Marathon de New York 2013 : le récit (part 1)

Le récit est assez long. Il sera en deux parties. Je l’ai écrit au km mais il y a tellement de choses à dire avant, pendant et après…

Concernant l’objectif de performance je craignais ne pas pouvoir ne serait-ce qu’égaler le chrono de 2011 (3h 41min 40s) au vue des temps réalisés sur mes trois courses test de rentrées (moins bons que ceux de 2011). Par ailleurs mon chrono au marathon de Londres cette année (3h40) équivalait à un 3h43 minimum sur New York étant donné la difficulté avérée de ce dernier. Et cela était sans compter la crainte qu’Achille mon talon ne se rappelle à mon souvenir de manière plus virulente au trentième km car force est de constater … que je ne suis pas guéri à la veille de cette compétition. Et je ne l’ai pas ménagé durant les trois jours précédents la course. Les vendredi et samedi précédents le marathon je n’ai pas moins parcouru l’équivalent d’un semi marathon en déambulant dans Manhattan ou Brooklyn. La veille du marathon je fais une orgie de pâtisseries américaine à l’heure du déjeuner à Somargsburg à Brooklyn pour recharger mes accus en glycogène (version officielle)…mais surtout pour me faire plaisir. La veille au soir je ne mange rien, mon estomac est repu alors que les marathoniens procèdent à leur pasta party traditionnelle…même si l’utilité de cette orgie de pâtes la veille du marathon semble faire l’objet de controverses.

Nous devons nous réveiller à 4H30 dernier carat pour nous préparer et prendre le bus qui part à 5H15 tapante. Deux choses à  noter : le jet lag est favorable aux européens qui viennent d’arriver. Etant donné le décalage nous sommes éveillés très tôt le matin. De plus le changement d’heure aux USA a eu lieu cette nuit nous permettant de gagner une heure de plus. C’est donc frais comme un gardon que je prends ma douche et revêt ma tenue de combat.

Départ des bus pour Staten Island au pied de l’hôtel Edison situé en plein coeur de Times Square à 5h20. Le trajet en pleine nuit dure environ 45 minutes. Dans le bus, n’ayant rien mangé depuis le déjeuner de la veille, j’ingurgite deux carrés de polenta et un scone au pumpkins achetés à smorgasburg (Brooklyn) lors de mon orgie de pâtisseries.

Nous franchissons le pont de Verazzano que nous emprunterons dans quelques heures dans l’autre sens mais que nous foulerons de nos runnings cette fois.

ARRIVE A STATEN ISLAND (premier borough de la « marathon route »)

Nous débarquons au pied du Pont côté Staten Island pour pénétrer dans les aires de départ situées dans le lieu dit “Fort Wadworth”. Nouveauté cette année : le contrôle de sécurité est draconien et digne des aéroports (attentat de Boston oblige).  En plus de mon sac transparent remis lors du retrait des dossards (le seul autorisé) j’ai le tort d’avoir emporté un tapis de gymnastique en mousse sous le bras pour faire reposer mon postérieur lors des 3 heures d’attentes à venir. Je me fais attraper par la patrouille qui me demande de les suivre à un desk installé sur le bord de la route. Une jeune policière me dit que ce que je porte sous le bras est « not allowed ». Il est vrai que mon tapis de gymnastique en mousse peut  – de très loin – faire penser à une arme de destruction massive, car il est de couleur gris foncé….Je me le fais donc logiquement confisquer et continue mon trajet vers les aires de départ.

6h15, il fait encore nuit et je me rend vers la zone de départ correspondant à la couleur de mon dossard. Cette année j’ai tiré la couleur orange. Rappel : il y a trois aires de départ différentes, chacune correspondant à une couleur de dossard : orange, vert et bleu. Cela détermine notamment le fait de démarrer sur le tablier supérieur ou inférieur du Pont Verazzano. Les dossards oranges courront sur le tablier supérieur (à ciel ouvert).

Je suis dans la vague 1 (il y en a 4 cette année) et le coup d’envoi sera donné pour cette dernière à 9H40, donc il reste 3H30 d’attente dans le froid mais à l’abri du vent.

Il fait très froid (moins de 10 degrés) et je m’abrite sous la grande et unique tente de mon aire de départ. Finalement en discutant avec mon collègue de chambré, Alaya, le temps passe assez vite. Le jour se lève mais pas le soleil, voilé par les nuages. Je reçois un coup de fil de la famille (il faut dire qu’il est plus de midi en France), mes plus fidèles supporters ; cela fait du bien de savoir qu’il me suivront sur l’appli Iphone.

8H30 : je suis surpris d’entendre que nous devons poser les sacs dans les cars UPS avant 8h40. Qui dit remise de sac dès maintenant dit … ôter ses vêtements chauds une heure avant le départ ! J’attends la toute dernière minute pour le faire. J’arrive dans ma corral (sas) à 8H50 et 5 minutes plus tard les barrières se referment derrière nous. Nous y serons parqués environ 20 minutes comme des boeufs dans un fedlot américain. Les coureurs arrivant en retard – malheureusement pour eux – sont refoulés par le staff et devront se joindre à la vague numéro deux dont le départ est prévu 30 minutes plus tard. Ici on est aux USA et on ne transige pas avec la règle, on l’applique au pied de la lettre : l’heure c’est l’heure, et un tapis de gym “is not allowed” ! Voilà qui est clair.

9H15 : On ouvre les sas côté pont de Verazzano pour permettre aux coureurs de se déplacer en direction de la ligne de départ. Il reste donc moins de 30 minutes avant le départ effectif…et quand on a les bras nus et bien on a très très froid. C’est dans ces moments que le concept de chaleur humaine prend tout son sens (au sens strict). En effet, les coureurs instinctivement se rapprochent les uns des autres pour ressentir la chaleur, bien réelle, qui se dégage de nos corps. Nous sommes de vrais petits radiateurs.

Michael Bloomberg nous souhaite via les enceintes un bon marathon après avoir appuyé sur le fait que le marathon de NY était le meilleur du monde etc etc… avec la grandiloquence qui caractérise les discours anglo-saxon dans ce contexte de célébration.

Et puis vient le moment émotion : l’hymne américain en principe chanté par une soprane est cette fois chanté par un chœur de jeunes enfants… et ce qui devait être un moment de recueillement, devient un moment un peu burlesque tellement l’hymne est chanté faux. Vite, vite terminons en.

« Are you ready to run? » : double coup de canon et c’est parti. Enfin s’égrène la chanson de Sinatra, belle ballade, “New York New York”, c’est quand même surréaliste de commencer à courir un marathon avec cet aire. Les coureurs sont surevoltés, on lève les bras, on crie, c’est enfin parti. Ce “départ hors norme” contribue au charme de cette course : surtout ne changez rien !!! Enfin, je ressens des frissons (et ce n’est pas en raison de la température cette fois). Le marathon est bel et bien parti.

PONT DE VERAZZANO :

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Enfin nous voici en train de courir sur le tablier supérieur du pont. Je cours sur le côté gauche et aperçois au loin la skyline de Manahattan, c’est juste grandiose. Le vent souffle par bourrasque et à un moment donné je me demande s’il ne va pas emporter mon dossard. La psychose : “plus de dossard, plus de chrono, disqualification…” j’arrête de psychoter pour me concentrer sur la course. Les premières centaines de mètres sont assez pénibles car cela monte, monte et le vent – glacial – souffle souffle. Et finalement le peloton s’effiloche très vite pour permettre à tous les coureurs de prendre ses distances et de courir à son rythme. Rien à voir avec la cohue des 20 kms de Paris.

BROOKLYN (deuxième borough traversé par la « marathon route » après Staten Island) :

Nous pénétrons dans Brooklyn. L’ambiance est comme en 2011 ; tonitruante. Contrairement à mon premier marathon de NY où j’avais été subjugué par le public et m’étais amusé avec lui en tapant dans les mains des spectateurs, cette année je suis beaucoup plus concentré sur ma course. De plus, je ne ressens pas du tout l’aisance qui caractérisait la traversée de Brooklyn en 2011. Cette année là j’avais comme une hélice dans le dos. Mais cette fois, ce n’est pas si simple : j’ai toujours l’inquiétude que mon tendon d’achille me fasse un sale coup. Et durant ces premiers kilomètres lorsque mon attention se porte sur mon tendon, je ressens une douleur, comme lors de toutes mes sorties précédentes d’ailleurs. Donc je suis cette fois beaucoup moins euphorique, limite un peu inquiet.

Je me suis fixé pour objectif de ne surtout pas arriver au semi en moins de 1h45. En d’autres termes je ne dois pas courir à une allure plus rapide que 5 min au km. Or au kilomètre 5 j’ai 2 minutes d’avance sur mon planning. Je vais beaucoup trop vite. Donc je dois mettre le frein à main sinon je risque de le payer à partir du trentième km. J’ai beaucoup lu de témoignages ou d’articles indiquant qu’il faut sensiblement en avoir sous le pied lors du premier semi : le marathon commence au 25ième / 30ième et dépend de la manière dont ont été gérées les allures lors des premiers kms. En l’espèce je n’ai pas respecté le protocole et je dois freiner, ce qui est très pénible. D’une part parce que mes sensations, lorsque je descend à 5 min/km, sont assez mauvaises, j’ai l’impression de ne pas être très économiques et d’avoir le pas lourd, et d’autre part je vois mes collègues coureurs me dépasser rapidement. En fait depuis le départ on ressent ce phénomène d’émulation causé par le flot de coureur dans lequel on est emporté. Tout le monde suit le rythme du flot de coureur et celui-ci se déplace sensiblement plus vite que le tempo de 5min/km. Il est difficile de s’en détacher sans avoir l’impression psychologique « d’être décroché ».

Km 10 :

J’ai toujours 2 minutes d’avance, je dois freiner, freiner coûte que coûte sinon cela va vraiment me coûter cher dans 30 bornes, le marathon n’est pas commencé. Nous sommes dans la 4ième Avenue de Brooklyn, le bâtiment au fond est la Williamsburg Savings Bank qui est un immeuble art déco de toute beauté. Je l’ai pris en photo la veille lors du coucher du soleil au niveau de Union Street et cela fait du bien de le revoir aujourd’hui. Ce quartier me semble familier.

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Les choses se passent bien il faut que je contrôle la course… (suite au prochain numéro)

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18 réflexions sur “Marathon de New York 2013 : le récit (part 1)

  1. Excellent ! C’est vraiment bien narré, on sent la concentration sous le maillot et l’envie de s’améliorer ! Grego va t’il franchir la ligne heureux ? Bref, vivement mon tour 🙂
    A.

  2. des petites erreurs ou j’ai pas tout compris au niveau des heures mais je pinaille, c’est un bon article, je suivrais la suite avec plaisir

  3. Sympa ton récit de « pré course », l’organisation militaire, l’ambiance du départ. Je m’y suis bien vu, même si comme tu en parles, la concentration, nécessaire selon moi à partir du moment où tu cours avec un objectif chrono, masque surement une bonne partie du paysage…

    Et c’est pas normal que tu ne sois pas à l’aise à 5′ au kilo. L’allure marathon doit être facile au début, car beaucoup travaillée à l’entrainement 😉

    1. 5 min au km, ce n’est pas une allure où je suis à l’aise c’est vrai. En fait en allant un petit peu plus vite 4min40 je sens que l’inertie du corps permet de mieux « rebondir » et donc de me sentir plus léger sur mes appuis…en revanche impossible de tenir à cette allure sur une telle distance.

    1. On est jamais trop prudent. Je les ai laissé filé, mais je pense qu’ils n’étaient pas croates, l’indiquer de manière ostentatoire c’était pour tromper l’ennemi.

  4. Ping : Marathon de New York 2013 : le récit (part 2) | Grégo On The Run

  5. Superbe CR !! 1° partie vraiment sympa…
    tu restes lucide malgré l’euphorie du départ.

    Dommage pour ton tapis de gym, pourtant c’était bien vu ! Sinon concernant les vêtements chauds, certains ne conservent pas leur pull pour le « jeter » peu après le départ, ou ça aussi c’est Not Alowed ?

  6. Bon, je lis en retard mais je suis l’ordre chronologique. Le marathon de NY fait rêver. C’est une ville unique et le fait que le marathon passe par chaque borough permet de montrer les différents caractères de la ville. Merci pour ton récit 🙂 Hop hop hop, je file lire la suite.

  7. Ping : C’est la rentrée ! Où suis-je où courge ! | Grégo On The Run

  8. Ping : Marathon de Berlin 2016 : le point d’ici dimanche prochain. – Grégo On The Run

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