonneur…. Il est clair que je ne suis pas dans un pic de forme et que j’ai mal géré la récupération de mon entraînement/. J’y reviendrai plus tard pour le debrief…

A quelques kilomètres de la station de ski je constate un changement de parcours par rapport aux éditions précédentes. On longe désormais une barrière sur notre gauche qui donne sur un magnifique point de vue : plateau et chaîne de montagne enneigée. Sachant que mon chrono ne sera pas terrible je décide de prendre mon temps et d’allumer mon smartphone pour prendre des photos. Mais alors que je continue à courir marcher rapidement tout en regardant le panorama, je trébuche et m’étale de tout mon long sur un tapis d’herbe très moelleux. Le voilà mon matelas de sieste !!! C’est une partie de la Trans Aubrac très agréable et qui permet de reprendre son souffle…enfin pour ceux qui ont envie de s’arracher, ce qui n’est pas vraiment mon cas. Moi je suis plutôt à la recherche de spots pour prendre des photos.

Bien entendu il y a le fameux point culminant de cette Trans Aubrac où je me fais prendre en photo systématiquement, il y a deux ans par mon épouse, l’année dernière par un pro qui a exploité la photo pour le site web de l’UTA. Youpiii a star is born, mais en tenue de Schtroumpf. Cette année je demande au traileur qui me suit s’il a la bonté de me prendre en photo, ce qu’il accepte (c’est ça « l’esprit trail » !). Trop sympa le gars. Ensuite il me demande de lui rendre la pareille avec son appareil…zut, je le trouve gonflé le gars. Moi je trouve que « l’esprit trail » a ses limites quand même. Et puis j’ai jamais prétendu que j’étais un gars sympa 😉 Bon allez, dans un (tout) petit élan de bonté je le prends en photo en mode paysage et portrait (je suis trop bon). Serais-je investi, à mon corps défendant, par cet « esprit trail » ?

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Puis j’attends avec impatience le plus beau, le plus surréaliste, le plus exquis des ravitos de course qu’il m’ait été de connaître : celui du Buron des Bouals au km 78. Incroyable ravito où un festin nous attend chaque année, concocté par un Chef qui a fait ses classes chez…Bras !  Je rêve des farçous découverts l’année dernière. Ben oui je me suis réinscrit cette année pour ce ravito qui vaut largement le prix du dossard ! Mais il faut le mériter ce ravito car il faut avoir couru 78 kms pour atteindre le graal. Le problème c’est que … après avoir couru 78 kms, t’as plus d’appétit !

Encore quelques photos de cette énorme bâtisse au loin qui est l’église du village Aubrac avant de pénétrer dans le buron des saveurs.

Ravito Buron des Bouals au km 78 =>> pointage à l’entrée après 11h30 de course (soit 46 minutes de retard vs 2017). Il est 18h30.

Voilà j’y suis, j’en ai rêvé depuis un an jour pour jour, depuis que j’ai quitté ce même buron en 2017 en souhaitant y revenir pour y déguster….des farçous !! Ils sont où ? Je dis à une bénévole que j’ai fait 80 bornes pour les farçous aveyronnais. Youpiii ils sont là, identiques à ceux de l’année dernière. J’en englouti un, deux, trois et quatre ! Un vrai bonheur. Mes yeux brillent en voyant ces tables garnies de fouaces, gâteaux à la broche, verrines de chef pâtissiers, cakes, parts de clafoutis etc… Je décide de prendre une part de cake aux noix et une part de clafoutis à la framboise. Je ne déguste pas, je dévore. Puis je me dis qu’il faut peut être y aller et je ne manque pas de remercier Mickael le chef, les bénévoles également. Pris d’un remord je me dis que repartir sans reprendre une part de farçou cela serait pécher. Alors encore une…et puis pris d’un remord je me dis qu’il faut quand même terminer par du sucré alors je reprends une part de clafoutis à la framboise. Voilà ! Comme ça je suis bien pour tenir jusqu’à l’année prochaine non ?

En sortant du buron lesté de tout ces kilos j’ai un peu la trouille de trébucher dans l’escalier. Finalement cela ne va pas si mal. Je reprends ma course. Enfin ma randonnée photos devrai-je dire…. Je passe devant l’énorme bâtisse du village Aubrac tout en ayant ma femme au téléphone, mais je coupe court à la conversation car je dois prendre des photos rapidement. Il me vient à l’esprit cette phrase : « je ne vais pas faire un beau chrono, mais au moins j’aurai de belles photos ».

 

Je clame à voix haute en passant devant un traileur cette citation. « je ne vais pas faire un beau chrono mais au moins j’aurai de belles photos ». Et là aucune réaction…limite je me demande si je ne l’importune pas. En fait j’ai l’impression de faire un bide. Je pensais être drôle et le mec me renvoie une image de loser. C’est aussi ça « l’esprit trail ». Tu penses partager des trucs avec les autres traileurs, sauf qu’eux ne sont pas du tout branchés sur la même longueur d’onde que toi. Bon ben faut savoir le gérer aussi.

Après le buron encore quelques kilomètres de magnifiques paysages avec une lumière qui revient plus rasante. C’est magnifique. Encore quelques photos.

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Ensuite on attaque la descente vers Saint Geniez d’Olt : elle est longue très longue et comprend cette fameuse traversée des bois complètement détrempée style rizières du Mékong.

Tout d’abord cette déception de s’apercevoir qu’une grande partie du sentier en descente a été complètement laminée par un bulldozer pour en faire à terme une route goudronnée…dommage.

Et puis une douleur vive au talon m’empêche de continuer. Je dois, encore, m’arrêter. J’ai un gravillon sous le talon qui me perce la peau. Je pensais pouvoir en faire abstraction mais dans les descentes cela devient insupportable. Je transige, m’assieds dans l’herbe, essaie d’enlever ce petit caillou. Or je ne trouve rien sous mon talon. Je retourne ma chaussure pleine de boue et j’en ai maintenant plein les mains. Je me rechausse. Or horreur malheur, malgré tout ce cinéma je m’aperçois que la douleur est toujours aussi vive ! Incompréhensible. J’ai mal malgré tout : effet d’hystérésis ? Compulsez vos dictionnaires svp pour ceux qui connaissent pas, je ne suis pas un blog de vulgarisation scientifique mais culturel ! 🙂

Aurais-je une épine calcanéenne ? Cela serait la poisse. Bientôt à force de cumuler tous les maux (TFL, fracture de fatigue, vraie fracture, lésion du tendon d’Achille etc…) je vais me transformer en une vraie encyclopédie des blessures du coureur à pied. Finalement je n’y pense plus, la douleur s’estompe.

Et me voici dans les rizières tel Sylvester Stallone dans Rambo au Viet Nam (mais qui a dit que mon blog n’était pas un blog culturel ?)

D’ailleurs le balisage ne s’embarrasse pas de contourner les obstacles, il passe au travers, carrément. On traverse des lits de rivières, enjambe des troncs d’arbres effondrés….bref c’est l’aventure, un raid, une course d’obstacles.

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Ce qui peut sembler ludique sur un parcours du combattant de quelques bornes, ou autres manifestations où l’on paie pour se couvrir de boue, l’est beaucoup moins après 85 kilomètres et 14 heures d’un Ultra. Ah…et justement à propos de ces 14 heures de course (il est 20 heures à la pendule) et bien j’arrivais l’année dernière sur la finish line. Or j’attaque seulement le premier mur de la forêt. C’est dur pour le moral de prendre conscience que je suis si en retard sur son chrono de 2017…et que je vais devoir terminer une très grosse partie de cet UTA à la frontale.

Le soleil tombe vite. Je mets ma frontale avant le croisement de la première route goudronnée qui longe un petit village / lotissement avec clocher et chien méchant qui m’aboie dessus. Il s’agit ensuite de la toute dernière montée vraiment abrupte. Ensuite il y a une partie très roulante en plateau puis la toute dernière descente sur Saint Geniez. Cela dit je n’aime pas cette portion où je m’étais étalé il y a deux ans assez méchamment. Or courir à la frontale cette partie du parcours est assez dangereux. Je me concentre. Et patatatra je me retrouve par terre. Allongé j’en profite pour contempler les étoiles et le petit croissant de lune. Le ciel est magnifique.

La fin est toute proche je la connais très bien : petit sentier le long du Lot que l’on croise deux ou trois fois en passant sur des petites pontons conçus avec des planchettes en bois. Je suis à deux doigts de perdre l’équilibre et de me retrouver dans la rivière.

Et puis enfin les lumières de la ville. Je me sens complètement galvanisé, prêt pour un nouvel Ultra ? Sur le dernier kilomètre je dépasse trois ou quatre traileurs qui sont en peine. Et je suis assez satisfait de gagner aussi vite des places au classement général. Car c’est aussi ça « l’esprit trail ». On est secrètement content de gagner une ou deux places à 100 mètres de l’arrivée parce que quand même !! Cela reste une course à classement : on a une furieuse envie d’en découdre 😉

Terminé. Le gymnase est bondé. Il fait chaud. Vive l’aligot !

Arrivée en 16h12 de course à  la 71 ième place soit à 28% des finishers (71/250) et 28% des VH1 (31/111). A la pendule il est 22 heures 15 minutes. J’ai faim, j’ai soif.

Le taux d’abandon est de 35% cette année.

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Et pour finir ce récit voici une belle mise en abyme sur la photo prise sur l’estrade d’arrivée ci-dessous. « Mais qui a dit que mon blog n’était pas culturel ? »… bon promis j’arrête.

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105 kms de l’Ultra Trans Aubrac 2018 : J-2…et petite réflexion sur l’astreinte à l’entraînement en course à pied.

J’attaque mon premier Ultra de l’année 2018 samedi prochain (21 avril 2018) à la veille de mes 45 printemps.

Cela sera la quatrième années consécutive que je m’aligne sur cette course qui m’est chère. Pour ceux qui sont intéressés j’ai déjà publié mes précédents récits sur ma course en 2015 / 2016 et 2017.

ScreenClip
C’est bien Schtroumpf bleu, votre serviteur, sur la photo !

Le point sur l’entraînement : je le résumerai en une citation :

« moins on en fait… moins on en fait ».

J’avais l’habitude l’année dernière de courir tous les matins 2 heures aux Buttes Chaumont à Paris… et cette année j’ai pris l’habitude de rester sous la couette tous les matins en attendant que mes petits lionceaux du 8 août 2017 se réveillent pour une session biberon. C’est un exercice qui n’est pas simple car il comprend une séance intellectuelle très compliquée qui implique de se concentrer – alors que vous êtes à peine réveillé – sur le nombre de cuillères de poudre de lait que vous devez utiliser (A noter en revanche que les lionceaux sont très alertes et vous le font savoir avec des cris stridents).

Une daily routine défaillante…quand le rythme est cassé, c’est cassé.

Je m’explique : j’avais l’habitude jusqu’à l’année dernière de courir TOUS les matins en me levant – naturellement (sans réveil) – à 5 heures du matin pour aller courir. Commentaire des proches : oouhaaaahouuuu comment tu fais ? Tu es trop fort le Grégo !! Et bien pas du tout, je suis comme tout le monde je n’ai pas plus de volonté que quiconque. Alors pourquoi cela marchait d’être aussi assidu à courir tous les matins à la fraîche ? ….et bien parce que justement c’était TOUS les matins. C’était devenu un réflexe conditionné, une pratique à laquelle je ne pouvais déroger… un besoin, une  » daily morning routine ». En revanche cela ne fonctionne que si c’est réellement quotidien… si on casse le rythme, c’est fini. Vous ne pouvez pas vous passer de vous laver ou de vous brosser les dents quotidiennement ! Mais si vous ne deviez le faire que deux à trois fois par semaine, cela deviendrait probablement une astreinte qui vous demanderait un effort. J’entends par là que la somme de volonté ou d’effort à fournir pour aller courir quotidiennement le matin à 5 heures du matin est INFÉRIEURE à la somme de la volonté ou effort requise pour aller courir 3 à 4 fois par semaine.

A ce sujet lisez le billet de mon ami nfkb sur l’assiduité à l’entraînement :

Malheureusement depuis fin décembre et notamment la SaintéLyon il m’a été impossible d’aller courir TOUS les matins…et donc « moins tu en fais moins tu as envie d’en faire ».

En conséquence, je n’ai jamais aussi peu couru sur un début d’année depuis 3 ans. Après avoir cumulé respectivement environ 1290 kms et 1730 kms en 2016 et 2017 à ce stade de l’année (arrêté mi avril) je cumule poussivement 1130 kms aujourd’hui soit un bon tiers de volume en moins par rapport à l’année dernière. En revanche au niveau de mon poids de forme, je bas des records, de ce côté là tout va bien ! J’ai pris en delta +2% (soit +1 kg) par rapport à ma « base line » (62 kg l’année dernière). Oui je raisonne en delta relatif et non en kg absolu : chiffre qui ne voudrait rien dire en soit. Passer de 81 kg à 82 kg (soit +1kg) n’est pas la même chose que de passer de 62 kg à 63 kg (mon cas). Dans le premier cas la variation est seulement de +1% (c’est à dire NS). En revanche à partir d’une variation relative de +/- 2% le delta de variation de poids commence à être significatif et se ressent lorsque l’on court….sur 105 kms.

Les conditions prévues samedi sur la Trans Aubrac :

Il fera chaud chaud chaud !!! Je préférerais encore la grêle qui nous est tombée sur la tête en 2016. Cela va cogner très fort sur les pentes en direction de la station de ski de Laguiole : crème solaire XXLL, buff, flasques remplies d’eau et de Coca aveyronnais full tank à Laguiole obligatoires !

Ce que j’en attends : mon cerveau m’envoie déjà des signaux de type « reward, reward, reward » à la simple évocation des ravitos que l’on va croiser et notamment le plus surprenant d’entre eux : celui du buron des Bouales où l’on nous sert les spécialités locales de type farçous et autres spécialités aveyronnaises, ainsi que des verrines préparées par un ancien pâtissier du restaurant triplement étoilé Michelin de Sébastien Bras. Une bonne occasion de bien entretenir mon poids de forme de 63 kgs !

Youpii. Vivement samedi, j’ai les crocs !

 

La SaintéLyon 2017 : récit de la plus difficile édition, de mémoire d’un coureur qui l’a courue 8 fois

Il s’agissait de ma huitième participation consécutive à mon épreuve favorite qu’est la SaintéLyon.

Je m’étais correctement préparé, j’avais l’objectif de faire mieux que l’année dernière. Cela dit mes sensations lors de la phase d’affûtage (ou « tapering » pour les anglais) ne laissaient pas présager un super chrono pour cette année. Mes dernières sorties quotidiennes matinales limitées à 1h15 lors de la semaine de la STL me laissaient entendre que mon corps n’arrivait pas à surcompenser (arriver à un état de forme supérieur à l’état initial pré entraînement spécifique). En bref, je pense que les sessions double biberon nocturne avaient laissé quelques traces (mes jumeaux de 4 mois déploient une grande énergie à m’entraîner à rester éveillé la nuit…pourtant l’UTMB c’est passé, il faudrait qu’ils l’assimilent un jour !).

J’avais pourtant conservé exactement le même rituel d’approche de l’épreuve. Je ne change pas une formule qui gagne à savoir : « Pommes de terre / Chocolat Bernachon / Quenelles lyonnaise party et Spaghettis ». Bon je vous la refais en plus clair (et un peu plus long).

  • Une arrivée à Lyon le vendredi soir pour dormir chez Belle-Maman à La Mulatière dont l’immeuble jouxte le parcours de la SaintéLyon entre le panneau km 2 et km 1, à quelques encablures des escaliers du chemin du Grapillon. Un dîner composé de 2 pommes de terres à l’eau et c’est à peu près tout.
  • Le lendemain après 10 heures de sommeils non stop (bizarre c’est ma plus longue nuit depuis plus d’un an) direction Bernachon dans le sixième pour un bon chocolat chaud et une brioche. On prend la direction de Perrache pour prendre mon ami Sylvain (cent Bornards de Millau) et se rendre ensemble à la Halle Tony Garnier pour le retrait des dossards sur les coups de midi plein.
  • Il s’ensuit la dégustation de 4 quenelles plus l’entremets au chocolat de Bernachon (encore lui !) à savoir le Roosevelt, le meilleur entremets au chocolat du monde : pas moins, pas mieux !

Ensuite c’est l’heure de la sieste….et là je dors comme un loir durant une bonne heure. Pas bon signe ça ! Cela signifie donc que je suis quand même bien fatigué malgré ma plus longue nuit de l’année 2016/2017. Je précise que tous les jours de l’année je me réveille d’habitude à 5h du mat pour aller courir.

  • J’arrive et suis accueilli comme un roi à Saint-Etienne à 18h30 par la belle famille pour la spaghetti party (150 g environ et c’est tout). Inutile de se charger l’estomac pour rien. De toutes manières les réserves de glycogène sont au top et il est trop tard pour les recharger (si ce n’est pas déjà fait et bien c’est trop tard).

TOP DÉPART :

23h30 : je suis dans la première vague. Youpiii !

Comme je l’ai signalé dans mon précédent post concernant le matos, je pars avec une seule couche et un sac 1 litre qui est plutôt un « porte gobelet/couverture de survie/1 gel/1 flasque vide », et vide la flasque restera. Je n’ai pas besoin d’emporter de liquide avec moi car les ravitos sont suffisamment proches pour moi. De toutes manières je cours tous les matins 2h15 à jeun sans avoir besoin ni de m’alimenter ni de boire. En revanche mention spéciale, particulière, importante et vitale (relire ce qui précède à voix haute) concernant le port de gants de ski et de deux buffs pour la tête, les oreilles et le cou. Comme vous pouvez le voir sur la photo prise au coin du feu avant le départ c’est vraiment très seyant comme panoplie !!

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23h30 c’est le top départ, Go Grégo Go. Et comme d’habitude je pars à un train de sénateur car je suis en phase d’échauffement et je pense qu’il ne faut en aucun cas se brûler les ailes lors de cette partie très piégeuse jusqu’à St Christo-en-Jarrest. Or comme d’habitude je vois des runners montés sur des fusées qui me doublent par wagons. J’ai l’impression d’être un vrai papy. Je vois devant moi une vraie cohorte composée de centaines de coureurs. C’est assez impressionnant et même assez intimidant car franchement je me demande comment ils font pour aller si vite alors que j’ai l’impression de me traîner. On commence par quitter le bitume après Sorbier et je vois encore des coureurs et même des coureuses me dépasser avec un bon train. Je commence même à flipper. Comment vais je finir en 7 heures…ou comment ai-je pu finir l’année dernière en 7h05 alors que je me traîne lamentablement depuis le départ ? Je perds presque un peu confiance. En fait je suis convaincu que la majorité de ces coureurs se transformeront en zombies et rejoindront la « cohorte des macchabées de la SaintéLyon après Soucieu« . Appellation déposée copyright Grego On The Run !

« La cohorte des macchabées de la SaintéLyon après Soucieu » : je vous en livre ma définition toute personnelle.

Se dit des coureurs qui explosent sur la SaintéLyon pour être partis trop vite et qui après Soucieu ne peuvent plus courir, ou si peu, si bien qu’ils leurs est impossible de relancer. Se dit des coureurs pour qui le moindre faux plat montant (chemin des Lapins, Beaunant…) devient un supplice et qui au lever du jour font penser à des morts vivants tels les personnages du clip vidéo Thriller…(mais cela serait presque faire injure aux danseurs exceptionnels de M. Jackson dont la vitalité est incomparable lorsqu’ils se mettent à danser).

Bon, bon, Grégo arrête d’être méchant… j’arrête de mordre et d’être piquant. Quoique je suis vraiment une teigne… je m’en prends à une proie faible, lâche que je suis. En effet, un peu énervé de voir tous ces coureurs déjà dans le rouge en train de se tirer une balle dans le pied lors des 15 premiers kilomètres je me permets de l’ouvrir (mais de quoi je me mêle !). En effet je m’adresse à une coureuse qui court dans une montée et qui est en hyper ventilation (c’est à dire dans le rouge). Je lui lance « Arrête de courir dans les montées, tu vas exploser ». Et elle me répond (alors qu’elle aurait dû m’envoyer dans mes 22) : « je ne peux pas faire autrement, je n’arrive pas à marcher dans les montées » (sic). Finalement je ne lui réponds rien, j’ai l’impression que tous les coureurs autour de moi qui ont entendu l’échange doivent me détester pour mon attitude de donneur de leçons. Attitude méprisante de ma part (c’est l’esprit trail !) qui traduit en fait ma propre inquiétude « d’être un peu à la rue » lors de cette première partie de la SaintéLyon. Grégo sort les crocs mais ne vous y fiez pas, en fait il est dans ses petits souliers, pas bien fier ;-).

Et enfin j’arrive à Saint Christo avec plus de 3 minutes de retard par rapport à l’année dernière.

Saint Christo-en-Jarrest : 1h32’52 » de course en 925 ième position soit une allure de 5’35 » au km sur la portion.

Je m’arrête au ravito pour appliquer un processus bien rodé et bien pensé pour éviter de gamberger à savoir :

  1. Je prends un gobelet de moitié Coca / moitié eau pour l’hydratation, le sucre et la caféine.
  2. Je prends 3 tartelettes Diego
  3. Je quitte la ravito

Voilà c’est le processus que j’appliquerai systématiquement à tous les prochains ravitos de la Sainté. Je ne le répéterai pas !

Bon, cela dit les tartelettes Diégo sont composées d’une gelée rouge et lorsqu’il fait très froid dehors…et bien elle vous colle aux dents si bien que vous avez l’impression d’être chez le dentiste qui vous prend une empreinte dans du mastique dont vous n’arrivez plus à vous décoller ! Il va falloir que je le note ça quelque part et le programmer sous la forme suivante =>> « IF température négative THEN ne touche pas aux tartelettes Diégo ».

Cette partie de la course est la plus belle. Cette fois il y a de la neige tout au long du parcours. Les appuis sont assez difficiles. Parfois certains singles tracks vous obligent à courir de manière rectiligne, c’est à dire en mettant un pied devant l’autre (sur la même ligne) tel un funambule sur sa corde raide. Je sens clairement que courir sur la neige requiert plus d’énergie. Mais que le paysage est beau ! A un moment on aperçoit la lune, le ciel s’éclaircit, certes pas très longtemps. Et toujours ce chemin de crête où des coureurs comme chaque année ont allumé un feu près d’une caravane (je crois) et nous applaudissent transis de froid. Et cette descente sur Sainte Catherine que j’apprécie toujours autant car d’habitude je mets les turbo réacteurs…sauf cette fois où il faut prêter attention à ne pas faire une roulade arrière ou avant et se retrouver par terre. On sent que l’on est parfois sur la corde raide. C’est assez dangereux. Et cette sensation de ne pas avoir tout donné sera confirmé par mon chrono en passant au ravito de Sainte Catherine.

Sainte Catherine : 2h56’50 » de course en 738 ième position (gain de 187 places) soit une allure de 7′ tout rond au km.

J’abandonne tout de suite mon objectif de moins de 7 heures qui s’envole…au revoir, bye bye !! En effet j’ai d’ores et déjà 13 minutes de retard par rapport à mon chrono de l’année dernière… Allez, maintenant on change d’objectif qui devient désormais =>> « assurer la SaintéLyon d’Or (c’est à dire terminer en moins de 7h45) ».

Je m’arrête à peine 2 minutes et suis mon process vu plus haut : 1 gobelet de Coca / 3 tartelettes Diego et c’est reparti.

On attaque ce qui sera la partie la plus difficile pour moi de cette SaintéLyon, c’est aussi la plus belle, la plus périlleuse. Bref, la partie de tous les superlatifs. La montée vers le Signal Saint André n’en finit plus. Pourtant nous l’avons déjà affronté il y a deux ans mais le cerveau érode toujours les souffrances et vous laisse toujours le souvenir que c’était plus facile. Et puis il y a un mais, un gros mais : je me GÈLE !!! En effet une seule couche cela suffit même lorsque le thermomètre est négatif en revanche quand il y a un vent/blizzard le coupe vent – que je n’ai pas pris – s’avère indispensable. Et ce vent me transperce. Je ne dirais pas que c’est insurmontable mais en revanche cela me gêne VRAIMENT. Alors on ne veut pas traîner, on avance plus vite, on bouge les bras un peu plus vite pour produire de la chaleur. Mais rien n’y fait finalement. On se GÈLE GRAVE quand même. Je n’attends qu’une chose : amorcer au plus vite la descente et me retrouver à l’abri dans les sous bois. Enfin, voici le sommet que j’ai eu l’impression d’avoir atteint au moins deux fois dans la demi heure qui a précédé. On redescend à la vitesse grand V. J’ai trop froid. Vivement les sous bois… sauf que tout d’un coup nous amorçons une partie où la neige a laissé la place à un sentier recouvert de verglas. Les rochers, le sol sont complètement gelés. C’est extrêmement dangereux car tous les appuis sont fuyants…et voilà que je me ramasse en faisant une chute avant sauf que je me reçois sur l’articulation du genou gauche. Je ressens une douleur qui me fait hurler en me relevant. En quelques secondes j’aperçois le Tshirt de finisher qui est en train de s’éloigner et les navettes de rapatriement se rapprocher de moi. La vache !!! Qu’est-ce que j’ai mal, je n’arrive même plus à marcher. Et je continue à glisser dans cette « descente de la mort qui tue ». Tous les coureurs glissent, pas un qui n’arrive à avoir des appuis fixes, c’est catastrophique. La portion doit mesurer au moins 100 mètres, le degré est d’au moins de 10%. Deux coureurs qui ont dû me voir chuter s’arrêtent près de moi, il y en a un qui me prend par l’épaule. Cela fait du bien…c’est ça « l’esprit trail ». Quelques heures auparavant je pestais contre mes semblables et maintenant j’ai envie de les embrasser pour leur sollicitude. Finalement il ne s’agit pas d’une blessure, mais d’un genou très endolori. Plus de peur que de mal. La douleur s’estompera jusqu’à complètement disparaître. Et je vais arriver en courant au ravito de Saint Genou (je vous fait grâce de la blague – éculée – sur la toponymie de cette partie du parcours).

Saint Genou/Chaussan : 4h28’59 » de course en 427 ième position (gain de 311 places) soit une allure de 7’05 » au km sur la portion.

J’accumule 32 minutes de retards par rapport au chrono de l’année dernière (ouh là là même pour la SaintéLyon d’Or cela va être chaud !)…mais dont le parcours sur cette portion ne comprenait pas la montée au Signal Saint André.

Et c’est reparti et je me remets en selle. J’ai l’impression d’avoir retrouvé mes jambes. J’aime bien cette partie assez roulante. Le parcours a un peu évolué, il semble plus court que l’année dernière. J’ai la caisse, « so far so good ». Je sais que les deux prochains ravitos vont se succéder à une fréquence d’une heure environ jusqu’à l’arrivée.

Soucieu-en-Jarrest : 5h33’38 » de course en 310 ième position (gain de 117 places) soit une allure de 5’53 » au km sur la portion.

Je réduis mon retard à 21 minutes vs l’année dernière. Et je continue à me sentir très bien ! Maintenant il faut mettre les turbo réacteurs. C’est maintenant que commence la SaintéLyon : « zombie or not zombie that is the question ». En d’autres termes ai-je la force de continuer à courir ou suis je contraint de marcher pour les 20 kms qui restent ? Et 20 kms en marchant c’est long ! Or, finalement c’est OK pour moi, j’ai encore de la caisse et je vais courir à environ 6 min / km sur la fin du parcours. En fait j’adore cette partie que je connais maintenant presque par cœur. Elle ne change plus depuis trois éditions et je la trouve géniale. C’est très roulant, on sent que la fin approche. C’est assez linéaire, je sens « l’expérience flux » de cet auteur au nom imprononçable (Mihaly Csikszentmihalyi). Je suis juste au-delà de ma zone de confort. Cela requiert pour moi une extrême concentration. Toutes mes ressources sont mobilisées pour soutenir un certain rythme de course, pour relancer après les faux plats où je me repose en marchant rapidement. Je suis incapable de parler, de répondre aux sollicitations. Je suis à 200% dans ma course, hyper concentré : je ne suis pas proche de la zone de rupture mais je suis dans un autre espace temps, je cours de manière presque automatique, comme une machine.

Chaponost : 6h32’38 » de course en 237 ième position (gain de 73 places) soit une allure de 5’54 » au km sur la portion.

Mon retard remonte à 31 minutes mais il faut noter que l’année dernière sur cette portion on nous avait réduit le parcours d’un bon km.

Je ne traîne pas, je suis mon process même si je pense que j’aurais pu sauter ce ravito car j’en sors un peu nauséeux. J’aime beaucoup cette partie encore ! Sainte-Foy-Lès Lyon : commune qui m’est chère. Je vous ai déjà dit que je m’y suis marié ! La descente dans la cuvette qui nous emmène au pied de la côte de Beaunant. J’adoooore ! Je vais pouvoir prendre le gel à la caféine (spéciale Côte de Beaunant) que je m’étais programmé avant le départ : à la fois une récompense et à la fois un coup de starter pour les derniers kilomètres qui reste. Je croise beaucoup de coureurs de la SaintExpress dans le parc nature. On traverse La Mulatière et emprunte le parcours (dernier point culminant dans un square le long d’une école primaire avant d’attaquer la descente des escaliers) que je vois de la fenêtre de la chambre que j’occupe dans l’appartement de belle maman : la lumière est éteinte. Donc, cela signifie qu’elle est en route pour aller me cherche à Tony Garnier. Je jette un coup d’œil au chrono : cela va être juste pour terminer en moins de 7h45 mais sauf pépin cela devrait passer avec une petite marge… mais je ne peux pas terminer en marchant en revanche. Il faut maintenir le rythme.

Je suis sur les quais de Saône sous le Pont de La Mulatière. Je pense que c’est gagné pour les moins de 7h45. Je peux me réconforter et profiter de ces derniers hectomètres. Le pont Raymond Barre est de toute beauté, je vais pouvoir faire le cabotin devant les photographes..Il faut que j’accélère pour dépasser des coureurs de la SaintExpress et faire risette pour la photo. Finalement je fais la « gueule sur la photo » : elle sera non publiée. Un petit crochet avant de pénétrer dans la Halle Tony Garnier : on profite, on profite. C’est finalement pas mal comme chrono. Un dernier coup de rein.

Arrivée à Lyon : 7h35’52 » de course en 183 ième position (gain de 54 places) soit une allure de 6’19 » au km sur la portion.

Et hop : huitième TShirt de finisher : il a été dur à ramener celui-là je peux vous le dire !

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Je suis sur un tapi volant : effet des endorphines garanti, vous pouvez me demander n’importe quoi à ce moment là, même de signer une reconnaissance de dette.

Je me reprendrai bien une tranche de l’entremets Roosevelt de Bernachon. Cela tombe bien j’avais prévu le coup !

stl 2017

Épilogue :

Je suis dans la voiture de belle-maman qui me ramène à la gare de Perrache pour prendre le train, il est 15h30. Nous nous arrêtons au feu rouge qui est juste devant le musée des Confluences sous l’autoroute A7 à l’intersection du Pont Pasteur. Je vois passer un coureur de la SaintéLyon qui est en train de boiter, il se déplace très difficilement, chaque pas semble le faire souffrir horriblement. Manifestement il s’est blessé sur le parcours mais a eu la volonté de persévérer, il ne lui reste que 400 mètres à peine, il va rejoindre le Pont Raymond Barre, il sera finisher (la barrière horaire est fixée je crois à 16 heures). Je suis admiratif de son courage. Je souffre pour lui. Aurais je eu la même volonté à sa place ? Aurais je continué ? Je n’en suis pas sûr… Chapeau. J’ai envie d’ouvrir la fenêtre, aller l’encourager. Bon sang tu es un vrai coureur digne de la SaintéLyon !!!

Le héros de cette SaintéLyon pour moi c’est bien toi, coureur que je ne connais pas.


Pour ceux qui sont intéressés par mes 7 précédents récits de la SaintéLyon voici la liste de lectures :

  • La SaintéLyon :

SaintéLyon 2010 : 1585 ièm au scratch (cote ITRA 459)

SaintéLyon 2011 : 820 ièm au scratch (SaintéLyon de Bronze) (cote ITRA 528)

SaintéLyon 2012 : 958 ièm au scratch (cote ITRA 469)

SaintéLyon 2013 : 625 ièm au scratch (SaintéLyon d’Argent) (cote ITRA 523)

SaintéLyon 2014 : 243 ièm au scratch (SaintéLyon d’Or)  (cote ITRA 587)

SaintéLyon 2015 : 157 ièm au scratch (SaintéLyon d’Or) (cote ITRA 633)

SaintéLyon 2016 : 101 ièm au scratch (SaintéLyon d’Or) (cote ITRA 638)

 

Je suis finisher de l’UTMB

Un rêve un peu fou, une envie, une attirance… avant tout une mission.

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MA MISSION 2017

La voici :

Partir de Chamonix, et y revenir après avoir parcouru le tour du massif du Mont Blanc sur 170 kms et 10 000 mètres de dénivelé positif (et négatif, c’est à souligner car les descentes c’est encore plus dur pour l’organisme, j’insiste sur ce point !).

Objectif à atteindre en moins de 46 heures.

La récompense ?

Cette fameuse polaire avec cet insigne : « Finisher UTMB ». L’enjeu pour moi est de la ramener pour mes petits jumeaux Victoria et Sandro, nés le 8 août soit 3 semaines auparavant pour un terme qui était prévu le 31 août (veille du départ de cet UTMB 2017).

POURQUOI L’UTMB ?

On ne peut que reconnaître le fait suivant : l’UTMB est au monde des Ultra Trails ce que le marathon de New York est à l’univers des marathons : c’est « l’épreuve mythique » qu’il faut avoir courue. La renommée de l’UTMB a largement dépassé l’Europe. Une anecdote rapide. Juin 2015 : Je suis en plein cœur des USA, je discute avec un canadien de Toronto. Je lui dis que je fais un peu de course à pied et notamment des épreuves de trail sans être certain qu’il comprenne ce dont il s’agit. Il me répond du tac au tac : « Oh I see ! Have you ever run the UTMB ? ». Je suis coi…

MAIS C’EST LA QUE TOUT A COMMENCE :

Un jour de printemps 2010 au bureau. Cela fait quelques semaines, à l’âge de 37 ans, que je me suis mis à la course à pied. Un collègue hyper aguerri à l’exercice, qui court le marathon en moins de 3h, Jérôme S. (il se reconnaîtra) me parle d’un certain Kilian Jornet qui a une vitesse de pointe de 16 km/h sur des pentes ascendantes. Il a notamment gagné l’UTMB. « Le quoi tu dis ?, De quoi tu me parles ? » Je cherche quelques infos sur internet sur cet UTMB dont je ne comprends pas l’acronyme. On y parle de « trail ». Je ne sais pas de quoi il s’agit. Je lis un article sur cette épreuve étrange : faire le tour du Mont Blanc. Cela me laisse indifférent, je ne comprends pas bien le concept pour tout dire. Je zappe et termine mon inscription avec une grande fébrilité et l’index qui tremble pour ma première compétition officielle de course à pied : cela sera Paris Versailles prévu pour septembre 2010.

QUELQUES MILLIERS DE KILOMÈTRES PLUS TARD

Nous sommes le jeudi 31 août 2017 veille du départ de la quinzième édition de l’UTMB.

Fabrice mon frère, qui sera mon coach assistant, et moi-même arrivons à Chamonix en début d’après midi sous la pluie. Ce n’est pas une surprise cela fait plusieurs jours que les prévisions météorologiques sont mauvaises. Nous avons reçu un SMS de l’organisation de l’UTMB indiquant qu’une décision officielle allait être donnée le lendemain matin, jour du départ. Chamonix sous la pluie c’est plutôt tristoune comme ambiance. Après le retrait du dossard et le check du matériel obligatoire où la veste coupe vent a fait l’objet d’une attention particulière par les bénévoles, nous retournons à l’hôtel pour une sieste. Le soir même nous allons déguster un super plat de pâtes carbonara à « l’Impossible », très fin restaurant italien en bordure de Chamonix. Quand nous en sortons il pleut des trombes d’eau. Il fait froid. C’est la nuit et cela donne une bonne idée, déprimante, de ce qui attend tous les traileurs dans les prochaines 48 heures.

Nous sommes le vendredi 1er septembre 2017 : jour du départ.

Et puis la nouvelle tombe le matin : le parcours est modifié. Le col des pyramides calcaires est supprimé et on nous coupe la « tête aux vents » dernier obstacle du parcours pour un chemin « plus direct vers la Flégère ». Le départ est repoussé à 18h30. Je suis assez marri. Non, on ne veut pas un UTMB au rabais. On veut la totale ! Finalement il s’avère que ces ajustements sont assez mineurs et la longueur du parcours est la même à quelques miles près. Inutile de gamberger, place à la concentration. Au fait, il ne pleut plus sur Chamonix contrairement à ce qui était annoncé. Déjeuner pasta party et volaille d’un menu « spécial UTMB » d’un bistrot du coin. Puis j’ai besoin de faire une autre sieste durant l’après midi.

Il est 17 heures, je sens l’adrénaline monter tout doucement. Inutile de se presser, nous avons encore du temps. Je n’ai pas l’intention de quitter l’hôtel avant 18 heures. Je m’habille et arbore ma tenue de combat : Sur mon TShirt Falke bleu azur favori (je le porte sur tous mes trails) je mets d’ores et déjà mon coupe vent imperméabilisé « Gore » aux couleurs de la squadra azzura (clin d’œil à mes origines). Je ne quitterai plus cet excellent textile (qui demeure mon meilleur achat contre les intempéries ever) de toute l’épreuve.

18h00 : avec mon frère Fab on file vers la place du Triangle de l’Amitié. Quel monde ! Quel choc ! J’ai l’impression d’être comme un chien dans un jeu de quille, je suis totalement à la ramasse car la foule est compacte et blindée et je dois la fendre pour rejoindre les coureurs. Je me positionne tout au fond entre un espagnol et un japonais. Il est 18h20.

Et voilà enfin le moment tant attendu, le départ de l’UTMB se fait au son rituel de la fameuse musique Conquest Of Paradise de Vangelis. J’en fredonne les premiers accords et l’espagnol m’emboîte le pas. A force d’en rêver, de me projeter j’avais peur que le jour J je ne ressente plus rien. Je suis rassuré, le charme opère, la musique me donne des frissons. Lors du principal enchaînement de la mélodie, le départ est donné, l’élite peut s’élancer à 16 km/h et s’arracher de l’arche de départ. Parce que ça…c’est pour l’élite ! Quant à la masse principale des coureurs c’est plutôt en marchant que nous nous approchons de l’arche car la rue principale de Chamonix est étroite. Le goulet d’étranglement est tel que je ne franchis la ligne que 5 minutes après… et encore je continue à marcher longuement après l’avoir franchie. C’est à se demander quand est-ce que je vais me mettre à courir. J’arrive à voir Fabrice au sortir de Chamonix quelques secondes. L’ambiance côté public est juste exceptionnelle et elle le sera tout au long du parcours jusqu’aux Houches, et parfois même au-delà. Une ambiance qualifiée par beaucoup, et à juste titre, de celle du Tour de France. Incroyable le nombre de personnes qui jalonnent ce parcours de plus de 10 kms d’un sentier qui conduit à notre premier col, Le Déleveret. Les coureurs fusent pour la plupart comme s’ils étaient au départ d’un semi marathon,  mais souvent nous sommes au pas. Au moins pas de risque d’être dans le rouge.

Sur toutes les autres portions je vais quant à moi suivre ma stratégie de course. Elle est très simple, la voici en quelques lignes.

MA STRATÉGIE DE COURSE

Comme pour tous mes ultra trails je ne veux pas être dans le rouge. En d’autres termes, je cours avec une aisance respiratoire totale. Et aisance respiratoire totale signifie être capable de pouvoir respirer uniquement par les narines. Si je dois ouvrir la bouche pour absorber plus d’air cela signifie que je suis en léger surrégime, ce que je m’interdis. Les premiers kilomètres sont pour moi toujours poussifs, difficiles de ressentir des sensations. De plus je me fais doubler par quelques coureurs qui ont l’air frais comme des gardons, qui discutent avec leur compagnons de course avec une aisance qui me surprend. Je ne dois pas me laisser entraîner. Je dois faire MA course et suivre MON process… le résultat suivra je le sais. J’ai toujours procédé de cette manière sur mes ultras et cela s’est accompagné en général par une remontée graduelle au classement. C’est ce que je me répète mentalement.

PREMIER OBSTACLE : LE DELEVERET 

chamonix les houches

Il s’agit du premier col. Et j’avais tort de le sous estimer. On n’en parle jamais dans les récits sur l’UTMB de cette colinette. Moi je ne la trouve pas facile du tout pour deux raisons : d’une part c’est le premier col alors que je ne suis pas vraiment chaud, d’autre part on doit faire face à la tombée de la nuit. Cerise sur le gâteau cette année, il se met à pleuvoir et à faire froid. Et voici que le brouillard se mêle de la partie. La descente sur Saint Gervais est très dangereuse et pendant de longues minutes on ne voit juste rien. La lumière des frontales dans le brouillard forme un halo lumineux, mais cela ne permet pas de mieux voir le sentier hyper boueux. La déclivité de la descente est importante. C’est le premier moment de forte émotion de cet UTMB. Cela commence fort.

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SAINT GERVAIS / LES CONTAMINES

S Gervais les chapieux

Saint Gervais, enfin le premier ravito digne de ce nom pour faire une pause. J’enlève mes gants pour allumer mon portable et je remplis mes flasques. Toujours cette ambiance incroyable. Et puis et puis…je me rends compte que j’ai perdu un gant ! Gros coup de stress, impossible de le retrouver. Heureusement que j’ai mes gants de ski, prévus pour faire face aux « – 9 degrés ressentis » annoncés sur le haut des cols. Et j’attaque le léger faux plat montant en direction des Contamines (km 31). Ahh les Contamines c’est le ravito qui permet une zone d’assistance, c’est le premier rendez-vous avec Fabrice. Bon sang comme j’en ai besoin. C’est mon premier objectif.

LE PROCESS A SUIVRE SUR LES ZONES D’ASSISTANCE

Arrivé aux Contamines à 23:42 (après 5h 12min de course) je rejoins Fabrice. Nous avons un processus très précis à suivre qui est écrit sur une feuille de papier. Un peu comme celle des pilotes et co pilotes dans un cockpit d’avion. Fabrice me lit les instructions les unes après les autres : d’abord le retour au calme après des exercices de respiration, ensuite le point sur le classement (et là bizarre il zappe assez vite me disant « ce n’est pas là que cela se joue »). Étrange réponse mais nous passons à l’étape suivante qui est celle de la nutrition. Grosso modo je dois ingérer très précisément des parts de gâteaux salés, puis boire, puis prendre une part de cake au chocolat, puis boire, puis des financiers, puis boire. Ensuite on check le profil de la course. On se prend en photo (oui cela fait partie de la check liste). Puis on termine par le cri de guerre : « Victoria, Sandro, Greg…Go ! ». Et c’est reparti.

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EN DIRECTION DU DEUXIÈME OBSTACLE A FRANCHIR : COL DU BONHOMME

Je repars avec une super gnac ! Mais je ressasse et essaie d’interpréter la réponse alambiquée de mon frère sur mon classement. Bon j’ai bien compris en substance que mon classement doit faire peur… La réalité est la suivante : j’ai pointé dans les 200 derniers mais je ne le sais pas encore. Je le comprendrai beaucoup, beaucoup plus tard. Peut-être valait-il mieux que je ne le sache pas pour m’éviter de dérailler et de ne plus suivre mon plan de marche en prenant le risque d’accélérer bêtement… Donc, dans l’ignorance je continue à suivre strictement mon process qui est de courir en « aisance respiratoire totale, par le nez ».

Enfin je commence à ressentir de bonnes sensations dans la montée en direction de ce qui est le deuxième plus haut col de cet UTMB. Il fait de plus en plus froid mais je ne le ressens pas trop. Je ne suis doublé par aucun coureur jusqu’au sommet. Au ravito de la Balme je vois que de nombreux coureurs se sont arrêtés pour se restaurer. Cela est inutile pour moi, je file tout droit me disant avec satisfaction que je viens de faire un petit saut au classement.

On attaque une forte montée qui va laisser sur le carreau pas mal de coureurs si j’en crois leur respiration. Beaucoup se mettent – déjà ! – dans le rouge. Le chemin est très tortueux, très montagneux avec d’énormes rochers pour principaux obstacles. Ce n’est pas de la course à pied c’est du trekking. Il faut faire très attention où l’on met ses pieds. C’est dangereux car le terrain est hyper glissant, il pleut, il fait de plus en plus froid et surtout nous voguons dans un environnement très très sombre. Nous sommes à la queue leu leu, et laborieusement nous essayons d’avancer à la lueur de nos frontales. On voit très précisément le souffle de chaque coureur lors de son expiration. Cette condensation d’origine humaine contribue presque à la brume ambiante. J’ai l’impression que nous sommes une file de mineurs qui avançons laborieusement dans une galerie à la lueur de notre lampe anti grisou. Nous sommes des forçats.

Et on attaque la descente. Ce sont encore des conditions très difficiles qui nous attendent : pluie et un single track complètement boueux. Heureusement la brume a disparu. J’essaie à tout prix de ménager mes quadriceps qui sont mon maillon faible en Ultra. Surtout ne pas trop les solliciter, surtout pas maintenant. Il faut qu’ils soient encore opérationnels dans…100 bornes et pour les 30 heures à venir. Alors je fais attention, je me ménage dans cette descente hyper glissante. Puis j’arrive au ravito des Chapieux où je vais commettre une petite bêtise. C’est un ravito où il n’y a pas d’assistance de prévue, donc pas de présence de Fabrice, donc pas de suivi d’un processus rigoureux. Conclusion je fais n’importe quoi. Je prends par ci par là des barres, une banane, des gâteaux salés. Bref, n’ayant pas de processus, je suis dans l’inconnu et gère très mal mon ravito. Je repars l’estomac lourd et je me sens un peu nauséeux sur toute la montée du prochain col. C’est dommage car il s’agit du plus beau col de cet UTMB : le col de la Seigne !

EN DIRECTION DU TROISIÈME OBSTACLE A FRANCHIR : COL DE LA SEIGNE

Les Chapieux Courmayeur

Je remarque que sur cette portion je ne me fais jamais doubler mais que petit à petit je dépasse assez systématiquement des coureurs déjà à la peine. Je trouve cette montée très agréable. Cela fait un bien fou. La déclivité est parfaite pour moi, mes sensations sont très bonnes. La quasi totalité des coureurs court avec des bâtons et je les dépose les uns après les autres à la seule force de mes bras 😉 En fait je n’ai jamais ressenti le besoin de courir avec des bâtons que je trouve très encombrants. Je me sens tellement plus léger sans, ou tout du moins j’ai la conviction que cela me ralentirait. Cela me frappe d’autant plus lorsque je dépasse avec aisance les « coureur à bâtons » en faisant le constat personnel que loin de les avantager, les bâtons ont l’air de les freiner. Bref…

Je me rapproche du sommet du col de la Seigne et je remarque que l’aube commence à poindre le bout de son nez. Déjà ??? Cela me surprend de constater que je suis au bout de la première nuit blanche. Au fur et à mesure que je me rapproche du sommet un spectacle extraordinaire se présente à ma vue. Quelque chose d’incroyable, une de mes plus belles émotions de Trail. Oui je pèse mes mots. Non je n’ai pas été le témoin d’un OVNI à ce moment là ou d’une hallucination. C’est encore mieux : au levé du jour une chaîne montagneuse constituée de glaciers est en train d’apparaître. Nous gravissons un sentier qui est bordé de neige et nous voyons en face de nous un panorama majestueux en train de s’éclairer. C’est de toute beauté et je sais que nous sommes plusieurs coureurs à avoir le cœur serré d’émotion. Beaucoup s’arrêtent pour contempler, pour prendre des photos, pour méditer tout simplement devant ce spectacle qu’aucune photo ne saura vraiment rendre… Inutile de dire que c’est le plus beau moment de cet UTMB pour moi. Oui, on a fait tout ça pour ça et cela valait le coup de le faire.

Nous sommes au km 61 il est 6h 41min en haut du col après 12h 10min de course et je pointe 1394ième au classement général.

La suite du parcours se poursuit en Italie en direction du lac Combal. La traversée s’effectue sous une très belle lumière. Presque du soleil ? Le paysage est très montagneux comme je l’aime : de la pierre, de la neige, du froid sec, une perspective à couper le souffle. Que les choses soient dites, c’est esthétiquement – et de loin – la plus belle partie du parcours de l’UTMB, celle à laquelle on pense quand on rêve de parcourir en trail de beaux paysages. Dans la descente je me fais une petite frayeur en chutant comme d’habitude, et en ressentant dans le mollet une très forte crampe qui me fait hurler de douleur . Heureusement plus de peur que de mal, cela passe très vite. De toute façon il n’y a pas un seul Ultra où je ne chute pas au moins une fois. Je me dis donc à ce moment là : c’était prévu et au moins c’est fait !

Au ravito du lac Combal je remplis juste mes flasques et repars aussitôt. J’y croise un traileur originaire de Mayotte que j’ai l’habitude de voir sur la Trans Aubrac. On ne s’est jamais vraiment adressé la parole mais on se connaît de vue, on s’apprécie car on partage les mêmes trails donc les mêmes galères. Forcément cela rapproche.

EN DIRECTION DU QUATRIÈME OBSTACLE A FRANCHIR : COURMAYEUR

Le titre de ce paragraphe peut surprendre celui qui connaît bien le profil de la course. Courmayeur est au fond d’une cuvette et ne serait donc pas un obstacle ? Et bien si car la déclivité de la pente est juste terrible pour les cuisses, en tous cas les miennes. De plus le soleil est là pour nous chauffer. Cela est presque incommodant et j’ai l’impression de descendre dans une fournaise. Je ne suis pas un descendeur, je le sais et c’est ainsi. Je vois de nombreux traileurs qui galopent et tels des funambules franchissent les obstacles de ce sentier hyper raide dans le sous bois. C’est tellement raide que parfois des marches d’escalier ont été creusées dans la terre. C’est clairement pour moi un des moments les plus difficiles de ce trail. Cette descente sur Courmayeur m’use. Je suis las. Vivement le ravito assistance qui va me permettre de retrouver mon frère après cette longue nuit. J’ai besoin de me retaper pour attaquer cette nouvelle journée.

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Nous sommes au km 78 il est 10h du matin pile poil après 15h 30min de course et je pointe 1200ième au classement général.

Enfin, la ville est là. Le ravito est organisé dans un immense gymnase. Quel monde ! Mon frère Fab coach assistant est là pour me remonter. On applique le process à la lettre. Je me sens mieux. On termine par le cri de guerre. Il est temps de repartir après 33 minutes d’arrêt. Le soleil est éclatant, presque brûlant.

EN DIRECTION DU CINQUIÈME OBSTACLE A FRANCHIR : REFUGE BERTONE / GRAND COL FERRET

Courmayeur Arnouvaz

Sur les premiers mètres de bitume de Courmayeur je dépasse un coureur célèbre pour les vidéos qu’il produit, à savoir Bruno Poulenard qui est accroché à son téléphone portable, habillé de pied en cape comme un super héros.

Très vite le temps se gâte à la vitesse grand V. Des bourrasques de vent et de la pluie commencent à s’abattre à quelques encablures du Refuge Bertone et j’arrive juste à temps pour enfiler ce qui deviendra un accessoire absolument indispensable et que je ne quitterai plus, à savoir le « surpantalon imperméable ». Qu’est-ce que j’ai pesté contre l’organisation nous imposant ce textile que j’ai acheté à la dernière minute ! Et qu’est-ce que je vais remercier l’organisation de nous l’avoir imposé !!! Sans ce matériel il m’aurait été juste impossible de finir cet UTMB. Par ailleurs comme il fait tout d’un coup hyper froid je mets ma deuxième couche (qui est à manche longue). Cet arrêt un peu pénible dure plus de 10 minutes. Eh oui essayez d’enfiler un surpantalon imperméabilisé après avoir enlevé le sac, le goretex, la ceinture dossard sous des bourrasques de vent (avec la trouille de voir s’envoler son dossard !) et de devoir tout remettre en place ! C’est pénible et long.

Ce que j’adore c’est que 5 minutes après avoir mis la tenue « total waterproof », ce qui devait arriver, arriva : le retour du soleil et de la chaleur ! On en est à pester et à prier pour que la pluie et le vent reviennent vite !! J’irai même jusqu’à espérer que la neige retombe histoire de justifier tout l’équipement dont je viens de m’affubler. Zut alors ! Cela dit mes vœux seront bientôt exhaussés au-delà de toutes mes espérances…

Je passe le refuge Bonati sans m’y arrêter et hop je dépasse encore un petit groupe de coureurs. Puis le temps se gâte un peu dans la descente hyper boueuse en direction d’Arnouvaz. Un peu, beaucoup….On ne reverra plus le soleil de la journée. Bienvenue, pour très bientôt, en enfer. Je ne reste que quelques minutes au ravito d’Arnouvaz histoire de remplir mes flasques. Cela dit avec l’eau qui va nous tomber dessus j’aurais pu m’abstenir. Je ressors très vite de la tente pour affronter un géant, point culminant de cet UTMB : le Grand Col Ferret, frontière entre la Suisse et l’Italie.

Grand col ferret Champex

Au fur et à mesure de la montée les éléments se déchaînent : vent en tornade, pluie qui devient neige, température qui chute sensiblement, brouillard. J’en suis à me demander si la course ne va pas être annulée. Je ne veux pas lever la tête pour ne pas voir ce qu’il reste à grimper….de toute manière on ne voit plus à 20 mètres. Je m’attache à suivre le balisage, à mettre un pied devant l’autre, tout simplement. Malgré les gants de ski le bout de mes phalanges se raidit, le sang les irrigue de moins en moins. Il est impératif que l’on passe de l’autre côté du col. Dans ma tête des voyants passent au rouge. Il faut vite passer de l’autre côté (en Suisse) sous des cieux plus cléments, enfin j’espère…

Le bénévole qui nous attend au sommet est juste frigorifié. Je ne sais pas comment les places ont été attribuées mais sur ce coup là il a tiré le mauvais numéro. Je bascule du côté suisse. La brume nous empêche de voir à plus de 100 mètres. Au fur et à mesure de la descente en direction de La Fouly le bout de mes phalanges recommence à être irrigué. Je reprends confiance, je suis sain et sauf. Les voyants repassent au vert. Il s’arrête de pleuvoir. C’est vraiment chouette la Suisse ! Et puis j’arrive bientôt en terrain connu puisque c’est le parcours de la X-Alpine à rebours. J’aime bien La Fouly car en général un très bon ami d’enfance m’y attend 😉 Et cela ne manque pas. Double surprise, mon frère Fabrice y est également alors que ce n’est pas une zone d’assistance prévue au programme. Moment de bonheur, presque d’euphorie. Je leur dis que j’ai une super pêche. On plaisante, on se prend en photo. Mais il me revient en tête cette citation singulière qui a trait à l’univers du trail : « Tu te sens bien ? Ne t’inquiète pas, cela va pas durer ! ». Et bien les kilomètres qui vont suivre vont confirmer cette formule.

UN VRAI COUP DE MOINS BIEN

Je reprends la course sur cette portion de bitume qui selon moi ne devrait pas durer puisque je connais le sentier dans le sens « Orny / La Fouly » de la X-Alpine. Or curieusement, le parcours de l’UTMB continue à empreinter … la route !!! C’est juste atroce. Je n’arrive plus à courir. J’ai une baisse d’énergie. Mes jambes n’avancent plus. J’ai le moral qui flanche. Avec le moral qui flanche, mes jambes avancent encore moins et le moral flanche encore plus… Je suis maudit, cette portion pré ou post La Fouly (UTMB et X-Alpine réunis) est un calvaire. Je n’arrive pas à comprendre pourquoi on reste sur cette p…. de route alors qu’il existe un sentier à 100 mètres de là, en forêt. Comme il est loin le temps des paysages alpins avec glaciers en perspective ! Ici on croise des voitures qui pour certaines d’entre elles nous klaxonnent pour nous encourager : c’est trop le bonheur ! Finalement le calvaire bitumeux a une fin, on attaque une montée assez raide en sous bois. Très vite la lumière disparaît, la nuit tombe…et la pluie avec ! Et ce n’est pas une petite pluie qui m’accueille lors de mon entrée au ravito de Champex, ce sont des cordes ! Elles achèvent mon moral. Vite il faut que je m’en remette à mon frère coach assistant Fabrice. Sylvain est là aussi. C’est top, mais j’ai les traits tirés.

Nous sommes au km 123 il est 20h07 après 25h 36min de course et je pointe 732ième au classement général.

Dans l’immense tente où doit régner un taux d’humidité de 90% je fais part de mon inquiétude. Je ressens une vraie lassitude, une quasi déprime. Place au réconfort. Cela passe par plusieurs moyens : Fabrice arrive à trouver les mots. Il me remonte comme un coucou. C’est aussi à travers la nourriture: des financiers maison, des pom potes à la fraise. Bref de la nourriture régressive. Cela fait un bien fou. Le cri de guerre et c’est reparti.

Au sortir de la tente, dans Champex, après 30 minutes d’arrêt c’est quand même l’enfer. Il pleut des cordes, et je me suis refroidi sous la tente. Ambiance lugubre : masse sombre du lac sur notre gauche, pluie battante que l’on perçoit à travers les phares des voitures, bitume et balisage que je n’arrive pas à voir correctement. Je suis seul, bien seul et presque paumé, demandant mon chemin à des passants : « c’est par où le chemin ? ». « C’est tout droit et ensuite à droite « . Finalement après avoir continué tout droit puis tourné à gauche je quitte le bord de la route pour un vrai sentier avec le vrai balisage. J’ai besoin de réconfort et c’est la raison pour laquelle je tape la discussion avec un autre coureur : le dossard 8 moins 2 égale 6. Il se reconnaîtra 😉Il s’agit d’un ancien cycliste professionnel avec une Vo2 max de 76, qui a couru son premier marathon en 2h30. C’est très réconfortant de constater qu’il « en ch. comme moi » (c’est son expression mais je comprends qu’il n’y en ait pas d’autres qui viennent en tête à ce moment). Et puis au bout de quelques minutes il me largue et je le laisse voguer devant car on n’a manifestement pas la même cylindrée.

De fil en aiguille, avec la pluie cessante, je me remets tout doucement en selle. Je dirais même que je suis à nouveau en jambes en initiant l’ascension de La Giète, le sixième obstacle.

EN DIRECTION DU SIXIÈME OBSTACLE A FRANCHIR : LA GIETE

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Je monte comme un cabri. Les montées c’est vraiment mon truc. Et puis le climat devient beaucoup plus sec. On pourrait presque apercevoir la lune qui joue à cache cache avec les nuages. On reprend de l’altitude et mon moral avec. Arrivé au refuge de La Giète une grosse surprise m’y attend. Il y a une assiette de viande préparée par les bénévoles, quel bonheur ! J’en mange goulûment, avec les doigts. Il n’y en aura pas pour tout le monde car ce n’est en fait pas prévu pour les traileurs (ce sont juste les restes du dîner des bénévoles). C’est un délice. Pas de doute : je suis un carnassier et pas un mangeur de gels. Je repars gaiement dans la descente en direction de Trient. Cela sera l’avant dernier point de rendez vous avec mon frère. Au fond de moi je sens que cet UTMB arrive à son terme ou tout du moins que le plus dur est fait. Mais il faut se méfier de ce genre de sentiment…

Arrivée à Trient sans difficultés, sous une légère bruine. Il fait encore très humide sous la tente du ravito. Avec Fabrice on suit notre check liste. J’ai une grosse patate car il ne reste que deux obstacles et si c’est à l’image du précédent c’est juste « fingers in the nose ». Il reste cette montée de Catogne avec environ 550 mètres de déniv. + (à ne pas confondre avec la montagne du même nom côté Suisse sur la X-Alpine) puis le parcours direct vers La Flégère puisque l’on nous a coupé « Tête aux Vents ». Je me dis que c’est tout à fait dans mes cordes ! Youpiii cela sent l’écurie. Il faudrait vraiment à l’avenir que je fasse gaffe lorsque je ressens une telle excitation…c’est le signe que je sous estime grandement les épreuves à venir.

EN DIRECTION DU SEPTIÈME OBSTACLE : CATOGNE

Mes sensations sont très bonnes, je monte toujours de manière continue, sans grande difficulté, en suivant mon process : aisance respiratoire totale par le nez. On ne se grille pas, ne jamais être dans le rouge. Je continue gentiment à dépasser des coureurs. Je suis souvent seul dans la montée et la descente. A ce stade de la course on a rarement quelqu’un en visuel donc il faut faire très attention au balisage. J’arrive à Vallorcine pour le tout dernier point de rendez vous avec Fabrice avant … Chamonix ! Cela viendra vite, enfin c’est ce que je pense.

Au ravito on change un peu le processus sur la partie nutrition. Fabrice me conseille de mettre un peu plus la gomme sur les gels. J’applique. Il est vrai que j’en ai un peu marre du cake, des financiers (de toute façon y’en a plus) et des pom’ potes. Si on comprend bien les informations des bénévoles le nouveau parcours comprend une ligne directe vers la Flégère que j’interprète de la manière suivante, toute personnelle : « c’est plus facile et rapide que le parcours initial ». Et c’est tant mieux car on l’a pas volé étant donné les conditions atmosphériques difficiles. Voilà ma traduction du nouveau parcours. Mais dans une heure environ je vais faire face à la réalité des choses et autant le dire, je vais très vite déchanter. Cela dit Fabrice me dit quelque chose qui va énormément me marquer pour la suite : « Greg tu continues comme tu l’as fait jusqu’à maintenant sans prendre de risque,  tous les coureurs ici sous cette tente seront finishers, il faut juste assurer ». Je lui souris et lui dis que notre prochain rendez vous sera… Chamonix. Dernier cri de guerre : « Victoria Sandro Greg…Go ! »

EN DIRECTION DU HUITIÈME OBSTACLE : LA FLEGERE

Le sentier commence en pente hyper douce. On suit finalement une route départementale française. Cela sent bon le retour au bercail. Je comprends mieux ce que voulait dire « route plus directe en direction de La Flégère ». L’organisation nous fait prendre un sentier qui suit la route qui va vers la commune de La Flégère. C’est malin ça, et efficace ! Je commence déjà à rêver du passage sous l’arche à Chamonix. Et puis curieusement j’aperçois le long de la route une tente de l’organisation comme si c’était un ravito. Etrange. En fait il y a des bénévoles qui font la circulation permettant aux coureurs de traverser la route pour aller sur l’autre rive. Un bénévole me prend par l’épaule il me regarde dans le blanc des yeux et ce qu’il va me dévoiler va juste me crucifier. « Voilà tu vas tout droit, il reste 750 mètres de dénivelé sur 11 kms et ensuite une descente de 8 kms sur Chamonix ». Et moi de lui répondre, blanc comme un linge « Mais c’est énorme ! ». « Oui mais Grégory tu es un guerrier ! ». Au fond de moi j’ai plutôt l’impression d’avoir été une poire… d’avoir été trompé, de m’être trompé. Pu…. 750m de dénivelé après 33 heures de course à plus de 4 heures du matin (deuxième nuit blanche) c’est juste le plus difficile des trois derniers obstacles alors que je croyais mordicus qu’il ne restait quasiment plus rien après avoir coupé « la Tête au Vent ». Ce coup de bambou est juste atroce. Il va falloir faire face. Mettre un pied devant l’autre, serrer les dents. « Greg, tous les coureurs dans cette tente seront finishers » raisonne dans ma tête et me redonne du cœur. Alors à l’attaque ! Je mets un pied devant l’autre et finalement je monte assez bien. Très vite j’atteins un chemin en balcon. Déjà ? Evidemment non, je me doute que je ne viens pas de faire 750 mètres de dénivelés en 45 minutes. Et puis bizarrement le balisage se poursuit en descente. Et ce n’est pas une petite descente, non c’est presque une chute libre. Mais c’est quoi ce parcours qui redescend ?? On m’a dit une ascension de 750 mètres. Une angoisse m’étreint : suis-je sur le bon parcours ? Derrière moi des anglais à qui je demande s’ils ont pointé à la Flégère me répondent que oui ! Je me dis que j’ai dû me paumer et que je suis sur le chemin en direction de Chamonix sans être passé au dernier check point. C’est juste dramatique si je dois tout remonter pour retrouver le bon parcours. Je me prends un coup au moral qui pourrait m’achever. Un autre traileur déboule. Il est français et je lui demande si nous ne nous sommes pas plantés car il est étrange de redescendre. Celui-ci me dit avec affirmation que nous sommes sur le bon chemin et qu’il connaît très bien le parcours. Je lui fais à moitié confiance mais décide de le suivre. On poursuit une descente hyper casse gueule. On doit mettre les mains pour passer entre d’énormes rochers dans un sous bois lugubre où l’on ne voit rien. Ce traileur a au moins la soixantaine, il est grand et sec comme une trique. Il fait preuve d’une souplesse remarquable. On aborde un long chemin en balcon. C’est à peine si j’arrive à le suivre car il impose un sacré rythme. Derrière moi deux traileurs chinois sont dans ma trace. Je commence à m’impatienter et lui demande si l’on est bientôt arrivé à La Flégère. Il se met à se marrer « La Flégère ? Mais on a à peine commencé l’ascension ! ». A cette heure là de la nuit (lors de cette deuxième nuit blanche) et après 33 heures de course on perd un peu sa lucidité, on perd patience aussi. Car effectivement un gros morceau nous attend.

On attaque une montée hyper sèche. On sort enfin des sous bois pour aboutir sur une piste de ski le long d’un remonte pente. L’aube arrive. Les deux traileurs chinois derrière moi me déposent et me scotchent sur la piste de ski. Cela dit le paysage s’ouvre et commence à révéler sa beauté à mesure que la lumière se lève. J’aperçois tout en haut de la piste le ravito. La fin approche, la libération, le point culminant de ce dernier obstacle. Le spectacle offert sur la chaîne du Mont Blanc est spectaculaire à cette heure du jour (car il fait quasiment jour). Je pénètre dans la tente. Nous sommes trois ou quatre traileurs. Les bénévoles sont plus nombreux que les coureurs. Je me fais servir un café bien réconfortant. Un moment de bonheur partagé. Je prends mon temps, je ne veux pas prendre de risque. J’envoie un texto à mon frère pour lui dire qu’il ne reste que la descente d’ici Chamonix. Je discute avec les bénévoles. J’ai oublié tout chrono, toute idée de classement (je n’ai aucune information sur ce sujet depuis le début du trail). Seuls les plaisirs de discuter et d’être au chaud comptent : enjoy yourself ! Je sors de la tente pour profiter du panorama, je demande à une bénévole de me prendre en photo devant la chaîne de montagne du Mont Blanc. Puis j’attaque la descente.

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EN ROUTE VERS L’ARRIVÉE

Cette descente il faut la gérer et ne pas prendre de risque inutile. Cela serait trop bête de se blesser si près du but et de ne pas être capable de franchir la ligne. Cela dit je la franchirai maintenant même à 4 pattes en faisant des roulades avant s’il le fallait. J’ai quelques larmes qui coulent le long de mes joues. C’est assez fort et il faut parfois que je me reprenne pour me concentrer sur les obstacles du terrain: nids de poule, racines d’arbres. Cette descente me fait vraiment penser à celle, ultime, de la X-Alpine lorsqu’au petit matin j’arrive sur Verbier. C’est exactement la même configuration.

Me voilà aux portes de Chamonix, j’envoie un SMS à Fabrice : « Tiens toi prêt ». A 1 km de l’arrivée, je n’ai plus de jambes, j’ai des ailes ! J’arrive le long de l’Arve et là un collègue de travail qui a sa résidence secondaire à Chamonix (ultra traileur et multi finishers de l’UTMB) m’interpelle : quelle surprise à 7h du mat ! Il me suit sur quelques dizaines de mètres juste avant le grand virage de contournement qui me conduit sur la ligne droite de l’arrivée. Je vois Fabrice qui a également anticipé mon arrivée, il me dit qu’il va m’attendre sur la finish line.

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Et là je savoure chaque mètre, chaque centimètre qui me sépare de cette arche d’arrivée.

C’est un torrent d’émotion.

C’est fait.

Je suis finisher de l’UTMB.

Je ramène leur polaire.

La suite, personnelle et intime, m’appartient… 😉

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Crédit photo : Valmente pour cette superbe photo.

REMERCIEMENTS :

A mon frère sans qui jamais tout cela ne se serait déroulé tel que cela s’est déroulé. Et c’était fort.

A mon épouse qui m’a permis de m’entraîner jusqu’au bout malgré l’arrivée de deux petits lionceaux nécessitant beaucoup d’attention.

A mon pote fidèle d’enfance Sylvain, traileur lui aussi et dont le dernier article sur les 100 kms de Millau requiert d’être lu. Il donne une autre perspective sur ma stratégie de course.

A mon collègue PAD pour s’être levé à l’aube afin de me voir le long de l’Arve ainsi qu’à l’arrivée.

Et à tous les bénévoles un grand bravo pour avoir bravé le froid et m’avoir qualifié de guerrier 😉


DEUXIÈME PARTIE : les chiffres, les faits bruts.

  • Je termine cet UTMB en 37 heures 26 minutes à la 508 ième position (clt. V1 H : 192) parmi 2537 partants et 1688 arrivants (taux d’abandon de 33%).
  • Cela me classe dans le 20% des partants et 30% pile poil des finishers. Je ne suis pas first quartile mais first tiers tile 😃 des finishers.
  • A noter que cette année, tous les participants à l’UTMB avaient pour prérequis d’avoir été finishers d’au moins deux Ultra Trails de plus de 100 bornes avec un profil montagneux dans les 18 mois précédents l’inscription. Pas de touristes à l’inscription.
  • Fait singulier : mon premier pointage en haut du col Delevret est 2309 (je suis dans le dernier décile) et à chaque pointage, sans exception, je gagne des places au classement pour arriver 508. La remontée est de 1801 places.

Un prochain post abordera des points plus techniques comme le matériel, l’entraînement, des réflexions diverses. Cela n’était pas l’objet de ce présent article consacré exclusivement au récit, à mon histoire telle que je l’ai vécue avec mes tripes.

UTMB 2017 : le point final sur ma préparation

Pas de blabla, pas d’extrapolation ni d’interprétation =>> Des faits et uniquement des faits. Quels sont ils ?

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  • L’entraînement spécifique en course à pied sur l’année 2017 (arrêté au 27 août 2017) :

Ma préparation totalise 172 séances de course à pied matinales en endurance fondamentale dont 160 (90% du total) d’une durée supérieure à 1h50 aux Buttes Chaumont le matin à jeun.

Un cumul d’environ 3930 kms soit 115 kms par semaine ou encore 23 kms par séance.

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Pas de séances de type VMA ou seuil, pas de coach.

Pas de blessure mais un œdème après la X-Alpine derrière l’articulation du genou résorbée en 10 jours.

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  • Ultra Trail de préparation courus en 2017 :

22 avril 2017 : UTA (Ultra Trans Aubrac) 2017: 105 kms / 3600 D+ : 14h 05min / Classement 25ième vs 234 finishers (soit dans les 11%) vs 321 coureurs au départ (taux d’abandon 27%) . (cote ITRA 577)

8 juillet 2017 : X-Alpine TVSB (Trail Verbier Saint-Bernard) 2017: 111kms / 8400 D+ 8400 D- : 26h 39min / Classement 75 vs 237 finishers (soit dans les 32%) vs 487 coureurs au départ (taux d’abandon 51%). (Cote ITRA 533)

  • PPG

Simple, routinier et efficace : 100 pompes au réveil, 100 pompes avant le coucher, tous les jours SANS exception. Comme pour le brossage des dents ou la douche, impossible de s’en passer.

Pas de salle de sport, pas d’appareil, pas de coach. Le poids du corps fait très bien l’affaire.

  • Métabolisme à J-7 :

61 kgs (pour 1m75), poids calculé sur la moyenne des pesées des 15 derniers jours au matin.

Body fat : 5% calculé sur balance Tanita 4 points (jambes et bras).

  • Nutrition solide :

Mon attitude vis à vis de la nourriture choisit la voie de la simplicité : elle doit être dictée uniquement par la satisfaction de mes centres du plaisir et de la satiété. Aucun dogme ni cadre alimentaire suivi. Aucun contrôle de type : « je ne mange pas ça, ça c’est pas bien etc… », « les 5 fruits et légumes » etc etc…

La nourriture est considérée comme une importante source de plaisir qui doit faire du bien aux neurones : Reward ! Reward ! Reward ! Si j’ai une envie de cookies, je prends, si je veux une pâtisserie bien dressée d’un grand chef, je prend aussi.

ratatouille

Aucune culpabilité.

Autrement dit je n’ai aucun réserve vis à vis des aliments considérés par certains comme de la « comfort food » (aliments fortement chargés en calories si j’ai bien compris bien le concept ?).

Les expressions « Junk Food », « manger sainement » « les mauvaises graisses, les bonnes graisses » etc… ne revêtent aucun sens pour moi et ne dictent en rien mes choix alimentaires.

Je ne fréquente pas spécifiquement les magasins Bio dont le concept m’indiffère.

Donc après ce long préambule sur mon attitude vis à vis de la nourriture voici des données plus détaillées et probablement plus singulières (hors normes) sur ma préparation nutritionnelle qui n’en est pas une puisque je n’ai modifié en rien mes habitudes alimentaires sur l’année 2017 :

  1. 5 œufs absorbés par jour à minima, dont 3 systématiquement au petit déjeuner sous la forme d’un sabayon avec vinaigre balsamique blanc (émulsion).
  2. A minima 1 Entrecôte ou Côte de bœuf / semaine : 600 g par portion (j’ai faim !). Je les choisis très persillées (mon expression favorite en cuisine : « le gras c’est le goût ») et si possible très maturées. Je n’aime pas la viande maigre (tels que filet de bœuf ou rumstek) car ne présente pas d’intérêt gustatif pour moi.
  3. Bonbons de chocolat (ganache praliné ou noir) et/ou carrés de chocolat de dégustation : à minima 7 par jours.
  4. Pâtisseries (Entremets chocolat / Éclairs / Tartes etc…) : au moins 1 presque tous les jours, le WE jusqu’à deux par jours.
  • Nutrition liquide :

Exclusivement thés verts (Sencha etc…) ou fermentés (Pu Erh) / eau de la Seine toujours du dernier millésime / infusions

Zéro goutte d’alcool (depuis 10 ans) : je n’aime pas.

Zéro goutte de boissons sucrées : je n’aime pas. (à l’exceptions des compétitions – ravitos – de course à pied, soit 3 à 4 fois par an).

  • Période d’affûtage commencée aujourd’hui (dimanche 27 août 2017) avec une division par deux de la longueur de mes séances quotidiennes. Je continuerai à courir tous les jours jusqu’à jeudi matin (31 août 2017) départ pour Chamonix via Genêve par avion veille du grand jour. Et le matin du grand jour on restera tranquillement dans le lit si j’en ai la force…

Fin de ma préparation à l’UTMB 2017 : je suis prêt.