L’X-Alpine 2018 : le récit d’un coureur d’un UltraTrail en quête d’une troisième étoile

Il doit être minuit, je suis dans une forte montée en direction de la cabane de Mille. Je décide d’éteindre la frontale et de m’arrêter, peu importe le chrono. Je lève les yeux vers les étoiles. Le ciel est impressionnant. Tel qu’on ne le voit jamais proche des grandes villes. Un ciel limpide, constellé d’étoiles. Certaines ont des couleurs : est-ce Vénus qui est presque jaune orangée ? Tiens je reconnais la grande casserole et la constellation d’Orion avec cet alignement presque parfait de trois étoiles (enfin je crois ?). Je reste là, planté comme un piquet pendant au moins une minute, à admirer. Et j’ai une pensé pour ma plus belle étoile qui a 11 mois bientôt ;-). Je remets ma frontale…et je me dis que c’est bien pour ces moments de grâce que je pratique le trail.

Vendredi 6 juillet 2018

Je passe vite sur l’épisode du TGV Paris Lausanne annulé pour cause de grève et le stress pour trouver à J-2 une solution de secours qui coûtera le triple du billet initial. Mais avec François, mon ami finisher de la Eiger en 2017 et de la Mozart 100 trois semaines avant, on arrive à se débrouiller comme des champions. Nous sommes finalement à 16 heures au Châbles pour le retrait des dossards. Je retire également au stand Compressport ma nouvelle panoplie de Traileur flanqué des couleurs de cette dixième édition du TVSB. Avertissement au lecteur : je paye intégralement mon équipement et ne bénéficie d’aucune ristourne de la part de « partenaires » (terme qui veut dire : un fournisseur d’équipement ou de service qui file des avantages et/ou du matos à des bloggers pour que ceux-ci parlent – en toute indépendance – de leurs produits sur les réseaux … si possible en bien). Grégo n’est pas un vendu mais un « homme liiiiiiiiibre » comme le dit si bien Patrick Mac Goohan dans le générique de la série du Prisonnier ! 😉 Mais qui a dit que mon blog n’était pas culturel ?

Petite déception sur ce Tshirt de traileur Compressport spéciale édition 10ièm anniversaire du TVSB (Trail Verbier Saint Bernard), je pensais qu’il était de couleur noir ce qui me plaisait (en référence à la classe et au style d’un certain Lev Yachine gardien de but soviétique volant dans les airs). Or je m’aperçois qu’il est de couleur vert kaki foncé qui m’évoque plutôt la tenue d’un soldat de l’armée de terre. Comme quoi il faut toujours se méfier du calibrage de ses écrans.

rpt

Au retrait des dossards je tombe sur Ryan Baumann qui a terminé sur le podium chaque fois qu’il a participé à l’X-Alpine. Alors je m’empresse de lui demander quels sont ses secrets ? Et notamment sur la nutrition. Il me dit qu’il boit 0.5 litre par heure, qu’il mange ses propres barres, qu’il aime bien le Rivella (c’est quoi ce truc ?). Bon et bien je reste sur ma faim (admirez comme j’ai le sens de la formule !), je m’attendais à des révélations. Mais peut être que « Rivella » est LA « Révélation » (assonance magnifique non ?) ? Qui sait…

Avec François le soir nous allons près du départ pour participer à la Pasta Party organisée par un restaurant. Je prends un bon plat de pâtes et puis retour à l’hôtel Montpelier qui est sur le parcours. Je croise un traileur qui m’accoste et me dit : « c’est toi Grégo qui écrit des articles ? » Et moi un peu gêné, et un peu flatté à la fois… en fait je ne sais pas dans quel état je suis pour être franc. Parce que « être gêné » et « être flatté » à la fois, et bien ce sont deux émotions un peu contradictoires à gérer. Je souris et le remercie. Et franchement je tombe dans l’embarra quand il me dit qu’il s’est inscrit à l’X-Alpine grâce à moi et qu’en plus il a choisi l’hôtel Montpelier auquel je faisais référence. Ouh là là et je sens le poids de la responsabilité peser des tonnes sur mes épaules !!!! Grâce à moi ou à cause de moi… Et là devant le comptoir de l’hôtel je tombe de mon arbre lorsque l’on nous annonce qu’il n’est pas prévu de petit déjeuner pour les coureurs à 4 heures du matin ! Aïe. Et je m’en émeus auprès du personnel. Bref je fais mon « bon français » aimable à souhait en me plaignant que les années précédentes « il y avait bien un petit déjeuner de prévu », « si on a choisi cet hôtel c’est parce que… » avec ma tête des mauvais jours. Je me calme, fais amende honorable d’avoir été si désagréable. Je m’en retourne dans ma chambre. Je suis claqué de toutes manières. Je vais m’endormir dès 21 heures pour me réveiller à 2h50 d’un coup d’un seul. C’est énorme pour moi. Dormir d’une traite comme ça, cela ne m’est pas arrivé depuis…depuis presqu’un an ? Le fait d’avoir des lionceaux à demeure qui vont avoir 11 mois m’a plutôt habitué à des micro cycles de sommeil de 2 heures à tout casser, entrecoupés d’exercices physiques de type « pauses biberons », « remettage de tétines », « portages de poids de 2.5 kgs à 8 kgs » (avec le temps cela va dans un sens croissant, phénomène étrange).

Je suis en pleine forme à mon réveil et franchement c’est de très bon augure pour la suite. Pompes et douche froide : la morning routine sauf que tous les matin c’est pour courir 20 bornes en 2 heures alors que ce matin c’est pour 111 kms et 8400 de dénivelés + et -. J’arbore ma nouvelle panoplie « vert kaki treillis » à la place de ma traditionnelle tenue bleue Schtroumpf. Finalement je la regrette déjà ma tenue de Schtroumpf bleue.

Surprise à l’accueil de l’hôtel : un employé est bien présent pour nous servir un petit déjeuner ! Énorme. J’abuse de sa gentillesse pour qu’il me prenne en photo. Et regardez bien ci-dessous il me manque un accessoire qui aurait pu me mettre en grande difficulté durant la course. Quelques secondes d’attention, regardez bien. J’allais me rendre au départ en oubliant ……. devinez quoi ?

nor

…. en oubliant mon dossard que j’avais laissé soigneusement sur le bureau de ma chambre. Il s’en est fallu de peu. Voilà un nouveau chapitre à ajouter au recueil Grégo fait du trail après le chapitre « j’oublie de remplir mes flasques d’eau à Lourtier » le nouveau chapitre s’intitule « J’oublie d’accrocher mon dossard (et sa puce) avant de me rendre au départ de l’X-Alpine ». Je vous conseille de ranger l’ouvrage Grégo fait du trail sur votre étagère entre les BD de Frankin et les DVD de films de Jacques Tati pour les personnages burlesques au comportement un peu décalé et incohérents que ces auteurs dépeignent avec un talent certain. Mais qui a dit que mon blog n’était pas culturel ?

Avertissement aux lecteurs : Je ne touche aucune rétrocessions sur le chiffre d’affaire qui serait généré par la vente des ouvrages de Frankin ou les DVD de Jacques Tati suite à la lecture de mon article car comme vous le savez, je veux rester un « homme liiiiiiiiiiiiibre ». Même remarque suite à la vente des DVD de la série du Prisonnier dont j’emprunte, certes gratuitement, la citation pré citée.

En fait c’est en voyant un autre coureur prendre son petit déjeuner que je me rends compte de ma bourde.

Et on file au sas de départ. Il est 3h45.

nor

Ouhaaa superbe le podium !

Le départ est organisé comme à l’accoutumé. Nous avons droit à la récitation du poème Si Tu seras un homme mon fils de Rudyard Kipling. « Mais qui a dit que le trail n’était pas une activité culturelle ? » , promis j’arrête ! On nous passe « The final countdown » d’Europe et c’est parti ! Il est 4 heure du matin, je sais que je franchirai une nouvelle fois cette arche dans au moins 26 heures, mais dans l’autre sens. Après 111 kms et 8400 mètres de dénivelés positifs et négatifs.

X alpine profil

On attaque une première montée qui franchement n’est pas des plus simples surtout que j’ai toujours des jambes en bois quand j’attaque une course. Dans la montée quelqu’un m’interpelle : « Grégo comment tu vas ? ». Il s’agit d’un de mes lecteurs. Je lui demande comment il a fait pour me reconnaître moi qui pensais avancer masqué ? Il me dit que pour lui c’était assez simple. Il m’a reconnu « comme ça ». Je le remercie et suis assez surpris qu’il m’ait reconnu de nuit alors que je ne porte pas le costume bleu habituel.  Il est peut être temps que j’arrête d’être surpris que l’on me reconnaisse. Car finalement c’est assez rassurant de constater que l’on ressemble à … soi-même.

La descente sur Sembrancher est franchement compliquée pour moi. Je la trouve assez technique si on trébuche sur les racines des arbres qui affleurent c’est bien simple on tombe dans le contrebas qui ressemble à un ravin…au moins on descend plus vite. Cela dit je n’ai pas la dextérité suffisante pour vraiment me relâcher. Je trouve que c’est assez « risky » cette partie surtout qu’avec la frontale je vois assez mal. J’arrive après 1h30 de course comme d’habitude à Sembrancher il est donc 5h30 du matin, je range la frontale et m’hydrate d’un mélange de coca et d’eau comme j’en ai l’habitude sur tous mes trails.

Et j’attaque le « steak » de cet X-Alpine qui est servi dès l’apéro : Les 1900 mètres de dénivelé de ce Gulliver que l’on nomme Le Catogne et les traileurs des Lilliputs. Schtroumpf bleu, Lilliputs, manifestement je cultive le même thème. Il va falloir que je travaille dessus.

J’apprécie cette montée car la déclivité n’est pas redoutable, c’est long et c’est beau. Les rayons du soleil commencent à percer au dessus des cimes des massifs qui nous environnent. Et puis vient la partie minérale, le chemin de crête très alpin. Et enfin le sommet. J’arrive au faîte du Catogne sans difficulté particulière alors que l’année dernière je me sentais un peu en souffrance.

Arrivé au sommet j’exulte, je crie « on l’a fait ce Catogne » ! Or personne ne me répond ou plutôt je me sens regardé comme une bête curieuse. Mes autres collègues traileurs lèvent à peine la tête. C’est donc tout penaud, comme si j’avais fait une bourde, que je continue mon chemin en me faisant plus discret cette fois. « L’esprit Trail » c’est aussi se faire rabaisser son caquet sans en prendre ombrage.

On attaque la descente sur Champex lac qui est assez technique sur sa première partie  … mais également sur la deuxième il ne faut pas croire. Sur la première ce sont les rochers aiguisés comme des lames de rasoirs qui n’attendent que vous pour vous trancher tel une scie sauteuse (d’ailleurs on entend un hélicoptère au loin, c’est peut être pour le SAV) et sur la deuxième partie en sous bois ce sont toujours ces foutues racines d’arbres qui affleurent et qui sont là pour que vous vous crochetiez le pied. Franchement la nature est vraiment hostile.

Mais la descente sur Champex Lac (ici on prononce « Champey ») est splendide.

nor

J’arrive à Champex dans le même chrono que les deux années précédentes à quelques minutes près, ce qui fera dire à mon pote Sylvain (un 100 bonard et tri athlète dont voici le blog) que je suis réglé comme une pendule suisse.

Et après le magnifique terrain bucolique qui suit la ravito j’attaque cette montée que je trouve surtout extrêmement éprouvante dans sa première partie dans les sous bois. Des marches énormes où l’on est contraint de mettre les mains pour grimper ces énormes rochers, talus de terre. Ensuite le chemin est beaucoup plus minéral puisque que l’on traverse un pierrier et là encore je croise un lecteur : « c’est toi Grégo ? ». « Euh oui… « bon cette fois je vais arrêter de faire mon étonné. Je le remercie et lui dis qu’il est sur la bonne voie et qu’il faut continuer à mettre un pied devant et ne pas se poser de question tant que l’on peut avancer. Et là il me dit : « oui mais on est quand même partie à 1 heure du matin ». Cela dit je n’ai pas la capacité d’analyser l’information n’ayant jamais checké les niveaux des barrières horaires. En d’autres termes veut il me dire qu’à leur rythme bien qu’avançant, ils se verront rattrapés par le couperet d’une barrière à un ravito ?

Je continue et passe le col Breya où je demande au pointeur de me prendre en photo. Franchement c’est assez sympa de sa part. Il n’a pas que cela à faire mais accepte cordialement.

Et j’atteins la cabane d’Orny sans trop de difficulté. Et là je ne sais pas ce qu’il me prend, une envie, un désir. Mon cerveau me dit de boire du Rivella que les bénévoles me proposent. Et bien voilà la potion magique des suisses. Rivella qui contient du lactosérum et qui est vendu partout dans toute la suisse mais à l’exception de tous les autres endroits du monde : Rivella est devenu ma boisson énergétique favorite de ce trail.

Avertissement encore : bien entendu je ne touche aucun émolument de quelque nature que ce soit de la part du producteur de Rivella. Cela dit s’il avait quelques palettes à m’envoyer à Paris je ne dirais pas non.

J’attaque la descente assez vite d’autant que le temps se couvre et que l’on perçoit quelques fumerolles. La descente est relativement aisée même si sur la première partie qui se déverse en direction de Saleinaz je suis assez crispé sur mes appuis, j’ai assez peur de la chute. Statistiquement j’ai toujours chuté au moins une fois lors de TOUS mes trails. Cette perspective me rend extrêmement peureux prudent 🙂 C’est là où je me rends compte qu’à 45 ans les années qui passent ont un impact sur nos capacités. Très clairement j’ai perdu en adresse et réflexe. C’est assez net. Je ne peux plus me permettre d’envoyer dans la descente comme j’ai pu le faire…euh j’ai réellement pu le faire un jour ? Je ne m’en souviens pas puisque finalement j’ai commencé les Ultra en montagne que récemment. Ce qui est certain c’est que je ressens une appréhension dans les descentes que je n’ai jamais ressentie et je pense que cette peur ne me quittera plus dans les années à venir. Il faut être clair à partir d’un âge certain on ne peut plus jouer les cabris en descentes à 10 km/h sur des degrés de 20% avec pierres et cailloux qui affleurent.

La température est très clémente malgré le soleil qui revient. J’arrive au « ravito off » de Saleinaz et je bois correctement. Je me retrouve sur le chemin de la mort en direction de La Fouly. Et contrairement aux autres années je n’ai pas l’impression que cela soit si mortel que cela. Il faut dire que l’amplitude de température entre Orny et La Fouly n’est pas aussi sensible que lors des années précédentes. Donc non je n’ai pas d’angoisse de devoir abandonner. Je vais croiser avec grande peine François qui m’annonce qu’il abandonne. Cela me donne un coup sur la tête. D’ailleurs j’ai l’esprit ailleurs et je vais connaître ma première chute : et vlan je trébuche du pied gauche du côté de la pente et m’étale de tout mon long. Rien de grave mais il va falloir quand même que je m’y remette sérieusement. Alors j’ai une ritournelle en tête c’est un titre de Depeche Mode : Going Backwards. Oui je sais c’est très bizarre ce titre et paroles de chanson mais on ne choisit pas ce qui vous vient spontanément à l’esprit. C’est complètement ubuesque lorsque l’on doit aller de l’avant d’avoir une ritournelle qui s’intitule Going Backwards j’ai même la crainte que cela ne m’influence à « l’insu de mon plein gré » comme dirait l’autre. Alors je change les paroles en « Going Forward » comme ça c’est plus cohérent !

Sur le terrain j’arrêterai de poser la question de savoir combien il y a de kms d’ici La Fouly aux piétons. On m’annonce 4 kms… alors que manifestement il en reste au moins le double ! J’ai hâte d’arriver pour rencontrer mon meilleur supporter sur cet X-Alpine, toujours mon fidèle supporter à La Fouly, et à qui je dois les photos ci-après.

Super moment de détente avec Sylvain qui m’a mis de côté deux petites bouteilles d’eau pour pallier tout risque de déshydratation auquel je suis habituellement confronté sur la montée du col Fenêtre.

C’est parti pour l’ascension qui, il faut le dire, est plutôt reposante en direction du col Fenêtre. A noter que le parcours emprunte la route à un moment (on bifurque sur la droite en passant devant la terrasse d’un chalet) ce qui n’est pas le tracé habituel : clairement c’est moins beau.

Je ne souffre pas de déshydratation. J’arrive au col Fenêtre non sans m’être arrêté de multiples fois pour contempler les lacs d’altitude. Il faudrait que j’arrête ce mode « randonnée touristes en montagne » durant mes trails, cela éviterait non seulement de perdre du temps mais également de casser mon rythme. Je perds ma concentration après chaque arrêt et il me faut un temps certain avant de me remettre dans la course.

J’arrive au col du Grand Saint Bernard avec cette fois un retard sur tous mes derniers chronos. Je décide d’arrêter ce rythme de « Stop n Go ». Go Grégo, on va se fouetter pour aller au col des Chevaux en mettant le turbo (« et les chevaux »… non elle est nulle celle là).

Et effectivement je met la quatrième. C’est probablement mon ascension la plus rapide. Et de l’autre côté on va attaquer la descente sur Bourg Saint Pierre avec une lumière qui va devenir de plus en plus faible. J’aime beaucoup cette descente, elle est assez facile une fois le grand pierrier traversé. Et on longe une retenue d’eau que je trouve assez fascinante à ce moment de la journée, à savoir le Barrage des Toules.

nor

Après le calme, le bruit de la civilisation ou de la nature domptée par l’homme : le barrage et le tunnel pour voitures dont on entend le bruit des moteurs.

Finalement j’arrive à Bourg Saint Pierre dans les même temps que les années précédentes. Mais je me sens bien plus frais et n’ai pas l’envie d’y perdre du temps. J’ouvre mon sac de change pour prendre ma quiche lorraine, je bois encore du Rivella coupée avec de l’eau. Et hop, arrêt total de 10 minutes. On n’est pas là pour jouer à la belote même si je vois pas mal de coureurs affalés sur les tables pour une sieste. Quant à moi si je m’assied et bien je ne repars plus.

Je mets la frontale, la nuit est quasiment là. Et elle sera longue puisque je sais que je n’arriverai qu’au petit matin. Il reste deux cols : celui qui mène à la cabane de Mille et… The Mur (Lourtier / La Chaux).

Comme dit en préambule je contemple durant une minute notre voûte étoilée. Mes connaissances en terme d’astronomie se limitent à la reconnaissance de la grande casserole et d’Orion (et encore je ne suis pas certain que cela soit vraiment Orion). Là j’atteins mes limites en terme de culture astronomique. Je le reconnais, Grego On The Run est un blog culturellement limité en terme de reconnaissance de constellations.

En fait on ressent de la lassitude sur ce col. Lorsque l’on perçoit la lumière de la cabane de Mille on pense que l’on est bientôt arrivé alors que le chemin qui y parvient emprunte une corniche qui est très très longue. Je m’explique : à vol d’oiseau en fixant un treuil la cabane est presque à portée de main, or pour y accéder le chemin de corniche est très long car vous avez juste un énorme vide à contourner. Maintenant rien ne vous empêche de venir avec votre delta plane pour tirer un trait bien rectiligne : en moins de 3 minutes c’est plié. A pied… compter 1 heure au moins.

A la cabane de Mille, j’entends un traileur qui me dit « Grégo tu n’oublieras pas de remplir tes flasque cette fois à Lourtier ! ». C’est assez sympa, je me suis encore fait reconnaître. Il est de nationalité suisse. Impossible de me souvenir de son nom. Je demande aux bénévoles qui est le vainqueur de l’X-Alpine. Ils me répondent qu’ils ne connaissent que le résultat du match de foot de la coupe du monde. Et moi de répondre :  quel match ? Ah Angleterre …Danemark ?? Ne m’en voulez pas mais les capacités cognitives après presque 24 heures de courses sont assez limitées. Vous allez vous dire qu’en plus de mon inculture en astronomie je suis nul en culture footballistique. Et vous aurez raison…à l’exception de l’AS Saint-Etienne ! Et encore des années Larqué et Platini.

Bon c’est pas tout mais il faut attaquer cette descente sur Lourtier et se chauffer pour attaquer « The Mur » qui lui succède.

Dans la descente il commence à faire chaud. Alors toujours cette interrogation, je m’arrête, je m’arrête pas pour enlever mon coupe vent que j’ai mis au col de Grand Saint Bernard et jamais quitté depuis ? C’est toujours pénible de devoir s’arrêter pour se changer, cela casse le rythme et puis on n’a plus d’énergie pour le faire. Alors je préfère supporter la chaleur et l’étuve de mon Gore Tex. J’arrive à continuer à courir sur le contrebas en arrivant presque en vainqueur à Lourtier. J’ai vraiment la pêche. Et puis nous attend un risotto qui va me remonter assez vite. J’ai besoin de salé. J’en profite pour enlever mon Gore Tex. Je ne traine pas non plus. Aussi vite avalé mon plat de risotto très compacte tel une plâtrée de porridge j’attaque The Mur non sans m’être bien hydraté en Rivella et remplie une flasque entièrement. Je sais qu’il fait beaucoup moins chaud que l’année dernière.

Je vais battre mon record de l’ascension de Lourtier La Chaux et ses 1200 mètres de D+ en 2 heures pile. C’est dur mais finalement moins que dans mon souvenir…enfin le chemin de corniche après la forêt est quand même assez costaud, on pense être arrivé et finalement cette corniche à ciel ouvert est assez pentue si bien que de nombreux coureurs sont assis sur le bas côtés, il y en a même qui dorment. J’entre dans le ravito de La Chaux pour n’y rester qu’une minute, je ne suis pas là pour prendre un demi. Je ne suis jamais arrivé aussi tôt à La Chaux. Je ne quitte pas la frontale alors que d’habitude je pouvais me le permettre, l’aube était déjà là.

Je sais que je suis sur le rythme de mon meilleur chrono et que je peux assurer sur la descente sur Verbier. Yes ! Bon je vais tout faire pour éviter le drame de me prendre les pieds dans les racines d’un arbre et de se blesser si près du but !

Le chemin remonte sur la droite, c’est tout bon. J’arrive et je vais pleinement profiter de ces derniers moments de bonheur d’être bientôt finisher, qui plus est en signant mon meilleur chrono.

Done !

Nous étions 494 coureurs au départ. Il reste 270 finishers (taux d’abandon de 45%).

Je termine en 25h46 à la 82 ième position au scratch soit dans les 30% des finishers et 18% des partants.

tvsb108_0707_05h_47m_36s_tvsb_EGD_8613

Je ramène une belle troisième étoile à ma plus belle étoile. Et quant à mon fils il s’est bien accroché au maillot de finisher. Il a déjà bien compris ce qui avait de la valeur ! C’est bien mon fils, c’est bien. ;-))

IMG_20180709_182232-COLLAGE

 

10 réflexions sur “L’X-Alpine 2018 : le récit d’un coureur d’un UltraTrail en quête d’une troisième étoile

  1. Bravo Grégo !
    Je suis stupéfait de ce que tu arrives à faire avec tes lionceaux et la dette de sommeil. C’est pour moi une énième preuve de l’incroyable capacité d’adaptation du corps humain.
    J’ai bien aimé tes petites blagues tout du long du récit 🙂 d’ailleurs, je ne lis de CR de courses que sur on blog ! Et je suis jaloux je n’ai été reconnu qu’une fois 😉 (mais moi c’etait au milieu de nulle part dans la campagne flamande sur mon vélo, na 😜)

    Rémi on the shortbread de bon matin (j’anticipe la garde, faut ramener des munitions)

    PS je vais aller voir Rivella, suis toujours curieux de ces choses là

    1. Hello mon Grand, Et j’en profite pour te remercier de ton soutien durant cet Ultra. Car je lisais bien tes SMS. Pour le sommeil, je ne sais pas trop quoi dire il faut bien noter que j’avais super bien dormi ce soir là la qualité du premier cycle me semble primordiale au delà de nombre d’heure de cumul. Effectivement être reconnu en plein désert 🙂 ça c’était peu probable ! Pour Rivella il y a du lactosérum dans la boisson !! Très étranges ces suisses… Le shortbread j’adore…et j’ai ramené une recette de cookies (sugar cookies) hyper hyper addictif que je me suis boulotté à moi tout seul deux batchs ce WE ! Hallucinant, soit l’équivalent d’une plaquette de beurre à moi tout seul. Là j’ai bien récupéré.

  2. J’aime beaucoup votre blog. Un plaisir de venir flâner sur vos pages. Une belle découverte. blog très intéressant. Je reviendrai m’y poser. N’hésitez pas à visiter mon univers. Au plaisir

  3. Toujours increvable dans les longs Trails et maintenant de plus en plus connu dans la runnosphère. Bientôt la Team Grégo dans les ravitos et suivi avec avec en live avec un drone? Encore bravo pour ton récit, toujours aussi passionnant de te lire et de te suivre, malgré tes petits lionceaux de plus en plus rapide !!!

    1. …malgré mes lionceaux de plus en plus lourds tu veux dire ! Merci surtout à toi pour ton soutien toujours aussi précieux à La Fouly et également en dehors. L’équipe ? Mais on forme déjà une équipe !! Bises

  4. Richard Coffre

    Encore merci pour ce récit qui nous permet de vivre en différé le récit de tes courses.
    C’est inspirant et surtout la preuve qu’on peut vivre des choses magnifiques sans être un célèbre champion.
    Bravo à toi 😀

  5. Manu29

    Toujours aussi plaisant de te lire (que de regrets de pas m’être réinscrit cette année), un triple bravo pour ta performance, trois étoiles, impressionnant !

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s