Semi marathon de Paris 2012 vs Semi marathon de Paris 2011 : analyse technique de mes deux chronos. Progrès or not progrès : That is the question !

J’ai couru ce semi 2012 avec 90 secondes de mieux par rapport au précédent (1h 34min 51s contre 1h 36min 19s).

Question : Peut-on en conclure que j’ai réellement progressé par rapport à l’année dernière ?

Essayons d’avoir une démarche analytique et scientifique. Que peut nous apporter l’analyse statistique et sa boîte à outil?

Analyse Statistique :

Au moins là on reste dans le thème du blog, puisque le concept de « quartiles » est directement tiré de cette discipline. Donc revenons à la question initiale : ai-je progressé cette année eu égard à ma performance sur ce semi par rapport à l’année dernière ? Autrement dit, est-ce que ce « meilleur temps » de 90 secondes me permet d’en déduire que mon organisme est aujourd’hui mieux adapté à la course à pied qu’il ne l’était il y a exactement un an à la même époque ?

En bon statisticien qui se respecte nous devons analyser que toutes les autres variables susceptibles d’influencer mon chrono sont « sous contrôle ».

Ce semi était couru à la même époque que l’année dernière, sur le même parcours et la température était presque la même. Mon volume kilométrique des dernières semaines était équivalent au volume kilométrique couru l’année dernière à la même époque (soit 25 kms). La préparation (semaine d’affûtage) de la semaine précédent ce semi marathon a été préparé de la même manière que l’année dernière (2 séances VMA).

Mon poids : il était à peu de chose prêt (+/-1kg ) le même cette année que l’année dernière. Mon taux de masse grasse (à +/-0.5%) était également le même.

Donc OK toutes les autres variables susceptibles d’influencer mon temps étant identiques, nous pouvons raisonnablement nous poser la question de savoir si cette différence de 90 secondes reflète bien exclusivement une amélioration de mon aptitude à courir. Et là les choses se corsent.

90 secondes de mieux sur une course courue en 5600 secondes cela fait une différence de -1.6%… hum hum… Il me manque une donnée importante à savoir l’écart type (ou variance) de ce chrono. Faire un chrono sur une course est une variable aléatoire qui a une distribution qui suit très certainement une loi normale. Mais concrètement, sur une course de plus de 1h30, cette différence de 90 secondes peut très bien s’expliquer par… du bruit (de l’aléa pur et simple). Cet aléa est fonction des obstacles (bousculades, coureurs qu’il faut slalomer sur le parcours), de son envie le jour de la course de faire un chrono, d’une trajectoire suivi sur le parcours qui est plus ou moins linéaire. J’entends par là que s’il nous avait été possible de courir plusieurs fois ce semi l’année dernière dans les mêmes conditions (toutes les variables sont sous contrôles), peut être que j’aurais pu le courir également avec 90 secondes de moins ou plus. De même que cette année j’aurais très bien pu courir le semi avec 90 secondes de PLUS sans pour autant en conclure que cette année mon organisme n’avait pas progressé par rapport à l’année dernière. En d’autres termes pour reprendre le concept statistique on peut raisonnablement penser que 90 secondes de différence n’est pas statistiquement significatif à 95%. Je serai tenté de penser – mais c’est gratuit de ma part –  qu’il faut améliorer son chrono d’au moins 120 secondes pour commencer à penser que la différence est significative (sur une course qui est courue pendant au moins 5600 secondes). Pour l’élite qui court le semi en 1 heure, 90 secondes de différence peuvent être considérées comme un écart significatifs en revanche, du moins je le pense.

Conclusion :

Manifestement, je vaux aux alentours de 1 h 35 au semi avec plus ou moins 2 minutes…comme l’année dernière. Donc pas de progrès réalisés à l’aune de notre boite à outil statistique… Pouvons-nous nous arrêter là ?

Et bien non, continuons nos investigations…

Ouvrons notre fichier de données enregistré par la montre Polar RS 800CX et son accéléromètre, et comparons les deux courses.

Analyse Physiologique

La montre Polar me permet d’exploiter le fichier des fréquences cardiaques, de l’allure ainsi que la cadence et la longueur des foulées. Les données lors des courses ont été enregistrées à une fréquence d’échantillonnage de 1 seconde. Pour les besoins de l’exercice j’ai traité les données sur Excel avec une moyenne mobile de 60 observations pour lisser un peu le bruit. Les données en ROUGE correspondent à mon semi couru cette année et en BLEU aux données du semi couru l’année dernière.

  • 1/ Analyse des fréquences cardiaques :

Quelque chose d’intéressant, mes fréquence cardiaques sont plus faibles lors de ma course de cette année et de manière assez sensible.

La moyenne de mon palpitant l’année dernière est à 170 pulses, or cette année le semi a été couru avec 162 pulses. Là oui on peut raisonnablement penser que la différence est statistiquement significative.

  • 2/ analyse de l’allure :

OK rien à dire, et oui logiquement le graph n’est que le reflet d’une course courue à une allure plus rapide cette année, pas de surprise.  Cela dit on constate que mon allure l’année dernière a suivi une tendance décroissante alors que cette année l’allure est plus constante : donnée intéressante.

  • 3/ analyse du coût cardiaque :

Par ailleurs nous pouvons utiliser à la fois les données sur la FC et les données sur l’allure pour calculer le coût cardiaque (concept appris auprès de Véronique Billat) qui est le ratio entre la vitesse et la FC. Concrètement il permet d’apprécier le nombre de pulsations nécessaires pour courir une certaine allure. Un ratio faible ou qui tend à le devenir  est considéré comme positif car il signifie que pour courir une allure donnée le nombre de pulses est plus faible ; autrement dit l’effort fourni par l’organisme est plus faible et donc que le corps est MIEUX ADAPTE à l’exercice.

 

Or c’est bien ce que l’on lit sur le graph ci-dessus. Le coût cardiaque de ce semi est bien inférieur – et de manière assez sensible – à celui couru l’année dernière. Il semblerait que mon organisme soit mieux adapté à ce type d’effort… et donc que j’ai peut être  – un peu – progressé : CQFD.

Allez je balance mon livre de stat. qui ne me sert à rien pour un textbook sur la physiologie de l’effort, finalement plus utile !

14 réflexions sur “Semi marathon de Paris 2012 vs Semi marathon de Paris 2011 : analyse technique de mes deux chronos. Progrès or not progrès : That is the question !

  1. boblemar

    Plus précisément, je trouve que c’est une belle analyse. Tu n’as pas laissé de variables « intéressantes » de côté.
    2 points sont passés sous silence et qui ont fait l’objet de précédents billets de ta part : l’alimentation et le programme d’entraiment. Mais globalement, on peut considérer que s’ils te permettent d’améliorer tes performances, c’est que tu progresses dans un ces aspects de la course à pied.
    Effectivement, l’analyse statistique ne permet pas de donner de réponse.
    L’analyse physiologique est, elle, très intéressante et parlante.
    Même s’il est admis que que la fréquence cardiaque diminue avec l’age (du moins la FCM), ce n’est pas dans l’ordre de grandeur indiqué par tes courbes. Tu as donc progressé !
    Tu parles de 120s pour constater un progrès de manière significative… Tu as visiblement fait une pose d’1 min autour de la 15ème minute. Sans cet arrêt, je pense que la différence aurait pu être plus importante…
    Je pense à une dernière variable, mais difficilement mesurable : ton état de forme après la course et ton temps de récupération. L’effort étant bien moins intense (je te soupçonne d’avoir pris cette course pour une promenade de santé…), tu as du avoir moins de mal après non ?

    1. Concernant l’alimentation et entrainement : c’est tout pareil que l’année dernière, je ne note pas de différence. Ma pause technique n’est que de 15 secondes, donc même si on l’a retranche on n’a encore rien de bien significatif. Quant à la récupération, pour ce semi c’était parfait dès le mardi. Quant à l’année dernière je ne m’en souviens plus mais il est probable qu’elle devait être plus longue…
      Merci à toi pour ces remarques. C’est pour quand ta prochaine compète. ?

      1. boblemar

        Prochaine… et première !
        10 km de Nuits Saint Georges samedi prochain, mais l’objectif est faible : je ne dis pas qu’il s’agit de finir, parce que ça devrait être bon… mais être en dessous d’une heure aux 10km.
        C’est un objectif peu reluisant de Last quartile, mais bon, c’est réalisable pour moi.
        J’ai un peu peur d’essayer de courir trop vite par rapport à mon niveau et, pour le coup, de ne pas tenir. On verra bien. Le plus important est le repas des vignerons le soir (avec 7 ou 8 vins différents).

  2. y a plein de données intéressantes dans ce que tu écris… je ne connaissais pas le cout cardiaque par exemple.

    Là où tu as progressé, que tu le veuilles ou non, c’est dans ta façon d’aborder la course, tu connaissais déjà le parcours et la distance. Cela se voit sur la courbe de l’analyse de l’allure… bien plus régulière.

    1. boblemar

      Tout à fait d’accord ! Quelle faignasse;)
      Pour faire de longues analyses, y’a du monde, mais pour grapiller les secondes, là, y’a plus personne !

      1. boblemar

        Petite remarque en passant : toi qui regrettais un peu les commentaires convenus et gentillais sur ton blog, cette fois tu es servi non ?

  3. Ping : Semi-marathon de Paris 2013 : le récit | First Quartile Runners

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