Marathon de New York 2013 : le récit (part 2)

Et voici la fin du témoignage de mon marathon de New York

Vous avez peut être manqué le Récit part 1.

Nous sommes en plein cœur de Brooklyn, les rayons du soleil ont enfin fait leur apparition, il fait presque chaud maintenant…on regretterait presque le froid de Staten Island.

Km 15 (passage en 1h 12min 22s, avance de 2min 38s sur un timing marathon en 3h 30min)

Encore cette avance de deux minutes, je dois freiner mon allure et essayer de prendre mon temps pour arriver à la cible de 1h45 au semi…et non en dessous. Il faut impérativement en avoir sous le pied durant les 20 premiers kms, le marathon commence réellement au deuxième semi et manifestement je ne m’économise pas encore suffisamment. Je sais que le deuxième semi sera couru plus lentement et que les 3h30 sont inaccessibles, mon objectif sera de limiter la baisse d’allure inévitable que je ressentirai à partir du 25ième km (et donc l’impact de l’effet positive split).

Je prends déjà un gel du “pack marathon » que mon frère m’avait offert l’année dernière, que j’ai rebaptisé le « Fab marathon Pack », et cela fait du bien. Mais je m’aperçois un peu tard qu’il s’agit d’un gel “coup de fouet” prévu pour les deux dernier kms de l’épreuve. Peu importe, c’est du glucose et mon corps n’a que faire du timing dicté par l’équipe marketing de cette marque.

Nous avançons dans le quartier sud de Williamsburg : un quartier ou tout d’un coup l’ambiance baisse de trois crans. C’est le quartier juif de Brooklyn, il n’y a plus de public. En revanche des hommes habillés en noir avec barbe et chapeau nous regardent de manière impassible ou nous ignorent. J’ai l’impression de déranger. Cela dit le calme du quartier me fait du bien après le brouhaha d’enfer des premiers kilomètres.

J’ai cependant un petit souci qui me taraude l’esprit depuis quelques kms … j’ai envie d’aller aux toilettes. Et oui, le coureur de fonds entretient avec son système digestif une relation que je qualifierais de compliquée. Et non ! Les récits d’un marathon ne ressemble en rien à l’atmosphère idyllique des « romans arlequin », je ne vous épargnerai rien 🙂 Donc j’aperçois sur ma gauche des toilettes à l’attention des coureurs, je me souviens parfaitement de l’endroit car il y a deux ans il y avait une file d’attente monstrueuse. Et là il n’y a personne, la belle affaire ! Go, je décide de me précipiter pour m’arrêter. Sauf que je me retrouve dans les WC et que … je n’ai plus envie. Et là je visualise dans ma tête un chronomètre qui décompte le temps que je suis en train de perdre à être immobile dans les toilettes du marathon de NY pour … rien. Je ressors vite, dépité, et rejoins un flot de coureur qui n’est plus le mien. Il faut surtout résister à la tentation de piquer un sprint pour rattraper le temps perdu, grosse bêtise à ne pas faire car je le paierais au centuple 15 kms plus tard. Allez ce n’est pas grave de toute manière il fallait que je freine le rythme, je l’ai fait en m’arrêtant.

Et à propos de brouhaha on nous ressert le couvert de manière tonitruante juste quelques kilomètres plus loin sur Bedford Avenue, en plein cœur du quartier devenu super branché de Williamsburg. J’adore ce quartier pour y aller en pèlerinage systématiquement chaque fois que je vais à NY. Le public est en masse. Il crie. C’est assez fort. Mais bientôt nous quittons Brooklyn pour le borough du Queens.

QUEENS :

Deuxième obstacle : le pont Pulaski rejoignant Brooklyn au Queens ressemble à une rampe courte mais très pentue. Je prends mon temps car je sais que sur ce pont il y aura la marque du semi-marathon, je regarde mon chrono, j’ai encore de la marge malgré la pause toilette qui n’a servi à rien, pour atteindre la cible des 1h 45min. Je prends mon temps, tranquille, pour cette ascension du tablier du pont Pulaski.

Passage au semi en 1h 44min 11s (39 secondes d’avance sur un timing marathon en 3h30)

Je suis surpris par l’ambiance dans le Queens alors que j’en avais gardé un souvenir mitigé en 2011. Beaucoup de monde sur les trottoirs, beaucoup plus que dans mon souvenir. En fait je ne suis pas avec le public, je suis inquiet, je sens approcher la « bête en métal ». Je la vois au loin, menaçante et laide. On fait des circonvolutions dans le Queens pour s’en rapprocher petit à petit. On l’aperçoit, on la redoute, on la craint. On a hâte aussi d’y faire face et de s’y engouffrer seul pour s’isoler du brouhaha du public. Ce monstre d’acier c’est le Queensboro Bridge qui nous emmènera à Manhattan.

queensboro bridge

ISOLEMENT ET SOUFFRANCE SUR LE QUEENSBORO BRIDGE

Nous quittons le public pour monter sur cette rampe d’acier, presqu’un tunnel puisque le tablier supérieur sur lequel passent des trains (le métro) est au-dessus de nos têtes. Ce faux plat est long, très long. Mon allure chute dramatiquement, mon corps pèse une tonne. je sens chez mes homologues coureurs les premières souffrances, certains s’arrêtent quelques secondes. Un silence monacale règne que seuls les bruits de ferrailles des trains au dessus de nos têtes arrivent à briser. C’est à peine si l’on peut avoir suffisamment de force pour admirer la vue sur notre gauche, magnifique, sur la skyline de Manhattan.

Passage au 25ième Km en 2h 5min 8s (8 secondes de retard sur un timing marathon en 3h30)

Et le faux plat du Queensboro Bridge n’a pas de fin : mais ce n’est pas vrai, le tablier n’est pas symétrique on est à plus de la moitié de la distance et pourtant cela monte toujours !

ENTRÉE DANS MANHATTAN ET SA PREMIÈRE AVENUE

Enfin on sent le point d’inflexion, cela descend brutalement et nous sommes acclamés dans un tonnerre de cris et d’applaudissements : un des grands moments de ce marathon de NY. Le public en masse nous attend au bas du pont au moment de fouler le bitume de Manhattan. Le virage, tel un tourniquet fait un 270 degrés et nous propulse sur la Première Avenue. J’essaie de m’amuser avec la foule du public en levant mes bras et en applaudissant au dessus de ma tête. Et je fais … un bide mémorable ! Aucune réponse du public contrairement à ce m’avait réservé le public londonien. Ce n’est pas grave le public est là pour crier et encourager tout le pack de coureurs et pas un zébulon ridicule en bleu avec la mention GREGO sur le Tshirt.

J’aime cette première avenue rectiligne de Manhattan car elle m’est familière, elle me rappelle le point de rendez vous avec mon frère et mon père au niveau de la 77ième rue en 2010 lorsque je les supportais. J’avais pris les élites en photo. C’est également le point de rendez vous avec ma femme en 2011 lorsqu’elle me supportait à son tour. Aujourd’hui personne en particulier ne m’attend sur la première avenue mais j’aime y projeter mes souvenirs. Je sais qu’après cette 77ième rue j’avais commencé à être dans le dur très rapidement il y a deux ans.  Manifestement la fatigue commence à se manifester non pas physiquement mais « inside the brain ». En effet, je calcule jusqu’alors de tête assez facilement le chrono qu’il faut afficher tous les 5 kms pour courir le marathon à une allure de 5min le km (soit un marathon en 3h30). Mais là, au niveau du franchissement du trentième kilomètre mon chrono indique 2h 30min et 31s, et je suis incapable de dire si c’est en ligne ou pas, incapable de faire le moindre calcul mental !!! (En fait j’ai 31 secondes de retard par rapport au timing marathon en 3h30).

J’ai un signe néanmoins, un meneur d’allure en 3h30 est à mon niveau (et c’est une femme). Je m’accroche pendant au moins 1 km et finalement elle me lâchera petit à petit, donc j’en conclu que je n’arrive plus à maintenir une allure constante de 5min au km.

ENTRÉE DANS LE BRONX

Et c’est l’avant dernier obstacle de ce marathon, (entendez, « avant dernier pont »). C’est le Willis Avenue Bridge qui relie Manhattan au Bronx, pour lequel l’architecte n’a pas vraiment pensé à ménager les efforts des coureurs à pied. Finalement je ne me sens pas si mal que cela, en tous cas j’ai plus de pèche qu’en 2011. La traversée du Bronx est certes un peu fastidieuse avec des circonvolutions mais on se retrouve finalement assez vite au pied du dernier pont qui nous fait retourner à Manhattan ; le Madison Avenue Bridge. Et là on sait que l’on est sur le chemin du retour.

RETOUR A MANHATTAN

C’est la Cinquième Avenue et la traversée d’Harlem. L’ambiance est top, en plus le soleil est radieux, et je me sens bien ! Alors que j’étais dans le dur en 2011 et que je fermais les yeux et les dents, cette fois j’ai la satisfaction de ne pas encore trop piocher. Je passe le 35ième km en 2h 57min 28s (soit 2min 28s de retard par rapport à un chrono marathon en 3h30). Autour de moi manifestement les coureurs ont décéléré car je m’aperçois que je me mets à doubler. C’est surprenant mais cette sensation me donne de l’énergie, je me vois même faire du slalom de coureurs à une ou deux reprises. Maintenant j’ai pour objectif d’arriver au niveau de la 95ième rue car j’ai rendez vous avec des amis new yorkais. Patricia, Bill et Gregor m’attendent pour me saluer devant leur immeuble.

Le décompte des rue 115ièm, 114ièm etc… qui s’écoulait très lentement en 2011, cette fois ne me fait pas autant souffrir. La Cinquième Avenue qui longe Central Park est en revanche une épreuve car elle est en faux plat à partir de la 105ième rue.

LE RENDEZ VOUS DE LA 95IEME RUE

Ça y est je viens de passer la 96ième rue je suis en alerte et lève mon bras pour me signaler auprès de mes amis américains…et là je vois Patricia qui m’interpelle et là surprise, elle me montre son panneau d’encouragement où il est écrit ALLEZ GREGO (cf. photo), c’est inattendu et c’est énorme !! Gregor que je ne vois pas, me prend en photo.

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C’est très très fort, en fait je ressens tellement d’émotion que j’en ai la gorge qui se resserre et manque de m’étouffer. Et il faut se ressaisir très vite car le faux plat fait mal et je me retrouve très vite à l’entrée de Central Park. La course approche de son terme. Courir dans Central Park c’est du bonheur quand on fait un footing matinal, c’est plus compliqué après 40 bornes de courses.

CENTRAL PARK … PROCHE DU “THE END”

Le parc est magnifique, multicolore en cette période automnale et la « marathon route » est jonchée de feuilles couleur cuivre. Enfin, c’est ce que l’on peut dire quand on a le temps, les ressources physiques et mentales pour admirer. Car autant le dire, cela commence à être franchement difficile pour moi, j’en ai la bave aux lèvres et n’ai plus la force de m’éponger. Je ne peux plus accélérer ni relancer, et là c’est dans la tête qu’il va falloir trouver les ressources pour garder le tempo. Et Central Park cela monte, cela descend. Cela dit la voie est plus étroite on sent plus le public qui nous pousse. Je suis au niveau du MET et là me revient en mémoire plusieurs souvenirs. Je sais qu’après l’obélisque j’avais rendez vous avec Laetitia en 2011. Elle m’avait pris en photo et avait parcouru quelques mètres  (des dizaines !) avec moi. Autre flashback, le rendez vous avec mon frère en 2010, mais cette fois c’est moi qui le prenais en photo, c’était aussi à quelques encablures de là. Cela me donne un gros coup de boost. 

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Je passe le 40 ième km en 3h 22min 30s (retard de 2min 30s par rapport à un chrono 3h30 sur marathon) et c’est seulement là que je prends conscience du retard que j’ai accumulé par rapport à la cible de 3h 30min car même si mes capacités cognitives sont très réduites depuis longtemps déjà, le calcul mental est néanmoins plus aisé à faire. Et courir les deux derniers km en 8 minutes est impossible. Cela me réconforte presque car je sais que je n’ai plus besoin d’accélérer pour éventuellement flirter avec les 3h30 qui sont trop loin. Cela dit, le chrono que je vais réaliser sera de loin mon meilleur sur la distance même en cas de grosse défaillance sur les 2200 mètres restant à parcourir…donc autant terminer sereinement.

Nous sortons de Central Park en direction de Colombus Circle. La foule est compacte le long des trottoirs. La fin est proche.

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Oui la fin est toute proche mais pas encore là. Quelques minutes après nous sommes de retour à Central Park pour le finish. Je vois un panneau qui indique 300 yards, mais je ne sais pas combien fait un yard. Il ne reste plus grand chose. Ça y est je vois au loin l’arche d’arrivée qui est au bout d’un faux plat. On termine donc sur une dernière montée avant de franchir l’arrivée, la délivrance.

L’arrivée est là à portée de mains, juste quelques foulées, je sais juste que je vais finir en moins de 3h35 ce qui était inespéré. Je ne veux pas voir ma montre, non pas tout de suite, j’ai juste envie de savourer le moment où je vais franchir la ligne. C ‘EST FAIT !!!!!!!!!!

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 QUEL BONHEUR, J’EN VEUX ENCORE

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chrono for the blog

22 réflexions sur “Marathon de New York 2013 : le récit (part 2)

  1. Bravo Grego je t’ai suivi en direct (de mon canapé) grâce à l’appli du NYC Marathon. Bravo pour ton récit et pour ton magnifique chrono.

    1. Merci Sylvain. A chaque passe de tapis je pensais à tous ceux qui me suivaient en temps réel, et tu faisais partie de la liste. Cela dit je suis ennuyé pour la STL, je comptais sur toi pour le suivi, finalement tu seras bien occupé !!! :-))

  2. bblmr

    Ce qui est bien, c’est qu’avec ton récit, on n’a pas vraiment besoin d’aller le courir ce marathon !
    merci !

    1. Encore mieux que le GPS, inutile d’avoir une carte sous les yeux, je dévoile tout ce que l’on peut voir, mais cela ne remplacera jamais l’expérience intime du coureur vivant une telle épreuve.

  3. Ping : Marathon de New York 2013 : le récit (part 1) | Grégo On The Run

  4. Whaou ! Super ! Bravo à toi. Même si on ne court pas le marathon de NY principalement pour un chrono, super temps. Merci de nous avoir fait partager ton expérience.
    On aura droit à un post sur l’après ligne d’arrivée ?

    1. Il est vrai que ce n’est pas sur ce type de parcours que tu peux battre tes records.
      Pour l’après ligne d’arrivée cela sera peut être pour Grégo On The Cook (mon deuxième blog).

  5. Isabelle

    Je viens de tomber sur ton récit un peu par hasard et cela m’a rappelé de bons (que dis-je de magnifiques) souvenirs : j’ai fait aussi le marathon de 2013 ! Bon j’étais loin derrière, car je l’ai couru en 4h51 mais c’est mon record personnel (4h56 à Paris en 2012). Pour ma part je suis arrivée à 6h30 dans la zone de départ (avec les anciens de 2012 de France marathon, ce qui nous faisait un petit bracelet orange souvenir en plus), j’ai donc passé 4h30 à fort wadsworth car je suis partie avec la vague 4 orange à 10h55, mais je n’ai pas vu passer le temps tant tout était magnifiquement organisé : petits bonnets rose et orange de pumpkin donuts, bagels tout chaud, café et thé à volonté ainsi que des barres et des gels d’avant course. Avec 2 bons gros bagels 4h avant la course et un grand gel (dont j’ai malheureusement oublié la marque) une heure avant, je n’ai même pas eu de coup de pompe pendant la course ! Je vous recommande les bagels un matin de course ! J’avais sur ma tenue de course deux gros vieux pulls en laine que j’ai laissés dans des conteneurs à la sortie des corrals. Si tu avais lu toutes les infos dont nous étions destinataires tu n’aurais pas amené de tapis de sport car tout était extrêmement bien expliqué (remarques tu n’étais pas le seul car beaucoup ont du abandonner les petits sacs de couchage qu’ils espéraient dissimuler à la sécurité : c’est vrai qu’elle était rigoureuse mais cordiale tout de même). Quant à la foule massée le long du trottoir elle nous a porté tout au long du parcours excepté dans le quartier juif de williamsburg effectivement et sur le pont que tu cites, étonnamment tranquille et du coup reposant. Bref un merveilleux souvenir, merci de me l’avoir rappelé !

  6. Ping : Prépa Marathon de Chicago : A quelle allure courir le jour J ? | Grégo On The Run

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