Récit du Marathon de Chicago 2014 : en accéléré.

C’était le premier objectif de cette fin d’année avec pour ambition de battre mon meilleur temps sur marathon de 3h 33min 49s en passant sous la barre des 3h 30min.

STRATÉGIE DE COURSE

Partir à une allure de 4min 55s (soit un marathon en 3h27) et tenir coûte que coûte jusqu’à la fin en souhaitant que la baisse de régime inévitable sur le deuxième semi n’entame pas trop les 3 minutes de rab pour passer sous les 3h 30min.

Résultat ? Et bien il va falloir lire jusqu’au bout ou passer directement à la fin du récit 😉

CONTEXTE / LOGISTIQUE

Laetitia et moi-même logeons au Hard Rock Hôtel, situé à 5 minutes à pied de Grant Park qui est le lieu de départ et d’arrivée du marathon. En terme d’organisation pour le matin du marathon cela change très sensiblement de New York où l’on est contraint de se lever à 5 heures du matin pour aller prendre un bus pour Staten Island et attendre plusieurs heures, souvent dans le froid, le départ effectif. Ici il faudra moins de 30 minutes entre le moment où l’on quitte l’hôtel et le Gun de départ : les conditions sont royales !

C’est bizarre mais ce matin là je me réveille à 6 heures avec la fébrilité d’un étudiant qui va passer un examen. Je me mets la pression parce que j’ai annoncé à tous mes proches que je voulais courir en moins de 3h 30min. Zut qu’est-ce qui m’a pris? Il faut que je fasse un rappel de mail ! Evidemment il est difficile de se convaincre que cela n’a aucune importance et que mes proches se moquent royalement de mon chrono objectif. Ils l’ont même oublié pour la plupart.

L’avant veille j’ai fait une sortie de 7 bornes avec Philippe le long du Lac Michigan pour se dérouiller les pattes. On était censéss courir en endurance fondamentale. En fait cela allait un peu trop vite pour moi, mes sensations étaient moyennes, surtout comparées à lui qui avait un palpitant au plancher. Pas terrible pour le moral. La veille j’étais sorti tout seul pour me rassurer sur la même distance mais en courant à 6min 15s au kilo max qui est mon allure d’endurance fondamentale, cela allait mieux. J’avais d’ailleurs croisé les coureurs de l’écurie des kenyans qui faisaient des accélérations hallucinantes (euh non en fait ils étaient en endurance fondamentale) : superbes.

JOUR J

Réveil à 6h30 (soit une heure avant le départ) mais finalement l’adrénaline me fait sortir du lit un peu plus tôt. Philippe nous rejoint à 6h45. On va vite dans une supérette prendre quelque chose à boire avant de rejoindre la cohorte des runners se rendant à Grant Park. Ce matin j’avale en tout et pour tout deux gorgées de son café, rien d’autre !

café
Deux gorgées de café, pas plus !
755978-1007-0038s
A 15 minutes du départ.

La veille dans une chaîne de café célèbre dans le monde entier j’ai pris un cake citron et un scone : voilà à quoi s’est résumé ma pasta party (ou autrement dit ma charge glucidique pour le marathon). J’ai la trouille d’avoir des problèmes digestifs donc je ne bois rien d’autre et ne mangerai rien jusqu’au départ. A New York l’année dernière je n’avais rien mangé la veille au soir, et cela ne m’avait pas trop mal réussi. J’ai besoin d’avoir le ventre vide, de me sentir léger.

A l’entrée du sas Philippe me quitte pour aller aux toilettes. Même pas le temps de lui dire bonne chance, le trouillomètre est à son niveau maximal si bien qu’il nous fait oublier les règles élémentaires de la bienséance.

Et très vite le départ est donné : 7H30

Et c’est parti pour ce grand événement que je prépare depuis plus de 4 mois et qu’il faudra finir le plus vite possible.

DÉPART

C’est toujours le même scénario. Je cours au sein du pack de coureurs et je n’ai pas de très bonnes sensations. Je suis un peu essoufflé, je n’arrive pas à trouver une bonne foulée. Le parcours qui emprunte le centre ville de Chicago est assez sinueux. Philippe, parti derrière moi, me dépasse à allure rapide au troisième kilomètre. Je trouve que la cohorte avec qui je cours est partie à une allure rapide. Je vois des personnes qui n’ont pas vraiment la corpulence de coureurs de fonds (OK il ne faut jamais se fier aux apparences). Ils sont partis à mon allure de 4min 55s au kilo et là je dis chapeau…ou en tous cas je ne comprends pas. Sont ils conscients qu’ils sont partis comme des balles ? Les reverrais je encore au kilomètre 40 avec moi ? Réponse : non…

Il est temps que je prenne mon morceau de sucre blanc qui est le seul éléments comestible que j’ai pris avec moi dans mon cuissard.

Pointage au Km 5 : allure de la portion courue en 4min 43s / km (soit une allure plus rapide de 10 secondes par rapport à mon objectif de 4min 55s au km).

Juste après le kilomètre 5 j’ai rendez vous avec mon épouse sur le trottoir de droite.

après le km 5
Rendez vous au kilomètre 6

Je continue mon bonhomme de chemin. Les sensations sont meilleures. J’ai les yeux rivés sur ma montre Polar RCX5 aimablement prêtée par mon accessoiriste de course à pied parisien. J’utilise le mode qui permet de calculer son retard ou avance par rapport à un objectif de temps. Et quand je le checke il m’indique un léger retard de quelques secondes. Cela ne me mets pas trop en confiance.

UN RITUEL BIEN RODE POUR LES RAVITOS

J’ai prévu la stratégie suivante pour les ravitaillements. Je prends systématiquement le verre de la boisson énergétique officielle. J’en prends une gorgée que je garde dans la bouche comme pour un bain de bouche, et je recrache tout, comme un lama. Il en reste toujours quelque chose autour des muqueuses que l’on avale (soit l’équivalent peut être d’une demi, d’un quart de gorgée). Puis je prends le gobelet d’eau clair que j’utilise pour m’asperger. Je ferai cela à TOUS les ravitos et sur ce marathon il y en a au moins tous les 2 kilomètres.

Pointage au Km 10 : 47min 46s

=> allure de la dernière portion de 5 kms courue en 4min 50s / km (soit une allure plus rapide de 5 secondes par rapport à mon objectif de 4min 55s au km)

J’ai un peu d’avance sur mon objectif si bien qu’il faudrait que je me freine un peu. L’ambiance est juste incroyable. Je continue mon rituel de systématiquement prendre une gorgée de la boisson sucrée du ravito, faire mon lavage de bouche et de recracher le tout. Je prends également le verre d’eau et je m’en asperge la tête.

Pointage au Km 15 : 1h 11min 56s

=> allure de la dernière portion de 5 kms courue en 4min 50s / km (soit une allure plus rapide de 5 secondes par rapport à mon objectif de 4min 55s au km)

J’ai rendez-vous avec mon épouse dans Old Town qui est le quartier que nous avons traversé la veille. Ce quartier a un petit côté rétro à la Williamsburg (Brooklyn) qui est très plaisant.

Le parcours retourne dans le centre ville de Chicago. Et là je ressens un léger coup de « moins bien ». Je prends peur : « le début de la défaillance déjà ? ! ». Les impressions de lourdeur, la sensation de « devoir déjà piocher dans ses réserves pour avancer » qui apparaissent habituellement chez moi lors du deuxième semi pourraient elles survenir maintenant ? Le chrono ne ment pas puisque cette portion du km 15 au km 20 sera celle qui sera courue le plus lentement à 4min 58s le km. Je mets cela sur le compte d’un apport de calories inadapté. Mon corps me réclame du glucose. Au ravito suivant sont proposées des barres de « carrés gélatineux », j’en prends une que je glisse sous ma langue. Et quelques minutes plus tard comme par magie j’arrive à me remettre en selle.

C’est déjà le semi !!

Pointage au semi : 1h 42min 05s (semi couru à une allure de 4min 50s pile)

J’aurais dû effectuer le passage en 1h 43min 43s j’ai donc plus de 1min 30s d’avance sur mon objectif marathon en 3h27. C’est plutôt pas mal même pour des sensations plutôt moyennes. Nous passons sur Jackson Boulevard qui est le tout début de la mythique Route 66 où j’ai brunché la veille en avalant une assiette de Pancakes et un skillet d’omelette dans le fameux diners Lou Mitchell’s.Certes ce n’était pas très bon (plutôt mauvais étouffe chrétien) mais c’est l’endroit mythique où l’on doit s’arrêter le matin pour se charger en comfort foods pour tous ceux qui s’engagent sur la grande traversé des Etats Unis de l’Illinois à la Californie via la Route 66.

Pointage au Km 25 : 2h 01min 21s

=> allure de la dernière portion de 5 kms courue en 4min 55s / km (soit une allure en ligne avec mon objectif de 4min 55s au km)

Le soleil est radieux. L’ambiance le long de la route est juste amazing, les encouragements de la foule sont présents tout au long du parcours mais je ne la vois pas, je ne les reçois pas. En fait je suis dans ma bulle. Et vont me revenir en tête deux ritournelles, très régulièrement. Deux leitmotivs qui vont me porter jusqu’à la fin.

Le premier leitmotiv est la dernière phrase du mail que m’a envoyé mon frère la veille à savoir :  « JE LE SENS BIEN !!! »

Le deuxième leitmotiv est ce que m’a dit Philippe deux jours auparavant après la remise des dossards à savoir :  » en courant il ne faut penser qu’à sa foulée, à mettre un pas devant l’autre, et ne pas se projeter au-delà des trois prochaines secondes, c’est tout ! ». Cela va m’accompagner sur tous les kilomètres restants. Je suis focalisé sur mes sensations. Cela va de mieux en mieux. Et effectivement il se passe quelque chose que je n’avais jamais ressenti sur aucun de mes précédents marathons que j’ai toujours terminés dans l’agonie. A Chicago je vais ressentir un sentiment d’euphorie inédit.

Pointage au Km 30 : 2h 25min 40s

=> allure de la dernière portion de 5 kms courue en 4min 51s / km (soit une allure supérieure à l’objectif de 4min 55s au km)

Les kilomètres passent. Je me mets à dépasser désormais pas mal de coureurs. Le kilomètre 30 est passé sans aucun problème. Aucune douleur articulaire, pas de sensation de lourdeur. Au contraire je prends même plaisir à me relancer, à me sentir bien en accélérant… Franchement je ne comprends pas bien.

Et toujours la ritournelle fraternelle de Fab. « JE LE SENS BIEN ». Mais oui, moi aussi je le sens bien !!!

756049-1067-0011s

Pointage au Km 35 : 2h 49min 17s

=> allure de la dernière portion de 5 kms courue en 4min 43s / km (soit une allure supérieure de 10 secondes à l’objectif de 4min 55s au km)

J’ai un dernier rendez-vous avec ma femme après le 36ième km. Le parcours emprunte des quartiers résidentiels en pleine nature. C’est assez vert. Et j’ai une pêche incroyable. Cette portion du 35 au 40ième km sera celle que je courrai le plus rapidement de tout le marathon (proche de 4min 40s au kilo) !

756051-1042-0019s
Il semblerait qu’il y ait un chinatown à Chicago et bien je n’en ai aucun souvenir.

Et c’est le retour vers la finish line de Grant Park en empruntant Michigan Avenue. Là je sens que…cela sent bon. Plus rien ne peut m’arriver, même une défaillance me poussant à ralentir à 5min le km ne pourra m’empêcher d’être sous les 3h30min. De toutes façons « JE LE SENS BIEN », je le sens toujours AUSSI BIEN.

Pointage au Km 40 : 3h 12min 40s

=> allure de la dernière portion de 5 kms courue en 4min 41s / km (soit une allure supérieure de 13 secondes à l’objectif de 4min 55s au km)

On n’est plus très loin. J’ai l’impression de pouvoir me relancer encore et encore. Il reste 1km, 500 mètres, et là grand virage à 90 degrés à droite et stupéfaction ! Un mur se dresse devant nous ! Une pente d’au moins 5% sur environ 50 ou 100 mètres. Là je suis scotché. Si près du but, l’obstacle le plus difficile du marathon. Et bien là on va piocher, je me fais doubler par des coureurs dont l’élan n’a pas été coupé. Puis enfin virage à 90 degrés à gauche nous permettant d’apercevoir l’arche d’arrivée. Il reste 100 / 200 mètres à peine. J’ai quand même été bien entamé par le mur. Il me reste du jus pour terminer, pas en sprintant aussi vite que je le pensais. Peu importe, profitons de l’instant présent.

LA FINISH LINE APRES 3h 22min 55s

Et c’est fini en 3H 22min 55s (allure de 4min 49s au kilo) soit plus de 10 minutes de mieux que mon précédent record établi à NY. Et cerise sur le gâteau, c’est la première fois que je termine un marathon en negative split (deuxième semi couru en 1h 40min 50s soit 1 minute 15 secondes de mieux que la première moitié).756078-1438-0001s

Et c’est toujours une grande et vive émotion de franchir la ligne d’arrivée d’un marathon. Il y a un côté très exaltant. Me reviennent en tête les nombreuses sorties et séances d’entrainement, cela défile à toute allure en un flash. Tous ces moments où l’on se fouette pour aller s’entraîner courir au petit matin à 5h45, à midi quand il pleut, le soir quand on voudrait rester tranquillement chez soi à lézarder sur un canapé…On pense aussi aux moments de découragement après les sorties longues (« Je suis claqué…après avoir couru 30 bornes à 6min 15s au kilo, comment vais je faire le jour du marathon pour le courir en 4min 55s ? Pfuiiii !!! »).

Non non ce n’est pas vrai cette histoire de flash où tout vous revient en mémoire au moment de franchir la ligne d’arrivée. C’est pipeau. Cela ne marche que dans les films.

Non ce qui se passe réellement c’est une vague d’émotion qui vous envahit. Et je pense à mon frère (qui le sentait bien !) à mon père également qui m’a toujours dit que le marathon était l’épreuve reine de la course à pied (et qu’il n’aimait pas mon costume de clown quand je cours) et que l’on ressentait toujours un soulagement extraordinaire une fois la ligne franchie.

Alors moi, après cette finish line, j’ai envie de pleurer tout simplement.

756069-1015-0036s

QUELQUES ÉLÉMENTS DE REFLEXION (TRES PROFONDS) EN BREF PÊLE-MÊLE

1/ Le positive split est la norme dans un marathon. Cette année sur le marathon de Chicago 85% des coureurs ont confirmé la règle du « deuxième semi couru plus lentement que le premier »‘.

Tableau accélération Chicago
exemple : la tranche du 15ième au 20ième km a été couru à 4min58 (sous l’allure cible)

2/ Pour moi les conditions climatiques étaient idéales : un froid sec (moins de 15 degrés et ciel azur). D’ailleurs il semblerait que plus il fait chaud, plus la proportion de positive split est importante. L’année dernière sur le marathon de Londres avec une température supérieure à 20 degrés le pourcentage de positive split était de 95%.

3/ Rester trop concentré sur sa course empêche de profiter du public. J’aurais pu courir avec un casque et des œillères cela aurait été la même chose.

4/ L’étude scientifique qui démontre que l’on peut tromper le cerveau sur l’apport en sucre en se rinçant la bouche avec un breuvage sucré (sans l’avaler) semble fonctionner. En tous cas c’est la lecture de cet article qui m’a poussé à adopter cette tactique sur Chicago.

5/ Mes chaussures Under Armour Speed Form de moins de 200 grammes m’ont très certainement été d’une aide très précieuse. J’avais la crainte d’adopter des chaussures aussi légères et pratiquement sans amorti sur une distance si élevée. C’était juste nickel. Ces chaussures (mises avec succès sur Paris Versailles et le Semi marathon de Lyon une semaine avant), je les adore et ne les quitte plus.

6/ Ce marathon a été couru à une allure de 4min 49s au km. Sur les 4 derniers mois j’ai couru une dizaine de séances de 50 minutes à cette allure. Toutes les autres séances ont été courues à des allures inférieures à 5min 50s le km avec une moyenne située à 6min 10s le km (pour un peu plus de 70% des kms courus). Une seule séance de résistance ou fractionnés (allure > 4min 40s / km) par semaine avec arrêt total en S-3.

7/ Ma moyenne de kms courus par semaine depuis mi-juillet s’est établie à 70 kms (dont deux semaines consécutives supérieures à 100kms en S-3 et S-4).

20 réflexions sur “Récit du Marathon de Chicago 2014 : en accéléré.

    1. Seule l’avenir dira si ce protocole d’entraînement est robuste. Peut-être que sur cet événement spécifique les conditions étaient si exceptionnelles (température, ambiance) qu’elles expliquent la performance et le neg split (plus que le fait de s’être entraîné en LSD). On verra bien…

  1. Bravo Grégo. C’est un chouette récit.
    J’aime bien la conclusion.
    Les points technique aussi (chaussures légères, et il me semble que tu as fait plus de volume que pour tes précédents marathons ?)

    1. Merci. Effectivement 70 kms de moyenne par semaine et 3 ou 4 grosses sorties longues (3H00 minimum). J’ai même fait des journées avec entraînement bi-quotidien (une petite dizaine). Cela dit lors de la première grosse semaine de charge (plus de 100 bornes), mon corps a assez mal encaissé, baisse des défenses immunitaires dont le symptôme a été une crise d’herpès. A noter que sur les 10 dernières années je n’avais fait que deux crises d’herpès survenues systématiquement 3 jours après avoir couru un marathon (Londres et NY).

      1. C’est donc la prépa où tu as fait le plus gros volume ?
        70 de moyenne c’est pas mal pour quelqu’un qui a une vraie vie à coté 😉
        J’aime assez le cap des 100km. C’est un presque un petit défi personnel que j’essaye de caser pour les gros objectif. ça m’est arrivé 3 fois.
        Il faut que des conditions soient réunies (dispo perso, famille, opportunités nouvelles de sortir), borner dès le début de semaine (pour ne pas devoir faire 35km de SL le dimanche…) et s’écouter la semaine suivante pour digérer et en retirer des bénéfices! (gros coup de pompe la première fois…)

        ça mériterait presque un article sur le blog.

  2. Sylvain

    Bravo Grégo, pour le récit et ta très belle performance pour ce marathon!! 10 min après ton arrivée j’ai acheté le livre des frères Hanson pour le Marathon.

    1. C’est la bonne méthode avec celle du 80/20 de Matt Fitzgerald. Avec ces 2 bouquins on a 95% de ce que l’on doit connaître et appliquer pour optimiser son entraînement : tout le reste peut être ignoré ou jeté aux oubliettes.

  3. bblmr

    Super !
    Je le sens bien pour les 3h15…
    Petite question : à quoi bon « duper » ton organisme sur l’apport en sucre ? Ingérer réellement ces gorgées aurait été trop lourd à digérer ?

      1. bblmr

        C’était… dur !
        Ca monte et ça descend tout le long et pourtant pas énormément de dénivelé (120 à 150m de D+ je dirais). Mais alors que le semi de Lyon, je l’avais passé tranquillement à l’allure désirée pour le Marathon, lors du marathon, le premier semi a été plus difficile.
        Au 25ème je commençais à me poser des questions. Ma montre à qui j’avais indiqué des bornes d’allure commençait à me rappeler à l’odre de plus en plus souvent.
        « Accélérez ». Après plusieurs insultes internes envers cette faignasse qui elle n’a pas besoin d’accélérer puisque c’est moi qui la fait avancer, je me décide à la faire taire. J’abandonne mon objectif de 4h. Pas moyen !
        Au 28ème je me fixais comme objectif de tenir jusqu’au 30ème : « Après il n’en reste que 12… ».
        Au 30ème les questions concernant un éventuel abandon devenaient plus présentes (à chaque fois qu’un de mes pieds touchait le sol grossièrement…).
        « Débranche ton cerveau. Regarde le paysage. Sympa le lac avec la smoke on the watter dont parlait Deep Purple. Je n’en peux plus… »
        Je survivais en me fixant comme objectif de ne pas m’arrêter de courir jusqu’au prochain ravito. 31, 32, 33…
        34ème : « allez plus qu’un peu plus que 6km pour être au 40ème et après… il n’en restera plus que 2 et des poussières. Au pire je finis en marchant.
        37ème (« plus que 7 et… »)… km 37,200 (« cette fois plus que 7 »).
        Ce doit être à ce moment que le donneur d’allure des 4h m’a dépassé. Je m’étais pourtant promis de finir devant lui : il arborait un T-Shirt vert et en tant que lyonnais…
        38ème (« plus que 4 et des pouss… »)… km 38,200 (« allez moins de 4 »).
        Je me fais un petit check-up pour me changer les idées. « Qu’est-ce qui pioche le plus ? J’ai mal au jambes, j’ai mal aux genous, j’ai une petite ampoule, je n’ai plus de forces (je me traîne et pourtant ma FC est presque au taquet). C’est quoi le pire ?. Ca pourrait être pire non (…) ? ».
        Beaucoup de personnes marchent. J’en suis très étonné.
        « Et si je marchais un peu ? ça ne serait pas une honte… non : en courant je serai plus vite arrivé. »
        « Et si j’essayais de ralentir un peu ? » je n’y arrive pas, pas que j’aille vite, mais pas moyen de courir à 7 ou 8 min au kilo. Je reste entre 6:30 et… 6:30 (loin de mon objectif somme toute).
        Allez plus que 2km. « plus que… c’est ça $%§#!& ! ».
        Dernier km. « A quoi bon d’essayer d’accélérer, m’en fous si je fais 4h30… au moins j’aurai fini ! ».
        Légère pente pour les derniers 500m. Un spectateur nous annonce l’arrivée à 200m. Je l’insulte intérieurement et bougonne gentiment que c’est plutôt 500m… Mes jambes accélèrent. Pourquoi ? Je n’en sais rien, mais je les laisse faire : je serai plus vite à l’arrivée. Je passe une première arche, puis une deuxième (pourquoi tant de haine, pourquoi tant de arches), une troisième. La quatrième est la bonne.
        J’ai fini mon premier marathon. 4h06 et 57 secondes. L’objectif des 4h n’est pas atteint, mais je suis vraiment content. Je l’ai fait… et j’ai mal aux jambes !

        Pour résumer, je suis très heureux, et je pense que le prochain, qui sera plus plat et pour lequel j’aurai plus d’expérience, me permettra de passer sous les 4h.
        Et si ce n’est pas le cas, ce sera le suivant !

  4. Eh bien voici le récit en miroir inversé du mien .. si nous n’étions pas amis je serais vraiment jaloux de ta perf, moi qui t’ai bassiné pour partir avec moi en 4:30 au kilo … et me sus fait mettre 10 minutes dans la vue au final alors que pendant l’échauffement (qui t’a refroidi si j’ose dire :-)) je me sentais si bien. M

    1. Tu n’as pas à être déçu par ta performance. L’important est d’avoir fait le maximum et d’être allé au bout. La performance en tant que telle le jour J est soumise à de nombreuses variables aléatoires sur lesquelles on n’a aucune prise. On aurait couru la veille, nos performances auraient peut être été inversées ou très différentes. Je crois qu’il faut remettre les choses à leur place : il est difficile d’assurer quoi que ce soit, d’être sûr d’avoir le contrôle sur tout. Laissons nous porter par l’aléa, acceptons le. Mais bon OK, facile pour moi de dire cela alors que la tartine est tombée du bon côté…

      1. Toi je sens que tu as lu quelques livres de Nassim Taleb 🙂 Je suis tout à fait d’accord avec toi, en plus les écarts de performance que nous recherchons sont sans doute marginaux. Quand j’ai les boules de faire 1:31 au lieu de 1:29, c' »est 2 minutes sur 90, un peu plus de 2%. C’est que dalle, par rapport à l’écart entre le champion qui tourne en 1 heure et le dernier qui va en mettre 3. Carpe diem 🙂

  5. (suite) il y a beaucoup de leçons intéressantes dans ton récit :
    – L’inutilité de la pasta party et du carbo loading à tout crin (en tout cas à notre niveau)
    – L’inutilité de pychoter sur les ravitos
    – Le fait qu’on peut faire un marathon avec des pompes ultra-lègères (donc ce ne sont pas mes chaussures la raison de mes problèmes)
    – Le fait que c’est possible de faire un négative split et de faire une course dans « la zone » en se sentant parfaitement bien sur la deuxième moitié du parcours.
    Et ça c’est précieux à garder en tête, pour toi (maintenant que tu as eu ce vécu, tu sais que c’est possible et tu vas donc pouvoir essayer de le reproduire) et pour moi et les autres lecteurs également.
    La question qui reste (pour moi qui n’ai pas utilisé la méthode Hanson) c’est l’utilité des tempo run : je n’en ai fait aucun, mon entraineur m’a dit que c’était inutile donc je n’ai jamais fait de sorties à 4:30 … et intuitivement je me dis quand même que le meilleure moyen d’habituer l’organisme à un effort / geste, c’est de le répéter encore et encore à l’entrainement dans les conditions les plus proches possibles de la compétition. En tous cas, pour toi ça a fonctionné.
    J’oublie l’essentiel : bravo pour la perf et pour l’analyse superdocumentée comme d’ab.
    A+

    1. Mes 2 marathons, je les ai couru avec des Mizuno Levitas (180g en 46…) donc on peut effectivement voyager léger. Mais plus que le poids, je pense que c’est surtout une histoire de feeling. Il faut trouver le bond « rebond » qui nous correspond, la bonne largeur de chaussure.
      Et après il faut surtout y croire. Etre persuadé que son choix est je bon (surtout que j’ai la chance d’avoir pas mal de choix…)

      Le tempo run, c’est par contre moins clair. C’est de l’as42, as21, du seuil en américain…(allure tenable 1h à fond) ?
      Cette dernière est pour moi la bonne réponse.

      Mais je pense qu’il faut quand même un peu réviser son allure spécifique pour la mémoriser. Indépendamment du tempo run que j’essaye de délaisser au profit de l’as10 (mais c’est peut-être la même chose !)
      Que dit la « littérature » ?

      1. Je ne sais pas ce que signifient l’AS10 ou AS42. J’ai effectué des séances que je qualifierais de spécifiques (à allure cible) en tout début de programme jusqu’à, de mémoire, trois semaines avant. Ces séances étaient surtout « rabats joies » dans la mesure où je n’étais pas dans un super état à la fin de celles-ci. Je me disais qu’il était impossible de tenir plus de 3 heures des séances.
        Concernant les chaussures OK pour tout ce que tu as dit !

  6. Ping : Bilan 2014 : ma plus belle année … je ne demande pas mieux pour 2015. | Grégo On The Run

  7. Ping : Marathon de Berlin 2015 : le récit | Grégo On The Run

  8. Ping : Marathon de Berlin 2016 : le point d’ici dimanche prochain. – Grégo On The Run

  9. Ping : Récit : Marathon de Berlin 2016 – Grégo On The Run

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s