Marathon de Londres 2013 : le récit

Remarques liminaires :

C’est donc avec un cumul de Kms assez faible sur les 8 dernières semaines, et à mon actif une seule sortie longue (le semi de Paris) que j’aborde ce marathon. Changement de travail, changement de rythme de vie sportive, quelques menus bouleversements personnels aussi, font que mes plans d’entrainement spécifiques marathon ont été relégués au second plan. En revanche j’ai une bonne condition physique grâce à mes séances quasi quotidiennes de Crossfit à 7 heures du matin en semaine (je suis inscrit à la Box du Louvres), précédé par une séance (quand je me lève suffisamment tôt) de footing. Voilà à quoi se réduisent mes séances d’entrainement de course à pied : à la place que je leur accorde entre mon heure de réveil le matin et celle du début de la séance de Crossfit de 7 heures. Ce sont des séances de course à pied dont la durée oscille entre 50 minutes…et 20 à 30 minutes.

Je pointe donc au départ de ce marathon avec 113 kms à mon actif sur les 4 dernières semaines (hors semaine d’affûtage), assez loin des 156 kms précédents le marathon de New York 2011. Je ne considère plus comme raisonnable l’objectif de 3h30 même si j’envisage de courir sur cette base pour le début de l’épreuve.

Je vais tuer le suspens : Finalement ce marathon de Londres sera couru en 3h 40min 27s (soit un peu plus d’une minute de mieux à qu’à New York 2011).

Préparation à Londres :

Le samedi précédent la course nous avons, avec mon épouse, arpenté les rues de Londres toute la journée. J’avais bien prévu de me restaurer pour faire le plein en hydrates de carbones : pancakes, cookies et scramble eggs à go go en début d’après midi, et burger veggies (au soja…beurk !) le soir avec son bun. Couché à 23 heures un peu survolté quand même… Est-ce le marathon ou est-ce le fait de ne pas connaître le résultat final des verts de Saint Etienne en finale de la coupe de la ligue après avoir su que l’équipe menait 1 à 0 à la mi-temps (je n’ai pas de Wifi dans la chambre) ? Quoiqu’il en soit la nuit sera pénible puisque je dormirai par intermittence.

Dimanche 21 avril 6 heures du matin :

C’est le grand jour et je me sens finalement assez bien. Je rejoins d’autres coureurs dans le hall de l’hôtel à South Kensington pour prendre le bus et c’est parti (6h45). Le trajet dure environ 50 minutes, il fait beau, un froid sec, ciel azur, un temps équivalent à celui du jour du marathon de New York 2011 et New York 2012. Les façades des rues de Londres sont justes magnifiques. Je reste en léthargie et somnolant un peu dans le bus en essayant d’économiser mes forces.

Il est environ 8 heures lorsque je rejoins l’aire de départ (zone bleue) proche de Blackheath. Nous sommes sur un terrain avec du gazon à perte de vue. Il y a un écran géant donnant des consignes, quelques tentes servant des boissons chaudes, une ribambelle de toilettes comme à NY, des trucks avec des portes grandes ouvertes en guise de dépose sacs. Tout est super bien organisé et huilé. L’élite partira à 9h30, la masse des coureurs à 10 heures.

9h45 c’est la limite pour déposer le sac.

9h50, je suis dans le sas numéro 4 (total de 9) défini en fonction de mon chrono espéré de 3h30 lors de l’inscription.

Il y a un brouhaha dans les sas, puis nous entendons un coup de sifflet…pour 30 secondes de silence en hommage aux victimes de l’attentat du marathon de Boston. Un silence très poignant. Nouveau coup de sifflet.

10 heures : top départ.

C’est parti pour mon troisième marathon. Et finalement ce sera mon premier départ de marathon au beau milieu d’un pack de coureurs. En effet à Paris en 2011 j’étais parti bon dernier 45 minutes après le départ officiel, et à New York 2011 j’étais dans les 10 premiers coureurs de la troisième vague sur le Pont de Verrazano. Donc courir dans un pack de coureurs aussi dense et compact est pour moi une première…et c’est bien éprouvant.

Il faut être extrêmement vigilant pour ne pas trébucher. Le rythme est très lent. Ce premier km sera couru en 5min 30s.

Le paysage est assez bucoliques, ambiance pavillons paisibles de banlieue. Alors que la densité de population semble assez faible je suis très surpris par la masse de monde qu’il y a tout au long de la route dès le tout premier kilomètre ! Je suis même scotché. Cela dit il faut être très concentré sur les autres coureurs pour éviter les accidents. Certains me marchent sur les pieds, je marche aussi sur les pieds de mes congénères. Pas simple de courir à une allure correcte. D’ailleurs au km 7, la tuile : les lacets d’une de mes chaussure sont défaits. Rrrrrrrrrrhhhhh, je suis contrarié de devoir m’arrêter et dès que j’essaie de revenir dans la foule de coureurs je commets une imprudence, je ne regarde pas derrière moi, je suis bousculé, à deux doigts de m’étaler.

Les kms défilent tranquillement je me sens super bien, je suis contraint de mettre le frein car mon corps a envie d’aller plus vite mais la raison est là pour le discipliner. Un marathon cela commence au 25 ième km….donc, « take it easy ! ».

Je passe le Km 5 après 25 minutes de course, or je m’aperçois que mon accéléromètre m’indique que j’ai couru 200 mètres de plus. Zigzaguer entre les coureurs revient à courir un marathon non pas de 42 km 195 mais de près de 44 kms ! A partir de maintenant je n’ai plus qu’une obsession : suivre la ligne bleue qui est tracée au sol et qui figure le chemin le plus court pour arriver jusqu’à la finish line.

Le panneau Km 10 est franchi après 49 min et 55 s.

Tout roule j’ai toujours la main sur le frein, j’ai de bonnes sensations. Ca y est le pack de coureurs commence à s’effilocher et on commence à courir avec le champ plus libre.

Enfin l’extase !

Le plan du parcours sur la partie Tower Bridge ainsi que le chassé croisé des coureurs 35 kms / 20 kms

tower bridge

 

Les chiffres en blanc sur carrés noirs = des miles !

Nous passons le Km 15 et enfin je commence à profiter de l’ambiance monstrueuse. Premier grand moment : le passage de Tower Bridge avec une foule déchaînée comme dans les concerts de Robbie Williams (enfin tels que je les imagine :-)). C’est HUGE ! Comme le parcours se resserre on a l’impression d’être dans un bain de foule. Le public nous crie littéralement dessus…pour nous encourager. C’est hallucinant, j’en ai la chaire de poule. Limite je suis intimidé…

L’aventure continue et je ne vois pas passer les kms. Je soutiens toujours mon allure de 5 min/km sans problème.

Nous sommes de l’autre côté de la Tamise à un endroit du parcours où la route est une double voie et où l’on voit de l’autre côté de la route l’élite au km 35 sur le chemin du retour : c’est extra de voir les autres athlètes à quelques mètres de nous en train d’achever leur épreuve.

Le Semi en 1h 47min 27s

C’est déjà le passage du semi. J’ai toujours d’excellentes sensations. Et il est temps de se lâcher un peu avec le public qui est juste fantastique. Je vis un de mes plus grands moments de communion avec le public à Canary Wharf

Canary Wharf : une ambiance d’enfer !!

Le plan du parcours sur la partie Canary Wharf : « c’est à Canary Bay ouh ouh !!! »

canary wharf

 

Les chiffres en blanc sur carrés noirs = des miles !

Mes sensations sont au top, et cela fait belle lurette que j’ai complètement oublié mon objectif de suivre la ligne bleue…euh elle est où la ligne bleue ? En fait je vais probablement courir quelques centaines de mètres de plus, consommer beaucoup plus d’énergie qu’il n’en faut, mais l’occasion est trop belle. A Canary Wharf, aux 18 et 19ième miles (km 30), au milieu d’immeubles de bureaux, le parcours est très étroit et dessine presque des chicanes. Le public est en masse et nous acclame comme si nous étions de grands champions. La tentation est très forte de jouer avec lui. Je lève les bras, je fais signe de nous encourager et à ma grande surprise des dizaines de supporters répondent en cœur. C’est juste dingue. Je ressens de l’électricité dans tout le corps. Bon certes après il faut ensuite s’aménager des plages de pauses car on ne peut soutenir une telle intensité ; jouer avec le public, crier en même temps que lui, lever les bras nécessitent de l’énergie, on se crame à petit feu mais quelle émotion, quelles émotions !

Le début du déclin

Sans m’en apercevoir du km 25 au km 30 mon allure a baissé pour être à 5min 18s au kilomètre mais globalement jusqu’à maintenant les sensations étaient bonnes.

La première alerte arrive juste avant le vingtième mile (km 32), j’ai une douleur assez vive à l’extérieur du genou gauche, mon syndrome de la bandelette ilio tibiale qui m’avait valu d’arrêter la course à pied en 2011. Vive, en tout cas elle me fait mal et ne passe pas inaperçue. Quelques centaines de mètres de plus et ça y est… je dois faire le constat qui s’impose, je suis dans le dur !

Le marathon commence MAINTENANT !

Bon et bien à partir de maintenant j’ai besoin de donner des coups de cravache. Terminée la facilité. Le marathon vient de commencer. Je dois faire des efforts, le pédalage nécessite de l’énergie, de la volonté. Courir n’est plus un réflexe conditionné. Si cela ne tenait qu’à moi je m’arrêterais pour faire une pause. Mais non c’est le jour de l’épreuve, les marathoniens disent qu’à partir de maintenant c’est le mental qui doit prendre le dessus pour achever et boucler, en ce qui me concerne, les 10 derniers kilomètres qui restent. Ils seront perçus comme beaucoup plus longs…

Je me retrouve à l’endroit où j’observais l’élite tout à l’heure le km 35. Je vois les autres coureurs dans le sens de l’aller, ceux qui sont au km 20. Moi je souffre pas mal, eux aussi.

Mais heureusement je me raccroche au public. J’entends souvent mon prénom taggé sur mon TShirt. Je m’accroche à ces encouragements pour continuer quelques mètres supplémentaires. Je ne ressens plus ma douleur ilio tibiale car elle est perdue ou neutralisée au beau milieu de multiples douleurs que je ressens dans les deux jambes cette fois.

Un mile c’est long !

Et c’est là que l’on regrette notre système métrique. Le parcours est jalonné par des miles et c’est long 1 mile ! Je perds mes capacités cognitives, je ne sais plus combien de miles il y a dans un marathon, je pense qu’il y en a 23.6 et lorsque je vois le mile 21 je me dis que la fin est proche…mais non en fait un marathon c’est 26.4 miles, je me suis mélangé les pinceaux.

Heureusement il y a le public

Le retour le long de la Tamise est très long et l’avenue est large malheureusement. Dommage car la foule est en masse. Je ressens un regain d’énergie au 24ième mile. J’ai besoin de m’amuser à nouveau avec le public. Je harangue le public, je lève les bras pour qu’il nous encourage, le public répond, c’est encore incroyable. Sur près de 200 ou 300 mètres, je ne ressens plus aucune douleurs je suis survolté. Mais la dure réalité revient très vite.

Dernier virage devant Big Ben et direction vers Saint James Park

 

Marathon Londres 5

La fin est proche. Cela se sent. Changement de configuration en quittant les quais de la Tamise. La foule est encore plus compacte, cela devient très impressionnant, on a l’impression que l’on va entrer dans un stade olympique, comme si on nous avait déroulé le tapis rouge. C’est très intimidant limite flippant, j’ai l’impression d’être comme un chien dans un jeu de quille, de ne pas être à ma place, comme si on arrivait dans une soirée habillé en jean alors que tout le monde est habillé en smoking ! Mais non le public est bien là pour nous et ne semble pas surpris lui par la présence d’inconnus en short et runnings.

Nous longeons St James Park en direction de Buckingham Palace. Aller !! Je joue encore avec le public, ce sera la dernière fois, j’ai besoin de lui. Il répond, c’est juste hallucinant. Je n’ai plus mal aux jambes, rien, je suis sur un nuage. C’est fort, très fort.

Marathon Londres 3

Dernier virage à droite, Buckingham Palace est derrière moi. Je vois la ligne d’arrivée là bas au loin. Non je n’ai plus mal.

Le chrono est secondaire, de toutes manières je ne l’ai plus regardé depuis plus de 10 kms.

Ce marathon s’achève, comme dans un rêve, le plus beau.

Marathon Londres 1

17 réflexions sur “Marathon de Londres 2013 : le récit

  1. bblmr

    ça a effectivement l’air pas mal.
    En plus, devoir convertir les distances, ça doit occuper et comme ça tu ne penses plus à la fatigue… non ?

  2. Sylvain B

    Bravo pour ton récit on ressent vraiment bien l’engouement du public Londonien et ton jeu avec lui … ça devait être à voir (bravo pour les photos).
    J’adore ton T-Shirt avec ton prénom dessus c’est vraiment une bonne idée

    1. L’organisation nous pousse à inscrire notre prénom sur le TShirt. Je pense que pour le marathons anglo saxons cela vaut vraiment le coup car le public répond !

  3. Super récit et super photos, comme d’habitude. C’est vrai que la conversion en miles, c’est un peu l’horreur, surtout sur la fin ! Et je te trouve très Robbie Williams sur la photo devait Westminster 🙂

  4. Fab Moli

    On entend les clameurs de la foule dans ton récit, bravo !
    Pour ce qui est de Robbie Williams, il ne t’arrive pas à la cheville, c’est TOI notre champion 🙂

  5. Très joli récit pour une épreuve que j’aurai aimé faire l’an dernier … j’ai dit que je ne ferai que des marathons olympiques (après 2 participations à Lausanne)…

    Par contre, suis pas très content de ne pas t’avoir vu aux 10 kms du bois du boulogne ! je tenais à te le dire !

    1. Merci Doune pour ton message. Tu as raison de me secouer, j’aurais dû me botter les fesses mais cela dit je pense que cela n’était pas raisonnable de venir. A une prochaine c’est sûr !

  6. Ping : Analyse technique de mes deux derniers marathons New York 2011 / Londres 2013 | First Quartile Runners

  7. Ping : Marathon de New York 2013 : le récit (part 2) | Grégo On The Run

  8. Hourialene

    Bonjour Grégo, je serai dans quelques jours au départ du marathon de Londres et en cherchant des récits sur internet pour savoir à quoi m’attendre je suis tombée sur celui ci ! merci ce recit me donne plein d’infos et j’ai vraiment hate d’y etre. quelques questions : 1/ comment sait on dans quel sas on est rattaché ? je sais qu’avec notre numero on sait quel depart prendre (blue, red ….), mais je n’ai rien vu sur les sas. 2/ est ce qu’il y a des endroits moins bondés que d’autres où je peux dire a ma famille de se placer pour m’encourager et etre sure de les voir ? merci d’avance

    1. En voilà des questions..qu’elles sont bonnes ! 😉
      Déjà tu vas participer à des plus beaux marathons du monde, en tous cas au niveau de l’ambiance, tu as beaucoup de chance, mon tout premier conseil est de te mettre en situation d’en profiter pleinement.
      1/ Lors du retrait du dossard on t’indique le sas auquel tu es rattaché : fonction de l’estimation de ton chrono que tu as dû déclarer à ton tour operator.
      2/ Pour le rendez vous : tout est bondé. Et c’est ce qui fait l’intérêt de ce marathon. Je conseille un site « remarquable » aussi bien par toi que par ta famille. Tower bridge me semble pas mal, d’autant que c’est très facilement accessible par ta famille, et très reconnaissable par les coureurs.
      Bonne chance !

  9. Ping : Marathon de Berlin 2016 : le point d’ici dimanche prochain. – Grégo On The Run

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