Après 6 semaines d’arrêt … « Et main-te-nant que vais-je fai-re ? »

… et bien c’est assez simple je vais essayer demain de recourir tout « DOU-CE-MENT » comme le dirait Gilbert.

Flashback il y a 6 semaines.

LIEU DU DRAME :

Lodge de Boulders à Wolwedans, Namibie, le jeudi 20 mars 2014, 17 heures 30.

Nous avons fait une longue visite d’une journée dans la Land Rover du guide, et nous voilà de retour au lodge. Le couple d’américain semble exténué et n’aspire qu’à se reposer sur un sofa. Quant à moi je suis tel un lion en cage. Depuis le samedi de mon arrivée j’ai fait une sortie de trail tous les jours. Ces sorties consistent à monter des petites collines ou des dunes de sables (comme à Sossusvlei, en plein parc national du désert du Namib). Ces sorties n’ont rien de très dangereuses si on fait très attention aux descentes. En effet, les pentes sont très abruptes et il est impératif d’assurer ses appuis. Sillonner en Namibie en montant une colline ou une dune ressemble plus à du trecking qu’à du trail. Ici il n’y a aucun sentier, on trouve son chemin comme on peut et on n’arrive jamais à redescendre sur le même tracé. Cela dit il n’y a pas beaucoup d’arbres, aucune forêt, impossible de vraiment se perdre.

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Jusqu’à mon arrivée dans ce lodge je menais ma vie comme je l’entendais, j’étais seul. Je partais un peu à l’aventure, choisissais une colline et hop je partais avec mon appareil reflex à la main ainsi qu’un smartphone, utile non pas pour téléphoner (pas de réseau) mais pour utiliser la fonction vidéo. Je n’avais jusqu’alors jamais prévenu qui que ce soit de mon point de chute (c’est le cas de le dire…ah ah ah). Mais aujourd’hui à Wolwedans c’est un peu différent, je me sens dans le devoir d’informer le personnel du lodge que je vais gravir cette colline, de les rassurer sur le fait que j’ai une lampe frontale (celle que j’utilise pour la Saintélyon) et que je suis susceptible de la mettre en mode flash si jamais je me cassais une jambe. Je fais même une démonstration avec ma frontale sur la tête (telle l’hôtesse de l’aire donnant ses consignes de sécurité au début du vol) devant un personnel namibien médusé ! Au fond de moi je trouve que j’en fais peut-être un peu trop. Je me trouve à la limite du ridicule à prendre toutes ces précautions comme si j’allais gravir l’Anapurna.

DÉPART VERS L’INCONNU

Prêt à partir pour l'accident
Prêt à partir pour l’accident

C’est parti en direction de la colline qui se trouve…et bien finalement beaucoup plus loin que je ne pensais de prime abord. En fait plus j’avance, plus la colline recule. J’aurais parié que le début de la pente se trouvait à quelques centaines de mètres. En fait je me rends compte à force d’avancer qu’il doit y avoir au moins 3 bornes. C’est très bizarre comme dans ce lieu, ce paysage non familier, on éprouve énormément de difficulté à apprécier les distances convenablement. J’ai eu également cette illusion dans le désert du Namib deux jours auparavant. J’avais choisi ma dune à grimper. J’avais estimé à 10 – 15 minutes le temps nécessaire pour joindre sa base en quittant la piste à pied, et finalement je mis 45 minutes. Ici on est sujet non pas aux mirages mais aux illusions d’optique.

Aujourd’hui sur les contreforts du Namib le paysage est rocailleux, je grimpe sans trop me retourner, mon objectif est d’arriver au sommet pour le coucher du soleil.

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Arrivé au sommet j’ai le temps de contempler un panorama à 360 degrés. Je reste là plusieurs dizaines de minutes. Je prends une petite vidéo sur laquelle avec ironie, comme si j’étais en direct, je m’adresse à la caméra en indiquant qu’il ne faut pas s’inquiéter pour moi pour le chemin du retour.

ET PUIS VIENT LE DRAME 😉

Je me décide à revenir sur mes pas. Le soleil a disparu, la clarté est entre chien et loup. J’essaie tant bien que mal à me frayer un chemin entre les énormes roches que j’escalade parfois en rebroussant chemin, parfois il y a même des crevasses entre les boulders (noms donnés aux énormes rochers qui jonchent la pente). J’ai toujours mon appareil reflex en main, je me demande bien pourquoi ? Mais j’ai la flemme de m’arrêter pour le ranger dans mon sac à dos de trail et de lui substituer la lampe frontale qui s’y trouve toujours bien rangée au fond. Je commence à ne quasiment plus rien voir mais je me sens tellement bien, je ne veux pas interrompre ma petite allure de sénateur. Je suis bien en jambe, sautillant comme un oryx et je me dis que dans 30 secondes il faudra bien s’arrêter pour prendre la frontale… « allez encore quelques pas et je m’arrête pour de bon » me lance une petite voix. « Ce serait quand même dommage de se blesser parce que tu ne vois rien » me susurre une autre… D’accord d’accord je vais bientôt m’arrêter c’est sûr.

Et puis je prend un très mauvais appui en sautant sur un rocher, une douleur aiguë me foudroie sur place, je m’étale en faisant attention de ne pas lâcher l’appareil photo encore en main. C’est la catastrophe. Je me rassois quelques secondes. Je sais que je me suis fait une blessure très sérieuse. Je viens de me fouler la cheville en sautant sur un rocher et je me suis réceptionné de tout mon poids sur l’extérieur du pied droit, toute ma masse multipliée par au moins deux (à cause de l’accélération) sur le cinquième métatarse. Je dois me rendre à l’évidence, je viens de me fracturer le pied et il faudra au moins deux mois pour m’en remettre, c’est le tarif…ma vraie inquiétude c’est ma cheville. Est-ce que les tendons ont des séquelles ? Cela serait autrement plus sérieux.

Bon et bien maintenant je peux prendre mon temps pour ouvrir mon sac à dos, ranger mon appareil photo et prendre la frontale. Je n’ai pas trop le temps de traîner, est-ce que je vais pouvoir remettre le pied par terre?

LA DESCENTE EN FRONTALE

Il fait nuit noire. J’aperçois les lumières du lodge tout là bas en contre bas. J’arrive à poser néanmoins le pied droit par terre malgré la douleur, en revanche je ne peux pas m’y appuyer avec tout le poids de mon corps. Je me dis, et la suite me donnera raison, que la douleur sera probablement très aiguë dans quelques heures à froid. Pour l’instant je peux descendre même si je ne vois pas au-delà de ce que peut éclairer la lampe. Mais surprise ! Je vois tout là bas au loin les phares de la Land Rover venir dans ma direction. Ils sont trop forts ! Le personnel de Boulders a identifié la lumière projetée de la frontal et a pris la décision de venir à ma rencontre même si je ne l’ai pas activée en mode « emergency ». Ouf, cela m’épargnera les 3 kilomètres de plat me restant à effectuer jusqu’au lodge… dont d’ailleurs je n’aperçois plus du tout les lumières. Je continue à descendre très laborieusement, j’ai parfois besoin d’être à quatre pattes pour passer entre les énormes rochers, rebrousser chemin en escaladant car je ne peux pas continuer tout droit, et si je dévisse les oiseaux de proies seront les premiers à me retrouver au petit matin.

Et zut j’ai perdu le contact visuel avec les phares de la Land Rover. J’éteins ma frontale et je ne vois plus rien du tout, ou plutôt si ! Je lève les yeux et je contemple une voûte étoilée absolument magnifique, la Namibie est l’un de ses seuls endroits où l’on peut si distinctement voir la traînée de la voie lactée. Je dois être comme dans un goulot d’étranglement ou un couloir car les étoiles brillent de tout leur feux juste au dessus du flanc de la colline sur ma droite et ma gauche. A un moment j’ai l’impression sur la crête située à ma droite d’apercevoir le scintillement d’une lampe torche, or il s’agit en fait d’une étoile dont la lumière affleure. Je ne dois pas traîner et rallumer ma frontale pour continuer à descendre en réduisant mon propre univers à la seule portée de ma lampe, soit quelques dizaines de mètres.

Enfin j’arrive sur le plat et localise la Land Rover dont les phares sont allumés, celle-ci n’a pas l’autorisation de quitter les traces de la piste pour préserver l’environnement de la Réserve qui est privée. Je ne boîte pas encore même si j’ai bien conscience que je vais probablement chanter toute la nuit. Frances – le nom du boss du lodge Boulders – m’accueille, tout sourire aux lèvres.

« Dès que nous avons vu la lumière de ta frontale, on a décidé de venir à ta rencontre ».

« Comme vous avez bien fait !…si tu savais ».

 

PARIS 17ième, CLINIQUE NOLLET : une semaine après

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La radio confirme la fracture sans déplacement. La spécialiste me demande de mettre une atèle par précaution et de prendre des cannes pour au moins 10 jours d’ici la radio de contrôle. Les tendons n’ont rien.

 

La couleur des canes est assortie aux chaussures mais cela n'est que fortuit !
La couleur des cannes est assortie aux chaussures mais cela n’est que fortuit !

Le tarif : 6 semaines d’arrêt complet de la course à pied.

Aujourd’hui je suis arrivé au terme après une fonte musculaire impressionnante, j’ai perdu près de 4 kgs. Ma composition corporelle n’a pas bougé.

Et maintenant que vais-je faire?

Et bien repartir courir … au moins réapprendre, en repartant de rien.

11 réflexions sur “Après 6 semaines d’arrêt … « Et main-te-nant que vais-je fai-re ? »

  1. Sylvain

    Ah ben c’est malin de partir imiter les cabris dans les nuits sombres de la Namibie avec . J’espère que tu vas vite revenir a ton poids de forme et courir comme avant. Très belles photos, ça donne envie d’y aller, mais j’attends les vidéos dont tu nous parles 😉

    1. Pour les vidéos j’ai la pudeur de ne pas les mettre en mode public, c’est trop pathétique. Je te fais un lien perso… et en plus avec d’autres photos.

  2. De superbes paysages que tu nous proposes là !!
    La prochaine fois, il faudra installer un « flash-torche » sur ton appareil photo, si tu décides de conserver ton appareil à la main…
    😉

  3. Ping : C’est la rentrée ! Où suis-je où courge ! | Grégo On The Run

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