Récit de course : Marathon de Berlin 2019

Marathon de Berlin : c’est la troisième édition pour moi.

Après 2015 (récit), et 2016 (récit)..voici ma troisième incursion en Allemagne pour une épreuve sportive.

Beaucoup de choses à dire à commencer par s’exclamer : « Quel beau marathon ! ».

Même sous la pluie et un ciel gris ce marathon est toujours enivrant. Et c’est quelqu’un qui ne boit jamais d’alcool qui vous le dit. 
Berlin fait partie du cercle des 6 « World Marathon Majors » auto proclamés qui regroupe également Boston, Chicago, NY, Londres et Tokyo. Ce que je peux dire c’est que Berlin est peut-être pour moi le marathon qui vaut le plus d’être couru parmi les 4 World Majors que je connaisse (Je n’ai jamais couru Tokyo ni Boston) : le marathon à faire si l’on doit en sélectionner un seul. Une ville hors norme par son histoire, une organisation exceptionnelle, une simplicité d’accès à son départ, une ambiance énorme et un final lors des 4 derniers kms qui prennent au corps et au cœur. C’est fou d’écrire avec un tel lyrisme, je ne me reconnais point.

J’aime Berlin pour son histoire surréaliste. Et je vous invite à revoir Good Bye Lénine ou La Vie des autres.
C’est donc avec une grande effervescence que cette capitale chargée d’histoire accueille près de 100 000 touristes sur un seul WE (45 000 coureurs et près d’autant d’accompagnateurs). J’atterris à Berlin  le vendredi 27 septembre 2019 en début d’après midi sous des trombes d’eaux. Dès les bagages posés à l’hôtel dans le quartier de Mitte (côté Berlin-Est) je décide d’aller retirer mon dossard. 5 kms à pieds me séparent de Tempelhof ; énorme bâtisse qui servit d’aéroport durant le pont aérien de 1948 permettant à Berlin-Ouest d’être fourni en énergie et denrées lors de son blocus durant toute une année de forte tensions entre l’Est et l’Ouest.

Je traverse Berlin avec mon petit parapluie qui ne m’empêchera pas d’être bien mouillé arrivé à Tempelhof. Et là, c’est la deuxième douche froide ! L’attente pour le dossard est d’au moins 45 minutes. Bien entendu le circuit pour récupérer son dossard ressemble à celui d’un magasin IKEA puisqu’il vous contraint à serpenter entre les marchands du temple de marques de sport mais aussi de voitures, Allemagne oblige. Et de magnifiques berlines sont en exposition, et autant vous le dire, il ne s’agit pas de Trabant. Car effectivement le coureur à pied prend sa voiture après son footing matinal.
De retour dans mon quartier je file au restaurant Lokal pour goûter à la spécialité de Berlin : le jarret de porc avec sa peau laquée croustillante. Las, la peau est tellement laquée croustillante qu’elle requiert de sacrées mandibules pour pouvoir la mâcher, c’est dur comme du cuir. Retour à l’hôtel pour m’endormir dès 21h30. Je me réveille vers 7 heures pour aller faire ma dernière sortie, très importante, celle de la veille de la compétition. Cette sortie est à ne pas manquer car elle permet de régler tous les détails techniques : insertion de la puce sur la chaussure, serrage de lacets, serrage de la montre qui me donnera l’allure. Et en générale cette sortie en mode footing d’un peu plus de 30 minutes de veille de marathon sur les lieux du crime me procure toujours des craintes quant à mon niveau de préparation. Cette sortie matinale n’échappera pas à la règle. C’est très poussif, j’ai des sensations qui font peur. J’arrive à peine à profiter du paysage. Et pourtant il y a de quoi s’extasier : je passe devant le Bundestag, je passe la porte de Brandebourg, je reviens vers Gendarmarket et remonte vers Oranianburg (mon quartier) près de la grande et magnifique Synagogue. Je croise énormément de coureurs qui font comme moi leur dernière sortie de réglage. Chacun arbore, le torse bombé, le maillot de finisher d’un marathon célèbre : c’est NY qui arrive en tête à l’applaudimètre suivi de très très loin par le maillot à la licorne du marathon de Boston !! J’ai un grand respect pour ceux qui arborent ce dernier, que je ne pourrai probablement jamais enfiler faute d’être capable d’obtenir un jour le chrono qualificatif pour m’y inscrire. N’est pas un BQ (Boston Qualified) qui veut. Revenons en à ma sortie. On dirait que je suis un petit vieux, j’arrive à peine à faire du 6 min au km. Arrivé à l’hôtel après 45 minutes poussives mon corps me dit merci d’en avoir fini. Néanmoins j’ai fourni suffisamment d’énergie pour ressentir la dopamine qui me fournit ma dose pour ressentir un bien être qui dure jusqu’à la fin de la journée. Direction mon petit bistrot favori le Kaiser Soze (en référence à ce film bien connu au dénouement qui marque les esprits) qui m’a toujours porté chance. J’ai pour habitude après avoir commandé mon thé et mes scramble eggs d’y retourner les tasses pour voir les noms de marques du fabricant mais j’ai beau le faire systématiquement, je ne tombe jamais sur le patronyme Kobayashi !

L’après midi je continue mes déambulations sans trop savoir où elles me mènent, j’aime flâner dans les rues au hasard pour en sentir l’atmosphère. Et Berlin c’est une ville dont le poids du passé se ressent à chaque coin de rue : des petits médaillons dorés aux noms de familles juives déportées sont insérés à mêmes les trottoirs « pour ne pas oublier », des façades d’immeubles désaffectées sont peinturlurées avec des termes rappelant la liesse populaire lors de la réunification, quand des noms de rue vous rappellent les heures de tensions les plus fortes que la guerre froide ait connues (Check Point Charlie). Du mur il ne subsiste quasiment plus de traces en revanche.

Les quelques monuments célèbres gravés sur la médaille du marathon…mais l’atmosphère de cette ville c’est toute autre chose.

La préparation ultime

Il est bientôt 18h30 et il est temps pour moi de me rendre à la Porte de Brandebourg pour mon ultime repas pré-marathon. Je vais en surprendre plus d’un parmi ceux qui ne connaissent pas mon rituel préparatoire. Non je ne prends pas un plat de pâtes. J’évite tout mets solides plusieurs heures avant une course et notamment avant un marathon. Cela fait déjà 24 heures que j’évite fruits et légumes en raison des fibres qu’ils contiennent. La peur redoutable du marathonien est double : celle d’exploser au trentième kilomètre certes, et tout le monde la connaît, mais aussi la crainte de devoir aller aux toilettes à … n’importe quel kilomètres. Pour prévenir ce risque je m’abstiens d’ingérer des éléments contenant des fibres ou sollicitant trop mon système digestif à minima 24 heures avant. Ma parade est d’aller au Starbuck la veille d’un marathon pour y ingurgiter un grand verre de Latte vanille accompagné d’un cake au citron. Et cela sera tout jusqu’au départ prévu 15 heures plus tard (à 9h30 du matin) : soit largement le temps à mon corps pour métaboliser cette charge de sucre (pour les réserves de glycogène) et cet apport de protéine (via le lait). Lors d’une course d’une telle intensité que le marathon votre système digestif est quasiment à l’arrêt et de toutes manières ne reçoit pas les ressources pour fonctionner correctement, le métabolisme fonctionnant de manière à ce que vous puissiez mettre un pied devant l’autre et si possible en étant une fraction de seconde en suspension au dessus du sol (définition de la course à pied, sinon cela s’appelle de la marche).

Ensuite direction l’hôtel pour le gros dodo et une prévision de tomber dans les bras de Morphée à partir de 22 heures.Voilà qui est bien, sauf qu’à 1 heure du matin Morphée a un sacré retard sur l’heure prévue du rendez vous. Je ne m’affole surtout pas. Ne pas PA-NI -QUER ! Il me reste potentiellement 6 heures de sommeil d’ici le réveil. La lecture de L’Express magazine devait m’achever, mais il n’en est rien : c’est fou comme la nouvelle stratégie de Bompard le PdG de Carrefour me tient éveillé. Je m’endors quelque part entre 1h 30 et 2 heures du matin.

Je me réveille naturellement après 7 heures. Surtout jamais de réveil, l’appareil qui vous flingue votre sommeil et vos jours. J’applique toujours le même rituel quotidien, 100 pompes suivis non pas d’une sortie en mode footing mais d’une sortie longue à travers Berlin. Mon équipement est rigoureusement identique pour toutes mes séances à l’exception de mes chaussures : des Apollo Under Armour ultra légère de 175 grammes non pas pour s’affranchir de la gravité et aller vers la lune mais pour peser le moins lourd possible à chaque impulsion.

Top départ

Je quitte l’hôtel à 8h30 en toutes petites foulées. Il me faut moins de 30 minutes pour rejoindre mon sas, le sas E de la deuxième vague des coureurs qui comptent terminer entre 3h15 et 3h30. Le ciel est bien gris, et nous savons que nous aurons la pluie à partir de midi : Bekele sera arrivé bien avant le déluge, ce n’est pas juste.

La musique d’Alan Parsons Project résonne, tel un compte à rebours, avant chaque départ : handisport, la première vague et puis pour la nôtre. Et puis c’est parti pour notre vague vers 9h25.

Premier semi

Ma stratégie de course est claire. Je vais courir chaque kilomètre à une allure de 5 minutes et pas une seconde de plus jusqu’au 27 ièm inclus. Un marathon ne commence réellement qu’à partir du trentième, autrement dit c’est à partir du trentième que l’on va découvrir si nous étions suffisamment préparés ou si cette épreuve va se terminer en chemin de croix.

Le premier km se fait en pente douce, inutile d’aller vite il faut mettre le frein à main. Comme toutes mes séances de CAP je ressens des sensations vraiment pourries : fourmillement dans les jambes, dans les pieds, je n’ai pas une très bonne respiration. Je me connais bien il me faut à minima 45 minutes de chauffe avant de ressentir, le cas échéant (car ce n’est pas systématiquement le cas non plus), de bonnes sensations. C’est la raison pour laquelle je ne m’affole pas trop lorsque je m’aperçois que je tourne bien à 5 minutes au km mais avec une certaine difficulté dès le premier kilomètre. L’ambiance de ce marathon ? C’est du tonnerre ! Un public démentiel. Très souvent de la musique : provenant d’enceintes (même installées sur un balcon d’immeuble) mais aussi de groupes se produisant le long de la chaussée.

Ma définition du marathon réussi, c’est quoi ?

Pour moi un marathon réussi est un marathon qui ne se transforme pas en chemin de croix et idéalement qui se fait en « négative split » c’est à dire dont le deuxième semi est couru plus rapidement que le premier. C’est ce que j’ai réussi à faire lors de mes deux derniers marathons de Berlin ainsi qu’à Chicago et j’en ai ressenti des sensations tellement fortes, presque jubilatoires qu’il me tardait après deux ans sans marathon de retoucher le graal. J’ai hâte de goûter à nouveau à cet état de conscience modifié qui n’apparaît pas avant le 28 ièm kilomètre du marathon. Une émotion qui mêle à la fois la souffrance et un vrai plaisir. La sensation de décoller alors que tout autour de vous les coureurs s’effondrent.

La stratégie de course en 3 points : déjà ne pas avoir d’objectif chrono final !

Premièrement : D’abord courir en totale aisance respiratoire jusqu’au 27ième avec un objectif semi marathon à ne surtout pas dépasser. Pour moi il ne fallait pas obtenir un temps de passage meilleur que 1h45 au 21 ièm km.

Deuxièmement : exploiter tous les ravitos pour s’asperger d’eau et se rincer la bouche avec la boisson énergétique, prendre deux à trois gels à l’unique ravito qui en proposait.

Troisièmement : se forcer à accélérer après le 27 ièm kilomètre pour voir si la magie opère et continuer sur les sensations à forcer son allure jusqu’à la fin.

La course in a nutshell

Eh bien le premier semi est bien couru en 1 heure et 45 minutes comme prévu par le plan. Maintenant il s’agit d’être patient et de se préparer pour la phase de décollage post 27ièm kilomètre. En fait je n’en mène pas large, j’ai l’impression d’avoir des jambes solides pour faire du trail mais pas vraiment légères pour voler sur le bitume. Je sens en fait que je vais devoir me donner un coup dans le derrière pour m’arracher et accélérer. J’ai presque la trouille, en bref je ne suis pas pressé de le voir ce panneau « 27 km »… Et il pleut maintenant, jusqu’au finish.

Panneau 27 km : « boule de feu »

Mon ami de cours de cuisine Thierry M. m’a préparé mentalement pour la Lavaredo Ultra Trail en me faisant pratiquer des séances d’hypnose/autosuggestion. Cela s’appuie sur des exercices de visualisation. Et c’est ce à quoi fait référence le titre de ce paragraphe. Je mets la gomme avec une image bien particulière qui me vient en tête. Je n’ai plus le choix : j’accélère alors que je n’ai pas vraiment les jambes. Et c’est là que la magie opère. J’arrive à adopter une allure plus élevée non sans mal, mais c’est tout à fait supportable. Je ne peux pas dire que je ressens une sensation d’euphorie lors des 5 kilomètres. Autour de moi l’hécatombe commence, les gens souffrent et décélèrent manifestement. Très peu de personnes me dépassent.

Ne pas quitter la ligne bleue

Je tiens le coup, la pluie se fait plus forte. On doit courir sur des flaques d’eau, plus besoin de m’asperger aux ravitos, lever la tête suffit.

Jusqu’au 27ièm j’aurai couru à 5 minutes le km, du 30ième au 35ième kilomètre mon allure passe à 4:42 le kilomètre puis 4:45 jusqu’au 40ième pour terminer en 4:21 sur les 2 kms qui restent, ce sont mes kilomètres les plus rapides : boule de feu !

Comme je l’ai mentionné la fin de ce marathon est épique. Les avenues sont larges, le public est en masse et nous encourage à tout rompre. Les coureurs se mettent minables pour terminer. Je termine en quasi apoplexie surtout que les 200 derniers mètres passé la porte de Brandebourg sont en pente douce où l’on peut donner tout ce qui reste dans les tripes.

Je n’ai pas dit que c’était simple tout le long !
Il reste 100 mètres à peine…

C’est fini ! 3 heures 25 minutes et 57 secondes en négative split de plus de 4 minutes (deuxième semi couru plus rapidement de 4 minutes par rapport au premier). A mes yeux marathon réussi. Cela donne l’envie de revenir.

Pêle Mêle / Miscellaneous

Au concours du plus moche Tshirt de finisher les organisateurs remportent les trois premières places. Bravo pour cette performance.

C’est très laid !

7 réflexions sur “Récit de course : Marathon de Berlin 2019

  1. aziz meziane

    Bravo Grego, encore une belle perf suivi d’un beau récit. Au plaisir de te lire. Sportivement

    Aziz

  2. BERLIOZ

    Superbe narration. Beaucoup de choses que ne peuvent vivre que les marathoniens «finishers »
    À BERLIN, JE N’AI FAIS QUE LE SÉMINAIRE EN 1993. À cette époque on voyait la différence en Est et Ouest, à 50 m près.
    Il y avait encore 100 m de mur… et CHEC POINT CHARLY….IMPRESSIONNANT .
    BONNES COURSES
    JOSEPH

    1. Hello Joseph,
      Un grand merci pour ton message qui fait plaisir. Berlin-Est au début des années 90 cela devait être une vision très très vintage que seuls les films d’espionnage devaient nous permettre de comprendre, ressentir.

  3. Tu es un vrai métronome, un coucou Suisse sur Marathon. Par contre toi qui pensais ne pas battre ton record malgré ton minime surpoids, te voilà rassuré ! Si tu es plus lourd et plus rapide, donc un bon physicien te dirait que tu es plus puissant 🙂
    Ce Marathon est la référence, passer la porte de Brandebourg, la symbolique doit être forte. En tous les cas un grand bravo pour ta course et ta régularité.

    1. Effectivement « science physiquement » cela se tient. Ce marathon est juste phénoménal, le finish vaut les 40 kms requis pour l’atteindre.
      Énorme moment qui en appelle d’autres.

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